11 novembre 2009

Mark Oliver Everett - Things The Grandchildren Should Know (2008)

Que se cache-t-il derrière ce titre énigmatique? Ni plus ni moins que l’autobiographie d’un homme comme les autres, enfin pas tout-à-fait non plus, puisqu’il s’agit du songwritter Américain plus connu sous le nom de Eels. Tout a déjà été dit sur sa vie, et tous ceux qui la connaissent un peu savent qu’elle n’a pas toujours été facile, les critiques ne pouvant s’empêcher de nous le présenter avant chaque nouvelle chronique. Eels est le seul et unique survivant de sa famille, oui on sait. Mais ce qui m’a poussé à lire ce bouquin anglophone, hormis une certaine passion pour la musique du bonhomme, c’était l’envie peut-être voyeuriste de l’entendre de sa bouche, ou plutôt de le lire de sa plume. Et surtout, parvenir à comprendre comment il a pu tirer quelque chose de tout ça, comment il a pu survivre et faire carrière là où beaucoup d’autres de son espèce auraient choisi la méthode radicale. C’est donc de manière chronologique dans un style littéraire des plus simples que Mark Oliver s’installe et nous raconte son histoire, de sa jeune enfance à aujourd’hui, sans condescendance ni égo démesuré, simplement l’histoire d’un homme.

La grande force de ce bouquin, mis-à-part sa simplicité, c’est le talent de Mark à sélectionner les anecdotes les plus savoureuses de son existence, qu’elles soient drôlissimes ou simplement essentielles à la compréhension de son univers. Ainsi on découvre avec intérêt ses premiers amours adolescents, avec des descriptions qui s’apparentent à des couplets d’hypothétiques morceaux, du genre "She had short hair for a girl, I had long hair for a boy". C’est tout bête mais c’est le genre de remarque qui fourmille dans ce récit, et qui à chaque fois vous arrache un sourire. On apprend ensuite comment il est devenu malgré lui le bad boy du lycée vers 16 ans, comment de batteur il a voulu devenir frontman, et on arrive bien vite dans les sujets délicats, dont la première tentative de suicide de sa sœur avec qui il avait une relation très privilégiée. Et Mark ne tarde pas à nous raconter la scène où il retrouve son père mort de crise cardiaque à 51 ans, ainsi que la non-relation qu’il entretenait avec lui, lui le scientifique de mécanique quantique incompris par ses pairs. Plus tard Mark confie : "I had been angry at him all these years but, now that I saw much of him in myself, it became easy to identify with him".

"Things The Grandchildren Should Know" :


Après cette première épreuve, qui le laisse seul à la maison avec sa mère et sa sœur, Mark se met au parachute, pour se sentir vivant comme il dit. Puis il donne des cours de musique pour des enfants perturbés, se sentant lui-même déjà un peu à coté de la plaque, "I felt like such a lost cause, with nothing going for myself". Et puis à 23 ans il prend la plus grosse décision de sa vie : quitter le foyer familial qui s’écroule pour tenter de réussir dans la musique. Direction la Cité des Anges, by car. Et là une fois de plus c’est magique, pour les fans au moins, quand on découvre comment sont nées les chansons. "Some were about girls I liked. Some were about how lonely I felt. The usual song fodder, I suppose". Tel un parfait arriviste, Mark avait toujours une cassette de démo dans la poche, juste au cas où. Puis il rencontre Carter son futur manager qui arrive à le signer pour deus albums chez Polydor par un extraordinaire coup de bol. La suite on la connait, ce sera A man called E en 1993 et A broken toy shop en 1994 sous la seule lettre E. "Hello cruel world" est son premier succès. Puis plus rien. Passage à vide. Jusqu’à ce qu’il entende Portishead à la radio qui lui inspire le morceau "Novocaïne for the soul". Passage de E en Eels, quelques concerts notamment chez KCRW, un buzz qui monte et les propositions affluent. Ne choisissant pas l’option la plus rémunératrice, Eels choisit d’être le premier artiste Dreamworks. Elliott Smith sera le second. Les scènes où les deux antihéros se rencontrent et passent du temps ensembles sont d’ailleurs grandioses (Elliott était très fan du morceau "Motherfucker", le gouvernement un peu moins). Il est d’ailleurs étrange de comparer les trajectoires de ces deux hommes, très proches l’un de l’autres et pourtant avec deux approches complètement différentes de la carrière, Elliott n’ayant rien fait pour que le succès arrive, et Mark ayant tout donné depuis le début pour réussir.

La suite est moins gaie. Alors que sa carrière décolle enfin, Mark reçoit le coup de fil qu’il redoutait tant. Sa sœur est partie pour de bon cette fois-ci, elle qui était "My biggest fan". A ce moment Mark ne comprend pas comment cela peut arriver alors qu’il doit se réjouir pour sa carrière : "This was the moment when I stopped trying to make sense of the world, because this just didn’t make sense". C’est alors qu’il se sépare de Carter, pour faire ce qu’il veut. "I wanted to be upfront and dry, even if it made me uncomfortable. Just like this book". Une autre des qualités de Eels, son intransigeance. Il fait ce qu’il veut, que la maison de disque aime ou pas, du moment que pour lui son album est bien comme il est. C’est le cas pour Electro Shock Blues et ceux qui suivront. Eels fait toujours ce qu’il veut, au grand dam des ses producteurs qui finissent par ne plus rien attendre de lui. Heureusement que public et critiques sont avec lui. Et puis Spider son principal musicos décède, et puis sa mère finit par décéder également, d’un cancer évidemment. Et Eels toujours de se relever avec une force phénoménale: "But even, though it was sad, I wanted it to be a wake up call for those of us who were alive and kicking".

