05 septembre 2016

Ukandanz - Awo (2016)


La musique éthiopienne est un virus redoutable, surtout dans ses hybridations rockn'roll, qui savent toucher les petits blancs que nous sommes (The Ex avait déjà réussi à débaucher le grand Getatchew Mekuria,voir dans ces colonnes, "king of the ethiopian saxophone"). Car  Ukandanz n'est pas un groupe natif d'Addis Abeba : c'est à la base des gars qui font du noise/math rock, de la musique un peu barrée et inventive, qui exige d'un guitariste qu'il connaisse un peu plus que sa pentatonique mineure et ses plans blues piqués à Keith Richards ou Clapton.

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22 décembre 2009

Karlex - With All Due Respect (2009)

Do you know Karlex ? Pour ceux qui seraient passés à côté, malgré la très bonne critique de son deuxième album sorti cette année, Dodb opte pour une piqûre de rappel. Comme son auteur, With All Due Respect (signé sous son propre label Lil' People records) est un mélange aux mille saveurs. Le genre qu’on n’enferme pas dans une case. D'origine haïtienne, Karlex a vécu à New York avant de s'installer il y a six ans sur le littoral du sud de la France, près de Montpellier. C’est là, face à la mer Méditerranée, qu’il a composé ses onze titres (douze avec le bonus), inspirés par tous ces lieux puisqu'il chante en trois langues : anglais, créole et français. Sur les pas de ses oncles et frères, il s’est mis à la guitare vers l’âge de onze ans. Mais c’est dans la composition et l’écriture de chansons qu’il trouve son élément. Ses influences : Les Stones, The Doors, Mickael Jackson, Bob Marley ou encore Fela Kuti.

Tiraillé entre la culpabilité de vivre pleinement dans cette société de consommation occidentale et la pauvreté qui ronge son Haïti natale, Karlex jongle et parle de cette dualité des cultures qui l’anime et qu’il a aussi du mal à assumer. Son combat intérieur pour trouver un équilibre donne un melting pot riche de couleurs afrobeat, électro-dub, funk, soul ou encore folk et jazzy.

Il ouvre en anglais par "Liberated" (Tomorrow can wait). Il raconte : "Je parle de cette société de consommation, de cette prison. C’est une folie dans laquelle je suis moi aussi un consommateur." Ses harmoniques à la guitare, le synthé et les rythmes de la batterie s’emballent et virent vers un son électro et très dub. La voix apporte une douce mélodie avant de s’enflammer dans un slam ou un rap final, qu'un duo souffle/basse clôture.

Dès les premières notes de piano, le second morceau "Do you know my name" affirme clairement sa touche jazzy. Des voix lointaines laissent place au chant de Karlex, qui en écho, semble lancer un appel, ou plutôt une prière, réveillée par des apparitions de flûte traversière. Ni prosélyte, ni moralisateur, il explique pourquoi il s’adresse à Dieu : "Cette chanson parle de la souffrance du peuple haïtien, de celle d’autres peuples. Je suis un croyant dans le questionnement." Dans une autre version (bonus) plus rapide comme lors de ses concerts (il était de passage à Montpellier en décembre) l’entrée électro avec la réverbe de la batterie ravivent le morceau.

"Onè respè" mêle le créole et le français. En Haïti une expression veut qu’au lieu de frapper à la porte de chez quelqu’un on dise "Honneur" (Onè) et les gens répondent "Respect" (respè). Sa voix chaude et son parlé incarnent l’Homme africain. "Courir pour être libre, courir pour ne pas mourir." Inspiré par ses ancêtres esclaves qui ont couru pour la liberté, il pointe les différences nord/sud. La place donnée à la guitare électrique, la mélodie enjouée, le synthé et une enveloppe sonore électro rafraîchissent le côté traditionnel.

Karlex poursuit son retour aux racines avec l’afrobeat de "I-nèg'marron". "On est tous des Neg marrons. Des Neg marrons qui se battent pour la dignité", crie-t-il en concert. "Mes ancêtres étaient des esclaves alors je dois en être un aussi.".

Après "Dear Mama", place au jazz groovy de "Choukoune". Dans ce dialogue entre le piano, la batterie et sa voix sensuelle, Karlex slame en créole un poème du 19e siècle, l’histoire d’un homme enchaîné des deux pieds par une femme !

