05 juin 2019

Luc Cousineau - S/t (1976)

Le répertoire québécois a cela de bien qu'il ne cesse de nous surprendre, pour qui sait par où le prendre. D'aucun auraient passé leur tour devant cet artiste, plutôt confidentiel dans nos contrées, mais véritable star chez nos cousin d'outre Atlantique. Comme avec Rêve Et Amour de Johnny ou L' Interrogation de Dick Rivers, on se trouve ici en présence d'un album à part dans la carrière d'un chansonnier finalement assez classique. Un disque presque inconnu aussi là bas, que s'arrachent (un seul pressage vinyle ever, pas de cd) quelques initiés férus d'albums d'albums transgenres, à la frontière de la library music, d'une liberté créatrice débridée.


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08 mars 2019

The New York Roll Ensemble - Roll Over (1971)

Cet excellent quintette américain apparu à la fin des années 60 est à ranger aux côtés des groupes burnés façon Mick Abrahams Band (UK), Spirit, Mom's Apple Pie, Rare Earth et quelques autres adeptes flamboyants d'une heavy soul aux yeux bleus.


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26 mai 2015

Witch - Movin' On (2014)

Revenons sur cette magnifique réédition d'un disque dont le pressage original (à priori sorti l'année 1980) est aujourd'hui impossible à trouver. Un disque obscur et inécoutable pendant de longues années, qui marque le tournant d'un groupe somme toute assez connu par les amateurs de zam-rock, pour qui les guitares fuzzées de Lazy Bones en 1975 constituent le meilleur de leur carrière. Movin' On arrive au début des années 80 donc, et souligne un autre côté de Witch, un pic créatif et un virage disco qui aurait pu être un véritable désastre, mais qui sonne comme rien d'autre et parait complètement en avance.


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18 février 2015

The Baby Huey Story - The Living Legend (1971)

Classique de son époque mais injustement oublié du le grand public, le seul et unique album de The Baby Huey Story alias James Ramey et son groupe est pourtant un disque majeur. Archi samplé par le milieu hip-hop, il n'est rien de moins qu'un sommet de la soul des 70's, à ranger aux côtés des meilleurs disques de Marvin Gaye, Al Green, Syl Johnson ou encore Curtis Mayfield. Ce dernier qui comme on va le voir n'étant pas pour rien dans la réalisation de cet exploit. 


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21 octobre 2013

Thundercat - Apocalypse (2013)

Thundercat alias Stephen Bruner, main de fer dans un gant de velours et génial bassiste de Flying Lotus, livre un nouveau disque deux ans après la sortie de The Golden Age of Apocalypse. Ce second opus, baptisé non sans lumière Apocalypse, arpente le même chemin que son aîné, déployant une musique résolument chill, dans laquelle se disputent des élans si bien funk que soul, lorgnants à certains égards sur le jazz fusion.


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02 juillet 2013

Dunkelziffer - Retrospection Obi Set (2013)

Projet parallèle de plusieurs membres de Can, du futur Phantom Band et d'autres formations de Cologne, Dunkelziffer méritait bien une rétrospective. D'abord parce que la plupart de leurs disques sont aujourd'hui difficiles à se procurer. Ensuite parce que le super-groupe a commis, de 1982 à 1989, certains des plus beaux grooves de l'histoire du krautrock, en le tintant de dub, de jazz, de new wave ou de funk.  C'est Emotional Rescue, un jeune label britannique, habituellement versé dans le disco déviant, qui a eu la bonne idée de regrouper ses meilleurs titres en 3 EP formant une luxueuse compilation.


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20 mai 2013

Daft Punk - Random Access Memories (2013)

Le Daft Punk nouveau vient de sortir. Difficile de passer à côté de l'événement musical de l'année. Je ne reviendrai pas sur la promotion de cet album qui a déjà été analysée en long et décryptée en large. Huit ans après leur dernière fournée, l'attente était d'autant plus grande pour l'un des derniers grands représentants de l'électronique hexagonale. Comme à chaque nouvelle sortie - on les compte sur les doigts d'une main, c'est la polémique qui prend le dessus. On se plaît à les adorer ou à les détester. C'est selon. Au mieux c'est génial, au pire on rigole de cette grande imposture. Seul Homework demeure encore intouchable. Le seul aussi dont le visuel se résume à celui de sa musique. Le succès qui leur a donné leur renommée mondiale. La suite est plus discutable. Les partis pris musicaux de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo n'auront jamais fait l'unanimité. Toujours est-il qu'au vu de l'importance du bruit suscité autour de l'album, Random Access Memories ne devrait pas laisser indifférent.


