23 décembre 2021

FACS - Present Tense (2021)

C'est entendu. Le math-rock, c'est chiant comme la pluie. Déjà cette terminologie... pompeuse, lénifiante. Qui sous-entend un préambule scientifique puisque ternaire et louvoyant vers le jazz. Un peu du reste comme cette baleine dite rock progressif... qui n'a souvent de progressif que son intitulé.

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19 janvier 2019

Beak> - >>> (2018)

On a perdu quelques années durant la trace de Geoff Barrow. Or il n'était pas bien loin et tournait assidument avec son nouveau groupe. Celui-ci, curieusement baptisé Beak avec un > repousse les frontières du nom post-moderne.

On connaissait that dog  (sans majuscules s'il vous plaît), dEUS (avec le "d" initial miniscule s'il vous plaît), les très amusants !!! (désignés "tchik tchik tchik") - bon, il y avait aussi le quatrième album de Led Zeppelin et son titre en forme de  dessins cabalistiques, le Sigur Ros et son ( ). Voici maintenant Beak> et son nouvel album, le troisième et logiquement  intitulé >>>.


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03 novembre 2012

Evening Hymns - Spectral Dusk (2012)

Artisans dans un label artisanal, les canadiens de Evening Hymns, nouvelle recrue de Kütu Folk, ont sorti cet été un album sans doute inspiré du souffle de leur contrée d'origine. Une folk aux allures de symphonie qui séduit en quelques semaines un public de plus en plus large.

Mais, Evening Hymns, c'est avant tout l'oeuvre de Jonas Bonetta, qui avait déjà sorti un premier album sous son nom en 2007 avant les deux sous le nom de Evening Hymns. Ne pas faire un album sous son propre nom n'est pas pour lui une volonté d'anonymat. Au contraire, il s'agit bien d'une oeuvre collective au sens fort puisque ses compositions sont transcendées par la diversité des instruments présents sur l'album.


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08 mars 2011

Grails - Deep Politics (2011)

Depuis 1999, le son de Grails n’a cessé de se bonifier permettant au groupe de tirer son épingle du jeu dans cette large catégorie qu’est le post-rock. Après trois ans dans l’ombre, Grails refait surface et nous livre son cinquième opus chez Temporary Residence. Deep Politics a été composé durant la longue période de gestation du groupe. Un disque, donc, mûrement réfléchi, composé pendant près d’un an entre les différents projets du quatuor (Om, Holy Sons, Harvestman) et toujours produit par ses créateurs.

Avec Deep Politics, force est de constater que leur musique n’a rien perdu de sa teneur. Le groupe continue d’explorer de nombreux styles pour ériger un melting-pot sonore des plus denses. L’atmosphère du disque est pourtant bien distincte des précédents. Alors que le sombre et hallucinogène Doomsdayer’s Holiday lorgnait du côté des séries-B, Deep Politics est parsemé de nombreuses références aux films italiens des années 70 : les samples disséminés dans les huit pistes qui composent le disque et les arrangements luxuriants de Timba Harris (Secret Chiefs). Le disque est donc beaucoup plus contrasté que ses prédécesseurs, plus abouti, et constitue une véritable expérience surréaliste.

Une fois la première piste enclenchée, l'écoute du disque nous réserve son lot de surprises. Plus les thèmes s’enchaînent, dans une structure alambiquée, et plus on se plaît à attendre le prochain avec appréhension. Car les quatre de Portland (Oregon) dressent ici un vaste tableau, tout en clair-obscur, créant souvent des hybridations entre les styles. Preuve en est avec "All the colors of the dark", au titre annonciateur, et ses nombreux changements d’atmosphère mêlant arpèges de pianos dissonants, soli épiques à la sauce floydienne et bande son de western à la Ennio Morricone. La première piste "Future primitive" annonçait déjà la couleur, avec ses riffs heavy et ses violons folkloriques, d’un post-rock plus abouti.


"Corridors of power" marque une légère pause dans l’écoute et une introspection dans des contrées plus mystiques, si chères au groupe, soutenue par une flûte de pan hypnotisante. Puis c’est au tour de l’éponyme "Deep politics" porté par les accords mélancoliques d’un piano. Mais lorsque la batterie fait son entrée, avec un roulement caractéristique du jeu subtil d’Emil Amos, le ton devient plus sentencieux et se poursuit sur un "Daughters of bilitis" où les envolées de violons succèdent aux notes d’un piano jazzy.

À ce stade de l’écoute, le groupe parvient encore à nous surprendre avec le lumineux et entraînant "Almost grew my hair". Et que dire du magistral "I led three lives" qui mélange habilement les ambiances et n’est pas sans évoquer le Pink Floyd de la période Animals. Avant d’amorcer l’introduction dépouillée de "Deep snow", tout en guitare acoustique et nappes de son, avec ce petit côté Six Organs Of Admittance. Mais les guitares électriques ont tôt fait de réapparaître pour un ultime revirement folklorique.

En bref : Deep Politics est un disque fascinant, l’œuvre d’un groupe au sommet de son art se jouant à merveille des frontières du post-rock. Plusieurs écoutes seront nécessaires pour en saisir la beauté mais on ne l’oubliera pas de sitôt !



Le site officiel, le Myspace et le site du (très bon) label.

"All the colors of the dark" :



"Almost grew my hair" :


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16 février 2011

Concours - For A Minor Reflection, albums à gagner

Le quatuor For A Minor Reflection débarque d’Islande, Reykjavik plus précisément. L’année dernière en juin ils ont sorti un deuxième album imprononçable : Höldum I Att Að Oreiðu (se dirigeant vers le chaos). Malgré des premières parties de Sigur Rós ravageuses, le groupe peine encore à conquérir l’Europe. Pourtant son post rock 100% instrumental est exemplaire, dans son interprétation comme dans ses compositions, qui ressembleraient presque à du classique, on est quasi sûr que vos parents aimeraient. Nous en tous cas on aime.

Pour vous permettre de découvrir ce groupe, Dodb et Iceland Music vous proposent de tenter de gagner l’un des 3 albums mis en jeu. Il suffit de répondre à la question suivante :

Quel autre groupe islandais a déjà été chroniqué sur Dodb ?

Et d’envoyer votre réponse et votre adresse postale à contact@desoreillesdansbabylone.com avant le 11 mars prochain. Bonne chance à tous.

Leur Myspace



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05 février 2011

Mogwai - Hardcore Will Never Die, But You Will (2011)

Étrange titre sentencieux pour le septième album studio de Mogwai, deux ans après The Hawk is Howling. Les membres du groupe révèlent l’avoir pioché dans l'invective d’un ivrogne ce qui peut expliquer toute absence de signification au regard du contenu du disque. Une chose est sûre, il est la preuve de quelques changements chez nos cinq Écossais. D’abord, le retour du producteur de leur premier album studio, Paul Savage. Puis un changement de label pour la distribution américaine : Sub Pop -dont la liste de bons groupes produits est faramineuse (Low, Earth, The Album Leaf…)- succédant ainsi à la tâche de Matador.