Folk, avec un début à la guitare seule, "Everyday" laisse enfin place au chant et moins à la voix parlée. Derrière une base de rythmes africains, la voix se balance entre le registre grave et aigu. Tandis que les riffs de guitares électriques s’entremêlent aux sons du synthé.

Dans "It's all in your heart", les rythmes de percus africaines persistent. Mêlés à la guitare, à la répétition d’effets, notamment de la wah-wah, ils rendent l’atmosphère mystique tout comme la voix douce qui envoûte et alterne entre medium et aigu. Les boucles de voix répétées hypnotisent et leurs longueur installent un univers de transe. Avec des percus en constante résonance dans la tête.

Après la guitare plus rock de "So much in a man's mind" et les bases electro-pop avec des voix sur la fin de "Making it right", Karlex rend hommage à David Bowie. "This not America" est sa première reprise. Très lente, il pose les paroles comme un slam sur le synthé, instrument solo du morceau. Au bout de plus de deux minutes d’introduction, il chante le refrain. Apaisé, on se laisse guider et on prend le temps d'écouter. Il finit par de longues nappes enveloppantes. Une version très épurée, et très pure. Comme son interprète.

En bref : un artiste éclectique et inclassable qui puise sa musique et son verbe autant de son Haïti natale que de New-York, où il a fait ses classes. Un répertoire envoûtant à découvrir aussi en live pour une version plus chaloupée.




Le Myspace et le site officiel

Le clip de "Liberated" :



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15 avril 2009

Nightmares on Wax - Smoker's Delight (1995)

Nightmares on Wax n’intéresse plus grand monde. L’évidence, c’est que George Evelyn, DJ et patron du label Mo Wax, ne s’est plus distingué de sa formule trip-hop downtempo qu’il recyclait depuis le succès commercial de Carboot Soul en 1999. Pareilles à des plaquettes de voyagiste sur papier glacé, les répliques qui avaient suivi m’avaient si bien lassé que je ne m’étais jamais donné la peine de me pencher d’avantage au sujet de l’une des plus anciennes signatures de la maison Warp. Pourtant, ce deuxième opus, aux tonalités aussi légères et aérées que lointaines et chaleureuses, n’en demeure pas moins un petit bijou chillout des années 90’.

Smoker's Delight est le produit d’une longue maturation. Pour en retrouver les prémisses, il faut remonter à l’époque où NoW formait encore un duo de house bleepée avec Kevin "Wonder Boy" Harper, rencontré dans un groupe de breakdance appelé les Soul City Rockers en même temps que Unique 3, b-boys eux aussi passés du hip-hop à la rave. Sur A World Of Sience : The Final Chapter, l’unique album né de leur collaboration, Evelyn avait placé en introduction un titre composé à partir des violons du multi-samplé "Summer In The City" de Quincy Jones (The Parcyde, Black Moon…). Initialement prévu pour ce projet encore en gestation, "Nights Interlude" annonçait l’écriture d’un nouveau chapitre qui, après le départ de Harper, ne sera dévoilé que quatre années plus tard.

Il faut dire que le titre de cette première pièce solo laisse clairement supposer les conditions qui ont bénéficié à sa réalisation. Passé le morceau d’ouverture "Nights Introlude", dans une version légèrement plus habillée de la première épreuve, le break syncopé "Dreddoverboard", qui n’est pas sans rappeler les tracks acides des débuts, installe une sorte d’apesanteur sur fond d’instrus hip-hop. "Pipes Honour" avec son gimmick de guitare funk posé sur une rythmique hip-hop enlevée, offre un long développement qui semble se répéter à l’infini. Si une grande partie des morceaux se réduit à deux ou trois motifs musicaux assez simples, ils distillent un groove épuré mais toujours présent comme sur "Stars" et ses quelques notes de claviers ou sur "Groove St." et ses samples de bâillements satisfaits.

C’est dans une sorte d’esthétique de carnet de voyage qu’Evelyn s’inspire des classiques de Motown comme sur "Bless My Soul" constitué à partir du titre "Just My Soul Responding" de Smokey Robinson ou du mythique label hip-hop Sugar Hill Records avec "Cruise (Don't Stop)" qui sample discrètement les vocaux de "We Got The Funk" de Positive Force. A des lieues encore des clichés exotiques de ses futures productions, "Mission Venice" conserve le charme d’une flânerie voluptueuse, tout comme "Rise" celui, d’un lever de soleil sur une plage abandonnée. Mais l’une des plus grande réussite de cet album reste "Gambia Via Vagator Beach" et son jam de percussion survolé d’un harmonica. Et sous les effets de l’herbe du diable, le temps se sera étiré à la manière de la petite fumée.