Plus qu’une simple autobiographie, Things The Grandchildren Should Know est un exemple à suivre. Le message, très simple à dire, moins à faire : tirer le meilleur de tout ce qui peut arriver de mauvais, ne jamais baisser les bras, toujours relever la tête, parce que rien n’est jamais perdu et que, "It only takes a second for your life to change in huge ways". Respect Mister Eels.

Le site officiel

A lire aussi : Eels - Hombre Lobo (2009)

"Hey man", la chanson la plus positive de Eels :


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07 octobre 2009

John Sellers - Perfect From Now On, How Indie Rock Saved My Life (2007)

"Je hais Bob Dylan". Ainsi débute le livre de John Sellers, journaliste freelance américain vivant à New-York et spécialiste de la pop culture. Alors pourquoi tant de haine dans un recueil en forme d’hommage à la musique alternative ? Parce que pour Sellers, appartenant à ce que l’on appela à l’époque la génération X, et ayant passé son adolescence au milieu des années 80, Dylan représente tout ce que son père aime. Et Sellers veut tuer le père. Et Sellers, pour situer, c’est trait pour trait le héros du High Fidelity de Nick Hornby. Un Rob Fleming personnifié, authentique geek devant l’éternel, à la fois obsessif, snob, mais terriblement humain. Dans un style post gonzo rock, telle une conversation, l’auteur ne fait rien de plus que raconter comment il aime et écoute la musique. De son enfance à Grand Rapids, Michigan jusqu’à aujourd’hui en passant par ses années universitaires, rien ne nous est épargné. On apprend au cours d’anecdotes forcément savoureuses comment Duran Duran est devenu son premier coup de foudre musical, puis comment Joy Division, New Order, The Smiths, U2 et j’en passe ont pris le relai. A chaque fois un détail, une expression, une situation qui font mouche pour tout fan de rock indé. Moi aussi j’ai déjà vécu cette situation se dit-on un sourire aux lèvres. Comme le choix délicat du premier album que l’on passera dans sa nouvelle collocation. Quelle image veut-on donner de soi à travers la musique que l’on passe. Une valeur sûre ? De l’expérimental ? Qu’importe. Car comme le dit le journaliste Chuck Klosterman en quatrième de couverture : "Perfect From Now On est intelligent, intéressant et sincère, et je suis en total désaccord avec tout ce que l’auteur dit".

Mais ce que j’ai le plus aimé dans ce livre, c’est peut-être son côté américain. Parce qu’après la salve anglaise des années 80, Sellers s’est tout naturellement tourné vers la scène alternative de l’Oncle Sam. Ainsi Dinosaur Jr, Pavement, Sebadoh, Built To Spill et Guided By Voices ont pris ses goûts musicaux en otage. Parce que je ne l’ai pas encore dit, mais Sellers voue un culte absolu au fameux groupe de Dayton et à son front man Bob Pollard. Une adoration presque mystique qui le pousse à se creuser les méninges sur la notion de fan, sous tous les angles, avec des réflexions que tout le monde a déjà eues, rapportées ici avec humour et passion, du genre "je suis le seul à ressentir ce morceau comme ça ?" ou encore "suis-je normal d’aimer ce groupe à ce point alors que personne n’en parle?". Une obsession pour GBV qui le poussera d’ailleurs très loin, jusqu’à rencontrer son idole et à se brouiller avec lui à cause du livre. Une longue déprime s’en suit, qu’y a-t-il de pire que d’être haï par l’être que l’on adule plus que tout ? Pourtant si vous êtes attentif, Sellers a choisi d’intituler son essai selon le titre de l’album de 1997 du groupe de l’Idaho Built To Spill, un autre de ses protégés. A noter enfin qu’en tant que parfait geek, Sellers accumule les notes de bas de page, les rendant presque aussi longues que les vrais chapitres, comme un livre dans le livre, comme un aparté dans une conversation. Pire que tout, et là ça devient génial, Sellers termine son bouquin par les traditionnelles listes chères aux passionnés. Parmi elles citons "Top 5 des albums souvent cités que je n’ai jamais écouté", "Top 9 des pires noms de groupes", "Top 12 des meilleurs guitaristes alternatifs", "Top 5 des meilleurs power trios", "Top 8 des meilleures dernières chansons d’un dernier disque d’un groupe", sans compter 189 autres artistes à écouter, la liste exhaustive des concerts qu’il a vu, des formules mathématiques saugrenues pour calculer la qualité d’un groupe… un travail de fou. Pour tous les fans, anglophones, fallait-il le préciser ?