Si l’on pouvait avoir des doutes sur la propension de Mogwai à se renouveler, Hardcore Will Never Die… y met fin. Au risque de perdre ses fans les plus mogwaiesques, le groupe prouve ici sa capacité à se réinventer en se détachant de l’étiquette "post-rock" -dont ils ne se revendiquent d’ailleurs pas- pour s’accorder de nouvelles influences : electro voire dance. Pourquoi un tel revirement ? Sans doute à cause des productions de leur propre label (Errors notamment). Sans compter le goût prononcé pour l’electro de Stuart Braithwaite (guitare, chant) et Barry Burns (guitare, claviers), devenus dj à leurs heures perdues. Pourtant cette évolution n’est peut-être que la suite logique de l’introduction des sons électroniques entreprise par Mogwai dès Rock Action en 2001 et concrétisée sur Happy songs for happy people (2003).

Les deux premiers titres donnent la couleur : les nappes de sons progressives de "White Noise" nous évoquent le Mogwai des premiers albums alors que le beat et la basse véloce de "Mexican Grand Prix" révèlent un véritable changement. Tout le disque est balloté de cette manière, alternant des morceaux "traditionnels" du quintette et des titres au souffle nouveau. Les sonorités qui avaient marqué un changement dans The Hawk is howling sont toujours bien présentes (orgue électronique, synthétiseurs) même si l’ambiance du disque s’avère totalement différente, moins mélancolique et plus spontanée. Le chant a même sa place sur certains titres, toujours sous l’effet du vocoder (rappelez-vous "Hunted By A Freak").

En tout cas, que l’on se rassure, les cinq écossais sont encore habiles pour nous embarquer et nous tenir en haleine sur des morceaux progressifs de six minutes ("Death Rays", "How To Be A Werewolf"). Habiles également pour façonner des ambiances planantes à l’explosion imminente ("Too Raging To Cheers"). On a juste affaire à quelques morceaux entraînants ("Mexican Grand Prix", "San Pedro") voire carrément surprenants ("George Square Thatcher Death Party"). Et puis, en guise de final, le sombre "You’re Lionel Richie" n’est pas sans évoquer le drone avec un riff de guitare digne de ceux du groupe Earth.

En bref : on pourra reprocher à cet opus de manquer de cohérence, d’être trop hétérogène ou alors on lui sera reconnaissant d’avoir su faire la part belle entre le Mogwai d’antan et les prémices (?) d’un renouvellement.




Le site officiel et le Myspace

"How To Be A Werewolf" :



"Mexican Grand Prix" :



Et comme la musique de Mogwai prend tout son sens en concert, ne ratez par leur passage en France :

le 17/03/11 : Le Trianon (Paris)
le 18/03/11 : L'Aéronef (Lille)
le 19/03/11 : La Laiterie (Strasbourg)
le 20/03/11 : Le Transbordeur (Lyon)
le 21/03/11 : Théâtre Lino Ventura (Nice)
le 22/03/11 : Le Bikini (Toulouse)
le 24/03/11 : Rock School Barbey (Bordeaux)
le 25/03/11 : Big Band Café (Caen)

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19 janvier 2011

Ef - Mourning Golden Morning (2010)

Salué unanimement par la critique, Mourning Golden Morning, est le troisième opus du groupe Ef. Après plusieurs EPs et deux albums studios, c’est la première fois que les suédois délèguent la production à une personne externe au groupe mais non des moindres : Magnus Lindberg, batteur et producteur du groupe de post-hardcore Cult of Luna. Ils conservent néanmoins leur autonomie en se distribuant par leur propre label : And The Sound Records.


Si le noyau dur du groupe compte seulement trois membres Tomas, Daniel et Niklas, le son ne saurait être aussi organique sans une flopée d’autres membres. Leur Myspace en dénombre huit de plus, pas étonnant que certains morceaux aient des allures d’orchestres (violons, cuivres, mélodica, accordéon, piano...). Les sonorités ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles des islandais de Sigur Rós. Mais on les retrouve sur scène avec des groupes tels que The Album Leaf, 65 Days Of Static ou Caspian.

La première piste, "Escapade #1", la plus courte, nous plonge progressivement dans l’atmosphère de l’album à coup de grosse instrumentation. Les violons ont tôt fait de se dissiper pour laisser place aux accords saccadés du piano soutenus par une batterie dynamique et les arpèges brillants d’une guitare ("Sons of ghosts"). La totale maîtrise du trio suédois saute aux yeux : les mélodies se succèdent, nous tiennent en haleine et déclenchent une foule d’émotions (on en chialerait presque tellement c’est beau). Les morceaux sont savamment construits : alternance de mélodie posées, d’envolées épiques voire violentes et breaks subtils. C’est d’ailleurs cette finesse dans la construction des morceaux qui est louable et permet au groupe d’éviter de tomber dans l’écueil de nombreuses formations de post-rock : la redondance. Ici chaque thème est bien dosé, et s’enchaîne avec une aisance déconcertante. Quelques bribes de chants de-ci de-là complètent l’ensemble.

Après les deux premiers titres, "K-141 KYPCK" (hommage au sous-marin russe coulé en 2000 ?) frappe par sa rythmique implacable d’entrée de jeu. Elle s’estompe peu à peu pour laisser place à la complainte mélancolique de la guitare. "Longing for colours" nous séduit avec une belle alchimie entre les deux voix et une ascension maîtrisée. "Fyra" développe un thème aérien à la Pacific UV, tout en finesse, pendant les trois quarts du morceau avant de s’estomper pour laisser place à une rythmique presque tribale renforcée par le rugissement d’une guitare shoegaze (on pense à l’ouverture de The Besnard Lakes are the roaring night). La rythmique s’étend sur le morceau suivant, le sublime "401 LWA", envoûtant et planant à souhait. Puis "Alp Lugens and Beyond" nous surprend par son calme apparent et son explosion violente confirmant leur capacité à varier les intensités.

En bref : cet album post-rock s’avère une réussite de bon augure pour la suite de leur carrière, et nous rappelle combien les pays nordiques n’ont de cesse d'exporter de nouvelles perles (sans doute une question de climat).





Le site et le Myspace

"401 Lwa" :



Le groupe fait sa propre promo, non sans humour :



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29 octobre 2010

Lift To Experience - The Texas Jerusalem Crossroads (2001)

Il y a toujours des groupes que l’on regrette d’avoir découvert sur le tard. Moi-même il y a quelques années je me souviens avoir reproché à mon grand frère de ne pas m’avoir fait écouter Elliott Smith plus tôt. Des artistes dont on sait immédiatement qu’ils auraient pu nous accompagner et nous aider à concevoir la bande originale de notre vie. Comme il n’est jamais trop tard, c’est en tombant par hasard sur une rare interview de John T. Pearson chez Pinkushion (un grand merci à eux) que j’ai basculé dans l’univers des Texans Lift To Experience. Un personnage à la Jeff Mangum, qui après avoir composé cette unique œuvre long format, mit fin à jamais à son groupe pour disparaître du grand public si jamais il y était déjà rentré. On croise aujourd’hui ce barbu énigmatique entre Austin et Paris où il aime jouer acoustique et solo. Et cette œuvre en question rentre complètement dans cette catégorie d’album insurpassé, comme Pet Sounds, Loveless ou In The Aeroplane Over The Sea. Un album qui c’est évident ne peut que remporter ses cinq étoiles à la fin, désolé pour le spoiler.