En bref : l’album le moins commercial du DJ britannique est aussi le plus cohérent. Destiné aux amateurs de trip-hop et de soul, il est à emporter sur une île déserte.




Nights Introlude
Gambia via Vagator Beach
Groove St.

A lire aussi : Ballistic Brothers - Rude System (1997)

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10 mars 2009

Laurent Garnier - Gnanmankoudji (2009)

Nous l’avions brièvement annoncé : le pape de la techno française s’apprête à sortir son quatrième album, Tales of a Kleptomaniac, le 11 mai, quatre ans après le décevant The Cloud Making Machine. Le premier extrait, Gnanmankoudji (ce qui signifie "jus de gingembre" en langue Dioula), est sorti hier en maxi chez PIAS, et s’il annonce d’une manière ou d’une autre la qualité de l’ensemble, on peut s’attendre à un disque démentiel, à la hauteur de ce que l’on est en droit d’exiger du personnage.

Un edit promotionnel horriblement frustrant, d’une durée d’environ cinq minutes, traînait depuis un moment sur le net, mais la qualité du son en était tellement exécrable qu’il était difficile de jauger le morceau. Il s’agissait en fait d’un court extrait du “Horny Monster Mix”, qui s’étale en réalité sur plus de dix minutes. D’inspiration house old-school, cette version, qui s’adresse clairement aux dancefloors, voit Laurent Garnier revenir dans des zones plus tribales que sur sa précédente production, qui lorgnait vers l’acid techno (“Back To My Roots”, sur Innervisions).

Lorsque résonne le thème de trompette, on ne peut s’empêcher de penser à l’énorme classique qu’est “The Man With The Red Face”, parcouru d’un bout à l’autre par des cuivres furieux. Mais “Gnanmankoudji” est moins exubérant, plus répétitif, et reste centré sur la basse et les percus. On y retrouve le sens de la dramaturgie propre à Garnier, cette manière de rendre l’attente insoutenable jusqu’à l’explosion finale. D’après mes sources, le vétéran l’aurait testé au Rex lors de son dernier mix “all-night-long”, avec l’effet qu’on peut imaginer.

La version originale, ma préférée, développe une atmosphère plus jazzy, entre broken beat façon 4 Hero, feeling afrobeat, et errances space-jazz à la Sun Ra. Aux cuivres, encore plus présents, s’ajoutent de belles touches d’orgue, de Moog et - pour le plus grand plaisir d’Emmanuel - de Rhodes ! On entend également une guitare acoustique limpide, des congas, des claves, des bribes de chant rituel... Une véritable orgie sonore, pour faire court. Argh ! Encore deux mois avant l’album !

En bref : Deux superbes tranches de jazz futuriste, l’une euphorique et dansante, l’autre afro et sensuelle. L’album va faire très mal.



Les prochaines dates françaises de Laurent Garnier:

- 13 mars à Istres (L’Usine)
- 19 mars à Caen (Le Cargo)

- 20 mars à La Défense (Festival Chorus)

- 25 avril au Printemps de Bourges

- 20 mai aux Nuits Sonores de Lyon

- 28 mai au Bataclan (Release party - Concert+DJ set)

- 4 juillet à Sète (World Wide Festival)
- 5 juillet aux Eurockéennes de Belfort

- 7 août à Brest (Astropolis)

- 9 août à Uzès (Electro Uzès Festival)


Son Myspace
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03 décembre 2008

Osunlade - Elements beyond (2008)

Bon nombre d'entre vous ont certainement déjà flirté avec la musique d'Osunlade, consciemment ou non. Depuis une dizaine d'années, cet artisan éclairé d'une house raffinée et métissée, collaborateur notamment de Roy Ayers et Cesaria Evora, distille sans faiblir ses jolies pièces électroniques pour les plus fameux labels de la famille digitale (Strictly Rhythm, Soul Jazz Records, K7!, Versatile...).

Paradigm et Aquarian Moon, en 2001 et en 2006, furent l'illustration, sur long format, des belles dispositions du monsieur. Ses productions, lorgnant par moment du côté de la deep house, se distinguent par une classe incroyable mais surtout par un sens inné du groove. Nourries d'influences « black », elles rayonnent et éblouissent, irresistibles invitations à l'élévation spirituelle aussi bien qu'aux dandinements du dancefloor. Arrangements électro, soul, funk, jazz y fusionnent, en parfaite synbiose.

