08 février 2011

Blondes - Touched EP (2010)

Comme leurs potes de Teengirl Fantasy, les deux membres de Blondes, bien que basés à Brooklyn, se sont rencontrés dans le vivier à musiciens qu’est l’université d’Oberlin, dans l’Ohio. Eux aussi signés sur Merok Records, ils creusent le même sillon hype et arty, entre pop, ambient et dance music. Mais là où les disques de leurs confrères accrochent immédiatement l’oreille par leur côté ludique et lofi, le premier EP de Zach Steinman et Sam Haar est plus en retenue et nécessite quelques écoutes pour être apprécié à sa juste valeur et ne pas être relégué au rang de bouillie chillwave jetable. Quand je parle d’EP, il faut quand même que je précise que Touched contient presque quarante minutes de musique. Un peu plus long que l’ « album » de Mount Kimbie, à titre de comparaison.

Les deux New Yorkais aiment prendre leur temps, faire doucement monter l’intensité de leurs morceaux, par ajouts successifs de synthés, de chœurs filtrés, de vrilles acides et de claps, animés par une volonté sournoise de capturer l’auditeur sans en avoir l’air. "Moondance" et ses 11 glorieuses minutes de kosmische musik mâtinée de techno de Detroit en sont l’exemple idéal. Pépères, les Blondes font tourner leurs tracks aux alentours des 100 BPM et se foutent clairement de faire danser, à part peut-être avec "Paradise City", qui confirme de fort belle manière leur attirance pour la house des pionniers.

Ils sont plus intéressés par les états semi-comateux, les instrumentaux répétitifs, ou quasi-chamaniques, comme sur "You Mean So Much To Me", où le piano et les nappes syncopées enrobent de petites voix rythmiques qu’on croirait sorties d’un chant aborigène. Enregistré dans les conditions du live, Touched est un disque à dimension humaine, qui mise avant tout sur l a richesse et la variété de ses textures pour communiquer l’émotion, et y parvient le plus souvent. Peut-être un peu trop linéaire et nonchalant pour être grandiose, il reste une belle carte de visite pour ce jeune duo au son très organique et absorbant.

En bref : un bon et long EP de dance-pop rêveuse, dans la lignée de Teengirl Fantasy.



Leur Myspace
Blondes sera au Lieu Unique (Nantes) le 17 février.
Le Myspace et le site du label Merok

A lire aussi : Teengirl Fantasy – 7AM et Tropics – Soft Vision EP



BLONDES - Virgin Pacific



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04 février 2011

Teengirl Fantasy au Point FMR (03/02/11)


Aussi appréciable que fût le set de Teengirl Fantasy, hier soir, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce que la chose pourrait donner dans un club ou un festival, en pleine nuit, dans un climat, disons, plus euphorique que celui du Point Ephémère en début de soirée. C’est vrai que leur musique est très brumeuse et possède ce petit côté Animal Collective qui plaît tant au public « indie ». Mais elle est surtout influencée par tous les courants dancefloor de ces trente dernières années. C’est encore plus criant en live, puisque les deux étudiants américains solidifient le groove des morceaux phare de leur album 7AM à coups d’accords de synthé disco bien putes, de gros breaks hip-hop ou de voix dignes de la dance music la plus cheap des années 90.

Avec un tel traitement, leur tube "Cheaters" devient une arme de destruction massive qui fait lever tous les bras, même si c’est l’interprétation de l'un de leurs plus vieux titres, "Portofino", qui restera comme le moment le plus intense de la performance. C’est vraiment ce que le duo de l’Ohio peut offrir de meilleur, quelque chose d’à la fois très immersif et hédoniste. Le corps bouge de lui-même en réponse aux basses housey, tandis que le cerveau se perd dans les échos mélodiques des nappes. Les (rares) passages downtempo sont moins convaincants, à l’image d’un "Dancing In Slow Motion" dépouillé de son attrait principal, la voix de Shannon Funchess.

Côté spectacle, c’est évidemment assez minimaliste : deux belles tronches de geeks, sapées comme des sacs, concentrées sur leurs machines (mais sans laptop) et échangeant peu avec leur auditoire. Logan Takahashi est carrément statique, on ne voit même pas ses yeux, cachés derrière une frange un peu dégueu. Le barbu Nick Weiss a une gestuelle plus marrante, une manière assez spéciale de danser dos au public et de claquer les notes sur son clavier. Il manquera de perdre son calme en s’acharnant sur des drum pads sans en tirer un son – seule petite couille technique de la soirée.

Malgré quelques moments de flottement, leur show donne envie de prolonger la fête pendant de longues heures et de commettre des excès, ce qui est toujours bon signe. En espérant qu’un club parisien ait un jour l'idée lumineuse de les programmer pour les voir dans un contexte plus adapté.