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26 mars 2013

Rhye - Woman (2013)

Dans le creux d'une hanche la musique de Rhye semble s'écouler, glissante sur la peau, Woman ne se lasse pas d'exhiber une sensualité à fleur de peau,  promesse de caresses auditives pour le moins troublantes. Ou quand la musique parvient à se dénuder de la sorte, il devient difficile de résister à ses charmes.


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16 mars 2013

Don Cavalli - Temperamental (2013)

Cinq ans, c'est long pour sortir son second album. Surtout après Cryland, un premier disque d'une grande qualité encensé par les critiques. Cinq ans, c'est court quand on a la vie devant soi. Et qu'on veut élaborer un Temperamental dont on peut être fier. 
 
Tempérament et mental, tempéramental. Un mot-valise qui résume l'art de Don Cavalli. Un blanc qui cultive un goût explicite pour la musique noire. Du gospel au blues et au funk, mais la liste ne s'arrête pas là, Don Cavalli rassemble les genres, les rassemble pour créer le sien, un genre-valise en fin de compte.
 
Tempérament et mental. Ils en faut pour faire un tel album. Un album intelligent, qui passe subtilement d'un style musical à un autre, mais qui n'a pas honte d'être accessible, de jouer autant sur la vie du corps que sur la sensiblerie.


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06 mars 2013

S3A (Sampling As An Art) – Holdin’ On EP (2012)

Je me demande comment j'ai pu passer à côté. S3A (Sampling As An Art) est pourtant le genre de projets pour lesquels mes alarmes se mettent à fonctionner dans l'instant. C'est vrai, il est encore question d'une énième dernière trouvaille électronique. Mais cette actualité a la qualité d'être à la fois très parcellaire et très rapide, il est alors assez courant de se laisser dépasser par les événements. Max Fader est dans le genre plutôt isolé. Ce producteur parisien ne semble affilié à aucun groupe et se fait plutôt rare en live. Ce qui est étonnant, c'est qu'il a pu se constituer dans son coin un petit arsenal de destruction massive. Des tubes qui pourraient bien avoir une puissance de feu fictionnelle équivalente au .44 Magnum de l'Inspecteur "Dirty Harry" Callahan… Musicalement parlant, s'entend.


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30 octobre 2012

The Dynamites Feat. Charles Walker - Love Is Only Everything (2012)

N'enterrons pas trop vite les vétérans. Avec Charles Walker, on est loin des reformations douteuses où le talent s'est effrité et la motivation semble plus financière que musicale. Originaire de Nashville, dans le Tennessee, ce papy de la soul a commencé sa carrière en 1957 et connu le succès dès le début des années 1960 : premières parties de James  Brown, Otis Redding, Etta Jones, enregistrements sur les mythiques labels du genre que sont la Motown, Chess Records et Decca… Ça commençait plutôt bien mais Walker n'a jamais fait partie des grands.

Depuis 2007, la carrière de cette grande voix connaît un nouveau souffle. À l'image de Sharon Jones avec The Excitments, Charles Bradley et The Menahan Street Band, ou Slim Moore et The Mar-Kays, Charles Walker est sorti de l'ombre grâce à d'autres artistes : il a été redécouvert par un de ses compatriotes, Bill Elder, aka Leo Black, le leader de The Dynamites, un groupe de funk de la même ville, avec qui il tourne désormais.


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08 juin 2012

Ben & The Platano Group - Paris Soul (1971)

La légende relatée par les sites et blogs de collectionneurs prétend que le pianiste et compositeur du Platano Group, un certain Evaristo Nata, aurait été interné en hôpital psychiatrique, peu de temps après la sortie de ce disque, pour ne plus jamais refaire surface. C’est délicieusement romanesque, mais il suffit de quelques minutes de recherche pour apprendre qu’Evaristo Nata s’appelle en réalité Roger Lecussant, et qu’il donnait encore de petits concerts de jazz, au début des années 2000, dans le sud-ouest de la France. Je me demande toujours comment naissent de telles fables. Peu importe. Ce qui est sûr, c’est que Roger Lecussant et son acolyte percussionniste et chef d’orchestre Ben étaient des figures bien connues des nuits parisiennes des années 60 à 70, puisqu’ils jouaient ensemble sur la scène du Lido, sur les Champs-Elysées.


