01 février 2013

Various Artists ‎– Anthology Of American Folk Music (1952)

C'est à ce jour l'une des plus importantes et des plus volumineuses anthologie de la musique populaire américaine. Publiée dans une première édition, il y a maintenant plus de 60 ans, elle concentre dans six albums pas moins de 84 morceaux de folk, de blues et de musique country. C'est également et surtout une invitation de premier choix pour (re)découvrir les racines profondes de ce brassage culturel et musical qui a pu germer de ce terreau nord-américain. Une terra nova chargée de promesses, d'accomplissements et de désillusions pour tous ceux qui se sont embarqués dans cette traversée de l'Atlantique. Car c'est bien de la terre dont il est question. De ses hommes et de ses femmes qui ont contribué à sa découverte et à sa conquête. D'histoires quotidiennes et ordinaires. De destins infimes et foncièrement humains.


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17 janvier 2011

James Blake - s/t (2011)

Il avait annoncé la couleur avec "Limit To Your Love", mais cette fois-ci, c’est officiel : James Blake est le premier crooner de l’ère dubstep – ou post-dubstep, comme vous voudrez. Le premier à ne pas se contenter de quelques samples et à oser mettre sa propre voix, déformée ou non, au centre de son processus créatif. En fait d’un album de dubstep, ce premier effort est bien davantage un album de soul, voire de gospel, qui se sert des idées rythmiques, des basses et des effets du dubstep pour donner plus de force à ses incantations. Avec toute l’arrogance de ses 22 ans, le Londonien avait annoncé fin 2010 lors d’une interview qu’il proposerait quelque chose de totalement novateur. La promesse est tenue, et de quelle manière !

Ceux qui l'ont suivi au fil de ses excellents EP savent à quel point ses productions ont évolué, en à peine un an. Alors que CMYK se destinait directement au dancefloor en utilisant des boucles R&B, Klavierwerke témoignait déjà d’une volonté de se forger un style plus posé et épuré, centré sur la voix et le piano. Ce premier album est l’aboutissement de cette démarche puisqu’il est exclusivement composé de chansons, et c’est me semble-t-il une première pour un disque du genre. James Blake veut visiblement devenir au dubstep ce que Jamie Lidell est à l’électronica, et il en a les moyens : en plus d’être un producteur de génie, il se révèle, lorsqu’il débranche l’auto-tune, un excellent chanteur, dont le timbre plein de vulnérabilité se rapproche parfois de celui d’un Antony Hegarty – c’est flagrant sur "Give Me My Month".

Je n’ai pas fouillé dans son passé pour savoir si Blake avait été enfant de chœur, toujours est-il que le gospel et les musiques sacrées en général imprègnent la quasi-totalité de cet autoportrait sonore. A diverses reprises, comme sur "Measurements", il superpose les pistes vocales et crée sa polyphonie personnelle, presque grégorienne. Les morceaux se basent souvent sur la répétition d’une ou deux phrases, à la manière de mantras, ou de psaumes. Les claviers eux-mêmes rappellent les concerts d’orgue dominicaux donnés dans les petites églises de quartier. Ainsi l’album dégage une forte aura spirituelle, encore accrue par une science consommée du dépouillement et du silence, pour ne pas dire du recueillement. Amen.


Pièce centrale et single évident, "Limit To Your Love" a déjà fait le tour du net. A bas volume, cette reprise de Feist peut passer pour une simple ballade, très propre sur elle. Mais en augmentant un peu les décibels, on découvre une basse souterraine monstrueuse, semblable au tourniquet sonore des pals d’un hélicoptère. L’instru est plus que minimaliste : squelettique. Il n’y a pas une note de trop. C’est une réussite indéniable qui marque, par son côté très pop, l’entrée du musicien dans le mainstream. Les puristes peuvent toujours faire la moue et crier au scandale, car c’est une légion de fans que Blake a acquis à sa cause avec cette seule chanson. Et puis ils pourront toujours se rabattre sur des tracks au traitement électronique moins discret, comme l’autotunée "Unluck", ou ma préférée, "I Never Learnt To Share".

Dans cette complainte, qui balance entre tristesse et résignation, Blake répète inlassablement une phrase lugubre et énigmatique : « My brother and my sister don’t speak to me/But I don’t blame them », tandis que les strates de synthétiseurs, d’effets gazeux et de bruit blanc s’amoncellent. A la fin du titre, la voix semble émerger du fond d’un geyser. Ce procédé qui consiste à densifier le son pour passer du dénuement le plus complet au chaos se retrouve sur l'autre poids lourd qu'est "Wilhelms Scream", avec le même effet saisissant.

Après avoir à ce point taquiné les limites du genre, je doute que James Blake revienne un jour à ses premières amours dubstep et nous livre un nouveau CMYK. Il suffit d'ailleurs de lire ses interviews pour s'apercevoir qu'il puise davantage son inspiration dans le R&B, la musique contemporaine, ou dans la pop neurasthénique de The xx que chez Scuba, Kode9 ou Shackleton. Pour ma part, après avoir mis quelques jours à l’apprivoiser, je ne peux plus me passer de cet album que beaucoup, j’en suis sûr, vont adorer détester.

