31 août 2015

Omar Souleyman - La Machine du Moulin Rouge (Paris) - 14/08/2015



C’est dans un quartier aux reliefs scabreux que le nouvel ovni de la scène électronique avait décidé de poser bagages pour la release party de son dernier disque. Nouvelle signature du label berlinois Monkey Town Records, dont la maison abrite également les fondamentaux allemands de Mouse OnMars, Omar Souleyman est un drôle d’oiseau dont le nid est partie en fumée sous les assauts répétés d'un obscurantisme arriéré. Retour sur cette prestation folklorique estampillée World Music, pour que le l'humanité vive et ne se meurt davantage.


Lire la suite

31 juillet 2013

Finis Africae - A Last Discovery : The Essential Recordings 1984 - 2001 (2013)

C'est un objet musical rare et hors du commun. Une découverte qui exciterait les sens tels ceux d'un enfant qui trouverait un objet d'une quelconque valeur enfoui dans le sol. Une sorte de trésor auditif caché pendant des années par quelques initiés qui auraient jalousement gardé le secret. Avec ses parfums d'exotisme, de mystère, de mystique, d'inexploré et d'érudition latine, la mention Finis Africae suscite déjà en soi une curiosité certaine. Ces "confins de l'Afrique" ont en effet longtemps nourri de nombreux fantasmes. Le continent noir comme la terre d'une exploration infinie, comme le serait aujourd'hui celui de la musique. Elle a d'ailleurs été choisie en référence au livre d'Umberto Eco, Le Nom de la rose, pour désigner les livres "interdits" de la bibliothèque… Une mise à l'Index qui ne devrait pas s'appliquer à cet album. Même si derrière ces compositions en majorité expérimentales, se cache presque inévitablement une dimension ésotérique.


Lire la suite

15 septembre 2011

Ted Lucas - Ted Lucas (1975)

C'est la pochette qui a tout d'abord attiré mon attention. Un œil stylisé sur un fond terne, que tranche un étrange motif aux couleurs vives. L'unique album du musicien américain, dont la carrière débute dans le Michigan au début des années 60 et continue jusqu'à sa mort en 1992, a de quoi intriguer. Unique, tout comme le parcours de ce personnage, qui ne semble répondre à aucune logique. Ted Lucas serait tombé dans l'anonymat le plus total si le label Yoga Record et Sebastian Speaks n'avaient pas eu conjointement l'idée lumineuse de rééditer, l'année dernière, cette pièce rare, et d'ajouter 3 prises qui n'apparaissaient pas sur l'édition originale.

Étiqueté guitariste rock, il apprend à jouer de son instrument sur un modèle classique, puis étudie le blues, le country, et la musique contemporaine. Le guitariste Joe Fava, mais encore Ravi Shankar pour la cithare, comptent parmi ses maîtres. Il emploie d'ailleurs ses compétences pour ce dernier, comme pour d'autres formations tout aussi réputées telles The Eagles, Frank Zappa, Yes, John McLaughlin, Black Sabbath... Musicien studio pour le célèbre label Motown, on peut également l'entendre jouer de la balalaika, de la guitare de 6 ou 12 cordes et d'autres instruments sur des albums des Temptations, des Supremes, ou de Stevie Wonder. Rien que ça.

Si l'on cite également sa participation dans diverse groupes de Detroit plus ou moins obscurs des années 60'-70' - The Misty Wizards, Horny Toads, The Androids, etc -, c'est cet unique enregistrement éponyme, surnommé par sa famille et ses amis "The Om Record", en référence au label personnel de Lucas, que l'on retient. Situé dans la lignée folk ouverte par Bob Dylan, Nick Drake ou Joni Mitchell, Ted Lucas livre un album très équilibré, qui mélange à la fois mélancolie et espoir, avec des textes introspectifs, sur les plaisirs et l'amertume quotidienne.

Les 6 titres originaux de l'album sont d'une imparable simplicité d'écriture aussi bien au niveau des textes que sur un plan mélodique. De véritables "tubes" folk. Le titre d'ouverture "Plain And Sane And Simple Melody" en est la preuve. Le timbre de la voix de Lucas accroche immédiatement l'oreille, avec ses paroles "It's A Plain And Sane And Simple Melody / It's The Same To Me / It's The Same To You" qui reviennent en boucle. "It's So Easy (When You Know What You're Doing)" prend la forme d'une ballade légère, dont les paroles sont prononcées sur un ton chaud. S'il parle en termes généraux, il trouve les mots justes pour exprimer ses pensées. "I'll Find A Way (To Carry It All)" atteint les sommets avec son instrumentation gracieuse et délicate. On peut aussi citer le titre "It Is So Nice To Get Stoned", une invitation plaisante à la défonce. Imbattable.

La deuxième partie de l'album fait la part belle aux improvisations. "Robin Ride" mélange blues et congas dans court mais largement satisfaisant jam de 3mn. Enregistré en live, "Sonny Boy Blues" laisse place à la virtuosité de Lucas. Une gratte, un kick, et Lucas qui chante "You better start drinking some wine / You drink whisky it'll be bad for you"… Quant à "Love And Peace Raga", on remarque à quel point l'Inde a pu avoir de l'influence dans ses compositions. Sur un fond de cithare indienne et une improvisation de voltige dans le cadre mélodique qu'implique un râga. Le résultat est proprement bluffant.

En bref : œuvre de génie, l'album devrait figurer dans toute bonne discothèque.




Acheter l'album sur Yoga Records

"Plain And Sane And Simple Melody" :


Lire la suite

16 décembre 2010

Asa-Chang & Junray - Hana (2001)

C'est à la faveur de retrouvailles avec un ami un peu perdu de vue que je suis enfin parvenu à identifier ce morceau recherché en vain pendant des années. Par bonheur, "Hana", car tel est son titre, est encore plus beau et impressionnant que dans mes souvenirs. L’ancien leader du Tokyo Ska Paradise Orchestra, Asa-Chang, alias Koichi Asakura, et ses deux acolytes de Junray, ont atteint, avec cette drôle de comptine sortie en 12" en 2001, un sommet d’étrangeté sonore. Je vois peu d’équivalents à cet assemblage de musique indienne, de poésie nippone, et d’expérimentations électroniques extrêmes façon Aphex Twin. En fait, pour être rigoureusement exact : je n’en vois aucun.

Sur fond de cordes tire-larmes extraites d’une ballade de Sade ("Pearls"), deux voix filtrées suivent le rythme saccadé et sans cesse changeant d’un solo de tablas, exécuté de main de maître par U-Zhaan. Vrillées, tordues, ces voix détachent curieusement, bégayent parfois, les syllabes de ce qui s’apparente sans doute à un poème (si quelqu’un parle japonais…). La simple énonciation de ses différents ingrédients ne rend cependant pas justice à ce petit trésor qui échappe à toute description. Les trois albums d’Asa-Chang & Jun Ray valent la peine d’être écoutés au moins une fois, mais aucune de leurs productions n’égale la magie de "Hana" qui, plus de 9 ans après, reste désarmant de virtuosité et d’avant-gardisme.

A noter : d'abord sorti en 12" sur Hot-Cha en 2001, puis sur Leaf en 2002, "Hana" figure aussi sur le premier album du groupe, "Jun Ray Song Chang", et sur différentes compilations.