Le site de John Sellers

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En fond sonore pour la lecture de cet ouvrage, "I am a scientist" de Guided By Voices et "Twin falls" de Built to spill :




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02 septembre 2008

SH Fernando Jr - The New Beats (1993/2008)

Deux éléments rendent ce bouquin particulièrement précieux. La date de sa première parution, d’abord : 1993. A l’époque, le hip-hop est déjà devenu une énorme machine commerciale, mais l’intégrité des artistes n’en a pas encore réellement pâti. L’identité de son auteur, ensuite. Car The New Beats n’est pas l’oeuvre d’un critique musical pur souche. S’il a collaboré avec Vibe, The Source et même le New York Times, SH Fernando Jr reste avant tout un acteur de la scène hip-hop, auteur de nombreux albums sous de multiples pseudos (Spectre, The Ill Saint, Slotek, The Eye, The Mystic, The High Priest...) et patron du label Wordsound, lancé en 1994 grâce à 1000 malheureux dollars prêtés par son pote producteur Bill Laswell. Ce n’est donc pas à une somme exhaustive et désincarnée qu’il nous convie au fil de ces 400 pages, mais à une immersion subjective et vibrante dans le milieu. Au travers de récits souvent anecdotiques, il tente aussi de définir la culture hip-hop, ses attitudes, ses aspirations sociales et politiques. Diplômé d’Harvard et de Columbia, l’homme n’est pas un styliste pur mais sa prose se goûte sans déplaisir. Ce qui n’est pas un détail.

Une vision subjective, donc. Fernando commence par raconter ses premiers émois à l’écoute du “Rappers Delight” de Sugarhill Gang et sa découverte progressive de cette musique à laquelle Afrika Bambaata, reprenant un terme déjà répandu par le bouche-à-oreilles, attribuera le nom de hip-hop. C’est la période la plus émouvante, celle de la naissance d’une culture dans les fêtes en plein air du Bronx, orchestrées par le Jamaïcain Kool Herc ; celle ensuite de l’émergence d’une génération d’artistes novateurs tels que Run-D.M.C., Public Enemy, Eric B. & Rakim, KRS-ONE ou EPMD. L’auteur n’en oublie pas pour autant les précurseurs que sont les Last Poets ou Gil Scott-Heron, et surtout les racines précoloniales du son hip-hop, ce qu’il doit au gospel, au blues, à la soul, au dub et aux réservoirs à samples que sont les oeuvres de George Clinton ou de James Brown. Historiquement parlant, le travail de Fernando Jr est précis et un souci permanent de contextualisation permet au lecteur de lier les événements politiques et sociaux (esclavage, accession progressive aux droits civiques, émeutes de Watts, activisme des Black Panthers...) à leurs pendants musicaux.

Deux années de travail auront été nécessaires à Fernando pour boucler son affaire. Le temps d’accumuler une documentation colossale et de rencontrer des centaines d’artistes d’un bout à l’autre des Etats-Unis. Et même si l’on sent très nettement que son coeur penche à l’Est - notre homme vient de Brooklyn, il s’est donné la peine de séjourner longuement à Los Angeles, au lendemain des émeutes de 1992, en immersion dans le gang des Bloods (les bandanas rouges opposés aux Crisps, en bleu). Quelques déséquilibres subsistent cependant, le rap jazzy façon A Tribe Called Quest n’étant qu’effleuré tandis que le label new yorkais Def Jam , certes très influent, a droit à un chapitre entier. Regrettable également, l'absence notoire du hip-hop non-américain.

Evidemment, beaucoup de choses ont changé sur la planète hip-hop en 15 ans. Eazy-E, Tupac et Notorious BIG sont morts, l’industrie du disque s’est effondrée et l’avènement de nouvelles superstars (50 cent, Kanye West, Eminem...) a métamorphosé le paysage musical, tandis que les scènes locales, et notamment en France, se sont développées au-delà de toute attente. Il n’empêche que la réédition française de cet ouvrage en version poche, en octobre 2008 chez Kargo, paraît plus que pertinente, ne serait-ce que pour constater combien le mouvement a dévié de son souffle originel. A se procurer sans hésitation.

S.H. Fernando Jr, The New Beats - Musique, culture et attitudes du hip-hop, traduction par Arnaud Réveillon et Jean-Philippe Henquel, Kargo & L'Eclat, 1993 - 2008, 384 pages, 12 euros.

Voici quelques-uns des titres et des artistes évoqués dans le livre :




Le site du label Wordsound

A lire aussi : Catégorie Hip-hop
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17 juin 2008

JC Menu - Lock Groove Comix (2008)

Suffisamment rare pour être remarqué, le micro monde de la BD rock'n roll s'enrichit ce mois ci d'une nouvelle série (une suite?) de comix dédié. Mis en page comme un fanzine, sans véritable fil conducteur, JC Menu part d'un cas particulier, son obsession pour le sillon terminal et infini présent sur certains vinyls collectors, pour finalement décortiquer son rapport à la musique qui est loin d'être celui d'un simple débutant. S'enchaînent alors sur un rythme quasi punk (l'objet est dense mais court) souvenirs de concerts marquants et chroniques de disques comprenant ce fameux sillon sans fin, simple subterfuge pour placer nombre d'anecdotes d'écoute musicale comme on en a tous. Par exemple, le cathartique et imaginaire passage à tabac du relou de service en concert, ou encore les petites habitudes qui nous font quasi inconsciemment sauter toujours la même plage sur un disque.
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C'est évidemment bourré de références: les Beatles forcément, mais aussi Neil Young, Pere Ubu, Jesus Lizard et autres noms plus obscurs. Mais plus que ça c'est surtout une déclaration d'amour au vinyl, à la musique en tant qu'objet, aux gadgets collectors, à tous ces détails superflus que le cd n'a pas et qu'il lui envie. En quatrième de couverture, JC, en train de couler, tient la tête hors de l'eau et brandit galette noire et fanzine froissé, tout en s'écriant : "Vinyl et papier forever!! Merde aux cd! Merde au MP3! Merde aux blogs! Merde à Myspace!". Un peu révisionniste mais bon, j'ai plutôt tendance à être d'accord donc... Quoi qu'il en soit c'est drôle, 100% rock et à 6 € chez l'Association ça en devient quasiment indispensable.
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22 mars 2008