En bref : James Blake fait le lien entre dubstep, soul et gospel sur cet autoportrait d'une maîtrise presque effrayante pour son jeune âge. Vibrant, hivernal, d’une beauté dense et surnaturelle, c’est le premier grand disque de 2011.





A noter que James Blake sera en concert à la Maroquinerie le 25 avril prochain.

Le site et le Myspace de James Blake

A lire aussi : James Blake - Klavierwerke (2010)

Best New Music: James Blake - "I Never Learnt To Share" by Speaker Snacks

James Blake défendra son album en live avec un batteur et un guitariste. Un aperçu avec Wilhelm Scream, enregistré dans les studios de BBC1 :




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17 février 2009

Fredo Viola - The Turn (2009)

Voilà un buzz qui n’a pas volé son succès. A moins de vous être récemment fait enlevés par les Farcs, vous avez certainement du tomber sur le clip de "The sad song" au cours d’une ballade champêtre sur Youtube. C’est normal, et Fredo Viola, l’italo américain né à Londres en est l’auteur. Il y en aurait des histoires à raconter sur cet artiste complet pourtant à l’écart des circuits traditionnels. Ancien soprano, violoniste, pianiste, cinéaste, passionné de compositeurs classiques, encore plus s’ils sont russes et sombres, Fredo selon ses propres mots est plus un homme d’idées que de techniques. Enfin lorsqu’il monte son fameux clip Do it yourself, la technique du collage harmonique ne semble pas lui manquer pour autant. Chanson emblématique, qui a donné son nom à son premier Ep, "The sad song" est il est vrai imprégnée d’une dimension quasi religieuse, presque trop lourde pour un seul homme. Et quand quelques temps plus tard sort l’album complet, et que tous les titres sont du même acabit, on ne peut que s’incliner devant tant de grâce.

"The turn" qui donne son nom à l’album et qui ouvre le bal est déjà magistrale. Harmonies vocales insensées, fingerclap tout en douceur, machine qui s’emballe… si le reste du disque est au niveau ça va faire mal. Et c’est à peu près le cas parce que des idées Fredo en a véritablement à la pelle. Dès "Friendship is" le désormais new-yorkais nous démontre qu’il possède également des cordes d’électronica à son arc, et que ce n’est pas pour rien qu’il a été contacté par Massive Attack. Puis "Red states" vient témoigner sur l’art de l’arrangement du Monsieur. Comme Jim Noir, Fredo fait tout tout seul, et empile les couches comme d’autres joueraient au caps, avec une évidence et une virtuosité qui donnent le tournis. Simplement, Fredo n’est pas un songwritter au sens premier du terme. Des textes il n’en a pas vraiment, l’artiste préférant s’inventer un charabia incompréhensible comme REM le faisait à ses débuts. Qu’importe.

Riche en contrepoints harmoniques (Fredo est fan de Bach), l’album donne la plupart du temps des frissons dans le dos. Comme ce "Robinson Crusoe" à la luxuriante symphonie, monumentale et aérienne. Les Beach Boys à cinq n’auraient pas fait mieux dans le registre chorale de garçons. Et si Fredo avoue leur ressembler, tout comme à Sigur Ros par moment, c’est pourtant sans s’en être imprégné plus que ça, ayant privilégiée une éducation musicale plus classique. A noter que le Cd sortira accompagné d’un Dvd reprenant de nombreux clips réalisés par Fredo lui-même, dans un emballage du plus bel effet confectionné par l’artiste folk médiéval Richard Colman, proposant ainsi au moins deux pistes à la sauvegarde du format physique. Assurément l’une des grandes révélations de l’année.

En bref : Tout seul et presque à capella, un italo américano anglais fait mieux que Fleet Foxes dans le registre folk / pop / gospel en lui ajoutant une touche d’électronica, aménageant ainsi une cathédrale sonore vraiment impressionnante.
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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Fleet Foxes - S/t (2008)

"The Turn" et "The sad song" en mode Do it yourself :



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20 novembre 2008

Unabombers present Electric Chair RIP EP (2008)

Cet EP n’est qu’un extrait de la dernière compilation Electric Chair Saved My Life, hommage au défunt club mancunien du même nom, qui a fermé ses portes en janvier 2008 après 13 ans de nuits blanches. Mais ce n’est pas pour évoquer cet établissement que j’ai choisi de vous parler de ce disque. Ni, d’ailleurs, pour disserter sur ses fondateurs, The Unabombers (Luke Cowdrey & Justin Crawford). Ce qui m’intéresse ici, c’est la réédition d’un incunable du disco-garage, “Stand on the word” des Joubert Singers, revisité par l’immense Larry Levan.