En bref : il n’y a que les Japonais pour créer des morceaux aussi barrés que "Hana", un patchwork magique de voix et de tablas sous perfusion d’Aphex Twin. Une pièce unique, qui défie les lois de la musique occidentale.




Le Myspace

A lire aussi : Radicalfashion – Odori (2007)


Lire la suite

21 avril 2010

Fool’s Gold, concert à Barbey (Bordeaux) le 19 avril 2010


Parmi les nouveautés de cette année, le collectif californien Fool’s Gold est une bien belle surprise. Avec un premier album éponyme convenu mais bondissant, ils deviennent les concurrents directs des new-yorkais Vampire Weekend, bien trop maniérés à mon goût sur leur opus 2010. Sans prétention aucune, leur objectif est clair : promouvoir le brassage culturel de manière dansante et festive. Le collectif est métissé (USA, Argentine, Brésil, Israël…) et donc tout à fait crédible, et l’on serait bien en peine de leur reprocher un certain opportunisme actuel vis-à-vis de ces musiques dites exotiques. Que ce soient Luke Top qui chante en hébreux (sa langue natale) ou le guitariste Lewis Pesacov (membre des très bons Foreign Born, mais aussi participant au projet Komono n°1), tous deux savent de quoi ils parlent quand ils font appel à l’afrobeat ou au groove éthiopien. Ce rafraichissant premier album et une réputation scénique croissante suffisaient largement à faire le déplacement à Barbey ce soir-là, en très bonne compagnie de surcroit.


"Nadine" ouvre le bal. C’est le penchant oriental de Fool’s Gold et les sonorités évoquent aussi bien l’Inde que la Chine. En effet selon Luke, "Fool’s Gold n’est qu’un rebond de plus dans le jeu de ping-pong qui dure depuis des décennies entre les continents". L’orchestre de six puis huit (jusqu’à dix parfois) musiciens semble passionné et respectueux. Ca on ne peut pas leur enlever. Très tôt dans le set, le groupe de la cité des anges entame l’inévitable "Surprise hotel". Imparable grâce à son motif de guitare répétitif, ce sera certainement l’un des tubes de l’été, d’une gaité à toute épreuve, par excellence le morceau pour se sortir du lit le matin, et se coller la banane au visage jusqu’au soir.

"Ha dvash" est un autre moyen de s’ouvrir à cette musique dite "world". Et Lewis Pesacov, fringué en parfait Marty Mc Fly, fait preuve d’un jeu de guitare assez démentiel, guidant les morceaux par ses soli d’aigus électriques et tropicaux. Cerise sur le gâteau, nous donnant l’impression d’être privilégiés (alors que l’exercice est pratiqué à chacun de leurs concerts), les Fool’s Gold nous embarquent dans une jam géante, au milieu de la foule, où près de 500 personnes scandent à l’unisson les Ohohohohoh de "The world is all there is". Tout le monde ce soir-là a eu sa dose de pop et de soleil. Et sur le chemin du retour, plus loin dans la nuit, raisonnent encore les Ohohohoho…

Le Myspace de Fool’s Gold, le site de Barbey et l’album en streaming

L’immanquable "Surprise hotel" en live KEXP :


Lire la suite

22 décembre 2009

Karlex - With All Due Respect (2009)

Do you know Karlex ? Pour ceux qui seraient passés à côté, malgré la très bonne critique de son deuxième album sorti cette année, Dodb opte pour une piqûre de rappel. Comme son auteur, With All Due Respect (signé sous son propre label Lil' People records) est un mélange aux mille saveurs. Le genre qu’on n’enferme pas dans une case. D'origine haïtienne, Karlex a vécu à New York avant de s'installer il y a six ans sur le littoral du sud de la France, près de Montpellier. C’est là, face à la mer Méditerranée, qu’il a composé ses onze titres (douze avec le bonus), inspirés par tous ces lieux puisqu'il chante en trois langues : anglais, créole et français. Sur les pas de ses oncles et frères, il s’est mis à la guitare vers l’âge de onze ans. Mais c’est dans la composition et l’écriture de chansons qu’il trouve son élément. Ses influences : Les Stones, The Doors, Mickael Jackson, Bob Marley ou encore Fela Kuti.

Tiraillé entre la culpabilité de vivre pleinement dans cette société de consommation occidentale et la pauvreté qui ronge son Haïti natale, Karlex jongle et parle de cette dualité des cultures qui l’anime et qu’il a aussi du mal à assumer. Son combat intérieur pour trouver un équilibre donne un melting pot riche de couleurs afrobeat, électro-dub, funk, soul ou encore folk et jazzy.

Il ouvre en anglais par "Liberated" (Tomorrow can wait). Il raconte : "Je parle de cette société de consommation, de cette prison. C’est une folie dans laquelle je suis moi aussi un consommateur." Ses harmoniques à la guitare, le synthé et les rythmes de la batterie s’emballent et virent vers un son électro et très dub. La voix apporte une douce mélodie avant de s’enflammer dans un slam ou un rap final, qu'un duo souffle/basse clôture.

Dès les premières notes de piano, le second morceau "Do you know my name" affirme clairement sa touche jazzy. Des voix lointaines laissent place au chant de Karlex, qui en écho, semble lancer un appel, ou plutôt une prière, réveillée par des apparitions de flûte traversière. Ni prosélyte, ni moralisateur, il explique pourquoi il s’adresse à Dieu : "Cette chanson parle de la souffrance du peuple haïtien, de celle d’autres peuples. Je suis un croyant dans le questionnement." Dans une autre version (bonus) plus rapide comme lors de ses concerts (il était de passage à Montpellier en décembre) l’entrée électro avec la réverbe de la batterie ravivent le morceau.

"Onè respè" mêle le créole et le français. En Haïti une expression veut qu’au lieu de frapper à la porte de chez quelqu’un on dise "Honneur" (Onè) et les gens répondent "Respect" (respè). Sa voix chaude et son parlé incarnent l’Homme africain. "Courir pour être libre, courir pour ne pas mourir." Inspiré par ses ancêtres esclaves qui ont couru pour la liberté, il pointe les différences nord/sud. La place donnée à la guitare électrique, la mélodie enjouée, le synthé et une enveloppe sonore électro rafraîchissent le côté traditionnel.

Karlex poursuit son retour aux racines avec l’afrobeat de "I-nèg'marron". "On est tous des Neg marrons. Des Neg marrons qui se battent pour la dignité", crie-t-il en concert. "Mes ancêtres étaient des esclaves alors je dois en être un aussi.".

Après "Dear Mama", place au jazz groovy de "Choukoune". Dans ce dialogue entre le piano, la batterie et sa voix sensuelle, Karlex slame en créole un poème du 19e siècle, l’histoire d’un homme enchaîné des deux pieds par une femme !

Folk, avec un début à la guitare seule, "Everyday" laisse enfin place au chant et moins à la voix parlée. Derrière une base de rythmes africains, la voix se balance entre le registre grave et aigu. Tandis que les riffs de guitares électriques s’entremêlent aux sons du synthé.

Dans "It's all in your heart", les rythmes de percus africaines persistent. Mêlés à la guitare, à la répétition d’effets, notamment de la wah-wah, ils rendent l’atmosphère mystique tout comme la voix douce qui envoûte et alterne entre medium et aigu. Les boucles de voix répétées hypnotisent et leurs longueur installent un univers de transe. Avec des percus en constante résonance dans la tête.