Pascal Bussy - Kraftwerk, le mystère des hommes-machines (2004)

Nul n'est en droit d'ignorer Kraftwerk. Du moins, tel est le cas pour qui veut comprendre la musique moderne. Depuis bien longtemps le respect dû à ce groupe est acquis et légions sont les artistes rendant hommage au travail des « hommes-machines » de Düsseldorf. Leur musique, « techno-pop » selon leurs termes, a influencé des générations et des générations de compositeurs, évoluant dans des registres divers : rock, hip-hop, électro ou encore variété. Et, exercice magistral, fait d'une certaine façon le pont entre les recherches des compositeurs expérimentaux (de la spatialisation de Karlheinz Stockhausen à la répétition de Steve Reich) et la musique pop de grande consommation.

Entourant leur processus créatif d'un grand secret, déclinant à la chaîne les propositions de collaboration (David Bowie et Mickael Jackson notamment) et se murant dans un silence quasi-monastique, les membres de Kraftwerk, emmenés par les impénétrables Florian Schneider et Ralf Hütter, ont entouré leur oeuvre d'un épais voile de brouillard et de mystère. Suscitant par là admiration et curiosité. Pascal Bussy, journaliste de son état et responsable jazz chez Warner, tente dans son ouvrage de percer ce voile et de découvrir ainsi ce qui se cache derrière « Le mystère des hommes-machines ». Pour se faire, il recoupe de nombreuses interviews des membres du groupe et de leurs proches et les replacent dans un plan chronologique, rythmé par les sorties d'albums de Kraftwerk.


Le bouquin s'ouvre ainsi sur la rencontre au Conservatoire de Düsseldorf de Florian Schneider et Ralf Hütter, deux jeunes bourgeois, et sur les débuts de la scène rock allemande d'après-guerre. Les deux hommes partagent un goût prononcé et précoce pour la musique expérimentale. Le bruitisme de l'Italien Luigi Russolo, l'électroacoustique (musique composée à l'aide de sons enregistrés et/ou synthétisés) des Français Pierre Henry et Pierre Schaeffer. Sans oublier les oeuvres de l'Allemand Karlheinz Stockhausen ou de l'Américain Steve Reich. En 1968, Florian et Ralf forment Organisation, embryon de Kraftwerk, avec trois autres musiciens et dans une très grande proximité avec la formation Can.

Le groupe produit un album de rock progressif hypnotique en 1970, Tone float, puis se mue en Kraftwerk. Michael Rother (guitare) et Klaus Dinger (batterie), qui seront plus tard membres de Neu!, font partie de l'aventure. Nous sommes en pleine période « krautrock » (rock choucroute) et la scène Düsseldorfoise mène la danse. Sur ses deux albums éponymes (1971-1972), Kraftwerk ne déroge pas à la règle mais ne parvient pas vraiment se distinguer. En dépit de ses qualités évidentes, il demeure considéré comme un groupe de deuxième catégorie, éclipsé par les brillantes productions de Tangerine Dream, Ash Ra Tempel ou Can. C'est avec la rencontre du peintre et musicien Emil Schult puis la sortie d'Autobahn en 1974 que le virage artistique de Kraftwerk s'opère et leur permet de rencontrer un large succès.

Schult incite Florian et Ralf à adopter une identité visuelle forte. Ils commencent alors à se doter d'une image germanique très stylisée, qui va peu à peu devenir une de leurs marques de fabrique. La formation se fixe en un quartet. Les percutionnistes Wolfgang Flür et Karl Bartos composent la deuxième moitié de Kraftwerk, terme qui soit dit en passant signifie « Centrale électrique ». Avec Autobahn, le bon franchi dans le développement du groupe est considérable. Le quator se convainc que sa réussite passera plus certainement par la maîtrise des technologies les plus récentes que par le résultat d'un processus d'improvisation plutôt aléatoire. Schneider et Hütter se dotent d'un synthé « mini-moog » et s'y convertissent en mois de deux. A eux désormais, d'explorer tout son potentiel pop. Anecdote parmi tant d'autres. L'idée du premier morceau d'Autobahn viendrait d'une promenade qu'aurait fait le groupe dans la Volkswagen de Hütter, avec un magnétophone tenu à l'extérieur de l'habitacle pour enregistrer les bruits de la circulation.