Le contexte : John T. Person est un fils de Pasteur, né dans un Etat dont on connait tous les travers politiques. Ami de Trail Of Dead…, il s’entoure sobrement d’Andy Young à la batterie et de Josh Browning à la basse. John, lui, s’arme d’une seule et unique Fender Jazzmaster pour tout l’album, la guitare de Jay Mascis de Dinosaur Jr par exemple, mais aussi celle de Loveless justement des Bloody Valentines. Dans son esprit à lui, le Texas est au centre du monde, et c’est l’heure de l’apocalypse. Nait alors un concept album effrayant, où chaque parole est biblique ou mystique, jusqu’à cet enchaînement génial de titres liés à la suite sur la tracklist, jugez du peu : "Just as was told, Down came the angels," "Falling from cloud 9", "With crippled wings", "Waiting to hit", "The grounds so soft". Ca n’est que le premier cd, oui parce que l’on parle bien de double album Monsieur ! Quant au format : 2 disques, 11 titres entre 5 et 9 minutes pour au final plus d’une heure et quart de morceaux qui semblent n’en faire qu’un.


Evidemment la grande force de ce disque, c’est la voix de John. Lyrique, pénétrante, sobre, poétique et souvent rapprochée de Jeff Buckley. C’est indéniable, il y a un élément commun entre ces deux là, mais attention on ne se retrouve pas face à une pâle copie de l’auteur de Grace. Ici il n’y a que des "Grace" puissance mille pour vous dire. Et il se tient donc là, avec ses psaumes incantatoires, tel un évangéliste convaincu (pléonasme), et il nous fait voyager dans des terres arides que Mogwaï n’aurait pas reniées. C’est en fait un mal contagieux imparable. Pas forcément gai (euphémisme), John porte en lui un vague à l’âme qu’il exorcise à chaque instant, en spoken words ou en gueulant. Un western musical éprouvant. "Just as was told" est la première pierre de l’édifice, l’ambiance est posée, ça secoue. Des montées, des descentes, des breaks, une guitare qui en vaut douze, un texte biblique prêché par quelqu’un qui semble pousser son dernier souffle à chaque instant.

"Down came the angels". Minimaliste. Seul au fond de sa grotte, John parle à sa guitare et devient inquiétant. C’est d’autant plus la claque quand commence "Falling from cloud 9", premier morceau immense de cette œuvre. A trois ils organisent ce mur du son à la fois rock et noisy, et donnent de la flamboyance à leurs morceaux. Sans emphase, des classiques instantanés. Inutile de tous les nommer non plus. Même si on trouve grâce et beauté sur "With crippled wings", tension permanente sur "Waiting to hit", trémolos de guitare, explosion puis A Capella miraculeux sur le grandiose "The ground soft". Un dernier pour la route et non des moindres, "These are the days", titre ultime de ce disque, qui part d’arpèges célestes pour accoucher d’un délire noisy dantesque. Est-il besoin d’en rajouter ?

En bref : le seul et unique testament d’un groupe étoile filante. Sombre, hypnotique, bouleversant, inoubliable, cet objet est destiné à devenir culte. Ceux qui n’y adhèrent pas seront maudits lors du jugement dernier.




Le Myspace

A lire aussi : Neutral Milk Hotel - In The Aeroplane Over The Sea (1998)

"These are the days" :



"Falling from cloud 9" :


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23 septembre 2010

Trans Am - Thing (2010)

Il serait temps de se pencher sur le cas Trans Am, ce trio de musiques électroniques très organique. Déjà responsable de 8 albums avant ce Thing sorti au début de l'été, Nathan, Sebastian et Philip continuent vaille que vaille d'oeuvrer dans leur son fait de bleep, de tchak et de redoutables assauts de batterie.

Ce trio américain, pour qui les ignore encore, doit être associé à la mouvance des excellents Zombi, Shout Out Out Out Out, qui sont du reste des compagnons de jeu, et avec lesquels ils ont déjà partagé plusieurs tournées.

Ce nouvel effort n'apporte pas de grande nouveauté au savoir-faire ni à la musique du combo de Maryland. Et la meilleure chose à faire pour apprécier pleinement leur art est encore d'aller les voir live, là où ils sont impressionnants ! Thing n'a malheureusement que peu été chroniqué ici où là, et c'est d'autant plus de salut public d'en parler sur Dodb, surtout quand on les suit depuis des années comme votre serviteur.

Peu de voix sur cet opus, ou alors trafiquées comme de bien entendu sur ce futur classique qu'est "Black Matter" et qui renvoie aux "Television Eyes", "I Want It All" ou "Washington DC" d'hier ! La force de frappe de Sebastian reste intacte, sur l'échevelé et spasmodique "Heaven's Gate".

Le disque a le bon goût de s'ouvrir sur une courte pièce qui annonce avec pertinence le riff du morceau de bravoure, que l'on retrouvera en final sur cet infernal "Space Dock" roboratif et inquiétant.

Quelquefois, Trans Am donne dans les sonorités crissantes et saturées qui ne font guère partie de sa panoplie habituelle, et qui rappellent l'excellence des feux Add N To (X) ; le son d'ensemble renvoie sinon de façon prévisible aux groupes Kraut ! De la belle ouvrage même si sans surprise : un disque quelque peu dans l'ombre des deux "classiques" que sont Futureworld (1999) et Liberation (2004), et plutôt moins énervé que le précédent Sex Change (2007), mais sur lequel le néophyte pourra se pencher sans vergogne.

En bref : Trans Am poursuit son bout de chemin sur la voie tracée par les groupes allemands des 70's. Kraftwerkienne en diable, et toujours très inspirée sur ses meilleurs titres, voici une autre étape, même si mineure, de sa discographie. A découvrir.




Le site, le Myspace

"Black Matter" :



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29 mai 2010

Driving On City Sidewalks - Where Angels Crowd To Listen (2007)

Venu de Toronto, Driving On City Sidewalks oeuvre dans une veine post-rock, ou plus pop-folk ("Tear", "Repair"), proposant sur cette sortie cinq titres bien conçus... mais sans réel relief et ayant pour défaut de sombrer dans les ennuyeux travers du post-rock.

"To finish the race" instaure pourtant une ambiance intéressante, secouée par des guitares plombées et animée par un chant sensible, de même sur "Where angels crowd to listen" où un chant féminin enjôleur apporte un petit plus, l'organe masculin faisant ensuite dans le hurlé, mais le duo joue de façon trop systématique sur le registre de l'émotion, en dépit d'une évidente sincérité, et finit par lasser, l'ensemble s'avérant uniforme malgré les efforts mis en place pour diversifier le contenu.