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25 mai 2012

VA - Personal Space : Electronic Soul 1974-1984 (2012)

L’émergence des synthétiseurs et des boîtes à rythmes bon marché, qui a si profondément chamboulé le punk et la musique britannique en général en installant la culture du Do It Yourself,  n’a pas épargné la soul et le funk. On sait comment Sly Stone, Shuggie Otis et bien d’autres ont intégré avec succès ces nouveaux outils à leurs productions, au début des 70s. On connaît moins ceux qui, dans leur sillage, enregistraient sur des 4 pistes dans le secret de leurs chambres à coucher, de leurs caves ou de leurs cuisines, un peu partout sur le sol américain. Sorti par Chocolate Industries et Numero Group, Personal Space : Electronic Soul présente le travail de certains de ces illuminés plus ou moins anonymes qui tentaient, avec un matos des plus rudimentaires, de reproduire les orchestrations des grands noms de l’époque ou traçaient, qu’ils en soient conscients ou non, de nouvelles voies pour la musique électronique. Une partie du plaisir que procure cette compilation provient d’ailleurs de l’écart entre ce qu’ils voulaient probablement produire et le résultat final.


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15 mai 2012

Santana - Welcome (1973)

Considéré comme l'un des disques les plus expérimentaux de Santana, Welcome se démarque de la titanesque discographie du groupe (plus d'une trentaine d'albums), en proposant un melting-pot musical portant la marque d'un genre initié entre autre par Miles Davis et Franck Zappa, le Jazz fusion. Plus qu'un disque, Welcome est un vestige du temps, qui fossilise au travers de ces 9 pistes un paysage musical aux horizons multiples, témoignage intemporel d'une époque totalement folle. Rock, jazz, samba, soul, funk, autant de styles qui s'entrechoquent dans un univers sonore aux limites sans cesse repoussées.


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10 mai 2012

Dr John - Locked Down (2012)

Pas plus docteur que vous et moi, Malcolm John Mac Rebennack de son vrai nom fait pourtant partie de la légende. Celle de la Nouvelle Orléans plus exactement, mais aussi celle du bayou, du vaudou et du blues rock. On lui doit entre dizaines d’autres le fameux album Gris Gris de 1968 et sa pochette déjà bien estampillée. Rappelé au micro et au piano (Farfisa) par le désormais incontournable Dan Auerbach, le serpent des marécages parait plus en forme que jamais, servi par des musiciens triés sur le volet.


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03 mai 2012

Alice Russell & Quantic & His Combo Barbaro - Concert à Palmer le 28/04/12


J’ai tellement été épaté par le double best-of que nous a servi le Monsieur il y a peu que je ne pouvais décemment pas manquer son passage à Bordeaux, même si avant mon arrivée je ne connais pas particulièrement Alice Russell pourtant placée en première sur l’affiche. Dire que je n’ai pas été déçu serait un pléonasme. Peut-être encore plus que sur disque, Quantic orchestre ses troupes et apporte dans un grand élan organique tout le soleil qui nous manque ces temps-ci.


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11 avril 2012

Souleance - La Belle Vie (2012)

Ce n’est pas tous les jours qu’on met la main sur un album français aussi funky et léché que celui-là. D’une fraîcheur calibrée pour l’été, La Belle Vie porte bien son titre, puisque l’on sent d’emblée qu’il a été confectionné avec le plaisir comme seul guide - sans esbroufe, et sans aucune prétention de révolutionner quoi que ce soit ni d’étaler son érudition. Soulist et Fulgeance sont pourtant des experts en matière d’excavation de vinyls. Alexis Eleftheriadi alias Soulist, est d’ailleurs bien connu pour ses sélections rare grooves, qu’il distille dans son émission sur Radio Campus (Future Basics, tous les mercredis à 21h30) ou lors des soirées parisiennes What The Funk. Il a également fait énormément de premières parties de concerts (The Roots, James Brown, Common…). Amateur de sons analogiques, le Caennais Pierre Troel, alias Fulgeance, s’illustre depuis 2007 sur des EPs de bass music et de hip-hop instrumental à la Brainfeeder. Son premier LP solo, To All Of You, est sorti l’an dernier.