Elements Beyond, dernier disque du New Yorkais, sorti en 2007 aux States et parvenu dans nos contrées cette année par le truchement de D:Vision, poursuit son oeuvre bienfaitrice sur Terre. Sans réellement se distinguer des autres LP, il ne laisse cependant transparaître aucune faiblesse et s'avère un piège imparable pour tout amateur de house délicate et richement instrumentée. Il révèle également une pure balle, “My reflection”, récemment éditée en maxi.


L'album s'ouvre avec “A cloud mist” et ses basses appuyées. Plage ambiante, soutenue par d'intermittents errements vocaux quasi-tribaux, une ligne de percus efficace et de délicieux jaillissements de violons, elle n'autorise aucune tergiversation. Nous sommes bien à l'écoute d'une galette griffée “Osunlade” et cet incipit goûtu laisse d'ores et déjà présager d'une livraison de qualité. “A monk's tear” confirme, dans un style plus aérien et mystique, cette première impression. Comme à l'accoutumée, l'Américain décline une large palette de percussions africanisantes, agrémentée d'incursions soul, jazz ou funk. Ici, des accords groovy de guitares électriques.


Le musicien raconte en interview qu'il fût bercé enfant par le titre “Rapp payback” de James Brown (écouter sur Deezer) puis bouleversé, durant l'adolescence, par “Controversy” de Prince (écouter). On ne peut en douter à l'écoute du très funky et très justement nommé “Momma's groove”, cinquième titre du disque. Ambiance live, grosse voix soul, ligne de basse wah wah irrésistible et solo de sax', tout est là. La constante demeure une nouvelle fois l'emploi extensif et judicieux de djembés, accordant encore davantage de chaleur à cette succulente track. Le terrain est idéal pour l'entrée en piste de la pièce suivante, “My Reflection”, inconstestablement un des sommets d'Elements Beyond.

Par ses parties chantées soulful et mélodiques, et en particulier l'utilisation d'une voix féminine (la poétesse américaine Divine Essence), ce titre de house capitonnée s'incrit d'emblée dans la lignée des productions Strictly Rhythm des années 90 (Masters at work, Ultra Naté, DJ Pierre...). Ses boucles rythmiques incessantes, truffées de breaks et accompagnées de furtifs riffs de guitares, donnent néanmoins à l'ensemble un vernis plus contemporain. Le groove d'Osunlade est toujours présent et l'exercice de séduction se diffuse tel un fluide dans nos veines. Et l'on se dit alors qu'il est si bon de retrouver les inspirations des anciens, la fraîche beauté et le confort des luxueuses productions house des 90's, trop souvent injuriées de “commerciales”.

Luxe et confort, Osunlade les perpétue au fil de ses dix titres, dans un registre house vocale mâtiné des rayons grisants d'un soleil d'Afrique ou d'Amérique latine. Pour autant, il ne délaisse pas ses penchants deep. En témoignent les dix minutes trente de plongée de “Frequencies” ou la lanscinante, quoique toujours funky, “Queen's battle”. La messe du seigneur new yorkais est dite. Le compositeur signe là un album tout aussi réussi qu'indispensable pour éclairer les soirées de ce triste début d'hiver.


En bref : Le New Yorkais Osunlade parfait sa belle discographie house. Il délivre un nouveau récital électronique truffé d'inspirations “black music”, au fort parfum d'Afrique, confirmant ainsi son incroyable sens du groove. Hautement recommandable, tout comme ses précédents albums.




Momma's groove.mp3

A monk's tear.mp3


Le myspace d'Osunlade


A lire : section house


Le clip de « My reflection » :



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13 octobre 2008

Mahjongg - Concert au St Ex de Bordeaux le 12/10/08

Il y a des soirs comme ça. Je vous en avais parlé il y a quelques jours dans la chronique de leur premier album Raydoncong, Mahjongg, le collectif ultra underground de Chicago était hier en France (une première ?). Un exploit culturel que l’on doit à l’association bordelaise naissante Let’s Panic Later qu’il faudra certainement surveiller de très près cette année. Comme un secret trop bien gardé, le son Mahjongg est de ceux que l’on aimerait garder pour soi, comme un trésor à l’abri des regards que l’on souhaite cependant partager avec des amis (mais pas trop quand même). Là où inéluctablement des groupes précurseurs comme Liars ou Animal Collective
rentrent petit à petit dans le moule du commercial (le vilain mot est lâché), Mahjongg reste bancale, hybride, expérimental et n’est pas prêt de se retrouver bandé FM. Et c’est un peu pour ça qu’on est là, et que la cinquantaine d’autres personnes aussi (toujours les mêmes!). Dans une ambiance propice à l’échange sans complexe et à la découverte d’autres cultures (c’est loin Chicago !), le show peut commencer.