L'album décline le thème de l'autoroute à travers des titres hypnotiques à la structure répétitive, tout en préservant l'aspect mélodique de la musique pop. Quelques paroles simples passés au vocoder sont égrénés sur une bande instrumentale où s'expriment à plein les synthétiseurs, percussions et sons électroacoustiques. Le disque se déploie entre la monotonie goudronnée de l'autoroute et celle de la vie ordinaire dans une sorte de romantisme électronique. Les « Beach Boys de Düsseldorf », surnom dont ils héritent rapidement, sont célébrés et leur album cartonne aux Etats-Unis.


Pascal Bussy met en perspective et questionne les témoignages du groupe et de leurs rares collaborateurs. Il parvient ainsi à nous faire plonger au coeur du processus créatif des Düsseldorfois. Pour autant, il ne perce pas à jour les personnalités complexes et équivoques de Florian Schneider et Ralf Hütter, clairement dépeint comme les leaders naturels du groupe. L'énigme subsistera. Le duo prend toutes les décisions pour Kraftwerk. Il fixe le timing des sorties d'albums, sélectionne ses collaborateurs et gère la communication. Il choisit par exemple de raréfier les performances scéniques, d'espacer les productions pour les affiner au maximum et de se cloîtrer dans son studio Kling Klang pour composer.

Dans Kraftwerk, le mystère des hommes-machines, nous sommes conviés à assister à chaque choix de Kraftwerk, à leurs longues périodes de composition et au travail minutieux mené sur leur image. A leurs réussites et accession au rang de star de la pop avec les albums Trans-Europe Express, Radioactivity ou Man Machine mais aussi à leurs demi-échecs avec Electric-Café ou The Mix. Je ne pourrais vous refaire toute l'histoire tant le parcours du groupe est riche. Pascal Bussy fait amende honorable et, avec son ouvrage, nous permet de parcourir la carrière de ce mythe fondateur de la musique. Un livre écrit sans brio mais avec rigueur et qui éclaire avec minutie l'oeuvre de quatre révolutionnaires. Ces hommes qui ont fait parler, pleurer, rire et crier les machines.


En bref : Percer le mystère des « hommes-machines » de Kraftwerk n'est pas tâche aisée. A défaut d'y parvenir totalement, si tant est que l'auteur est réellement souhaité le faire, ce livre nous permet de comprendre les choix du groupe et d'apprécier à sa juste mesure son impact décisif sur la musique moderne et contemporaine. Ne vous parlais-je pas de révolution ?





Allez faire un tour sur le site Internet de Kraftwerk, ça vaut le détour

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A lire aussi : Kraftwerk – Trans-Europe Express (1977)

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3 clips du groupe : "Trans-Europe Express", "Radioactivity" et "Die Roboter".










BUSSY (Pascal), Kraftwerk, le mystère des hommes-machines, Paris, 2004, Camion blanc, 245 pages, 20 euros.
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17 décembre 2007

England's dreaming - Jon Savage (1991/2006)

700 pages sur les Sex Pistols... à première vue on se dit que l'indigestion nous guette. Loin s'en faut. England's dreaming, bible sur les apôtres londoniens du punk, verse dans la radiographie intime et de qualité d'une révolution musicale (sociale). Finement documenté et habilement rédigé par un pur journaliste punk, le dénommé Jon Savage, l'ouvrage décortique le phénomène des Pistols. De leurs premiers squats adolescents à leur reformation en 1996 et à la sortie en 2000 du documentaire The filth and the fury. En passant bien évidemment par « l'incident Grundy » et le début de la lapidation publique du mouvement punk. Ces crasseux qui déclenchèrent la fureur d'une Angleterre conservatrice, torturée par le racisme.
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Jon Savage nous plonge littéralement dans les artères et les boyaux des quatres Pistols. Les fameux Johnny Rotten, Sid Vicious, Glen Matlock... L'on peut y sentir l'odeur de la manigance de leur manager-gourou situationniste Malcom McLaren. La fabrication d'un véritable concept de pop music visionnaire. Les rouages grinçants de son industrie. Et puis bien sûr la perte de contrôle, l'aiguille de trop et la réaction violente de rejet. Atmosphère gerbe sur le bitume garantie. On y croise la trajectoire de leurs géniaux voisins de The Clash mais aussi des destins plus obscurs... The Buzzcocks, The Heartbreakers ou encore The Damned... tous acteurs majeurs du punk britannique. Les visages américains des New York Dolls ou des Ramones se profilent et inspirent.

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Que dire de plus... si ce n'est que cet England's dreaming livre une autopsie profonde du cadavre toujours chaud du mouvement punk. L'occasion d'exhumer tant de cris oubliés. La crasse et la fureur. Evidemment.

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SAVAGE Jon, England's dreaming, Paris, Allia, 2002, 690 pages.

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En bref : Somme punk intime et richement documentée, une référence

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Biographie des Sex Pistols
Biographie de Jon Savage
A voir aussi : les books


Vidéo : Le 1er décembre 1976 les Sex Pistols sont invités par la BBC à la célèbre émission de Bill Grundy « Today Programme » pour remplacer au pied levé Queen. Aussi bourrés que le présentateur, sur le plateau les Pistols en viennent rapidant aux insultes. L'émission s'achève rapidement. Le lendemain la presse se déchaîne totalement. The Daily Mirror sort son fameux titre « The Filth and the Fury ». Bill Grundy est renvoyé dans la semaine de la BBC et des manifestations sont organisées devant le siège du label du groupe, EMI. La maison de disques ne tarde pas à dénoncer le contrat la liant aux quatre hérétiques. Les Sex Pistols se font passer à tabac à plusieurs reprises et les punks suivent. Vous avez dit Angleterre réactionnaire ?