Le site
et le Myspace

A lire aussi : Teengirl Fantasy - 7AM (2010)

"Cheaters" en live à Mexico il y a quelques mois (en attendant une vidéo du concert parisien) :


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23 novembre 2010

Superpitcher - Kilimandjaro (2010)

Pour les plus pointus d’entre nous, l’allemand Aksel Schnaufler est qualifié de popeux de l’électro. Il n’empêche. Pour qui n’y connait rien, ou peu, en tech house allemande, ce disque est d’une infinie fraîcheur. Six ans se sont écoulés depuis son premier Lp de 2004 Here comes love (un titre purement pop) et personnellement je n’avais plus entendu parler de lui depuis son super side project Supermayer. Toujours chez Kompakt, le dandy blondinet livre un trip facile à vivre, mélancolique bien que réconfortant.

Après quelques gloussements d’oiseaux, le dub branleur "Voodoo" annonce la couleur. Un oreiller musical propice au chill qui ne peut qu’enchanter. Et puis un peu d’acide pop prend le pas. "Country boy" est tout aussi attachant. Sans crier gare, la grosse track du disque arrive quai n°3. Elle a pour nom "Rabbits in a hurry" et c’est un vrai labyrinthe qui n’est pas sans rappeler les Talking Heads, pour le coup bien passés à l’eau de Cologne. On est à peine redescendu lorsque la dance cotonneuse de "Friday night" fait son entrée. Encore une fois les effets pop sont nombreux, même si on prend sacrément des basses au casque.


Les deux titres suivants font presque office de pause. Mais Superpitcher ne vous laisse jamais bien longtemps sans substance et la lascivité du suavissime "Who stole the sun" vous plonge dans une transe immobile ambiance farniente les cocotiers en moins. Mon morceau favori reste encore à venir : "Black magic" ! De la soul moriconienne qui suspend temps et émotions le temps d’une boucle répétitive purement addictive.

En bref : à ceux qui disent que ce disque est chiant et sans saveur, je dis non. A ceux qui rentrent facilement dans cette électro bien allemande accessible et hédoniste, je dis oui !



La page de Superpitcher

"Black magic" et "Voodoo" :





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24 septembre 2010

Teengirl Fantasy - 7 AM (2010)

C’est en écoutant la compilation Sisters avec l’ami Fab que j’ai découvert Teengirl Fantasy. Le morceau incriminé, "Now That’s What I Call Vol 2", s’est vite retrouvé en mode repeat dans la voiture. Il procurait une agréable sensation de flottement, d’errance sans but dans les limbes synthétiques. Je suis ensuite parvenu à me procurer leur démo, CDR, qui m’a surpris au point de me répugner et de rester au placard pendant quelques semaines. Ma première sensation était celle d’un bordel vulgaire aux couleurs criardes, pour faire court. Pourtant, je ne saurais dire pourquoi, j’avais l’impression d’être passé à côté de quelque chose. Impression confirmée par une nouvelle écoute, qui m’a révélé un univers singulier, aussi proche de la dance-pop spectrale de Delorean que de l’opacité électronique de The Field ou Fuckbuttons.

Sur CDR, les Teengirl Fantasy s’acharnaient cependant à brouiller les pistes. Entre "Gasmaskk" et son improbable sample du "Banana Split" de Lio, les incursions techno de "Azz Klapz" ou "Sandpillz", et les fantastiques pièces d’électronica hypnotique que sont "New Image Everyday" et surtout "Portofino" (l’un des meilleurs morceaux de 2009, sorti en single sur Rough Trade), difficile de trouver un fil conducteur à cette œuvre de jeunesse qui part dans tous les sens pour le meilleur et pour le pire (l’inaudible "Hoop Dreams"). Pourtant il en ressortait une incontestable vitalité, et aussi un je-m’en-foutisme plutôt séduisant.

Sur 7 AM, leur premier album officiel, on sent que les deux étudiants de l’Ohio, aujourd’hui basés à Amsterdam, se sont assagis. Ils se dispersent moins et se focalisent sur ce qu’ils font le mieux : une house vaporeuse et entêtante. Ils tentent bien une sorte de R&B psychédélique sur "Dancing In Slow Motion", mais ce n’est pas franchement une réussite, malgré la performance vocale de Shannon Fuchness (Light Asylum). "An Arena" et "Make A Move" justifient quant à eux l’étiquette chillwave que certains veulent coller au duo. Mais le plus intéressant n’est pas là.