Si le nom de ce morceau ne vous dit rien, sa mélodie, reprise maintes fois, ne vous est certainement pas étrangère. Une version “modernisée”, lisse et pour tout dire assez mauvaise, circule d’ailleurs depuis cet été. Elle émane des mystérieux Keedz, derrière lesquels certains croient reconnaître Justice. On les comprend tant il est vrai que la basse ressemble à celle de D.A.N.C.E., morceau lui-même fortement influencé par les Joubert Singers. Cependant, sans être un grand fan des justiciers parisiens, je doute fort qu’ils aient pu produire une telle merde. Quoi qu’il en soit, la meilleure version reste celle de Larry Levan (en 1985), qui garde toute l’énergie du piano et de la chorale d’enfants et opère un lifting parfait, supprimant d'inutiles guitares, gonflant la basse et ménageant le suspense en accumulant les breaks. Comme souvent, Larry fait tout simplement mieux que l’original.

L’original, justement, date de 1982 et son histoire mérite d’être relatée. "Save on the Word" aurait facilement pu rester au placard. Enregistrée dans une église baptiste de Crown Heights, à New York, elle n’est en effet destinée, à l'origine, qu’à la seule congrégation. C’est le DJ Walter Gibbons, alors très versé dans la foi chrétienne et le gospel, qui la popularisera en jouant sa copie au Rock & Soul Shop de la 7ème avenue. Dès lors, le morceau ne quittera pas les meilleurs DJ bags de l’époque et on l’entendra dans tous les grands clubs, au Loft, au Zanzibar et bien sûr au Paradise Garage, la maison de Larry.

N’oublions pas les deux autres titres de l’EP et surtout “Like Some Dream (I can’t stop dreaming)” de Daniel Wang, ancien patron de Balihu Records et pensionnaire d’Environ, le label de Morgan Geist. Tiré d’un EP sorti en 1993, c'est un mix brillant d’italo-disco et de house agrémenté d'une drôle de voix féminine. Enfin, le troisième titre, qui n’a strictement aucun lien avec les autres - sauf le fait d’avoir été joué à l’Electric Chair, est le rarissime instrumental de “Black Men United”, du groupe électro/hip-hop/rave Shut up and dance. Une sorte de breakbeat oppressant qui plaira sans doute aux amateurs de dubstep.

En bref : Une très bonne occasion d’acquérir une version vinyle du légendaire “Stand on the Word” revu et corrigé par Larry Levan. Avec en prime, un vieux track de disco cosmique de Daniel Wang, et une rareté électro/hip-hop.



Leur Myspace
Leur site
Le site du label Tirk

A lire aussi : Larry Levan’s Paradise Garage

The Joubert Singers - Stand On The Word (Larry Levan Mix)

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27 juillet 2008

Bodies Of Water - Ears will pop and eyes will blink (2008)

Dans le registre des curiosités, le groupe californien Bodies Of Water (j’adore ce nom) qui sort cette année deux albums coup sur coup (dont celui-ci, le premier, à la pochette folk délavée), autoproduits et simplement relayés par le très bon label Secretly Canadian. Un groupe quasi familial (David et Meredith Metcalf) qui cite volontiers l'âge d'or du gospel (1947-1954) comme influence majeur d'une pop lumineuse et surorchestrée. A entendre les premières minutes on a l'impression que les choeurs de l'Armée Rouge ont sorti un album. Immense, le son Bodies Of Water ne se charge ni en modestie ni en intimité et gagne à être pris au second degré. Un premier disque où la voix domine tout et où souffle tout le long un vent épique et grandiose. Et même si c'est moins intense (car moins blessé) que Funeral, on n'avait rien ressenti de tel depuis "Rebellions Eyes" lorsque la mélodie s'emballe sur "These are the eyes".

Un simple quatuor donc, qui met les grands plats dans les petits et use d'harmonies vocales improbables pour un disque de chorale enthousiasmant. D'éducation chrétienne sans tomber dans le côté grenouille de bénitier, c'est plutôt dans le penchant néo baba communautaire type I'm From Barcelona qu'il faut aller chercher les liens familiaux. Se payant même le luxe de remettre Abba au goût du jour sur "Doves circled the sky", cuivres, cordes, rebolo et pandeiro (?) insufflent une joie non dissimulée, tout comme les Oh oh oh de "It moves". Un disque d'une heure quand même qui donne la part belle aux élans lyriques et endiablés. Le deuxième, sorti ce mois-ci, serait mieux produit et moins pompier. Un choix à priori judicieux, vu comment le groupe traite les chansons les moins chargées comme "Roar, Roar Roar", où l'émotion à fleur de peau semble vouloir jaillir mais se retrouve bloquée par tant de grandiloquence. Finalement pour notre plus grand plaisir.


En bref : Une heure de cantations pastorales pop assénée par quatre babas ensoleillés.
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Le Myspace

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A lire aussi : The Wee Turtles (2000)
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Les vidéos (officielles ?) de "I heard it sound" et "Doves circled" :








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