Vidéo : le fameux « Anarchy in the UK »



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26 mai 2007

Laurent de Wilde - Monk (1996)

Thelonious Monk. Un géant dont le nom seul, entre sacré et grand-guignol, évoque un monde hermétique, impénétrable. Dans un sens, c'est vrai : Monk a créé une des musiques les plus complexes qui soient. Mais c'est aussi une des plus enfantines, des plus directes... Qui mieux qu'un pianiste pouvait tenter d'expliciter cet heureux paradoxe ? Et quand le musicien se double d'un écrivain amoureux de son sujet, l'affaire devient réellement intéressante. Ainsi, Laurent de Wilde, pianiste français né à New-York, peut se vanter d'avoir écrit l'ouvrage parfait pour appréhender le monde dément de celui qui fut surnommé "the genius of modern music".

Avec l'histoire de Thelonious, c'est toute l'histoire du jazz à New-York qui nous est contée. La frénésie créative des années 30, où quelques malades posent les bases du bebop; l'Apollo et le Minton's Playhouse, modeste club où tout démarra; et puis Dizzy, Bird, Hawkins, Bud Powell... l'une des plus grandes concentrations de génies au mètre carré que la terre ait portée. Viennent ensuite l'après-guerre, les premiers disques de Blue Note, de Prestige, de Riverside, la gloire enfin acquise du bop, les sessions au Five Spot de Lower East Side, les tournées triomphales, puis le tomber de rideau, à la fin des 60's, quand les Beatles débarquent... Et au milieu de tout ça, mais toujours en retrait, toujours ailleurs, il y a Monk. Lui ne change jamais. Il joue SA musique, un point c'est tout, et c'est aux autres de s'adapter.

Les autres, justement, sont effrayés par sa musique : faussement simple, ni classique, ni moderne, elle est bourrée de sous-entendus, de décalages prolongés à l'issue desquels il faut pouvoir retomber sur ses pattes. "Si on rate un accord, c'est comme si on tombait dans une cage d'ascenseur vide", disait Coltrane de l'univers de son ami. Même son jeu, au sens physique du terme, l'isole des autres pianistes, aux longs doigts arc-boutés : les doigts plats comme des baguettes, Thelonious martèle le clavier de ses petites mains auxquelles il fait porter tout le poids de son corps.

Toute sa vie, il est à la recherche de musiciens capables de jouer sa musique sans se perdre dans ses pièges rythmiques. Il en trouve, parfois. Et quels musiciens! De Wilde les énumère tous et décortique leurs rapports avec la musique de Monk : il y a ceux qui cherchent une confrontation au sommet, comme l'éternel pote Art Blakey. Ceux qui viennent s'abreuver à la source monkienne pour étancher leur soif de génie, comme Coltrane. Ceux, enfin, qui s'intègrent dans cette musique trop grande pour eux avec humilité et discrétion, comme le talentueux saxophoniste Charlie Rouse, qui joua avec le maître durant douze de ses plus belles années.

De Wilde nous fait assister aux enregistrements, aux concerts les plus marquants et raconte les arnaques des producteurs, la came, les fins de mois à l'arrache... Tous les poncifs d'une biographie de musicien. Sauf en ce qui concerne la vie privée de Monk, incroyablement calme et stable comparée à celle de ses confrères. Tout reposait sur deux femmes : Nellie, son épouse dévouée (à qui il dédia le superbe "Crepuscule with Nellie"), et Pannonica de Koenigswarter, née Rothschild, mécène folle de jazz chez qui le couple se retira au moment où Thelonious cessa subitement de jouer.

Dans "Monk", Laurent de Wilde respecte une stricte chronologie, à une exception près : il omet volontairement d'évoquer les incidents cérébraux du jazzman pendant la majeure partie du livre. La maladie mentale de Monk n'apparaît qu'à la toute fin, comme pour isoler et préserver le génie du pianiste de sa folie, cette folie qui le faisait tourner sur lui-même pendant des heures ou errer des nuits et des jours dans un aéroport avant que la police ne le renvoie chez lui. L'auteur garde tout cela pour les dernières pages, celles du retrait, de l'effacement, de la mort. Il faut beaucoup de respect et d'amour pour protéger le génie d'un homme de cette façon. Monk en vaut bien la peine.

De Wilde (Laurent), Monk, Paris, Gallimard (Folio), 1996, 314 pages.
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Avec Coltrane :




Un extrait de l'indispensable film Straight no chaser, de Charlotte Zwerin, avec trois morceaux live beaux à en mourir et Monk qui jongle avec son piano, sa cigarette et son mouchoir :


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09 mai 2007

Philippe Carles, Jean-Louis Comolli, Free jazz black power (1971)

“Je pense qu'en Amérique les Noirs font preuve d'un don particulier dès qu'il s'agit d'exprimer leur propre conviction par l'intermédiaire de la musique. La plupart des Blancs ont plutôt tendance à considérer qu'il est indigne d'eux de montrer leurs souffrances, de montrer simplement tout ce qui touche aux sentiments et non à la technique... C'est pourquoi, à mon avis, l'homme noir a développé dans le domaine de la musique ce que l'homme blanc appelle jazz. Et je pense qu'à l'origine ce mot a été utilisé pour désigner une musique que l'homme blanc juge inférieure”

- Ornette Coleman -

Ni une nouveauté, ni une originalité. Plutôt un classique du genre. Free jazz black power démêle avec clarté les noeuds du free jazz et du militantisme black des fifties-sixties. Un bouquin passionnant et pédagogique, qui dépasse le cadre de la micro-histoire.