Si "And ever since..." impose un climat à la fois sombre et feutré, impossible de se libérer d'une impression de déjà-entendu, de déjà-fait, les Canadiens ayant tout intérêt, s'ils souhaitent se démarquer, à surprendre et à inclure d'autres "ingrédients" dans leurs compositions, dont on sent qu'elles peuvent, étoffées et dégagées de cette orientation un peu trop éprouvée, convaincre de façon durable. Le paysage sonore dévoilé par le dernier titre, "Farewell to knowing it all", se prêtant à l'innovation, on espère donc qu'à l'avenir Driving On City Sidewalks s'adonnera à l'élaboration d'un univers plus individuel, pour lequel on le sait prédisposé.

En bref : un essai à creuser et à rendre plus singulier pour un groupe talentueux mais encore trop influencé.





Leur Myspace

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03 août 2009

VA - Sisters (2009)

Les voix de la Poste sont impénétrables. A l’origine, j’aurais dû vous parler de ce disque il y a quelques mois. La messagerie hexagonale faisant son œuvre, ce n’est qu’aujourd’hui que je peux enfin saluer cette très belle compilation réalisée sous les auspices du promoteur musical Phunk et de son équipe. Il est rare de ménager dans nos lignes une place pour ce type de travail d’assemblage mais il est fait preuve ici d’un tel de bon goût et d’une telle cohérence que le cap n’aura pas été dur à franchir. Pour une fois.

Peu de noms connus figurent au dos de la jaquette hormis les jeunes Passion Pit et leur réussi « I’ve got your number » extrait de leur non moins réussi premier EP Chunk of change. Vous l’aurez compris à la seule évocation de ce nom – légèrement discrédité je l’avoue par un album plus que décevant – Phunk s’est attelée à dénicher une vingtaine d’hymnes (en devenir) de notre époque réunis sous l’appellation de « pop hybride ». La sélection flirte parfois avec le fluo et l’électro-pop clinquante, je ne pourrai dire le contraire, mais réserve bon nombre de belles découvertes.

Ainsi en est-il de Yes Giantless, trio de pop synthétique bostonien, en ouverture du disque. Gavé de synthétiseurs saturés et d’arrangements électroniques, leur édulcoré « Tuff n’ stuff », finalement léger quoique massivement instrumenté, atteint aussitôt sa cible. Sans aucun doute, le premier contact est positif. Le clou est enfoncé avec les Australiens de BMX et un second titre tout aussi synthé pop que le précédent mais propulsé ici pour des basses électroniques charnues et délicieusement rondes.

Répondant sans conteste à son objectif de réunir des morceaux de pop dite « hybride », Phunk ménage un large espace aux mélanges et fusions. Sont ainsi convoquées des influences italo disco avec les New-yorkais de Golden Filter, folk rock avec leurs voisins The Antlers ou encore punkisantes avec le gang de San Diego The Soft Pack. Beaucoup de bonnes pioches au fil des 18 titres en présence et finalement très peu de déchets. On pourra donc se laisser aller à affirmer sans hésitation que la sélection est simplement excellente et bien plus que cela, érudite.

La liste des petites bombes qui émaillent le disque pourrait être longue. Néanmoins, il semble impensable de ne pas mentionner une belle volée de noms et de signaler à votre attention autant de talents prometteurs. Parmi eux, je citerai volontiers le trio britannique de Où est le swimming pool (!) et sa pop électronique sombre façon Fischerspooner, le duo Néo-Zélandais Little pictures et sa balade caoutchouteuse « The House can’t fit at all » et enfin l’exploration merriweatherienne des deux poètes de l’Ontario de Teengirl Fantasy. Comme lors d’une cérémonie de remerciement, je ne pourrai oublier de saluer le Montréalais CFCF qui nous pond un titre instrumental magnifique en forme de pop électronique progressive. Je n'en jetterai plus, pas de temps à perdre, précipitez-vous immédiatement sur cette sublime compile !

En bref : La savante équipe du promoteur musical parisien Phunk s'illustre dans l'exercice de la compilation. Perfusée de multiples influences, une sélection pointue de mini-bombes pop contemporaines, sorte d'histoire technicolor du temps présent.




Les myspace de Sisters et de Phunk

Le site web de Sisters.

A lire aussi : Passion Pit – Chunk of Change EP (2009)

Deux teasers de la compilation :





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08 mars 2009

Stuck In The Sound & Adam Kesher - Concert à Barbey, Bordeaux le 06/03/09


Double affiche ce soir-là à la Rock School Barbey. Deux groupes fers de lance d’un nouveau rock français, celui qui a son bac dit-on. Deux groupes aux destins croisés : Adam Kesher originaire de Bordeaux et émigré à Paris, et Stuck In The Sound originaire de Paris mais fortement attaché à Bordeaux. Deux groupes qui ont également déjà joué ensembles en 2003 sur la scène de l’Hérétic. Pourtant, et malgré toutes leurs similitudes, un seul de ces deux groupes a fait le bon choix cette année.

Adam Kesher, depuis que j’en parle, je ne les avais jamais vus. Tout juste étais-je devenu addict à leurs deux premiers maxi électro-rock, Modern Times et An Allegory Of Chastity, bourrés de hits en puissance. Déjà sur Heading For The Hills, Feeling Warm Inside leur premier Lp j’avais eu du mal à avaler la pilule du changement vers un son d’avantage post-rock, moins direct, et certainement plus mature. Mais j’étais loin d’imaginer le revirement de 2009. Déjà, changement de line-up : adieu Jérôme Alban et David Argellies. Adam Kesher est aujourd’hui un groupe remodelé qui suit un nouvel axe et qui pense que 2009 sera une année charnière, notamment avec Continent leur nouvel Ep et un album à venir pour le printemps. Soit. Mais de là à renier complètement son passé, il y a des limites.

Pas un seul titre des deux premiers maxis dévastateurs ! Dur. En fait, Adam Kesher ne joue quasiment que des nouveaux titres ce soir. Des titres en l’occurrence trop mid voir low-tempo, qui lorgnent vers le rock progressif plus que vers le plaisir immédiat. Même le premier album est évincé ! Comme si le groupe voulait repartir de zéro. C’est un choix, mais personnellement, j’aime beaucoup moins le nouvel Adam Kesher. Définitivement.
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Et donc Stuck In The Sound prend le relai. Le groupe que j’avais suivi l’année dernière lors de leur première tournée a pris une sacrée importance depuis peu : une promo béton, une couv’ pour Tsugi et surtout (on oublie souvent l’essentiel) un nouvel album qui lui au moins ne renie rien, et qui progresse vers du mieux. Si Shoegazing Kids n’est pas l’album de l’année, il a le mérite d’être direct et enjoué. José Reis Fontao le chanteur en sweat à capuche est un véritable showman, blagueur, sautilleur… rien à voir avec Julien Pérez niveau capital sympathie. Plus qu’un groupe, c’est une vraie bande de potes. Et irrémédiablement ça se sent sur scène. Déployant une énergie hors du commun, on y croit. On y retrouve même des vieux trucs que l’on n’a plus l’habitude d’écouter comme Nada Surf ou Nirvana. Comble de la classe, les Stuck reprennent en deuxième rappel le Who is it ? du King of pop. Ce soir il n’y a qu’un gagnant. Et ce sont les Stucks.

