07 avril 2011

Knowing Looks - Abandoned Skip / Last Kiss At The Plains Hotel (2011)

Notre vieux camarade de blog Antoine ne nous a certes pas gratifié d’une chronique depuis bien longtemps, mais il n’a pas cessé de fureter dans les bas-fonds du web pour en extraire quelques précieux minerais, qu’il s’agisse de jazz, de hip-hop ou, comme ici, de musique électronique. C’est en effet à lui que je dois la découverte de Jason Hopfner, alias Knowing Looks, un petit gars de Toronto qui fait le lien entre la scène micro-house canadienne et les sonorités britanniques du dubstep. Le mois dernier, il a sorti sans faire trop de bruit un excellent 10’’ sur le petit mais costaud label londonien WNCL (West Norwood Cassette Library), avec deux titres très différents, dont on devine qu’ils ont nécessité un travail de fourmi.

"Abandoned Skip" penche sérieusement vers un dubstep percussif et sec à la Shackleton, plein de cassures rythmiques et d’interférences, agrémenté vers la fin de petites voix oniriques et de synthés funky. Mais c’est en face B qu’on trouve le plat de résistance, "Last Kiss At The Plains Hotel". Un track qui rappelle fortement l’un de mes producteurs favoris, Marc Leclair (AKA Akufen, Horror Inc…), dont le label, Musique Risquée, avait justement pressé un EP de Knowing Looks en 2008. Dans cet exercice de cut-up de très haut niveau, Knowing Looks côtoie les sommets que son compatriote avait atteint avec My Way, son sublime album de 2002.

Le trip commence dans un enchevêtrement d’onomatopées et de breaks de batterie. Il prend de l’ampleur avec les apparitions successives puis combinées de violons cinématographiques, de glitch, de percus façon batucada, d’accords de guitare jazzy... Le climax est atteint lorsque déboule une mélodie latine, moite et nostalgique (assez proche de celle de "Bésame Mucho"). C’est aussi précis, technique et groovy qu’Akufen ou Todd Edwards, et aussi opulent que les travaux de Matthew Herbert à l’époque où celui-ci sortait des disques dignes d’intérêt et ne se réfugiait pas derrière des concepts arty à la con. Ces vénérables influences, digérées et conjuguées à des références très actuelles à la bass music, font de Knowing Looks un nom à surveiller dans les mois qui viennent.

En bref : les inconditionnels d'Akufen et de ses collages sonores ne se remettront pas de la face B de ce 10", une pièce de micro-house sophistiquée comme on en entend trop rarement.



Le site et le Soundcloud de Knowing Looks
Le site et le Soundcloud de WNCL

A lire aussi : Horror Inc. - Aurore (2010)




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01 avril 2011

Jacques Greene - Another Girl EP (2011)

En janvier dernier je m’enthousiasmais pour le premier EP d’un Québécois fort talentueux nommé Jacques Greene. The Look se tenait en équilibre entre deep house et UK funky, déclinant des vocaux R&B pitchés sur d’énormes synthés, aussi puissants que subtils. Un disque tout simplement brillant. A peine trois mois plus tard, celui que de nombreux blogueurs qualifient déjà de petit génie remet ça, toujours chez l’excellente maison écossaise LuckyMe. Visiblement soucieux de profiter de la hype autour de son protégé, le label de Hudson Mohawke a peut-être un peu précipité la sortie de cet EP, de sorte qu’il n’offre qu’un seul titre original – on aurait aimé en avoir davantage à se mettre sous la dent. Dans sa version vinyle, Another Girl est accompagné de deux remixes d’anciens titres par Braiden et Mark Flash (d’Underground Resistance) qui ne brillent pas par leur intérêt, tandis que les deux meilleures versions, celles de Machinedrum et surtout de Koreless, sont malheureusement réservées à la version digitale.