Et si en plus de ça on m’avait prévenu que les deux premières parties bordelaises allaient une fois de plus se surpasser, je ne l’aurais pas cru. Dr Cosmos dans un premier temps, que j’avais déjà vu auparavant et qui ne m’avait que peu convaincu, débarque sur scène apparemment très stressé (est-ce un jeu ?) et scotche tout d’un coup l’assemblée dans son folk minimaliste fait d’erreurs et de réussites, terriblement humain à l’image d’un Buckley ou d’un Smith, qui gagne de l’assurance sans perdre de crédibilité lorsqu’il est rejoint sur scène par sa bassiste et son batteur (Antoine, excellent !) et que les chansons, minimalistes il y a 10 minutes de ça prennent une toute autre ampleur orchestrées à trois. Impressionnant ! Tout comme Erez Martinic, vu il y a quelques jours également, qui déploie son math rock toujours dos au public mais face à son batteur qui rivalise toujours autant d’ingéniosité. Les Mahjonng présents dans la salle semblent adorer, et nous aussi. Du très bon je vous dis.

Ce n’est qu’un peu plus tard que la secte de Chicago installe tout son attirail fait de bric et de broc (mi machine/mi instrumental) pour célébrer dans une grande messe païenne le dieu Kontpab (alias leur dernier effort). Une équipe de fous furieux qui s’échangent les instruments à tours de bras, qui chantent (psalmodient ?) chacun leur tour, sans véritable logique, à l’avenant dirait-on. Des compositions qui favorisent les polyrythmes grâce à des configurations à trois batteurs (dont un sur un curver en plastique, un autre sur une cymbale défoncée) et des voix bien distinctes. Limités en hauteur par la voûte en pierre du St Ex, les cinq garçons n’en transpirent pas moins pour autant, enchaînant dans un ordre que l’on imagine forcément bordélique les titres popeux des débuts (Machinegong) et les derniers morceaux issus de Kontpab, déjà presque plus accessibles et tubulaires. L’assistance qui a la chance (ou la présence d’esprit) de se trouver là ce soir est aux anges, suspendue entre ciel et terre dans un même mouvement de transe naturelle (grâce aux sonorités afro beat dominantes). Lorsque la lumière se rallume, tout le monde se retrouve dans la sueur et la fumée (dernier refuge des reclus, le St Ex ne bannît pas la cigarette) avec sur les bouches bées la sensation d’avoir assisté à un grand moment de scène underground, un jour en France. Des dimanches comme ça on n’en vit pas beaucoup dans une vie.

Mahjongg c’est ça :


Et Erez Martnic c’est ça:


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07 octobre 2008

Mahjongg - Raydoncong (2005)

Il m’en aura fallu du temps pour attraper le clavier et tenter de retranscrire l’univers de ce mystérieux collectif de Columbia émigré à Chicago. Un délai imputé à la double caractéristique de l’objet qui nous occupe, à la fois assez hermétique au premier abord, et pourtant terriblement attirant, pour de multiples raisons. Tout d’abord parce que l’on ne sait presque rien sur ce groupe, si ce n’est qu’ils s’autodéfinissent sur leur Myspace comme "Gothique / Acoustique / Musique pour bande" et qu’ils appartiendraient à un obscur rassemblement art punk fétichiste de l’Afrique 70’s. Si l’on ajoute à ça des pochettes généralement conçues en auto stéréogramme, des références incessantes aux nombres premiers et un public d’esthètes convaincus, ça sent soit la masturbation à plein nez soit le véritable chef d’œuvre contemporain.