Les Myspace d’ Adam Kesher, Stuck In The Sound et Barbey
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Un morceau live d’Adam Kesher, et un des Stucks :




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09 janvier 2009

Animal Collective - Merriweather Post Pavilion (2009)

Evidemment, il est hautement désagréable de voir la blogosphère s’enflammer au point de décerner par anticipation le titre d’”album de l’année 2009” à Merriweather Post Pavilion avant même que ne commence ladite année et que ne sorte ledit album (le 12 janvier). Force est de constater, pourtant, que le groupe originaire du Maryland place la barre très, très haut. Car ce neuvième disque (en comptant les EP) est simplement fantastique : une sorte de synthèse de Strawberry Jam et de l’incroyable album solo du batteur Panda Bear (Noah Lennox), Person Pitch, tous deux sortis en 2007. On parle souvent de mantras à propos des oeuvres d’Animal Collective, mais le terme me paraît inadéquat. L’expérience mystique qu’elles impliquent tient tout autant de la méditation que de l’affranchissement du corps par la danse et la transe. Jamais ce désir d’échapper à l’apesanteur n’avait autant transpiré de la musique du groupe que sur MPP. Jamais, d’ailleurs, il n’avait été formulé aussi clairement que sur l’inaugurale “In The Flowers”, cousine proche de “Comfy In Nautica” de Panda Bear : "If I could just leave my body for a night", chante Avey Tare (David Portner) avant que le morceau ne s’emballe et n’explose en spirales psychédéliques et en crissements de grillons phosphorescents.

Ce qui m’ébouriffe le plus à propos de ce disque, c’est qu’au moment où le groupe atteint des degrés d’hypnose jusque là inenvisagés, il parvient à livrer des morceaux plus structurés et plus pop que tout ce qu’il avait pu produire auparavant. Le plus bel exemple reste “My Girls”, géniale combinaison de sons rave, de candeur enfantine et d’un brin de putasserie premier degré terriblement efficace, matérialisée par des “Ooh” qui tiennent davantage de Mia que des Beach Boys. Les “girls” en question sont la femme et la petite fille de Panda Bear, dont il était déjà largement question dans Person Pitch. Plus pop encore, “Bluish” pourrait presque paraître un peu cheesy pour les puristes, mais c’est avant tout une belle chanson d’amour, lente et intensément harmonieuse. Si les mélodies sont d’une netteté inédite, l’ensemble des titres est noyé dans un océan d’échos, de boucles subliminales et de drones qui frise parfois la démence. L’utilisation systématique du sampler et celle, plus parcimonieuse, des beats 4/4 caractéristiques de la techno (sur “In The Flowers” ou “Summertime Clothes”), en disent d’ailleurs assez long sur la répartition des rôles sur MPP. Là où Avey Tare (Dave Portner) semblait avoir la main mise sur Strawberry Jam, c’est bel et bien Panda Bear qui a pris les commandes.


Déjà perceptible sur des morceaux antérieurs comme “Peacebone” ou “Fireworks”, la mutation électronique du groupe s’accélère donc sur cet opus. Dans différentes interviews, la troupe explique son attirance pour la “dance music”. A ceux qui douteraient de l’influence de la techno et de la house sur MPP, je conseille d’écouter (ci-dessous) le montage réalisé par des petits malins qui n’ont pas mis longtemps à s’apercevoir de la similitude de “My Girls” et du classique house “Your Love” de Frankie Knuckles. C’est assez bluffant. Il ne s’agit plus ici de freakfolk ou d’indie rock, et surtout pas d’électronica, mais bien d’un son nouveau, un sommet de métissage musical pour lequel aucun terme générique réducteur n’a encore été inventé.

Un titre comme “Brother Sport” parvient à marier un climat afro-caribéen à la Graceland, porté par le ping-pong vocal de Portner et Lennox, à des motifs électro obsédants et un message crypté qui pourrait tout aussi bien être une invitation néo-hippie à l’ingestion de LSD qu’une incitation au chant ou au sexe oral : “Open up your throat”... En écoutant mieux, on comprend toutefois que Panda console son grand frère après la mort de leur père. “Open up your throat” s’apparenterait donc à une sorte de “The Show Must Go On”, et la cohabitation de ces lyrics touchants et d’un instrumental euphorique et tribal ne rend le morceau que plus précieux. Autre piste annoncée sur Strawberry Jam (notamment sur “#1”) et développée ici : celle d’un minimalisme répétitif à la Philip Glass, comme sur “Daily Routine”, où les différentes séquences de claviers accélèrent progressivement jusqu’à former une seule et même nappe enveloppante.

Moins rock et moins heurté que les albums précédents, Merriweather Post Pavilion frappe à la fois par sa fluidité et la joie qui en émane. Très homogène (sûrement trop pour certains amateurs de foutoirs sonores), il est l’oeuvre d’un groupe qui sait où il va, et s’achemine peu à peu, avec une sérénité presque effrayante, vers la polyphonie pop absolue. Seule la présence de morceaux plus anodins comme “Taste” ou “Guys Eyes” l’empêche de taquiner la perfection, mais l’irritante pluie de louanges dont il est l’objet est bel et bien justifiée. Un album à acheter en vinyle, ne serait-ce que pour son artwork gerbant et hallucinogène.

En bref : Leur meilleur disque, et de loin. Une sorte de rave au coin du feu, stupéfiante rencontre des textures électroniques et des structures pop et folk, de la célébration et de l’introspection, de l’intimité et du désir collectif. Pas encore le chef-d’oeuvre du groupe, ceci dit. On prend les paris pour le prochain album ?



A noter : Avant même la sortie de ce disque, les AC sont déjà retournés en studio pour enregistrer ce qu’ils désignent comme un “album visuel”: une longue vidéo musicale conçue en collaboration avec leur ami Danny Perez, réalisateur du clip de “Who Could Win A Rabbit” en 2004. Aucune date de sortie n’est annoncée pour le moment.
Et n’oubliez pas : Animal Collective en concert à Paris le 16 janvier et en province en mars.


Le site d’Animal Collective
Leur Myspace

Lire les chroniques de leurs concerts de Strasbourg et Bordeaux en 2007

Animal Collective - Brother Sport.mp3
My Girls Vs Your Love.mp3

“Daily Routine” au Hove 2008:


“In The Flowers” au Hove 2008 :


“My Girls” live à Saint-Louis en septembre 2007 :

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07 janvier 2009

Jack The Ripper - Ladies first (2005)

Oui je sais, il ne s’agit pas vraiment d’une nouveauté, mais sans savoir comment ni pourquoi, j’ai eu récemment l’envie de me replonger dans la discographie de ce groupe versaillais dont on n’entend plus parler. Et pour ce faire, leur troisième et dernier album, le Ladies first en question, est ce qui se prête le mieux au jeu de la présentation. Collectif de six à huit musiciens selon les cas, qui comptait dans ses rangs la fratrie Mazurel (Arnaud, Hervé, Thierry) ainsi que des amis, Jack The Ripper (en hommage à la chanson du même nom de Nick Cave) fait partie de ses groupes officiant le plus souvent dans l’ombre mais réunissant tout de même une famille de fans rendus accros par des prestations live d’anthologie, paraît-il. Aujourd’hui sans Arnaud, le groupe s’est transformé et officie sous le patronyme toujours aussi cinématographique de The Fitziarraldo Sessions.