Concentrons-nous donc sur Another Girl, titre qui mérite à lui seul l’acquisition de cet EP. Greene nous refait le coup des voix R&B, et cette fois c’est au "Deuces" de la sculpturale mais un peu gourdasse Ciara qu’il emprunte quelques vocalises, répétées et déformées à l’envi pour dicter l’évolution du morceau, et enveloppées par une basse analogique et des myriades de petites nappes profondes et bienveillantes. Dans cet exercice, le Canadien est en passe de devenir une référence. Peut-être "Another Girl" est-il le meilleur titre de sa jeune carrière, il est en tout cas le plus estival et le plus sexy. Plutôt lent, très ouvragé, c’est un concentré de phéromones, une vraie "feel-good song" qu’on risque d’entendre plus d’une fois d’ici la fin de l’été.

En bref : la nouvelle sensation canadienne Jacques Greene continue sur sa lancée avec ce track furieusement sexy, remarquable fusion de house et de R&B.



Jacques Greene sur Soundcloud et Myspace
Le site du label LuckyMe

A lire aussi : Jacques Greene - The Look et Koreless - 4D / MTI




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30 mars 2011

Koreless - 4D / MTI (2011)

En 2010, Koreless a commencé à se faire un nom en délivrant au compte-gouttes quelques morceaux, dont un magnifique remix de "The Look", de Jacques Greene. Il y révélait une sensibilité exacerbée et un penchant prononcé pour l’hypnose et les introspections nocturnes, dans un esprit minimaliste proche de ce que produit Mount Kimbie. Relativement inadaptés aux clubs, ses travaux se destinent avant tout à une écoute au casque, seul moyen d’en apprécier toutes les textures. Soutenu entre autres par Gilles Peterson et Benji B de la BBC, cet Ecossais de 19 ans a sorti il y a quelques jours son premier single officiel sur le label Pictures Music.

D’un point de vue formel, rien ne semble distinguer Lewis Roberts du tout-venant de la bass music britannique. Les rythmiques 2-step et les synthés utilisés sont assez banals. Quant aux vocals, rien de neuf à l’horizon puisque "4D" déroule un sample de Kelis, exactement comme le "CMYK" de James Blake. C’est d’ailleurs selon moi la principale faiblesse du maxi, les voix n’apportent rien à l’affaire et auraient même tendance à pourrir les instrumentaux de porcelaine sculptés par le jeune étudiant en art de Glasgow. Heureusement, elles ne sont pas trop intrusives et n’empêchent pas de goûter la délicatesse de cette électronica sauce 2011, guidée par des basses nettes et précises et des pads mélodiques carillonnants à la Four Tet.

Sans impressionner autant que certaines de ses prods de l’année dernière (en particulier la magique "Up Down Up Down", disponible gratuitement ici), "4D" et "MTI" cristallisent tout ce qui fait l’originalité de Koreless, à savoir ce numéro d’équilibriste entre vie vécue et rêvée et une sorte de sérénité fragile, comme menacée de disparaître, happée par la noirceur de la nuit.

En bref : un gamin de Glasgow sort un premier maxi de bass music pour somnambules qui réjouira les amateurs de Mount Kimbie.



Koreless sur Myspace, Soundcloud et Twitter
Le site de Pictures Music

A lire aussi : Mount Kimbie - Crooks & Lovers et Jacques Greene - The Look (2010)

Les deux titres mis en images par Miguel Bidarra avec des extraits du film de Julian Schnabel, Le Scaphandre et Le Papillon :



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20 janvier 2011

XXXY - You Always Start It / Ordinary Things (2011)

XXXY est à placer dans la même catégorie de producteurs que Joy Orbison, Jacques Greene (dont on vous parlait récemment), ou encore Julio Bashmore (qui fera l’objet d’un prochain post). Tous de très jeunes types à l’esprit large, fous de house, de dubstep, de garage et de R&B et qui fusionnent le tout avec une fougue et un mépris pour les conventions assez salvateurs. Leurs disques ont la profondeur et la qualité mélodique de la deep-house, mais pas son académisme, le côté festif et sensuel du R&B sans en garder la mièvrerie, et la densité caverneuse du dubstep sans son agressivité et son intransigeance émotionnelle. Tous dessinent à leur manière l’avenir de la musique électronique et vont immanquablement monter en puissance dans les mois à venir.