Passé une première étape d’introduction, "THE rRABBITT" annonce la couleur, enfin pas vraiment. Je m’explique. Ce titre, placé en second sur la playlist, est de loin le meilleur, tout en se rapprochant le plus des "standards" du genre. Lancé par une paire de gankogui (cette double cloche africaine), il envoie ensuite un rythme de rave party sur des vocals constipées estampillées Hunter Husas. Le reste de l’album, indéfinissable, témoigne d’une réelle obsession pour le rythme, la répétition et la transe, en gros l’expérimental et l’anticonformisme. Pourtant à force d’écoutes on se dit que "The STUBBORN HORSE" sonne presque comme du New Order, tout comme les (non)structures rappellent les groupes sauvages urbains du moment (Liars, Animal Collective..) et le côté grosses basses, jazz, latino le "funk de l’homme blanc" des Talking Heads.

A noter également l’effarante similitude de pochette avec l’Arular de Mia sorti exactement le même jour de la même année. Ainsi que la ressemblance nominative avec le précédent Ep Machinegong. C’est finalement la force de ce premier Lp (qui a été suivi depuis par Kontpab), combiner les formes et les couleurs, entrechoquer le post punk avec l’afro beat dans une improvisation complexe et saccadée, d’une densité électrique rare. A découvrir avant que le monde ne s’en empare.

En bref : Primitif et instinctif, ce 10 titres de 46 minutes anti hype est à classer entre les rayons post indus et new wave afro, section Rubick’s cube sonore.
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Le Myspace
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A lire aussi : Stars Like Fleas - The Ken Burns effect (2007)
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A noter que Mahjongg passe ce dimanche soir au St Ex de Bordeaux dans l’anonymat le plus complet (!?!), en espérant que ce post rameutera un peu de monde.
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"The STUBBORN HORSE" morceau le plus accessible dans un live show improbale :


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15 avril 2007

Makossa + Megablast - Kunuaka (2007)

Sur Mama, titre inaugural de cet étonnant album, le sénégalais 3gga adresse, en français, des louanges à Jah et fait les présentations sur un broken beat dévastateur qui fait songer à 4 Heroes : "C'est le son de Makossa et Megablast, à Vienne...". Car ce sont bien deux blancs-becs viennois qui concoctent cette mixture rafraîchissante d'afrobeat et d'électro - au sens large du terme. Vienne n'est pas forcément liée, dans nos imaginaires, à une idée de diversité et d'ouverture musicale. Et pourtant, notamment autour du label G-Stone de Kruder & Dorfmeister, s'est peu à peu constituée, dans la capitale autrichienne, une scène électronique plus qu'intéressante.

Tenez Marcus Wagner-Lapierre aka Makossa, par exemple. C'est un peu le pape des Djs locaux, et il anime depuis 13 ans, sur une radio nationale, l'émission hebdomadaire Swound Sound System, spécialisée, d'après le site de G-Stone, dans une "deep, dope, dub & dirty funky, afro, cosmic influenced electronica" (sic). Des recherches tous azimuts qui ne pouvaient que séduire Megablast. De son vrai nom Sacha Weisz, celui-ci est passé par le hip-hop et le reggae avant de s'intéresser à l'acid house et à la techno.

La recontre de ces producteurs érudits s'est d'abord matérialisée dans le maxi Kunuaka / Like A Rocket, un gros carton de 2006 porté par des percus foisonnantes et une basse grasse et sale. L'album, qui inclut les deux titres, est du même tonneau. Lyrics toastés ou slamés par les MCs de la galaxie G-Stone, harmonies synthétiques et rythmiques addictives sont les constantes de ce Kunuaka, sans temps mort ni faute de goût. Même les excursions cubaines Porque et Que pasa, avec la chanteuse Cleydys Villalon, sont de complètes réussites.

La voix chaude et roublarde de Ras T-Weed épuisera les résistances des plus exigeants des dub lovers sur Rip it up, un dub explosif de plus de huit minutes - proche du travail de Rythm & Sound, dont je vous toucherai deux mots prochainement. Find it up (feat. Farda P) s'en sort pas mal non plus au rayon échos jamaïcains... Mais le meilleur de cet album est bien dans l'enchaînement dévastateur Mama / Kunuaka / Like a rocket, qui rénove sérieusement l'afrobeat en trouvant le chemin d'une transe tribale originelle.

Une belle gestion des silences et des breaks renforce encore la puissance d'une musique déjà salement efficace, à l'écoute de laquelle il faudrait être anesthésié pour ne pas secouer la tête. Assurément une des belles surprises de ce printemps 2007.

En bref : afro-beat, hip-hop et house composent le cocktail gagnant de ce duo viennois.



Interviews, extraits et images de live :


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