Après la guitare plus rock de "So much in a man's mind" et les bases electro-pop avec des voix sur la fin de "Making it right", Karlex rend hommage à David Bowie. "This not America" est sa première reprise. Très lente, il pose les paroles comme un slam sur le synthé, instrument solo du morceau. Au bout de plus de deux minutes d’introduction, il chante le refrain. Apaisé, on se laisse guider et on prend le temps d'écouter. Il finit par de longues nappes enveloppantes. Une version très épurée, et très pure. Comme son interprète.

En bref : un artiste éclectique et inclassable qui puise sa musique et son verbe autant de son Haïti natale que de New-York, où il a fait ses classes. Un répertoire envoûtant à découvrir aussi en live pour une version plus chaloupée.




Le Myspace et le site officiel

Le clip de "Liberated" :



Lire la suite

15 septembre 2009

Taken By Trees - East Of Eden (2009)

Il faut avouer, je pensais que Taken By Trees ne serait le projet que d'un seul album. Parce que la discrète Victoria Bergsman est ainsi : elle enregistre un premier album parfait et puis s'en va, et revient alors que l'on ne l'attend plus. Open Field, album parfait de folk limpide, enregistré dans une sorte de torpeur mélancolique et rêveuse, était sorti en 2007. Mais nous connaissions déjà cette voix : c'était celle de The Concretes, son groupe pop qu'elle avait quitté après la sortie de leur premier album, parfait lui aussi. Le son d'Open Field, épuré, précis et chaleureux, nous a semblé être l'identité que Victoria Bergsman voulait donner à Taken By Trees. Or, agréable surprise, Rough Trade sort ce mois-ce la suite de ses aventures, et le style, même si toujours aussi vaporeux et apaisant, a été complètement revu. Et encore une fois, c'est très réussi. Agréable surprise toujours, c'est au Pakistan et entourée de musiciens soufis que Taken By Trees a écrit et enregistré cet East Of Eden tout à fait dépaysant.

Mais alors qu'elle semble aller dans une direction complètement opposée à celle prise sur Open Field, Victoria Bergsman montre au contraire, avec East of Eden, la grande rigueur artistique qui sous-tend son projet Taken By Trees. Si l'on écoute attentivement, on remarque que la composition générale des albums, qui s'apparentent alors à de petits tableaux d'une demi-heure, reste la même. On se souvient du magnifique instrumental (le morceau titre) qu'avait offert le producteur Björn Yttling sur Open Field. De la même manière sur East of Eden, Victoria Bergsman se met en retrait le temps d'un titre ("Wapas Karna"), et y laisse les musiciens soufis qui l'entourent s'exprimer. Les disques de Taken By Trees semblent donc se singulariser dans leur manière de créer des espaces, champs ouverts situés à l'est d'Eden (l'album a par ailleurs été enregistré en grande partie en extérieur). Ce sont ces espaces laissés aux silences, aux musiciens qui participent à la création, et aussi les espaces laissés aux mots des autres : le single "Lost and Found," bluette extraite de Open Field avait été écrit par Tracyanne Campbell de Camera Obscura. Sur East of Eden, le tout frais "My Girls" d'Animal Collective a le droit à une merveilleuse adaptation, sous le titre "My Boys." Il s'agit d'ailleurs d'un échange, bel échange, puisque Noah Lennox du groupe sus-cité prête sa voix de Panda Bear au beau "Anna" et rappelle ainsi que l'on est jamais loin de son Person Pitch.

Le projet Taken By Trees se précise donc. Il ne s'agit pas du tout, comme on pourrait le penser, d'une folkeuse suédoise qui prendrait soudainement un virage world. La suite devrait le prouver, Taken By Trees fait des albums comme une artiste une série de tableaux : dans un cadre et une structure identique, elle y développe les mêmes motifs, soit ceux de l'espace d'ouverture et du rapport aux racines. Ce que Victoria Bergsman a fait entre ses deux albums, c'est simplement changer de ton, de couleur, et d'axe de tradition folk. Après avoir travaillé sur l'axe anglo-suédois (le son de Open Field se situait entre Vashti Bunyan et les productions pop suédoises contemporaines), c'est l'axe suédo-pakistanais qui conduit Taken By Trees à East Of Eden.

En effet, tout qawwalî qu'il puisse sonner, East of Eden n'est pas exempt de suédicité : il y a ces beaux titres chantés en suédois dans le texte (alors que le reste est chanté en anglais) : "Tidens Gång," "Bekännelse." Il y a aussi ces choeurs, beau cliché suédois, que l'on retrouve sur "Anna" ou "Greyest Love Of All." Alors oui, East of Eden est un disque très surprenant, mais lorsque l'on connaît l'importance du voyage et de l'exotisme dans la peinture, la littérature et la musique suédoise, il se révèle très culturellement enraciné, ce qui participe pleinement au plaisir d'écoute. En effet l'amateur de folk occidental (que je suis), jusque là peu initié aux musiques du monde et d'Asie notamment, ne prend pas le risque de se perdre dans ces jardins lointains, de ne pas en comprendre le sens, et donc d'en rejeter la beauté. East of Eden est une invitation rassurante, une porte européenne ouverte sur les grands espaces de la musique pakistanaise, où le fil d'Ariane se rebaptise fil de Victoria.

En bref : Un beau tableau d'impressions de voyage, entre tradition soufie et contemporanéïté suédoise.





Ici : le site et le myspace.

Et le mini-documentaire de National Geographic sur la réalisation de l'album:


Lire la suite

01 juin 2009

V/A - Bombshell Baby Bombay et The Bombay Connection (2007)

La production filmique de l’Inde est la plus importante du monde. Il en est ainsi depuis presque la création du cinéma, le premier film indien est tourné en 1899. Depuis plusieurs décennies, huit cents films de fiction environ sortent par an. Pourtant le cinéma indien est l’un des plus méconnu dans nos contrées car une très large partie des créations est indissociable de passages chantés et dansés : cet élément culturel est un des attraits qui fait la joie des amateurs éclairés mais il est aussi le cœur même des principaux préjugés qui font obstacle à la découverte d’un des cinémas, encore à ce jour, des plus généreux.

C’est avec tout autant de générosité qu’ont été compilés par Edo Bouman et Milan Hulsing les volumes Bombshell Baby Bombay et The Bombay Connection. Idéaux pour la découverte des grands compositeurs indiens de bandes originales, les disques couvrent deux périodes : 1959-1972 et 1977-1984. Le choix de ces années permet de mettre en évidence deux des grands courants musicaux : le groove style années 60 et le funk type 70’s. A l’instar du cinéma hong-kongais, l’industrie du cinéma indien suit de très près l’actualité musicale à la mode dans les pays occidentaux. La jeunesse locale en raffole. Les artistes, plus ou moins honnêtes, s’inspirent et marient les styles importés à la musique de leurs pays ; les producteurs peu scrupuleux utilisent des titres connus sans créditer les créateurs originaux (ceci fut longtemps toléré car le flou "artistique" le plus total existait dans certains pays).


