08 octobre 2024

Faust - Faust IV (1974)

Les plus inclassables de la scène krautrock n'étaient pas le groupe sonnant le plus krautrock. Pourtant dépositaire du titre de chanson qui cite nommément ce mouvement - on rappelle que cette terminologie très moqueuse provenait des anglais - Faust est l'un des 4,5 groupes allemands les plus importants et emblématiques de la fertile expérimentation musicale apparue en Allemagne au tournant des années 70.

Lire la suite

17 juin 2019

Novalis - Banished Bridge (1973)

Cousins d'écurie de Neu!, Amon Düül, Jane, Cluster, Klaus Schulze ou autre Guru Guru au sein du remarquable label Brain, le groupe de Hambourg est généralement le laissé pour compte du krautrock.


Lire la suite

02 novembre 2016

Clinic - Free Reign (2012)

"To give free rein" signifie lâcher la bride en anglais, plus exactement "donner libre cours à son imagination" ; c'est peu dire que le quatuor inclassable liverpuldien a usé de cette homophonie pour l'élaboration de son 7ème album.

Ici, tous les anciens reliquats pop-surf à base de masques de chirurgien - c'est ainsi qu'ils aiment à s'affubler lors de leurs concerts - s'évanouissent peu à peu, pour laisser place à un krautrock invertébré.


Lire la suite

28 novembre 2014

Electric Würms - Musik, Die Schwer Zu Twerk (2014)

Une musique sur laquelle il est difficile de danser, voilà comment le nouveau side project Flaming Lips intitule son disque, dans une esthétique visuelle qui veut être 70's progressif, allemande. Et c'est vrai, ce n'est pas un disque de danse. C'est un disque qu'on a malmené et jugé trop vite, à cause des récents excès people de Wayne Coyne et notamment ses fameuses accointances louches avec Miley Cyrus et Moby. Toujours est-il que ce disque court (29 minutes tout juste) ressemble à un fort bel Ep d'un Flaming Lips nouveau, surfant sur la vague de The Terror et Peace Sword. Moins fun, plus sombre, expérimental.


Lire la suite

02 juillet 2013

Dunkelziffer - Retrospection Obi Set (2013)

Projet parallèle de plusieurs membres de Can, du futur Phantom Band et d'autres formations de Cologne, Dunkelziffer méritait bien une rétrospective. D'abord parce que la plupart de leurs disques sont aujourd'hui difficiles à se procurer. Ensuite parce que le super-groupe a commis, de 1982 à 1989, certains des plus beaux grooves de l'histoire du krautrock, en le tintant de dub, de jazz, de new wave ou de funk.  C'est Emotional Rescue, un jeune label britannique, habituellement versé dans le disco déviant, qui a eu la bonne idée de regrouper ses meilleurs titres en 3 EP formant une luxueuse compilation.


Lire la suite

27 mars 2012

Disappears - Pre Language (2012)

Avant que le soleil et la chaleur ne s’emparent de notre territoire, je voulais m’attarder une dernière fois sur un disque hivernal, en l’occurrence le troisième effort du trio Disappears en provenance de Chicago. La nouveauté de ce disque, immanquable, n’est autre que la fraiche arrivée au sein du groupe de Steve Shelley, batteur de Sonic Youth. De quoi redynamiser tout ça et commencer à s’assoir sur un style bien précis, le shoegaze krautrock.

Pre Language est donc un album sombre et anxiogène. Malgré quelques incursions mélodiques inaccoutumées pour le groupe, l’ensemble est extrêmement minimaliste et répétitif ("Joa", "Love drug"). La guitare est menaçante, la section rythmique tendue et rêche, et l’on pense beaucoup à Spacemen 3, Suicide et consorts. Néanmoins Disappears s’engage parfois dans un registre un peu plus pop ("Hibernation sickness", "Brother Joliene") et tend alors vers Pavement.

Travaillé sur les routes de tournée, Pre Language est immédiat et hypnotique. Sur les neuf titres que compte l’album la tension redescend rarement. Certains titres bouillonnent même d’une certaine sensualité noire. Je pense à l’excellent "Fear of darkness", à l’incroyable ouverture "Replicate" ou encore au titre qui donne son nom à l’album. La voix de Brian Care évoque bien souvent The Fall aussi. Une bien belle claque un lendemain de cuite.

En bref : distorsions angoissantes et éclaircies mélodiques pour un disque rock éclair.