Et ce disque dans tout ça ? Toujours mis en avant par une pochette signée Juarez Machado, il succède donc à I’m coming et The book of lies. On y retrouve les obsessions affichées pour les géants que sont The Caveman (déjà cité plus haut), Leonard Cohen et ô surprise le 16 Horsepower dont je vous avais parlé récemment au travers de Wovenhand. La voix d’Arnaud Mazurel se veut toujours aussi démoniaque et sortie d’une quelconque brume londonienne. C’est ce côté théâtral et macabre qui domine, et jamais le nom d’un groupe n’avait autant collé avec son contenu musical. On y est dans ce cabaret où "I was born a cancer" fait un éloge amer de la cigarette sous son apparente festivité déguisée. Le propos n’en est pas moins sordide, et le moyen pour en parler carrément diabolique. Le ton est donné.

Pas loin du concept album (on y croise une mère, une amante, une jeune fille, la lune, une étoile, une cigarette), Ladies first est certainement l’apothéose du groupe. Grâce à de subtils arrangements et une orchestration principale basée sur le duo violon / trompette (plutôt rare pour le format pop songs), les douze titres s’enchaînent avec élégance sur une route suave et mélancolique faîte de post-rock (au sens Radioheadien du terme), de jazz et de sonorités tziganes. J’entends même un peu de Muse (aïe) dans l’introductif "From y veins to the sea", pourtant exemplaire avec son violon et son piano. Cris de bêtes, contrebasse et mélodica sont les autres instruments que vous pourrez croiser sur ce disque. Hormis les titres déjà déballés plus haut, ne passez pas à côté de la tristesse de "Goin’ down" et "Old stars", de "White man in black", reprise en français d’un poème hongrois, de la mélancolie de "The Apemen, the bride & the butterfly" et surtout du côté très Mud Flow de "Aleister". Et là logiquement, vous devriez déboucher sur le dytique final : "Words" et "Hush". Et normalement vous appuyez sur Replay.

En bref : Glacial jusqu’à l’étouffement, Ladies first impose pourtant son charme vénéneux de western européen à ceux qui s’y plongent, et qui forcément n’en ressortent pas indemnes.



Le site officiel (plus à jour depuis Avril 2008)


A lire aussi : Nick Cave & The Bad Seeds - Dig !!! Lazarus Dig !!! (2008)


Une compilation d’images de concert sur fond de "I was born a cancer" :


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08 décembre 2008

Matt Elliott en concert au Point Ephémère (Paris), le jeudi 11 décembre

L'un des musiciens les plus tristes de Grande-Bretagne, mais aussi un des plus talentueux actuellement, Matt Elliott, fera une halte à Paris cette semaine dans le cadre de sa tournée française. Le poète multi-instrumentiste, originaire de Bristol, diffusera son spleen folk au parfum slave le jeudi 11 décembre précisément au Point Ephémère.

Evènement immanquable de la semaine dans la capitale, du moins pour moi, ce concert sera l'occasion de découvrir en live les dernières compositions issues de Howling songs (lire la chronique), dernier album en date du chanteur et troisième volet d'une trilogie inaugurée avec Drinking songs en 2005.

Matt Elliott sera précédé sur scène par le Français Yann Tambour, présent pour son projet solo Thee, Stranded Horse, et son folk décharné lorgnant tout aussi bien du côté des Tyrannosaurus Rex que de la musique traditionnelle nigérienne. En bref, une très belle soirée en perspective, à un prix abordable, à ne vraiment pas manquer...


Entrée : 13 €. Achetez son billet sur Digiticks.


Le myspace de Matt Elliott, celui de Thee, Stranded Horse et le site web du Point Ephémère.


A lire aussi : Matt Elliott – Howling songs (2008)


En avant-goût, « La mort de la France » (Sarko enculé...), captée lors d'une session acoustique et intimiste au Cargo (Caen) :




Toujours au Cargo, « Something about ghosts » :



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09 novembre 2008

Matt Elliott - Howling Songs (2008)

Je me rappelle très bien de l’un de ses concerts, l’année dernière. C’était à Strasbourg, et, comme toujours, il était seul sur scène, en homme-orchestre, avec son sampler, sa guitare et ses pédales à effets. Pour moi, Matt Elliott, c’est avant tout ce créateur solitaire, qui construit son monde sans jamais regarder ailleurs que dans ses souvenirs, ses douleurs, ses tripes. Depuis le projet dark et brillant Third Eye Foundation (dont il était bien entendu l’unique membre) et sa drum and bass autiste et hantée, le Britannique a fait du chemin et conçu un univers unique, entre folk suicidaire, mélodies slaves et vapeurs alcooliques.

Refermant la trilogie entamée avec le génial Drinking Songs (2005) et poursuivie avec l’un peu moins réussi Failing Songs (2006), Howling Songs est sans doute ce qu’Elliott a produit de plus abouti dans sa carrière. Songwriter désormais incontestable, il ose une utilisation moins systématique des choeurs, ce qui lui permet de poser davantage sa voix et de s’affirmer comme un excellent chanteur, au timbre saturé de sensibilité. Un timbre grave et plein, presque celui d’un crooner, qui prend parfois des accents de Nick Cave ou Leonard Cohen. Des arrangements pop de “Berlin and Bisenthal” à la limpide “Song for A Failed Relationship” qui fait penser à Nick Drake, la lente évolution de Matt Elliott vers la chanson semble achevée. Moins de bruitisme et de larsens, plus de maîtrise émotionnelle : c’est ainsi qu’il parvient à produire de purs diamants noirs comme l’édifiante “Something About Ghosts” (en écoute plus bas).

Les sonorités plaintives d’Europe de l’est et de Russie (violons) sont encore plus présentes qu’auparavant, même si certains titres lorgnent vers une mélancolie à l’espagnole (guitares). Ce dernier point s’expliquant très facilement par la récente installation du musicien en Espagne - originaire de Bristol, il a quitté la France, où il vivait depuis quelques années, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy. Il avait d'ailleurs écrit "La Mort de la France", dispo sur sa page Myspace, à cette occasion. “The Kübler-Ross Model”, qui ouvre l'album, plante d’emblée le décor désolé qui était celui des deux premiers pans du triptyque. On ne s’attendait certes pas à sortir la boule à facettes et les spotlights, mais là, Elliott fait très fort en plongeant encore plus profondément dans le désespoir. Et lorsque perce un moment de joie, c’est toujours dans l’évocation d’instants révolus.