Bombshell Baby Bombay (Bouncin’ Nightclub Grooves From Bollywood Films 1959-1972) fait la part belle à Rahul Dev Burman et au duo Shankar-Jaikishan. R.D. Burman est l’équivalent de Lalo Schiffrin en Inde et compte plus de trois cents bandes originales à son actif. Tout aussi à l’aise dans les mélodies entêtantes que les rythmes entraînants, Burman fait souvent mouche. S’il maîtrise avec respect les différents styles musicaux de son pays, il ne méprise pas pour autant le matériau importé. Non, c’est avec une réelle délectation qu’il le fait sien pour son plaisir, pour notre plaisir. Avec Burman l’efficacité est au rendez-vous et il insuffle une énergie communicative indéniable à ses compositions.

Shankar Singh Raghuvanshi et Jaikishan Dayabhai Panchal (ils signent sous le pseudo commun de Shankar-Jaikishan) ont plus d’une centaine de disques en commun. Les deux se complètent à merveille et sont l’association de talent pendant près de vingt ans. Ils assurent sur tous les fronts : chansons d’amour, compostions d’inspiration occidentales, numéros de dance, musiques de fond ("background score"). Le morceau "Jan Pahechan Ho" tiré du film Gumnaam est un bel exemple de leur savoir-faire de l’époque évoquée : guitare à la Shadows, percussions indiennes, trompettes style mariachi : ça swingue avec démesure.



The Bombay Connection (Funk From Bollywood Action Thriller 1977-1984) met en vedette une fois de plus R.D. Burman. Je ne vous reparlerai donc pas de lui, l'écoute de l'énorme "Main Hoom LiLy" extrait de Bond 303 suffira comme piqûre de rappel.

Le travail d’un autre duo célèbre est ici souligné, il s’agit de Kalyanji-Anandji. Les deux frères Anandji et Kalyanji Virji Shah sont les créateurs de pas loin de deux cents b.o., dont l’une des plus célèbres est celle du film Don (avec le dieu vivant Amitabh Bachchan). Pas d’extrait ici de Don, ç’eut été trop facile. En revanche "Na Na Na Yah Kya Karne Lage Ho" du métrage intitulé Bombay 405 Miles force le respect une fois de plus. Bien sûr lorsque l’on s’aperçoit que le morceau date 1980 et qu’il sonne début 70 à fond les manettes, alors que sur l’Occident insouciant a déjà déferlée la vague disco, bientôt suivie par celle imminente de la new wave (vous ne pourrez pas me reprocher d’être vague dans cet article), on peut au premier abord esquisser un petit sourire sur le métro de retard. Mais ne boudons pas notre plaisir. Et surtout ne dénigrons pas l’indéniable talent de Kalyanji-Anandji apte à faire groover un mort à coup de basse "blaxploitation" et d’une voix sensuelle tirée d’une "colonna sonora originale" italienne du meilleur cru.

Il serait injuste de ne pas mentionner quelques uns des interprètes qui contribuent à la popularité des airs et des films. La déesse incontestée et respectée Asha Boshle étend son hégémonie sur les 2 volumes. La chanteuse la plus célèbre de l’Inde, et dont la réputation dépasse les frontières de son pays, chante depuis 1948 et affiche plus d’un millier de bandes originales de films. On frise le délire, l’étourdissement, la syncope devant l’ampleur de la tâche accomplie. La voix d’Asha, attirante et envoûtante, est reconnaissable par ses sonorités suaves et aiguës.

Kishmore Kumar est l’un des grands talents parmi les "playback singers" du cinéma indien. Au départ acteur et parfois réalisateur, il est repéré pour ses talents vocaux et au fil du temps il deviendra l’un des numéros un de sa catégorie.

Mohammed Rafi n’est pas moins célèbre que le chanteur précité. Sa carrière couvre trois décennies dont les années 70 sont l’apogée. Détail amusant, il sera quelque fois la voix playback de Kishore Kumar, n’ayant pas le temps de jouer et d’enregistrer ses propres parties chantées.

Pour ne rien gâcher au tout, Edo Bouman et Milan Hulsing, ont soigné le travail jusqu’au bout. Pochettes magnifiques, reproductions de press books, notes sur les chanteurs et musiciens, précisions des crédits (titres des chansons et des films, noms des artistes "doublures chant" pour chaque morceau, années de productions,…). Pour les puristes, un pressage double vinyle 180 gr. numérotés à 250 copies est disponible. Les deux compilations existent aussi en cd éditées avec le même soucis de présentation et de précision .

En bref : une excellente introduction dans un univers frais et décomplexé, comme ceux du cinéma bis italien et hong-kongais des années 60-70. A découvrir d’urgence sous peine d’être passé à côté d’un bonheur aussi simple que vital.





Lire la suite

18 mai 2009

Ananda Shankar - S/t (1970)

Ananda Shankar fit un rêve : "dans une tentative de marier musique occidentale et indienne naîtrait une nouvelle forme de musique, sans qu’on puisse la nommer, qui serait aussi mélodieuse que sensible et associerait les instruments électroniques actuels et ce vieil instrument traditionnel, le sitar".

Lorsque sort l’album en 1970, connu également sous le titre officieux de Sitar meets Moog, la sonorité de l’instrument indien est déjà connu depuis plusieurs années. Ceci n’est pas la première approche de deux univers musicaux en apparence différents. Certains groupe de jazz ont déjà incorporé l’instrument dans leur formation. L’association sera officialisée en 1961 quand le célèbre sitariste Ravi Shankar enregistre en collaboration avec le saxophoniste Bud Shank et le bassiste Gary Peacock l’album intitulé Improvisations. D’autres musiciens comme Ornette Coleman, John Coltrane ou Miles Davis seront influencés et inspirés par la musique indienne. Mais le grand public découvrira pour la première fois l’instrument, dont les sons mêlent mélancolie et contemplation, sur le célèbre morceau des Beatles, "Norvegian Wood (The Bird Has Flown)". C’est George Harrison en particulier qui succombe aux charmes du sitar. Son professeur sera Ravi Shankar. Puis d’autres groupes anglais ou américains comme les Kinks, les Rolling Stones, les Seeds, les Pretty Things, pour ne citer qu’eux, suivront et le sitar deviendra alors l’instrument emblématique de la musique psychédélique de la fin des années 60 début 70.

Ananda Shankar, neveu de Ravi du même nom, lors d’un voyage aux U.S.A., est de passage à Los Angeles. Signé par le label Reprise du groupe Warner, il décide de concrétiser son rêve. Il sera accompagné de sept musiciens de studios locaux (batteur, bassiste, guitare, claviers et synthétiseur Moog) et d’un compatriote (tabla). Si la couleur du sitar a été utilisé à tout va avec des degrés de qualité très variable, son essence même n’a été que peu distillé. Que l’instrument s’exprime à travers des compositions à caractère soit festif soit religieux, le musicien indien n’ignore pas la tradition et la mythologie de son pays : la musique est divine, c’est par le son primordial Ôm que le dieu Brahmâ a créé l’univers. Ainsi la spiritualité voire la religiosité de l’interprète doit émaner à tout moment, condition sine qua non dans l’absolu pour jouer d’un instrument. A ce titre les différents morceaux présents sur l’album renvoient à cette état d’esprit. Les reprises de "Jumpin’ Jack Flash" des Rolling Stones, "Light My Fire" des Doors et les plages "Snow Flower" et "Mamata (Affection)" relèvent du divertissement offert avec générosité. "Metamorphosis" démarre comme une simple proposition au dépaysement pour se transformer en un voyage mystique et planant. Ananda en profite ici pour nous faire montre de toute sa virtuosité.