Leur site officiel, blog et Soundcloud

Acheter  Pre Language chez l'International Records


Lire la suite

13 mars 2012

Gonzaï 3 - Damo Suzuki, Aquaserge, Publicist et Judah Warsky à la Maroquinerie (09/03/2012)


Gonzaï est un mag en ligne que l’on a toujours aimé lire, l’un des rares à tenter de perpétuer la tradition de journalistes et critiques comme Hunter S. Thompson et Lester Bangs, ou, pour parler français, Yves Adrien et Alain Pacadis. Les articles sont souvent d’une mauvaise foi délicieuse et il faut dire que ça change des dossiers de presse remâchés qui fleurissent sur les sites musicaux. Depuis le début de l’année Bester Langs et sa troupe ont élu résidence à la Maroquinerie pour une soirée mensuelle consacrée à tous les styles de rock déviant. Ce mois-ci, pour célébrer les 40 ans du mythique album Tago Mago de Can, ils proposaient un plateau psyché-kraut-disco pour le moins alléchant, avec en point d’orgue la venue de l’ex-chanteur des krautrockeux de Cologne, le Japonais Damo Suzuki.

En apéritif, Judah Warsky interprétait des titres de son premier album solo, Painkillers & Alcohol, sorti il y a quelques jours chez Pan European (et disponible en vinyle édition limitée à 500 exemplaires). Malgré, ou plutôt grâce à une technique de chant approximative, le leader des Chicros et clavier de Turzi livre une performance agréablement hypnotisante, seul en scène. S’appuyant sur des structures répétitives à la Steve Reich ou Terry Riley, mais en les renforçant avec des beats techno minimalistes, Warsky tempère le côté expérimental de sa musique par ce chant pop fragile. On retiendra notamment un "Failure To Comply" extrêmement réussi, et finalement plus proche de Koudlam que de Turzi.

Suivait le quintet toulousain Aquaserge, qu'on a pu voir en tournée aux côtés d'Acid Mothers Temple ou de Stereolab, ou en tant que backing band d’April March et de Bertrand Burgalat, notamment sur le prochain album du patron de Tricatel. La frange du clavier / chanteur Julien Gasc et sa veste de costard lui donnent des airs de petit chanteur à la croix de bois, impression renforcée par le côté liturgique, voire grégorien de ses vocalises. Entre Magma, Zappa et Faust, la joyeuse troupe propose une mixture psychédélique et parfois très groovy, agrémentée de clarinette et de paroles pour le moins dadaïstes – et chantées en français ! Auteurs de trois albums, les Toulousains n’en sont pas à leur coup d’essai et ça se sent, il y a de la maîtrise dans ce concert pourtant très free par moments. Pas un hasard, donc, si c’est Aquaserge qui a été choisi pour accompagner Damo Suzuki.

Je ne reviendrai pas sur la biographie de Damo, Wikipédia vous renseignera. Celui qui était devenu presque par hasard chanteur de Can a acquis un statut légendaire pour avoir enregistré avec eux trois des albums essentiels du rock choucroute, Tago Mago, Future Days et Ege Bamyasi. Comme une groupie un peu débile, je rêvais d’entendre "Vitamin C" et les grands classiques du groupe. Ce ne fut pas le cas, et n’étant pas un grand connaisseur du répertoire hors-Can de l’artiste, je serais bien incapable de dresser la setlist. Quel plaisir, cependant, de voir ce vieux de la vieille aussi enthousiaste et presque juvénile sur la scène de la Maroquinerie. Ravi d’être là, il abuse un peu du scat mais on le lui pardonne aisément compte tenu de l’énergie déployée lors de cette petite heure de concert.

Finalement, la grosse surprise de la soirée viendra du dernier set, celui de Publicist, alias Sebastian Thomson, batteur du groupe américain Trans Am. Imaginez un type torse nu, arborant une énorme chaîne en or, martelant les fûts de sa batterie au milieu de la fosse sur des instrus préprogrammés, et chantant à travers un vocoder pour un effet rétro-futuriste maximal. Oui, c’est effectivement difficile à concevoir. Mais ça marche. En moins de 5 minutes, la Maroquinerie se transforme en dancefloor. Le bonhomme est une vraie bête de scène et m’a même donné envie de réécouter son Hard Work EP, qui m’avait laissé de marbre à la première écoute. Inégal sur disque, son groove robotique mêlant disco à la new-yorkaise et synthés cosmiques est bien plus consistant en live. Une jolie conclusion pour une soirée à la hauteur de ce qu’on était en droit d’attendre d’un site atypique comme Gonzaï. Longue vie à eux !