Si le Mancunien XXXY, aka Rupert Taylor, se détache un tant soit peu de tous ces nouveaux talents, c’est sans doute par son travail proprement hallucinant sur les voix. Sur "Ordinary Things", les deux mots du titre sont bégayés des centaines de fois, ce qui pourrait finir par taper sur les nerfs. Mais ils sont pitchés, triturés et filtrés avec une telle virtuosité et un tel sens du groove qu’ils focalisent toute l’attention, faisant presque oublier les somptueuses nappes synthétiques qui les accompagnent. Heureusement celles-ci se rappellent à notre bon souvenir après quelques minutes, lorsque déboule un arpège 8-bit à se damner – arpège que l’on retrouve quasiment à l’identique sur le tout aussi bon mais un peu moins euphorique "You Always Start It", en face A. Déjà jouissifs au casque, ces deux bijoux ont aussi tous les arguments pour mettre le feu à une soirée.

A noter : Ce 10" est le cinquième et dernier d’une série de vinyles à tirage ultra-limité du nouveau label Ten Thousand Yen, dirigé par Doc Daneeka. Les 350 exemplaires en pré-commande sur le site sont déjà partis. Le disque sera dans les bacs le 24 janvier.

En bref : XXXY ajoute un chromosome R&B au génome de la house pour ce single euphorisant, marqué par un travail virtuose sur les samples vocaux. En voilà encore un qu’on est pas prêts de lâcher !



XXXY sur Soundcloud, Facebook et Twitter

Son dernier mix en date, pour le site Urb
Le site du label Ten Thousand Yen

A lire aussi : Jacques Greene - The Look EP (2010)




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18 janvier 2011

Jacques Greene - The Look EP (2010)

Si j’ai bien compris, ce que la presse spécialisée appelle "UK funky" ou "funky house" est une sorte de mélange entre deep-house et UK garage. Selon les artistes, les sonorités peuvent également être assez proches du dubstep. Le genre est assez neuf et les sorties abondent, pas toujours de très bonne qualité, même si un label comme Nightslugs a rapidement tiré son épingle du jeu. J’ai beau avoir apprécié quelques-uns de leurs tracks, cet EP de Jacques Greene, paru fin 2010 sur le label écossais LuckyMe, est le premier disque d’UK funky à me flanquer de tels frissons. Ce qui s’avère assez paradoxal, puisque le producteur de 21 ans (on ne s’étonne même plus de l’âge de ces types) ne vient pas de la perfide Albion mais de Montréal, où se développe une scène plus qu’intéressante.


Pour autant, l’influence de la nouvelle génération londonienne se ressent à chaque seconde de The Look. Greene doit beaucoup à Mount Kimbie ou au James Blake première mouture, en témoigne sa manière de moduler les samples de voix R&B, dont il use sans réserve sur 3 des 4 titres du disque. Son utilisation des synthés rappelle par moments Joy Orbison et le versant le plus mélodique du dubstep, comme sur "Holdin’ On", mais surtout la house de Chicago et de New York. L’ensemble de l’EP est excellent, avec un petit plus pour "Good Morning" et son piano hypnotique, et un autre pour "Tell Me", qui concentre les qualités des trois autres sur quatre minutes deep de chez deep. C’est dansant, ouvragé, parfaitement dans l’air du temps : Jacques Greene est programmé pour cartonner !

En bref : entre deep-house et "UK funky", le premier EP d’un très prometteur gamin Montréalais.



Jacques Greene sur Myspace et Soundcloud
Le site et le Myspace du label écossais LuckyMe



Un beau remix de "The Look" par l'Ecossais Koreless :


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