La face B (le sixième morceau si vous écoutez l’album sur support numérique) s’ouvre par la pièce maîtresse intitulée "Sagar (The Ocean)". Pendant ce petit quart d’heure une vague ne vous submerge pas, non, elle vous transporte vers des rivages connus que de votre seule imagination, pour peu que votre esprit se déleste de ce qui lui pèse au quotidien, ensuite libre à vous de vous laissez flotter loin du bord, d’embrasser la haute mer avant le grand plongeon abyssal. Si une grande partie du morceau est typiquement indien, une rythmique lente aux sonorités folkloriques digne de Jethro Tull, Led Zeppelin ou Pentangle fait de façon progressive son apparition. La boucle est en quelque sorte bouclée. L’avant-dernière composition, "Dance Indra", très orientale, pourrait illustrer un rapide voyage dans l’univers fantastique d’Aladin, dans celui fantaisiste d’Ali Baba ou dangereux des charmeurs de serpents. C’est dans cet instrumental que le Moog est le plus présent. Le synthétiseur a été employé sinon avec parcimonie ce qui évite de conférer à l’ensemble un côté que l’on pourrait qualifier d’ "easy listening" voire de kitsch.


"Raghupati" clôture l’album. Seule chanson du LP, Ananda conclut en ces termes (je résume) : "peu importe comment nous nommons Dieu, Il nous appartient à tous de façon égal". Loin de toute niaiserie "peace and love" ou "baba cool", Ananda pensait peut-être à une autre forme de religion, sans nom précis, compatissante et sensible, une association des jeunes dieux avec les plus ancestraux.

En bref : un passeport international pour un voyage initiatique et une occasion de découvrir les mystères de l’Inde en terrain connu.



Le site et un extrait à écouter : "Snow Flower"



Lire la suite

07 mai 2009

V/A - Devdas Soundtrack (2002)

Devdas sort en France durant l’année 2002 dans une quasi indifférence du public français dit "de souche", à part pour quelques fans avisés du cinéma indien dont je ne faisais pas partie à cette époque. En revanche pour les originaires du Moyen-Orient ou plus loin encore du côté du Pakistan et l’Inde, c’est l’événement à ne pas manquer. Les grandes stars du moment jouent dans le film : Madhuri Dixit, Aishwarya Rai, Shahrukh Khan, Jackie Schroff. Le film est la super production comme l’Inde en produit régulièrement, à l’instar de Lagaan ou Mangal Pandey, destinée en particulier à être la vitrine du savoir-faire de l’Industrie cinématographique indienne pour l’Occident. Dans le cas de Devdas, le film ne cherche pas à briser les idées reçues : romance, drame, danse, chant et musique.

En ce qui concerne donc la musique et le chant, je parie que c’est surtout pour cela que vous traînez sur le blog, le département artistique n’a pas fait dans la demi mesure non plus. Si l’histoire en elle-même ne fait pas vraiment l’intérêt du métrage (fond social intéressant mais forme très mélodramatique), les parties chantées et dansées sont toutes à classer dans l’anthologie du genre. Puisant autant leurs inspirations dans les traditions "folkloriques" des différentes régions de l’Inde que dans la grandiloquence des orchestres symphoniques hollywoodiens des années 30/40. Les compositeurs Ismail Darbar, Monty et Pt Birju Maharaj réussissent un syncrétisme musical dont chaque mélodie envoûte, chaque envolée saisit, chaque rythme transporte. Les instruments traditionnels, tels que santoor, sitar, tablâ, tampura ou vînâ pour ne citer que ceux-là et dont les sonorités peuvent paraître rébarbatives voire agressives pour le néophyte, prennent ici une dimension de divertissement pur, sortis de leur contexte de musique méditative et contemplative.

Le talent des chanteuses et chanteurs principaux sert à merveille les textes poétiques et dramatiques de Nusrat Badr et Sameer. Dans le cinéma indien chaque acteur qui incarne un personnage principal a sa "doublure chant" (peu d’actrices et d’acteurs chantent eux-mêmes). Quand un artiste atteint le statut de vedette la même "voix chantée" le suit tout au long de sa carrière dans la mesure du possible. On retrouve entre autre Udit Narayan, Kavita Khrisnamhurty et Shreya Ghosal au sommet de leur forme vocale. Il faut certes aimer les voix féminines aiguës qui vous chatoieront le cœur et celles masculines graves qui vous éclairciront l’âme. Bien sûr c’est un peu plus nuancé que ça mais tout cela pour dire que l’on sort des standards vocaux habituels. Les voix sont utilisées à des fins émotionnelles mélancoliques (je pense aux morceaux "Silsilia Ye Chaahat Ka", "Bairi Piya") ou généreuses ("Chalak Chalak", "Kaahe Chhed Mohe").

L’écoute du disque hors contexte du film se fait sans problème, la connaissance de l’histoire est un petit plus à savourer par les jusqu’au-boutistes. Les autres, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur les sites dédiés aux clips musicaux extraits du film (en particulier les titres "Dola Re Dola" et "Maar Daala") car les chorégraphies sont de très grande qualité et finiront par donner le "coup de grâce" à ceux qui n’avaient pas encore baissé le bouclier des préjugés. Si après tout ça, ça ne passe toujours pas, bien ce n’est pas grave, ce sera peut-être pour une prochaine fois.

En bref : plus qu’une simple musique de film, un concentré d’énergie et d’élégance à consommer sans aucune modération ; l’émotion décomplexée à l’état pure.





Plus d'infos sur le film

A lire aussi : David Lych - Inland Empire Soundtrack (2007)


Lire la suite

22 janvier 2009

Calexico + Depedro - Concert à Bordeaux le 21/01/09


La Rock School Barbey accueillait hier soir un concert très attendu, suite à la sortie l’année dernière de Carried to dust, dernier album en date des représentants du mythe crépusculaire de l’Ouest Américain, j’ai nommé Calexico. Grand groupe du paysage indé qui comme Tindersticks a connu son heure de gloire fin 90’s et qui depuis rame un peu pour se trouver un public, le combo de Tucson semble en 2008 avoir récupéré de sa superbe, comblant fans et newbies avec un onzième enregistrement plus délicat et nuancé que ses prédécesseurs.

Premiers constats statistiques : la salle est comble et le public plus âgé qu’à l’accoutumé. Peu étonnant quand on sait qu’en plus de dix ans de carrière, le groupe a su monter un réseau de fans internationaux grâce à un talent non feint pour le brassage des genres, du rock au blues en passant par le jazz ou la country. Un style finalement indéfinissable au profit d’un exotisme non putassier, parce que Calexico est peut-être le seul groupe à utiliser les grands espaces morriconiens et la ferveur latine sans tomber dans l’effet carte postale. Chez nous c’est Manu Chao qui s’en charge, avec plus ou moins de succès.
_

En première partie, c’est l’espagnol Jairo Zavala alias Depedro qui s’y colle. Le genre de gars, si tu le croises dans la rue, tu penses qu’il est en situation irrégulière. Tout en rouflaquettes et guitare en bandoulière, il nous présente son projet le plus personnel à ce jour, seul ou accompagné des musicos de Calexico. Il joue des balades rythmées à la guitare, chantées en espagnol, du plus bel effet, et rejoint le groupe pour la suite des événements (Depedro joue sur Carried to dust, et à n’en pas douter, son CDD chez Calexico pourrait rapidement devenir indéterminé).