Philippe Carles est aujourd'hui rédacteur en chef de Jazz magazine et producteur à France Culture. Jean-Louis Comolli exerce sa plume dans les Cahiers du cinéma et Jazz Magazine, entre autres. Plutôt bien installés les bonhommes. Avant d'en arriver là, les deux comparses, quand ils avaient les cheveux longs et le joint à la bouche (!), faisaient chauffer leurs tourne-disques aux sonorités du jazz américain. Des grands noms à la pelle et une culture musicale déjà tatillonne. Leur collaboration, pour ce livre écrit à Paris en 1971, est oeuvre de passionnés. Finement documentée et soignée dans le style, elle marche dans les pas du critique américain Leroi Jones (plus tard Amir Baraka) et de son Blues People. A savoir, une vraie analyse du mouvement free. De sa portée politique, revendicative.


Les deux auteurs remontent aux work songs, chants des esclaves, pour établir une généalogie du free jazz. Même si, pour eux, le jazz a toujours été free, et les années 60 simplement une cristallisation de cette qualité, de ce désir/combat pour l'émancipation. Musique de lutte, d'indépendance, le jazz, et sa déclinaison free, sont mis en miroir du mouvement Black. A l'époque les black étaient panthers. En dépit d'une grille de lecture marxiste, l'ouvrage ne perd pas, plus de trente ans après, son acuité et sa précision. Etayé par de nombreuses déclarations et témoignages d'artistes. Archie Shepp et Ornette Coleman en tête. La mise en cause de l'oppression culturelle blanche domine le discours, acerbe et argumentée. Sérieux.


En somme, un classique à ne pas bouder, dense et partisan. Une critique de la société ségrégationniste américaine et de l'emprise de la critique blanche sur le monde du jazz de l'époque... La rencontre entre musique, histoire et luttes sociales. Un essai politique fin plus qu'une exégèse musicale hermétique et datée.

Carles (Philippe), Comolli (Jean-Louis), Free jazz black power, Paris, Gallimard (Folio), 1971, réédition 2003, 435 pages.

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06 mars 2007

Jim Derogatis - Lester Bangs, mégatonnique rock critic

Mégatonnique rock critic est une biographie de Lester Bangs, critique rock américain des années 70 et 80 et icône de la presse underground de l'époque. Une des plumes les plus célébrées du temps du flower power, puis, au moment de l'apparition du punk. Rolling Stone, Creem, le New Musical Express et le Village Voice ont accueilli ses chroniques enflammées, acerbes et sans concessions. Des chroniques qui se voulaient aussi énergiques et puissantes que le son rock.


Lester Bangs est né Leslie Conway Bangs en décembre 1948. Il voit le jour dans la bourgade d'Escondido, dans le sud de la Californie. Son père meurt alors que Leslie est encore enfant. Sur sa mère, témoin de Jéhovah, repose alors l'autorité dans la famille. Elle tente d'inculquer à sa progéniture des principes et une morale religieuse ferme.
Leslie se fait appeler Lester et dévore les écrits de la beat generation. Kerouac, Burroughs, Ginsberg mais aussi Bukowski et Hunter S. Thompson constituent son panthéon. Il remplit rapidement ses premiers cahiers à spirales. Des poèmes, des récits autobiographiques mais aussi ses premières critiques de disques.
Kick out the jams du MC5 sort en 1969. Lester, depuis quelques mois déjà, envoie ses articles aux différents magazines underground de la côte ouest. Il aime écrire. Rolling Stone, créé deux ans auparavant par Jann Wenner (un ancien élève de Berkeley), publie la critique de Kick out rédigée par Lester. Une critique violente alors que le groupe de Détroit connaît un immense succès à l'heure de la contre-culture. "C'est de la boue" écrit-il. Quelques années plus tard il se rétractera pour encenser l'album. Les débuts sont à l'image du bonhomme. Une histoire d'ombres et de lumières, une tentative de réexploration des sentiers beat.
Alcoolique notoire misanthrope. D'une instabilité terrifiante. Lester Bangs pouvait écrire une ode critique passionnée de plusieurs milliers de mots sur le Transformer de Lou Reed. Mais ensuite insulter son idole lors de leur première rencontre. Il traita Led Zepellin de "pédales émaciées" et bouillit de respect devant Blank generation de Richard Hell and the Voidoids, un des premiers manifestes punk américain. Il n'eut de cesse d'ingurgiter barbituriques et de passer des nuits à maculer des feuilles de ses entrailles acides.
Jamais dans la masse ou la majorité. Lester Bangs navigait au large. A contre-sens souvent. Il accompagna les débuts du punk (on lui prête d'ailleurs l'invention du terme) et se rendit à Kingston dans l'Ark studio de Lee Perry. Astral Weeks était un de ses disques préférés. Il acclama David Bowie, descendit Bob Marley et rencontra William Burroughs. Il mis en musique ses textes et forma un groupe médiocre qui implosa en quelques concerts. Il chia sur le punk qu'il avait accompagné et se réfugia dans le free jazz. En quelques anecdotes se devinent facilement les contours d'un personnage romanesque.
A 33 ans, l'âge du Christ, il fut retrouvé mort sur son sofa, les yeux ouvert et un vynil tournant sans fin sur sa platine. Il écoutait "We don't need a reason" du groupe anglais Dare.