Jouissant d’une position privilégiée car extérieure au mouvement, Logan Takahashi et Nick Weiss, comme les Fuckbuttons déjà cités, peuvent se permettre de sortir la musique de club de ses codes, de lui infliger les pires sévices pour en faire leur chose. En résulte une Intelligent Dance Music qui se nourrit avec irrévérence du meilleur de la house de Chicago (Mr Fingers, Marshall Jefferson…) en y intégrant le néo-psychédélisme propre à la scène indé actuelle. "Forever The Feeling", par exemple, sonne d’abord comme un morceau récent d’Animal Collective, avant que les percussions n’élèvent le tempo et qu’un pied house, puis un clap, ne prennent le relais, bientôt enrobés par un maelström d’échos de voix, de flûtes, et naturellement de synthés.

"Koi Pond" et "In The Rain" sont deux autres perles deep pour petits matins comateux, fonctionnant peu ou prou sur le même principe : un beat rapide, des samples de voix féminines et des mélodies d’une candeur féérique, le tout plongé dans un océan de delays digne du dub le plus lourd. Cet étrange bal de fin d’année sous kétamine se clôt en fanfare sur l’épique "Cheaters," un vrai petit tube underground, qui emprunte ses vocals à "Cheaters Never Win," de Love Committee.

En bref : un très beau premier album de dance-pop spleenétique et brumeuse.



Le Myspace du duo, et son site officiel, digne du skyblog d'une gamine de 12 ans.
Le site du label True Panther Sounds

A lire aussi: Odelo - Song For Natasha (2010)






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26 août 2009

Simian Mobile Disco - Temporary Pleasure (2009)

Il existe les coups de moins bien, les ratages partiels ou encore les erreurs de parcours, et il existe les plantages intégraux, portant parfois atteinte à la crédibilité d'un artiste. En la matière, le duo britannique Simian Mobile Disco nous fournit un joli cas d'espèce. Après une série de maxis et de remixes détonants, et un premier disque réussi, leur second album rate totalement la cible. Trop facile, trop vulgaire, trop agaçant, il déçoit de bout en bout et jamais n'invite à la réécoute.

En l'espace de quelques années, les Simian Mobile Disco se sont taillés une renommée internationale de rouleaux compresseurs des dancefloors, reprenant à leur sauce une palanquée d'artistes en vue (Air, The Kills, Klaxons, Björk ou encore Kevin Saunderson) et composant quelques singles imparables entre acide et électro-house. Attack Decay Sustain Release, sorti en 2007, confirmait cette réputation, alternant avec justesse phases techno anguleuses et refrains vocaux entêtants. Sur Temporary Pleasure, à peu de choses près, ne subsistent que de forts accents dance criards, totalement insupportables et n'éveillant qu'une seule envie, celle d'interrompre le supplice dans les plus brefs délais. Déception.

Un fait incontestable, les deux garçons ont mis à profit leur fraîche notoriété et se sont attachés les services d'une belle brochette de chanteurs en vue, au final enfoncés jusqu'au cou dans cette triste aventure musicale. Parmi ces illustres embourbés, Beth Ditto de Gossip, Alexis Taylor de Hot Chip, Jamie Lidell ou encore Chris Keating des Yeasayer. Une liste d'invités trendy à souhait mais qui n'évitera pas le naufrage total de ce deuxième effort du binôme Anglais. En effet, pas grand chose à garder. Seuls deux titres pourraient éventuellement demeurer dans nos mémoires. Le reste sombrera sans mal dans les méandres de l'Histoire des casseroles.

Pour évoquer ce qu'il y a de tolérable dans ce navrant Temporary Pleasure - qui, vous l'aurez compris, ne me procura que de rares moment de délectation - "Audacity of huge", premier single extrait du disque, quoique légèrement putassier déploie une énergie hautement communicative. Sur un beat massif et un micro sample faisant curieusement penser à une sorte d'aboiement numérique, les SMD retrouve le groove direct et imparable de leurs précédentes productions. Chris Keating, qui se colle cette fois-ci au chant, s'en sort honorablement façon mauvais garçon, narquois et tranchant. Il faut le concéder, "huge", est un qualificatif qui sied finalement plutôt bien à ce morceau, passons au moins ça aux deux Britons.

"10,000 horses can't be wrong", qui lui emboîte le pas, est tout aussi séduisant. Dans un registre plus techno-house nous faisant grâce pour une fois des vocaux abrutissants, il fait montre de la dextérité des Anglais en matière de lignes mélodiques épurées et acérées. Plus profond et propice à la transe, il nous fournit la seconde et dernière raison d'espérer une résurrection future pour le duo. Pour sûr, j'attendrai leur prochain disque avec beaucoup moins d'impatience...

En bref : Si vous ne connaissez pas encore les Anglais de Simian Mobile Disco, écoutez plutôt Attack Decay Sustain Release, leur précédent album sorti en 2007, ou attendez un de leurs passages en live. Ce second disque est à oublier, tout simplement.




Un titre : "10,000 horses can't be wrong"

Le clip de "Audacity of huge" :



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