La bande à Joey Burns et John Convertino monte alors sur scène. Sept musiciens au total pour deux trompettes, une batterie, un trio accordéon / harmonica / mélodica, une contrebasse, moult guitares et surtout, presque la star de la soirée, cette pedal steel qui vous emmène définitivement très loin dans l’imaginaire. Instrument magique et planant, complètement maîtrisé par le grand Paul Niehaus, qui m’évoque alors Jason Molina et son "Farewell transmission". Malheureusement Sam Beam d’Iron And Wine n’est pas là, lui qui a également participé à l’album. Mais qu’à cela ne tienne, une constatation s’impose ce soir, tous ces musiciens sont vraiment exceptionnels.

De ballades pop sobres peut-être trop low tempo aux grandes envolées mariachis, Joey Burns illumine ce set essentiellement axé sur le dernier opus dont "Two silver trees", "The news about William" ou "Trigger" (plus besoin d’instrument, il suffit de siffler) sont de grands moments. De quoi en tous cas assurer facilement l’heure et demi de show, dont deux rappels et une reprise de Love, "Alone again or". Joey aura fait preuve d’une sympathie de chaque instant, multipliant les mercis et autres commentaires de soutien. Standing ovation pour le premier concert de l’année 2009, qui pour le coup démarre en trompettes.

"Alone again or" par Calexico et "La Memoria" par Depedro :


Lire la suite

03 janvier 2009

Dub Colossus - A town called Addis (2008)

Depuis maintenant 20 ans - seigneur que le temps passe vite - le label Real World, créé en 1989 par l'ex-Genesis Peter Gabriel, n'a eu de cesse de promouvoir et diffuser la musique dite « world », en particulier les artistes africains et asiatiques contemporains. Un travail de défricheur explosant les frontières musicales nationales pour porter à nos oreilles des sonorités nouvelles ou méconnues en provenance des quatre coins du globe.

Avec A town called Addis c'est l'Ethiopie, berceau de l'Humanité, terre mythique des rastafariens, qui est à l'honneur. Le disque est en effet le fruit de la rencontre entre Nick Page, alias Dubulah ou Dub Colossus, guitariste et compositeur britannique formé auprès de Michael Riley (Steel Pulse), et plusieurs chanteurs traditionnels azmaris de la capitale éthiopienne.


Globalement, le titre retenu, Dub Colossus - A town called Addis, ne ment pas sur le contenu de cet album. Au fil de ses onze vastes plages, se succèdent ainsi les ambiances dubisantes, dominées par des variations instrumentales grisantes et des incursions de chants populaires transis. Nick Page fait sienne l'histoire musicale de son pays d'accueil.

Entouré des chanteuses Sintayehu Zenebe et Teremag Weretow, du saxophoniste Feleke Hailu et du pianiste Samuel Yirga, il reprend à son compte la voie épurée des sonorités mystiques des hauts plateaux érythréens, les accomodant de ses influences électroniques et reggae. En résultent de grands moments de recueillement, de poésie et d'envol, où les lyres (krar), luths (macinko) et autres doubles tambours traditionnels (kebero) le disputent à la solemnité d'un piano classique éthio-jazz ou d'un riddim importé tout droit de Kingston.



Difficile d'honorer ici un titre plutôt qu'un autre. « Azmari dub » ouvre le disque sur une note très reggae, fortement influencée par les productions du « Salvador Dali jamaïcain » Lee Perry, avant de laisser apparaître la voix vibrante et douloureuse de Sintayehu Zenebe, « l'Edith Piaf éthiopienne ». Sa supplique écorchée foule le sol terreux des rues d'Addis-Abeba et nous transporte dans les faubourgs populaires de la ville. Enivrés, nous la suivons en spectres émerveillés. « Entoto dub », morceau suivant, richement instrumenté, se distingue par sa profondeur et son traitement nettement plus contemporain. De « Tazeb Kush » et sa pop-jazzy ahmarique aux variations de piano classique d'« Ambassel in box », via le dub mystique de « Shem city steppers », la rencontre entre le compositeur britannique Nick Page et les artistes éthiopiens en présence est symbiotique. On ne remerciera certainement jamais assez Real World pour sa contribution au patrimoine musical mondial.


En bref : Fouler le sol rocailleux et chaud du « toit de l'Afrique », berceau de l'Humanité, n'a pas prix. Il en va de même pour ce précieux album à tendance dub, à la fois transcendant et terrestre, fruit de la belle entente d'un compositeur britannique et de musiciens populaires éthiopiens.




Asmari dub.mp3

Tazeb kush.mp3

Ambassel in box.mp3


A lire aussi : rubrique dub


Lire la suite

VA - I like it like that (2008)

La salsa n'est pas une musique que l'on écoute confortablement installé dans son salon, l'on en conviendra. Globalement réservée aux pistes de danses échauffées et moites de quelques clubs pseudo-cubains ou hispanisants de notre hexagone, elle ne fréquente que très rarement nos platines, pour ne pas dire jamais. Elle est une musique populaire mais, paradoxalement, méconnue ou ignorée.

Pour nous tous, les labels Because et Mr Bongo organisent un cours de rattrapage, livré sous forme d'une double compilation à la pochette, il faut le dire, bien disgracieuse. Ce point de détail oublié, un premier disque rassemble une série de remixes des plus grands titres du label new-yorkais Fania, créé en 1964 et véritable Motown de la salsa et des musiques afro-caribéennes, accompagnés, dans une seconde galette, des versions originales. I like it like that, oeuvre d'intérêt général, fait amende honorable et redore le blason d'une musique quelque peu flétrie par le temps. Au-delà de cela, elle livre également une kyrielle de réappropriations réussies et rafraîchissantes, toujours respectueuses et parfois audacieuses, qui donne tout son attrait à cette grande réouverture de catalogue musical. Un travail de grande qualité, documentaire et créatif, qui n'est pas sans rappeler celui accompli depuis des années par les Anglais de Soul Jazz Records. Je pense en particulier aux compilations Nu Yorica Roots!, Tropicalia ou encore New Orleans Funk.


Fania a commencé son histoire au milieu des sixties comme une petite entreprise, co-fondée par le compositeur dominicain Johnny Pacheco et son avocat Jerry Masucci. Dès le second album produit par le duo, Heavy smokin' de Larry Harlow en 1965, le label trouve sa griffe. Des arrangements foisonnants et modernes associés aux sons traditionnels afro-caribéens de la salsa, du boogaloo (sorte de soul music latine) et du jazz latin. La paire de producteurs met sur orbite une rafale d'artistes à succès, particulièrement reconnus pour leurs prestations live. Celia Cruz, Ray Barretto, Ruben Blades, Willie Colon et Hector Lavoe parmi les plus fameux. Avec eux, Pacheco forme le supergroupe Fania All Stars (ci-dessous) et sévit à Greenwich Village lors de concerts endiablés devenus depuis légendaires. Leur performance au Cheetah, un club de Manhattan, en 1971, restera dans toutes les mémoires. Editée en cd la même année, elle deviendra le disque de musique latine le plus vendu de tous les temps.