Joignant leurs forces en 2009 sous le nom de Souleance, ils ont depuis signé 3 bons maxis et font leur retour en fanfare ce mois-ci avec un nouvel EP (La Gourmandise) et donc ce premier album, tout de même composé pour un petit tiers d’anciens morceaux. On a d’ailleurs plaisir à retrouver le boogie vrombissant de "Cool FM" (que ne renierait pas Dâm-Funk), le breakbeat 80’s agrémenté de clochettes disco de "Le Monde", ou l’électronica teintée de chanson brésilienne (avec cuica et berimbau) de "Passarinho". "Manana", aussi, avec ses faux-airs de Nicolas Jaar. Je regrette juste l’absence de "Chemise", leur très bon edit du classique disco "She Can’t Love You". Si les nouveaux tracks sont dans le même esprit fun et ensoleillé que les anciens, le duo a pris en compte les exigences du format album et a varié les BPM et les ambiances.

Il y a de belles pièces downtempo pour chiller, comme "Rendez-Vous" ou la trop courte "La Plage", qui mêle un thème à la John Barry à une guitare bossa-nova et au bruit du ressac des vagues sur le sable fin. Il y a des grooves bien gras taillés pour les house parties et les barbecues – je vois bien Ju se griller quelques côtelettes au son de "Boobs" ou de l’énorme ligne de basse rehaussée de flûte de "La Romance". Il y a aussi du hip-hop de très bonne facture, notamment sur "Pride (ft. Rashaan Ahmad)" et "Unseen (ft. Homecut)". De belles instrus avec des cuivres, des refrains soulful et des beats sophistiqués. La classe américaine. Et que dire du jam super funky et talkboxé "Le Plaisir", qui invite le génial multi-instrumentiste Shawn Lee à la batterie, ou du morceau-titre, splendide, qui fait penser à Exile ou Nujabes.

Avec un solide socle black music en commun, les deux compères sont complémentaires, ce qui leur permet de multiplier les approches et de livrer un disque complet. L’un est plutôt DJ, l’autre plutôt producteur. L’un amène les samples et les scratches, l’autre les structures rythmiques et les synthés analogiques, même si les rôles peuvent parfois s’inverser. On peut dire qu’ils se sont bien trouvés. Procurez-vous leur album. Achetez français.

En bref : un avant-goût d’été avec le duo français Souleance et sa funk électronique mâtinée de hip-hop. De beaux samples, des synthés à la californienne, des invités de prestige : un premier album impeccable et qui donne le sourire.




Le site du label britannique First Word Records

A lire aussi : Katalyst – Deep Impressions (2011)




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16 mars 2012

GIT - Imagination (2011)

S’il est encore inconnu du grand public, GIT fait pourtant partie du "métier" depuis un bail. Originaire de Staten Island (on sait très peu de choses sur lui), il découvre la musique sur les bancs d’école avec le Wu-Tang Clan puis devient batteur, puis dj, puis producteur anonyme. Certains lui attribueraient même le statut d’inventeur du broken-beat. Le label BBE pourvoyeur de talents en puissance ne pouvait décemment pas le rater et a sorti l’année dernière cet album aux allures de compilation de hip-hop traditionnel. Une tuerie évidemment.

Depuis les années 90 GIT n’a de cesse de travailler ses mélodies, de choisir ses samples dans une collection de vinyles que l’on imagine infinie et de monter le tout avec une efficacité sans faille. Quel que soit le genre choisi (roots, expérimental, trip-hop, électronique, jazzy) Imagination déborde d’inspiration et pue le groove. Très inspiré par les percussions, GIT explore la musique en général et en toute décontraction livre seize morceaux imparables et improbables.

Je parlais de compilation tant chaque titre compte ici. Franchement ne me dites pas qu’à l’écoute de "Did you hear something" vous n’avez pas immédiatement envie de bouncer. C’est saccadé, c’est pop, c’est scratché, c’est samplé et ça défile à mille à l’heure. "Destroy" semble tout simplement avoir inventé Chinese Man. "Higher" se la joue soul électronique et emporte vraiment vers le haut. "Dreamz" est ultra trip-hop. Un peu de jazz ? Bien-sûr avec "Thinkin" et son piano en boucle. Et le sifflement de "If you just make love to me" ! C’est juste parfait. "Loose it" nous fait patienter pour le prochain Mr Scruff. "Up rock" tape dans le funk. "Remote control" s’attaque à la samba. Enfin, le bien-nommé "Nothing can stop me now" ferme la marche sur un air rétro-pop et funky-disco.