Gonzaï
Les sites d'Aquaserge, Publicist et de Damo Suzuki
Judah Warsky sur Bandcamp





Et pour le plaisir :


Lire la suite

08 décembre 2011

Steve Hauschildt - Tragedy & Geometry (2011)

Habituellement ultra-prolifiques, les Emeralds n’ont rien sorti cette année, du moins en trio, sûrement accaparés par le succès de leur grande œuvre de 2010, Does It Look Like I’m Here ?, et la tournée qui a suivi. Le showman et soliste du groupe, le rouquin Mark McGuire, a quand même trouvé le moyen de sortir deux albums, l’un seul (Get Lost) et l’autre avec le duo Trouble Books, ainsi qu’une double compile. Mais la surprise vient du plus discret des droneux de Cleveland, Steve Hauschildt, dont Tragedy & Geometry est le premier véritable effort solo, après une poignée de cassettes et de Cdr. En charge de la programmation des synthétiseurs, Hauschildt a sans doute énormément contribué à l’évolution des Emeralds vers un son plus électronique et hypnotisant, moins bruitiste que sur leurs livraisons passées. Ses arpèges euphoriques et ses accords flottants fournissaient un cadre parfait pour les divagations guitaristiques de son acolyte.

Il y avait une telle complémentarité entre les deux musiciens (et même les trois, n’oublions pas John Elliott) sur DILLIMH ? que je me suis naturellement demandé, en lançant la galette, si Hauschildt supporterait le poids de la solitude. Et la réponse est : oui et non. Oui parce que des titres comme "Overnight Venusian" et "Batteries May Drain" sont des petites perles psychédéliques ; le premier semblable à un océan ténébreux de nappes, le second, pour moi le meilleur du LP, dans une veine clairement krautrock à la Neu!, avec un beat mid-tempo presque dansant et un riff bien accrocheur. Et non, parce que Steve a beau se démener comme un diable sur ses claviers, ce qui fonctionne sur quelques morceaux tombe un peu à plat sur d’autres.

"Music for a Moire Pattern", la pièce centrale de l’album, présente par exemple une progression un peu trop molle du genou pour maintenir l’attention éveillée durant ses 11 minutes. Quant aux plages ambient courtes qui font office d’interlude ("Arche", "Cupid’s Dart"), elles ne présentent pas un grand intérêt. Tragedy & Geometry souffre surtout d’une trop grande uniformité de textures, et l’on se prend à imaginer à quel point certains titres pourraient être sublimés par la guitare de McGuire. "Already Replaced" apparaît ainsi comme une version squelettique, loin d’être désagréable mais incomplète, du grandiose "Candy Shoppe".

Si l’ensemble manque parfois de relief et de tension, c’est parce que Hauschildt a fait des choix esthétiques forts, en s’orientant vers des sons chauds et accueillants, et en structurant ses morceaux comme de vraies chansons pop. Tout en restant bien sûr très cosmique ("Blue Marlin", "Peroxide"…), Tragedy & Geometry ne vise pas le même type de transe que les Emeralds, reste plus en retenue, moins expansif, ce qui en fait, de loin, le disque le plus accessible de toute la galaxie Emeralds, et une formidable porte d’entrée vers l’œuvre foisonnante du groupe.

En bref : escapade solo plutôt réussie pour le plus discret des Emeralds. Moins viscéral et plus pop que les disques du trio, Tragedy & Geometry est accessible, planant, et contient quelques fulgurances, comme le fabuleux "Batteries May Drain", mais aussi quelques longueurs.




Le site de Kranky

A lire aussi : Emeralds - Does It Look Like I'm Here ? et Mark McGuire - Living With Yourself (2010)




Lire la suite

28 janvier 2011

Gala Drop - Overcoat Heat EP (2010)

Voilà encore un disque de chez Golf Channel, mais dans un genre totalement différent, comme pour illustrer la diversité des directions prises par le label de Phil South. Loin du son soulful de DJ Nature, donc, les quatre Portugais de Gala Drop imbriquent instruments live et boucles électroniques pour créer un magma psychédélique assez excitant. Auteurs en 2009 d’un premier album autoproduit remarquable bien qu’un peu fouillis, ils passent dans la catégorie supérieure avec les 4 titres d’Overcoat Heat. A mon sens bien plus intéressant que les désormais très policés Delorean auxquels on le compare volontiers, le groupe se situe bien dans la même mouvance ibérique de dance-pop vaporeuse, également incarnée par John Talabot. Ils ont aussi en commun un goût prononcé pour les photos surexposées et les films de vacances en super 8, comme en attestent l’artwork de l’EP et le clip de "Drop" - ce règne de l’esthétique vintage commence à lasser, soit dit en passant.