Tous les plus grands hits du label new-yorkais sont présents dans I like it like that et passés au crible du remix. Pour ce faire, rien n'a été laissé au hasard et un casting de grande classe a été réuni. Pour ne citer que quelques noms, on peut évoquer le grand « Little » Louie Vega (Masters at work), Gilles Peterson, 4 Hero, Ashley Beedle (Ballistic brothers, Black science orchestra...) ou encore Andy Smith, le dj de Portishead. Bref, des pointures.


C'est le producteur et remixeur londonien Aaron Jerome, grand adepte du 2-step, qui s'y colle en premier pour une version subtile de tube planétaire de Peter Rodriguez qui a donné son nom à la compilation. Enchaînée avec le titre instrumental « Happy soul with a hook » de Dave Cortez, de solides gages de qualité nous sont d'emblée délivrés. Ce ne sont pas les Bugz in the Attic, avec leur scintillante track disco-funk, qui désavoueront leurs précédents camarades. A base de synthétiseurs et de basses montées sur ressorts, le collectif de dj's britanniques lustre le titre de Willie Colon et Ruben Blades, « Plastico », et ménage une piste de décollage royale à la voix divine de Blades. Vient ensuite Louie Vega. Le new-yorkais d'adoption, grande prêtre de la musique house des années 90, propose un travail de remix léger sur « Mi gente » d'Hector « La voz » (la voix) Lavoe. Une version respecteuse de l'original mais presque trop timorée. Peut-être faut-il rappeler ici que Louie Vega est le neveu de Lavoe et en déduire une certaine retenue de la part de l'ex-Master at work.


Aucun des 15 titres en présence sur I like it like that ne jure ou ne dépareille réellement, du reste, un sommet semble être atteint avec « Saona » de la chanteuse Nora Morales, recomposé ici par l'illustre Gilles Peterson (ci-contre), fondateurs des labels Acid Jazz et Talkin' Loud. Peterson est littéralement touché par la grâce et propose la plage la plus profonde et enivrante du disque. Sept minutes de groove hypnotique, d'accords de piano baroques et destabilisants, de voix spectrales et de transe synthétique. C'est tout simplement délicieux. God loves Gilles Peterson ! Je serais tenté de vous dire que pour ce seul titre I like it like that mérite le détour. Je ne le ferai pas, ce serait faire offense aux quatorze autres réussites qui l'accompagnent.


En bref : Réouverture luxueuse du catalogue du label new-yorkais Fania, véritable mythe de la musique latine et caribéenne des années 60-70. Une série de remixes délicieux, servis par quelques pontes de la musique électronique, et accompagnés de leurs versions originales. Entre leçon d'histoire et travail de (re)création, une double-compilation d'intérêt général. Mention spéciale à Gilles Peterson pour sa version sublime de « Saona » de Nora Morales.





Plastico – Willie Colon & Ruben Blades (Bugz In The Attic).mp3

Saona – Nora Morales (Gilles Peterson).mp3


Hector Lavoe, « Mi gente » :





« Introducing » the Fania All Stars (live au Cheetah en 1971 et extrait du film Our latin thing) :




« Quitate Tu » par les Fania All Stars (live au Cheetah) :



Lire la suite

28 novembre 2008

Jun Miyake - Glam Exotica ! (1999)

Comment organiser la rencontre harmonieuse de la musique classique, de l'électronica, de l'expérimentale, de la pop, du jazz et de la bossa nova - la liste n'est pas exhaustive - tout ça dans le même disque et sans fausse note ? Voilà une question à cent balles et un Mars... Je n'ai évidemment pas de réponse tangible à vous proposer mais par contre un nom à vous soumettre : Jun Miyake. Alors que vient tout juste de sortir le treizième album de ce virtuose japonais (Stolen from strangers), je ne peux résister à l'envie de pérorer quelques instants sur un de ses plus séduisants opus, le dixième, Glam Exotica !, sorti il y a déjà presque une décennie (1999).


On ne pourra lui enlever, le curriculum vitae de Jun Miyake est pour le moins surprenant et impressionnant. Le Tokyote, alors dans la vingtaine, débute sa carrière musicale en composant des bandes sonores pour spots publicitaires. La route sur laquelle s'engage le garçon sera pavée de réussites et, de surcroît, certainement très formatrice. Rapidement, il se distingue. Il monnaie ses services auprès des plus prestigieuses multinationales (Sony, BMW, Canon, Ford etc.) et, en implacable stakhanoviste, enchaîne les contrats, allant jusqu'à enfanter 2000 compositions par an (!). Sa renommée ne tarde évidemment pas à grandir, et de nombreux festivals internationaux rendent hommage à ses patchworks sonores impressionnistes. Bruitiste hors-pair, fin mélodiste et phogacyteur d'influences, Jun Miyake, confortablement assis financièrement, peut alors s'adonner progressivement à des projets plus personnels et ludiques.


Il compose pour le cinéma, nippon principalement, et livre ses premiers disques, hors du champ publicitaire et plus largement filmique, au début des années 90. Pour l'anecdote, il participa en 1988 à l'un des titres de Révolutions de Jean-Michel Jarre. Bref, à partir de 1995, sa production se concentre sur de véritables albums à proprement parler, dont Glam Exotica !, en 1999. Ce dernier se révèle particulièrement emblématique de la griffe du Japonais. On y retrouve ainsi son insatiable goût pour le métissage d'influences et le travail d'ambiance. Bossa, tango, rythmes arabisants, solo free-jazz, chants africains, Jun Miyake accomode emprunts et inspirations avec raffinement et les enrobe de ses touches électroniques délicates, bien souvent vaporeuses.


L'orchestration est luxuriante (violon, piano, saxophone, ukulélé, cymbales, berimbau, flûte alto...) et vous me verrez bien incapable de citer l'intégralité des instruments utilisés au fil des douze titres orgiaques de ce disque. La première plage au doux parfum oriental, “Rain forest”, est déjà en soi une démonstration de la richesse des compositions de Miyake. S'en suit une balade atmosphérique et errante, “Lotus isle”, conduite sous opium par le saxophone de son compatriote Dairo Miyamoto. En dépit des variations de styles, les transitions sont emmenées avec douceur et charme, sans rupture. Se dessine peu à peu une ambiance qui pourrait trouver son pendant pictural dans les films de Terry Gilliam. Une impression persistante, étayée par la gracieuse reprise du thème de Brazil, un des long-métrages du dit réalisateur américain, sorti en 1985. La gastronomie sonore du Japonais oscille entre des titres vocaux et instrumentaux, accalmies à dominante pop et transes jazzy world, le tout dans une sorte de féérie technicolore propice à la perte de repères et au bien-être.


Certains s'élèveront pour objecter que Miyake délivre ici un simple joli disque d'ambiance (quelle expression horrible!), “à écouter en fond sonore”. Je dis qu'il s'agit là d'une grande oeuvre à laquelle il mérite de prêter toute son attention. Une quête spirituelle en 12 épisodes qui stimulera tous vos chakras et vous conduira directement au nirvana.