Lester Bangs fut certainement le critique musical le plus lu et acclamé dans l'histoire du genre. Errant dans les marges et provocateur, il fut admiré telle une rock star. Pour autant, ne peut-on pas réduire Lester Bangs à une simple création romanesque décadente en quête de beat attitude? A une plume talentueuse nourrie d'acide?
Quoiqu'il en soit, Mégatonnique rock critic reste une lecture plaisante, bourrée d'anecdotes et de pistes musicales à explorer. Une fois le bouquin refermé, je me suis dit : "C'est pas mal. Un peu anecdotique mais pas mal". Viscérale conclusion...

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16 janvier 2007

Woodstock Dream - Elliott Landy

Pour compléter la lecture du très bon Oh, hippie days ! d'Alain Dister, et ajouter de l'image au texte un petit détour par le magnifique album photo Woodstock Dream s'impose. Près de 400 pages de photographies réalisées par l'américain Elliott Landy qui de Bob Dylan en passant par le concert de Woodstock en 1969 et les nombreux clichés des mouvements sociaux de l'époque nous donne une vision fidèle des sixties aux Etats-Unis. Avec un prix frôlant le ridicule pour un album photo (7€), vous pouvez deviner ce que j'en pense... don't miss it !
LANDY (Elliott), Woodstock Dream, Paris, Acte Sud, 2000, 400 pages, environ 7 €

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Alain Dister - Oh, hippie days !


Oh, hippie days ! retrace le road trip d'un jeune journaliste français en herbe dans les Etats-Unis des années 60. Alain Dister, aujourd'hui rock critique pour le mensuel Rock n' Folk, écrivain et photographe a repris ses carnets de route américains tenus entre 1966 et 1969 pour nous livrer ce témoignage à la fois lyrique et intelligent. En les remaniant et en y ajoutant des commentaires, il nous permet de nous immerger dans le mouvement hippie. Déjouant les pièges de la mythification, il propose un regard clairvoyant sur le "flower power", ne négligeant aucune critique à son égard. Avec un oeil et une oreille avisés de musicophile il emaille son récit d'inombrables références musicales de l'époque. On croise alors le Grateful Dead, les Jefferson Airplane, les MC5, The Band, Janis Joplin et bien d'autres groupes et chanteurs psyché moins connus. Chacune des expériences du jeune banlieusard (de 25 ans à l'époque) est connectée à un souvenir musical, une chanson du moment, une sortie d'album, une performance live vécue en direct. C'est tout bonnement délicieux.

On dévore ce livre sans s'en rendre compte et c'est aussi l'occasion d'approfondir ses références en rock sixties. Alain Dister insère régulièrement au cours de son récit des sections "playlist" où il nous livre ses plaisirs musicaux de l'époque. Pour quelques ridicules 5€ Dister nous offre une bonne dose de hippie style, alors pourquoi s'en priver...


DISTER (Alain), Oh hippie days !, Paris, J'ai lu, 2006, environ 5-6 €

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13 janvier 2007

Lloyd Bradley - Bass Culture

Si vous avez du temps devant vous (pour vous enfiler 620 pages!) et de l'intérêt pour le reggae, Bass Culture du britannique Lloyd Bradley est indéniablement l'ouvrage de référence pour comprendre la musique jamaïcaine et ses évolutions.
Depuis les sound-systems de Kingston dans les années 50, en passant par le ska et le rocksteady, jusqu'à l'explosion Bob Marley et ses suites, rien n'est omis. De plus, l'auteur développe très largement les arrières-plans sociologique, politique, économique et spirituel qui ont contribuer à forger la musique jamaïcaine et la plus connue d'entre elle (souvent mal connue par ailleurs) : le reggae. C'est dans ce parallèle entre musique et histoire que réside certainement l'intérêt majeur de l'ouvrage.

On apprend notamment dans ce livre comment les rapports entre les USA et la Jamaïque ont conditionné et orienté la création musicale de l'île, comment Marley a donné une visibilité internationale au reggae sans le révolutionner en terme de structure; on y apprend aussi que le reggae, que l'on associe aujourd'hui facilement à la marijuana et à une certaine "cool attitude", a été et reste un véritable chant de lutte de la population noire et des opprimés jamaïcains s'inscrivant dans un contexte mondial de lutte pour la conquête de droits civiques... bref, à chaque page son lot de surprises et de déconstructions d'idées reçues.
Il serait dur de synthétiser un ouvrage aussi dense, aussi je ne tenterai pas le faire et vous dirai simplement pour conclure qu'il s'agit là d'une véritable bible de la musique jamaïcaine à parcourir et reparcourir sans modération.

Fabien.

BRADLEY (Lloyd), Bass Culture, Paris, Editions Allia, 2005, 620 pages, 23€

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