Howling Songs, ce sont les pérégrinations d’un poète vagabond abîmé, claudiquant d’un troquet hongrois à un pub londonien, d’où il regarde les cargos s’éloigner dans la brume et l’humanité se décomposer, plein d’une hargne muselée qui s’échappe parfois par spasmes (les envolées rageuses d’“A Broken Flamenco”, “The Howling Song”, etc...). Avec une plume presque naturaliste à la Dickens, il dépoussière les clichés sépias de la révolution industrielle, pleure la perte de l’être cher et attend le naufrage d’un monde auquel plus rien ne l’attache, dont il nous livre des images parcellaires. “What to do but cry ?”, s’interroge-t-il sur la dernière plage du disque. A l’écoute de ce concentré de mélancolie, on aimerait lui renvoyer la question.

En bref : Le plus beau et le plus triste de tous les albums du plus magnifiquement dépressif des musiciens britanniques. Rescapé de la drum and bass, Matt Elliott s’impose désormais en maître du songwriting folk-rock slavisant. Beirut peut aller se rhabiller. Absolument splendide.




Matt Elliott - Something About Ghosts.mp3

La page Myspace de Matt Elliott
Celle de son label (français!) Ici et d'ailleurs
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27 octobre 2008

Ui - Sidelong (1995)

Sous cette sympathique illustration de poupées "vaudou" façon premier Gun Club ou deuxième Violent Femmes se cache l'un des combos US les plus intrigants de la seconde moitié des 90's.
Petit rappel, en ces temps finalement troublés où beaucoup de choses intéressantes mais également de courants foireux et morts-nés façon trip-hop et grunge sont apparus, un autre genre musical, instrumental celui-là, fit florès, le nommé paresseusement "post-rock", et qui, jusqu'à la naissance des ineptes étiquettes de "stoner" ou  d'"anti-folk" (?) pouvait prétendre à la terminologie rock la plus débile qui soit.

C'est à Chicago donc, entre autres, qu'un trio laborantin se proposa de recréer les sonorités avant-gardistes des pionniers Liquid Liquid des 80's, où funk, dub et noise seraient concassés de la manière la plus cool possible. A cette époque, et au sein d'une scène incestueuse se côtoient aux confins d'icelle, le shoegazing lo-fi d'un Slint -plus proche des préoccupations bruitistes d'un Sonic Youth, il est vrai- l'ambient jazzy parfois bas du front d'un Tortoise, et éventuellement le swing plus souple de Morphine.
C'est sans doute à un crossover de ces deux derniers groupes qui connurent leur petit succès indé que se reconnait la musique des orfèvres de Ui ; comme les premiers, ils partagent les atmosphères cotonneuses, cinématographiques d'une froideur toute urbaine et contemplative. Tandis qu'aux seconds, les lie ce sens du rythme syncopé drivé par un télescopage de basses et de batteries parfois tribales, que viennent parfois contrarier quelques notes de guitare ou un riff de sax.

Ce premier album, le premier d'une série de quatre (le groupe a splitté en 2003) est de loin le plus achevé et le plus fascinant. Sacha Frere-Jones tire de sa basse (l'instrument moteur de Ui) d'envoûtants motifs tantôt funky tantôt jazz. "August Song" commence comme une mélopée désenchantée, rythmée mais monocorde qui donne à découvrir l'atmosphère blafarde du disque. "The Long Egg" poursuit sur cette voie paranoïaque mais cette fois ci ne feint pas l'agressivité en ruant dans les brancards. Sur "Sexy Photograph" et ses percus tribales s'élève les psalmodies hurlantes d'un Frere-Jones possédé - et ici toute idée, même lointaine, de mélodie est absente. On ne va pas revenir sur les sempiternelles tables de la loi new wave, mais il est certain que les fantômes de PIL , Ruts ou Basement 5, sont évidentes à l'écoute de Sidelong.
Juste après la languide "Top Requests" qui a sans doute traumatisé Mogwai, c'est un bizarroïde et glaçant "Golden Child" qui vient entrer en collision dans ce bel édifice post-rock, avec à nouveau la voix déformée façon Munch de Frere-Jones.

La face B, puisqu'il s'agit là encore d'un bon vieux vinyle et que l'on n'imagine pas une écoute exhaustive de ce disque sans une petite pause rassérénante, s'ouvre sur un nouvel instru jazz assez enlevé ("The Piano") sur lequel viennent se heurter à nouveau deux instrumentaux de dub diaphanes, "Painted Hill" et "Drive Towards The Smoke", empreints d'un son ouaté comme pour mieux se protéger, la main sur les oreilles, de l'agressivité des sons urbains.
"Johnny", curieuse boucle sur deux accords de guitare et rythmée de claves, achève ce disque curieux, abrupt et inclassable, et à bien des égards fascinant.

En bref : Peut-être la pierre angulaire de ce genre qu'on appela autrefois post-rock, que l'on pourrait assimiler à certaines pièces krautrock de Can ou Neu! ; un disque urbain, froid qui rappelle les grandes heures de la new wave instrumentale.

une reprise saisissante du "Out" de Liquid Liquid en concert.

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07 octobre 2008

Mahjongg - Raydoncong (2005)

Il m’en aura fallu du temps pour attraper le clavier et tenter de retranscrire l’univers de ce mystérieux collectif de Columbia émigré à Chicago. Un délai imputé à la double caractéristique de l’objet qui nous occupe, à la fois assez hermétique au premier abord, et pourtant terriblement attirant, pour de multiples raisons. Tout d’abord parce que l’on ne sait presque rien sur ce groupe, si ce n’est qu’ils s’autodéfinissent sur leur Myspace comme "Gothique / Acoustique / Musique pour bande" et qu’ils appartiendraient à un obscur rassemblement art punk fétichiste de l’Afrique 70’s. Si l’on ajoute à ça des pochettes généralement conçues en auto stéréogramme, des références incessantes aux nombres premiers et un public d’esthètes convaincus, ça sent soit la masturbation à plein nez soit le véritable chef d’œuvre contemporain.

Passé une première étape d’introduction, "THE rRABBITT" annonce la couleur, enfin pas vraiment. Je m’explique. Ce titre, placé en second sur la playlist, est de loin le meilleur, tout en se rapprochant le plus des "standards" du genre. Lancé par une paire de gankogui (cette double cloche africaine), il envoie ensuite un rythme de rave party sur des vocals constipées estampillées Hunter Husas. Le reste de l’album, indéfinissable, témoigne d’une réelle obsession pour le rythme, la répétition et la transe, en gros l’expérimental et l’anticonformisme. Pourtant à force d’écoutes on se dit que "The STUBBORN HORSE" sonne presque comme du New Order, tout comme les (non)structures rappellent les groupes sauvages urbains du moment (Liars, Animal Collective..) et le côté grosses basses, jazz, latino le "funk de l’homme blanc" des Talking Heads.

A noter également l’effarante similitude de pochette avec l’Arular de Mia sorti exactement le même jour de la même année. Ainsi que la ressemblance nominative avec le précédent Ep Machinegong. C’est finalement la force de ce premier Lp (qui a été suivi depuis par Kontpab), combiner les formes et les couleurs, entrechoquer le post punk avec l’afro beat dans une improvisation complexe et saccadée, d’une densité électrique rare. A découvrir avant que le monde ne s’en empare.