Pour info, on peut signaler que Jun Miyake a collaboré à plusieurs reprises avec le chorégraphe français Philippe Decouflé, entre 2000 et 2005. Ses compositions ont également été utilisées par Robert Wilson et Pina Bausch.


En bref : Un disque méditatif, planant et charnel, témoin s'il est besoin de la virtuosité du Japonais Jun Miyake. Avec minutie et érudition, le compositeur nippon réussit un modèle de melting-pot musical impressionniste. Magique.




Rain forest.mp3

Gnossienne 1.mp3 (reprise d'Erik Satie)

Pico Birds.mp3


Le myspace et le site web de Jun Miyake


A lire aussi : Radicalfashion – Odori (2007)


Lire la suite

09 août 2008

Ólöf Arnalds - Við og við (2007)

Le contexte: nous avions été bouleversés, il y a déjà quelques années, par les disques de folk brut de Devendra Banhart, Vashti Bunyan, Ramona Córdova. En 2007, alors que nos têtes tournent devant les courses à l'excentricité musicale, un petit label islandais, 12 Tónar, propose un retour aux sources des choses en sortant à l'insu de tous le grand disque folk de notre siècle. Chanté en islandais, Við og við est débarassé de toute référence anglo-saxonne, enfin. L'objet est libre, intemporel, unique. Et l'islandais devient la plus belle langue du monde. La poésie de l'incompris.

"Englar og dárar" ouvre et donne le ton. Une guitare et une voix, aigües, émergent, feu dans l'obscurité, et se parent du silence qui les entoure. Le son est artisanal; l'enregistrement est sincère. On entend chaque articulation, chaque glissement de doigt. Le matériau est brut, seulement pâtiné. Le bois est rugueux, et la peau douce. L'artefact porte les traces de sculpture. On y sent la matière et la manière. Mais Ólöf Arnalds (qui a joué chez Múm) est de formation classique. Elle est si précise, même virtuose, dans sa composition, son jeu et son chant que ses chansons semblent déjà appartenir à un certain folklore islandais, à un art du conte ancestral. Au milieu des forêts en chantier, on retrouve ses racines, ses sens, en une arche modeste et austère. Où l'on trouve le confort dans l'austérité. Car le son est sec mais les mélodies sont lumineuses.

D'apparence traditionnel, Við og við fait la différence dans sa modernité. Et trouve sa modernité dans sa sobriété. Ólöf Arnalds a pris le parti, sans compromis, de s'accrocher à cette austérité, afin d'éviter la larme facile, la dramatisation. Afin de rester subtile et d'aller à l'essentiel, et toucher au plus profond des êtres. "Englar og dárar" ou "Við og við" sont ainsi complètement dépouillés, et simplement sublimes. Les autres titres sont discrètement orchestrés; ils sont pourtant plus radicaux encore. Le tronc (guitare et voix) s'y trouve accompagné d'un seul instrument supplémentaire, volontairement sous-mixé. Le violoncelle de "Í nýju húsi", l'accordéon de "Klara" ou le piano de "Vittu af mér" n'interviennent qu'en fin de chanson, sans même que l'on ne s'en rende compte à la première écoute. Mais les instruments nous ont parlé au plus profond. Et c'est à cet instant, en toute fin de chanson, qu'Ólöf Arnalds exécute son geste le plus radical: couper court à l'orchestration, réduire la chanson au silence juste avant qu'elle ne puisse gagner en intensité. Ce qui se passe à la fin de "Klara" tient de la magie : les dernières notes sont d'autant plus émouvantes qu'elles sont tues.

Les choses s'assombrissent avec "Moldin", et plus encore avec le grave "Náttsöngur", seul titre véritablement orchestré, ce qui le rend plus bouleversant encore. Mais puisque les élans doivent être contenus, la chanson s'arrête en plein crescendo. Et laisse l'auditeur béat, tétanisé, une larme sur la joue et l'oeil déjà sec. Les notes reprennent un peu de chaleur avec "Skaldborg", mais restent empreintes d'une certaine torpeur, de cette mélancolie que l'on devine derrière les traits fatigués des petits errants à bout de souffle. Le disque s'achève avec "Ævagömul Orkuþula", qui, pour couper court à toute dramatisation encore, s'éteint radicalement pour laisser, mieux que jamais, parler le silence.


En bref: Hors de l'espace et du temps, le plus beau disque folk jamais entendu semblerait-il, où l'on retrouve sa nature dans le confort de l'austérité.



_
_
Son Myspace, et celui du label 12 Tónar.

_

"Í Nýju Húsi" en showcase au Iceland Airwaves 07:






"Klara" où le traditionnel perd sa géographie:








Lire la suite

20 mars 2008

Xavier Rudd - White Moth (2008)

Souvenez-vous, il y a un an et demi, Charles (où es-tu?) inaugurait le blog avec l'artiste multi instrumentaliste Xavier Rudd. Plus de 200 chroniques plus tard, retour aux sources avec la sortie de White Moth, 5ème opus bien plus riche que son prédécesseur Food in the belly, trop instrumental à mon goût. Je ne vous ressortirai donc pas l'historique Wikipédia de cet australien de 30 ans, tout le monde sait à présent que son style s'inscrit dans la plus pure tradition des nouveaux artistes surf, parmi lesquels trônent Ben Harper (le grand père), Jack Johnson (le père) ou encore John Butler Trio (le fils). Parce que dans la vie il n'y a pas que l'indie pop ultra underground ou l'électro hype supra branchouille, cette chronique est nécessaire.

Entièrement produit par lui même, avec quand même un petit coup de pouce de la société géné... euh, de Dave Ogilvie (Bowie, NERD...), White Moth est un bain de jouvence. Roots et bucolique dans l'ensemble, l'album renferme tout de même son lot de morceaux de bravoure (absents sur les précédents opus), dont Stargaze, qui fait faire son entrée au didgeridoo et qui donne le ton et l'incroyable Footprint, manifeste écolo rock de haute voltige au final pyrotechnique grisant de maîtrise. Malgré ces quelques énervements tribaux et rythmés, White Moth se révèle musique de hamac, sans aucune connotation péjorative. Sur les thèmes de la protection de l'environnement et de la défense des minorités, Xaver Rudd déverse son groove et distille ses good vibes avec une aisance irréprochable. Choices et White Moth sont les deux ballades ensoleillées qui présentent en ce sens le plus de qualités.

Comme si les titres allaient par binôme, Twist et Come let go sont les deux élans reggae de l'album. "Put your hands up!". Ambiance mystique de feu de camp nocturne, collaborations aborigènes et guitare slide, White Mooth semble sortir tout droit de la forêt. Plus classique (excepté Message stick), la fin du disque donnera irrémédiablement envie (je parle d'expérience, deux fois déjà) de se poser sur le pieu, laisser tourner la chaîne et s'endormir au son des vagues et du phrasé tout en douceur de Xavier, désormais et à jamais artiste passionné et accompli. Même si elle n'a à priori rien à voir musicalement avec Dick Dale et autres Beach Boys, cette génération d'artistes engagés ne serait-elle pas en train de réinventer la surf music? Respect.

En bref : Toujours aussi peacefull, Xavier Rudd revient avec des compositions world plus inspirées que jamais dont il ne faudrait surtout pas se priver.
_
__


Stargaze
et Come let go en live :





Lire la suite