En bref : un producteur de hip-hop américain talentueux compile seize de ses compositions et brasse large mais tape toujours juste. Une véritable leçon de broken-beat. Un plaisir pour les oreilles.






Pas de site officiel

Un sampler de l’album qui en résume parfaitement l’ambiance :



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13 mars 2012

Lee Fields & The Expressions - Faithful Man (2012)

Après avoir adoré son précédent album et bien apprécié son live à la Maroquinerie, je n’étais pas très inquiet au moment d’écouter ce Faithful Man. Surtout que Lee Fields travaille toujours avec la même irréprochable équipe, les Expressions, soit l’un des meilleurs backing bands soul en activité, et l’infaillible duo de producteurs Jeff "Dynamite" Silverman / Leon Michels, fondateurs du label Truth & Soul. Dans ces conditions, peu de risque d’être franchement déçu, donc. Alors, on prend les mêmes et on recommence ? Pas exactement. Dès le titre d’ouverture, on sent la volonté de se détacher du relatif minimalisme des instrus de My World et d’épaissir le son en utilisant davantage de cordes et de chœurs. Certes ce n’est pas une révolution sonore, ni une remise en question d’un artiste qui a consacré toute sa vie à la soul et n’est pas près de la lâcher. On reste en terrain largement connu. Mais cet album atteste tout de même d’une ambition d’évoluer, ce qui, pour un vétéran sexagénaire, est déjà éminemment louable.

Seul souci : ces orchestrations plus riches et plus lourdes ne sont pas toujours utiles et on perd sur certains titres ("Wish You Were Here", "Walk On Thru That Door", "Who Do You Love") cette sécheresse presque hip-hop qui faisait toute la modernité de ">My World". L’épure a parfois du bon, même en matière de soul. Et puis la plupart des compositions n’exercent pas une séduction aussi immédiate que "Do You Love Me", "Ladies", "Honey Dove", "Money I$ King" et autres morceaux de 2009. Les mélodies souffrent d’un excès de classicisme et tombent parfois un peu trop dans le vintage. Bien sûr, je chipote. L’ensemble reste de très haute volée, la voix de Lee Fields est toujours aussi splendide et chargée de sentiments, et côté instrumental c’est toujours le luxe intégral – l’habituel interlude des Expressions ("Intermission") est là pour le prouver.

Il y a aussi quelques classiques instantanés, à l’image de "You’re The Right Kind of Girl", avec sa wah wah splendide, son refrain habillé de cuivres et surtout sa mélodie à tomber. Ou de cette reprise de "Moonlight Mile" des Rolling Stones, d’une délicatesse incroyable, sur laquelle Fields livre une de ses plus belles performances vocales du disque. Ces deux titres valent à eux seuls l’achat de Faithful Man, qui sans être le meilleur cru de l’écurie Truth & Soul, trouvera néanmoins sa place dans la collection de tout bon amateur de soul aux côtés des Budos Band, Dap Kings, Charles Bradley et autres tueries émanant de cette fascinante scène new yorkaise.

A noter : Lee Fields & The Expressions en concert au Plan de Ris Orangis le 25 mars, à l'Aéronef de Lille le 27, et à la Maroquinerie (Paris) le 31.

En bref : un ton en dessous de My World, parfois un peu trop chargé dans ses orchestrations, Faithful Man reste un album précieux, et Lee Fields un grand monsieur de la soul music.





A lire aussi : Lee Fields & The Expressions - My World (2009)

Le site de Truth & Soul





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16 février 2012

VA - Music For Dancefloors : The Cream Of The Chappell Music Library Sessions (2001)

Chappell est l’un des grands labels historiques de la library music, cette musique souvent désignée comme « légère » destinée à illustrer les programmes de radio et de télévision, des années 60 aux années 80. A cette époque où l’on n’utilisait pas encore systématiquement "You’re Beautiful" de James Blunt pour souligner l’émotion de telle ou telle séquence, les chaînes et stations pouvaient piocher dans un catalogue immense mis à disposition par des labels aujourd’hui mythiques, comme les Français Patchwork, Neuilly et Télé Music, ou les Britanniques KPM et Chappell. Elles pouvaient y trouver toutes sortes de sonorités, de la pop psyché au jazz funk en passant par l’exotica, le disco et les bidouillages de pionniers électroniques. Pour chaque ambiance souhaitée, elles pouvaient choisir parmi des milliers d'instrumentaux, souvent classés par thématiques et affublés de titres descriptifs.