Ce n’est pourtant pas à la chillwave ou à Delorean que je pense le plus en écoutant "Rauze", mais à Animal Collective. Si Panda Bear et ses acolytes avaient pondu ce titre, il serait déjà porté aux nues par la moitié des blogs musicaux de la planète. Avec son beat 4/4 bien dancefloor, son enchevêtrement de boucles à la Steve Reich, de percussions tropicales arythmiques et de guimbardes, on tient là un morceau absolument fabuleux, tout à fait dans la même veine que "Summertime Clothes" ou "In The Flowers", mais sur lequel les chœurs Beach Boysiens laissent place à un unique sample vocal très lyrique.

Les gars de Gala Drop savent dégainer les guitares là où on ne les attend pas, essaimant ici un petit solo psyché, là une mélodie mandingue ou highlife. Capables de plonger l’auditeur dans un profond état contemplatif, ils peuvent aussi bien le contraindre à remuer son popotin, comme sur "Izod", entre disco-house fiévreux et krautrock - on entend d’ailleurs un peu de Jaki Libezeit (ex-Can) dans le jeu métronomique du batteur Afonso Simoes. En guise de conclusion, "Overcoat Heat" mêle effets dub, synthés à la Klaus Schulze et guitare lancinante pour un jam drogué de premier cru. Maintenant il va falloir nous concocter un album à la hauteur de ces très belles promesses.

En bref : quatre Lisboètes épris de kraut, de house et de synth-pop donnent leur version, très convaincante, du psychédélisme des années 2010.



Une interview et un mix ici
Leur Myspace



DROP (from Gala Drop) from Antonio Contador on Vimeo.


Lire la suite

27 septembre 2010

Emeralds - Does It Look Like I'm Here? (2010)

Le dernier Emeralds m’a accompagné tout l’été. Sorti en mai, Does It Look Like I'm Here ? est un album auquel il est extrêmement facile de s’abandonner. A l’heure où la kosmische musik a plus que jamais la cote, le son du trio de Cleveland a tous les arguments pour se distinguer du tout-venant, tout en dépassant, de loin, l’hommage scolaire aux pères fondateurs. Intense, parfois très sérieux et solennel, l'objet se compose de douze pièces assez courtes (à l’exception de "Genetic" et ses 12 minutes), peuplées de drones à la dérive, et rythmées par les flux et reflux des vagues synthétiques.

Dans la géométrie cosmique des Emeralds, les courbes sinusoïdales des arpèges occupent une place centrale, apportant à la fois l’harmonie et la structure rythmique. La spirale est aussi un motif récurrent (Cf. les drones de "Goes By" ou de "Summerdata"). Dans les liner notes de Picture Music (1976), Klaus Schulze disait vouloir "créer un son que l’on peut voir". Le gourou de l’école planante teutonne aurait sans doute été séduit par la puissance d’évocation visuelle de la musique des Américains – une musique géométrique, donc, mais aussi lumineuse et colorée, jouant sur les contrastes et les nuances des tons. De quoi faire turbiner les usines à images que sont nos cerveaux.

Mais le son des Emeralds ne serait pas aussi prenant sans la guitare et les pédales de Mark Mc Guire. Qu’il se la joue Manuel Göttsching, comme sur "Genetic", qu’il injecte un parfum baléarique à un titre comme "It Doesn’t Arrive", ou lâche un petit riff folk ("Now You See Me"), il donne son supplément d’âme, sa substance et son équilibre à l’album. C'est un peu le soliste du groupe, quoi.

Does It Look Like I’m Here ? surprend par sa capacité à emmener très loin celui qui se donne la peine d’y plonger, et à assumer ses désirs de grandeur, voire d’immensité. En un mot, son lyrisme. Je connais mal les autres productions du trio, qui semble habituellement plus noisy, mais ce troisième album officiel, après une tonne de CDR et de cassettes sortis sur une douzaine de labels, est d’une solidité qu’on devine à l’épreuve du temps.

En bref : un voyage astral d’une intensité et d’un lyrisme rares. Guitare, drones et synthétiseurs s’y accordent à la perfection. L’un de mes albums de l’année, sans l’ombre d’une hésitation.



Emeralds – Genetic.mp3

Leur blog
Le site du label Editions Mego




Lire la suite

25 mars 2010

Caribou - The Milk Of Human Kindness (2005)

Au hasard de mes pérégrinations disque-durales, je suis retombé presque par chance sur ce groupe au nom étrange. Enfin de groupe il n’en est que très peu question puisque c’est le canadien Daniel Victor Snaith seul que l’on retrouve aux commandes de ce bel OVNI musical. Certains l’ont connu en tant que Manitoba, mais suite à des problèmes juridiques avec le chanteur punk bouseux Handsome Dick Manitoba (ça ne s’invente pas), le producteur multi instrumentaliste a du changer de formule. Premier album sous ce nouveau pseudo, The Milk Of Human Kindness s’inspire à la fois d’une citation du Mac Beth de Shakespeare, et à la fois de l’un des titres phare du Salty Dog de Procul Harum. Caribou pour faire vite donne à présent dans la dream pop électronique, mais pas seulement.