En bref : Primitif et instinctif, ce 10 titres de 46 minutes anti hype est à classer entre les rayons post indus et new wave afro, section Rubick’s cube sonore.
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Le Myspace
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A lire aussi : Stars Like Fleas - The Ken Burns effect (2007)
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A noter que Mahjongg passe ce dimanche soir au St Ex de Bordeaux dans l’anonymat le plus complet (!?!), en espérant que ce post rameutera un peu de monde.
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"The STUBBORN HORSE" morceau le plus accessible dans un live show improbale :


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03 juin 2008

Polmo Polpo - Like Hearts Swelling (2003)

Like Hearts Swelling
se décline en cinq plages, longs espaces étirés au possible, composés de motifs répétés et crescendos. Parlons de post-rock alors, d'autant que le disque est sorti sur Constellation Records. Les trois premiers tableaux, saisissants, créent un paysage industriel, à la fois vivant et déjà mort, où l’on peut entendre les machines vrombir, grincer, crachoter, et créer une harmonie contemplative et parfois lyrique. Les deux derniers ressemblent plus à des tableaux impressionnistes, à de grandes plaines jaunes et humides où le son est moins dense, la composition moins dramatique, l’éléctricité évaporée. La juxtaposition n’a rien d’artificiel : nous allons bien du labeur à la retraite d’un même mouvement. Et Polmo Polpo, plus intéressé par les fondus que par les cuts, ouvre des zones de convergence où les espaces se recoupent : qu’entend-on au début de Farewell ? Un clavier ? Un oiseau ? Une poulie ?

En effet rarement disque aura si bien posé son décor et créé ses ambiances : les sons ne sont plus identifiables et assimilables à des instruments, ils semblent exister en tant que tels, et créent un champ dans lequel l’auditeur est immédiatement immergé. Cette transparence du moyen rend la musique plus forte, comme libre, autonome. L’espace est déjà réel, il n’est que cadré. L’oreille est contemplative, fascinée. Les tempos sont lents et laissent l’intensité grandir. Et on a beau faire, et apprécier les violoncelles de Sky Histoire et Like Hearts Swelling, ce sont bien les progressions industrielles des trois premiers volets que l’ont retient de l’ensemble.

A l’écoute de Requiem for a Fox, et même si Polmo Polpo travaille évidemment plus sur les progressions que sur les ruptures, à la 7ème minute la surprise est totale et l’idée remarquable : ces beats qui apparaissent comme le lierre sur la tôle, parasites magnifiques, seraient-ils une invitation à la danse ? Polmo Polpo va bien au-delà : c’est tout le mouvement de l’homme entre les rouages de la mécanique des machines, c’est cette recherche d’un rythme de travail, d’un rythme de vie, cette prise d’élan en manque d’envie qui est au cœur de la vie des citadins modernes. Polmo Polpo bâtit un disque post-industriel, où la lutte des classes n’est plus sociale mais esthétique, où la cheminée d’usine devient canon quand on trouve la beauté sous les laideurs imposées. Toute la première partie du disque invite à la contemplation industrielle, au ravissement des sens en milieu glaçant, désormais dernière nécessité face au travail nécessaire.

Car ces sons qu’Einstürzende Neubauten aurait rendu oppressants, ce qu’ils sont pour la plupart de ceux qui les vivent, sont ici enveloppés d’une acoustique brumeuse, d’une brume lointaine, et transfigurés jusqu’au sublime. On apprend alors à peine ce dont l’oreille de l’homme est capable, puisqu’en acoustique aussi tout n’est question que de perspective. On entend ce que l’on veut. Ce disque est profondément bouleversant, car il agit comme une vertigineuse révélation.


En bref : Un disque de post-rock qui ne change pas le genre. Il est juste infiniment plus beau que les autres.
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Non pas des vidéos, mais Requiem for a Fox et Farewell illustrés par un amateur:



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17 février 2007

Godspeed You Black Emperor! - Lift your skinny fists like antennas to heaven!

En ouvrant ce disque, on tombe sur des dessins bien curieux. L'un d'eux représente deux hommes. L'un, masqué, en costard, porte une cravate ornée du sigle dollar, et coupe, à l'aide de longs ciseaux, les mains de l'autre. Sur la table, un contrat fraîchement signé. Et là-dessus, un titre d'un cynisme achevé : Lift your skinny fists like antennas to heaven ! Levons nos moignons, donc. C'est Faust revisité, mais c'est surtout une juste illustration, en négatif, de l'éthique d'un groupe hors-norme qui évite soigneusement les autoroutes du music-business. Chacun de ses albums, au fond, exprime la même sentence ultra-radicale : le capitalisme mène à l'Apocalypse - on adhère ou pas... Quoi qu'il en soit, la musique de Godspeed You Black Emperor!, quasiment dénuée de chant, s'apparente plus à un appel muet et fataliste à l'insurrection qu'à un objet de propagande pur. Si la révolte gronde, elle est purement musicale et reste informulée. Godspeed nous invite à grossir les rangs des esthètes-kamikazes pour qui rien n'est plus beau qu'un combat perdu d'avance.

Sorti en 2000, cet album est sûrement le plus abouti du collectif Montréalais. En apparence, il est plutôt hermétique. 4 plages de 22:30 minutes, sur deux CD, forment une unique symphonie, épique et ténébreuse. Le nom des titres n'est indiqué nulle part, mais le livret contient un mystérieux diagramme chronologique représentant les variations d'intensité de l'album. Ce mépris des formats imposés est revendiqué par ces artistes comme par tous ceux de l'intransigeant label Constellation (The Silver Mt. Zion Orchestra and Tralala Band, Fly Pan Am, Exhaust, tous plus ou moins liés à Godspeed ...) par lequel la version vinyle a été éditée, alors que le double CD est sorti chez Kranky.

Le disque navigue perpétuellement entre de flamboyantes envolées orchestrales et des phases d'extrême nostalgie, comme au début de la deuxième partie, lorsqu'un homme à la voix chevrotante se remémore son enfance avant de lâcher, dans une tristesse infinie : "They don't sleep anymore on the beach...". Parfois, la même note de violoncelle, le même larsen se prolongent jusqu'à la douleur, vous immergent dans l'angoisse et soudain, un puissant rayon de soleil éventre le ciel uniformément noir: grosse caisse, fine pluie de cymbales, distorsions suintantes, cordes lyriques, vont crescendo et portent une joie post-humaine, à l'abri du temps et de la contingence. Mais la félicité ne dure qu'un instant. Très vite, les guitares se taisent, le rythme retombe, et ne subsistent que les sons lointains d'un monde détruit, comme si on déambulait dans une ville ravagée. Au milieu de cette promenade, les échos étouffés d'un piano et une voix d'outre-tombe procurent des frissons à la limite du supportable.

"Lift your skinny fists..." est une chevauchée macabre qui allie la puissance organique des cordes à un rock progressif débridé, pour une orgie sonore éprouvante, mais inoubliable.
Godspeed You Black Emperor!, ou la rencontre de Wagner et Sonic Youth dans un abri antiatomique...







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