Contrairement aux a priori sur la légèreté de la library, qui ne serait qu’un parent pauvre de la musique de films, tout ce pan un peu oublié de la musique du 20e siècle ne manque pas de consistance. Parmi ses figures de proue, on trouve toutes sortes de profils : anciens musiciens classique, touche-à-tout de génie, musiciens de studio et ingénieurs du son de luxe, hommes de l’ombre de la variète, pionniers du disco... Une sacrée galerie d’iconoclastes et d’innovateurs. Et c’est bien souvent dans le cadre de la musique d’illustration que ces artistes ont produit leurs œuvres les plus personnelles et les plus audacieuses.

Cette compilation sortie par Strut en 2001 me semble un bon moyen d’approcher cette sphère musicale pour les non-initiés, d’abord parce qu’elle se concentre sur l’aspect le plus funky et donc le plus accessible de la library, ensuite parce qu’elle présente un joli éventail d’artistes essentiels à travers certains de leurs meilleurs titres, sélectionnés parmi des milliers d’enregistrements. En dehors d’un interlude inutile (« Erotica 1 »), tous les morceaux sont excellents et ont ce petit côté exotique et tripé qui les distingue du jazz-funk ou de la pop plus classiques. Evidemment certains n’y verront que de la musique d’ascenseur. Je ne peux rien pour eux.








Un peu plus connu que les autres car samplé par Madlib et DangerDoom et présent sur moult compilations (dont le vol. 4 des Dusty Fingers), "Misty Canyon" de l’Australien Sven Libaek est sans doute celui qui a le moins vieilli. La nonchalance exquise du riff de guitare, la densité des cordes et des cuivres, l’efficacité des breaks de batterie, la beauté des soli de sax et de vibraphone, tout est réuni pour faire de cette petite pièce d’à peine plus de 2 :30 un chef-d’œuvre intemporel. Si.
"Safari Park", du génialissime Roger Roger, n’a pas non plus pris une ride. On voit à quel point ce type de groove a pu inspirer des maîtres du downtempo moderne comme Herbaliser ou Nightmares On Wax.

La plupart des autres titres ont un côté plus vintage, mais qui fait partie intégrante du charme et de l’ambiance de la compile. On passe de la funk survoltée d’Irving Martin et Brian Dee à des grooves soyeux et scintillants comme le "Discovery" de Brian Bennett ou le "Rainbow Bridge" de Paul Dupont & His Orchestra. Ici ou là, on a droit à une petite pièce de pop psyché à l’ancienne ("Following You" de Pierre Dutour, "Psychedelic Portrait" de Jean-Claude Petit et son Orchestre), ou à un détour par l’Amérique du Sud, comme sur le très brésilien "Five Plus Four" d’Al Newman, ou sur le délicieux "Exotica" d’Ole Jensen, qui évoque une version soft de Les Baxter.

C’est un festin de percussions étranges, de vibraphone et d’orgue, de trouvailles sonores en tous genres. Après ça, il serait étonnant de ne pas avoir envie de fouiller dans le gigantesque répertoire de la library music. Dans ce cas, faites un tour sur les nombreux blogs de collectionneurs, qui font véritablement un travail d’utilité publique en tentant de conserver ce patrimoine contre vents et marées. Donc allez-y, pendant qu’il en est encore temps…

A noter : la version CD ne contient pas tous les titres de la version vinyle (2xLP). Les autres volumes de Music For Dancefloors, consacrés aux labels KPM et Bosworth, sont également très recommandés.

En bref : une sélection des meilleurs titres d’un des labels les plus importants de la library music. Entre jazz-funk, pop psyché et exotica, c’est un excellent moyen d’aborder cette niche obscure et passionnante de la musique du XXème siècle.




Le site de Strut Records

A lire aussi : Shake Sauvage - French Soundtracks 1968-1973








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