Si l’homme est Docteur en mathématiques dans la vie, sa musique elle refuse tout ordre logique. A la fois acoustique et électronique, elle use du sample et du chant pop, sans toutefois passer du coq à l’âne. Prenons "Yeti" par exemple, le titre par lequel on entre dans l’album. Un morceau assez facile d’accès, une batterie tranquille, des choeurs naïfs façon vous-savez-qui. Une rencontre intelligente entre l’Animal Collective de Sung Tongs et le Mercury Rev de Boces. D’un autre côté vous pouvez tout aussi bien tomber sur un "Lord Leopard" hip-hop à la Dj Shadow ou encore un "Pelican narrows" électronique à la sauce Four Tet. L’homme orchestre opère des bidouillages fous et modernes sans jamais singer non plus.


Et puis vous avez toute une série de morceaux qui m’évoquent fortement le feu Beta Band (et donc le plus récent Phantom Band). Des titres faussement cools, chantés par des voix molles sur des rythmiques krautrock. "Bees" en est le parfait exemple, entre "Green onions" de Booker T & The MG et "Hallo Gallo" de Neu !. De même sur les galopants "Brahminy kite" et "Barnhowl" qui pour le coup annoncent bien le "Throwing bones" des Ecossais spectraux. Ca fait beaucoup de pistes je sais, mais c’est bien là la richesse de Caribou qui se forge pourtant un nom propre piste après piste. Sans compter qu’au milieu de tout ça il y a le folk acoustique et rêveur "Hello hammerheads", brillant lui aussi.

100% enregistré à la maison, The Milk Of Human Kindness est un exemple de mélodies et de structures originales. A la fois riche et dynamique, inspiré et inspirant, il place la divagation au rang d’inventivité pure. Laissons à Caribou le mot de la fin, lui qui désire simplement : "S’échapper dans ce monde de sons qui est dans sa tête". Ce que l’on souhaite tous.

En bref : disque fou de 40 minutes à peine, entre Simon & Garfunkel et Silver Apples, à la croisée des genres, modeste et intelligent. Une seule envie : le repasser encore et encore. Note maximale obligée.





Pour info : Swim le nouvel album de Caribou sortira le 20 avril de cette année, et son premier titre "Odessa" est déjà monstrueux

A lire aussi : The Phantom Band - Checkmate Savage (2009)

Le Myspace

Un clip de "Bees" et "Barnhowl" en mode groupe dans une superbe "Pink room" :




Lire la suite

19 octobre 2009

The Flaming Lips - Embryonic (2009)

Un double album pour les Lips, ça n’était jamais arrivé. Il y avait bien eu l’expérience Zaireeka en 1997 qui peut être vue comme un quadruple disque en un, mais un double jamais. Exercice périlleux s’il en est, le format double permet généralement aux artistes de sortir du cadre habituel, de s’exprimer sur la longueur, avec le risque de diluer son talent, de perdre l’auditeur ou de placer des titres inutiles au milieu de pépites que l’on oublie. Et des risques cet Embryonic en comportait un paquet. Nombreux sont ceux qui ont été déçus par le son en plastique du récent At war with the mystics. Son côté pop, la naïveté de titres comme "The Yeah yeah yeah song", le manque d’homogénéité. Mais la BO Christmas on mars sortie en 2008 avait esquissé la somme de travail réalisée pour Embryonic à savoir un véritable tournant musical en forme de challenge. Réinventer les Lips. Retourner aux fondamentaux. Retourner coûte que coûte au bizarre, quitte à perdre l’auditeur le plus flemmard au passage. Disons le tout de suite, Embryonic est un disque très difficile d’accès. Un disque sombre, long et flippant. Leur plus audacieux depuis Zaireeka.

Forcément conceptuel, -cette pochette folle- Wayne Coyne n’hésite plus et cite volontiers le mathématicien allemand Thorsten Wörmann. Selon lui, l’univers n’a pas de sens. D’où un sentiment de chaos ("Aquarius sabotage"), de douleur, de résignation. Lui et sa bande s’en sont allés et se sont remis aux jams krautrock des tous débuts. Finie la power pop, au placard les mélodies, rentrez-chez vous les ballades. Tout juste "Evil" rappelle un peu les flottements cinématographiques de "Do you realize", tel un interlude de douceur, de courte durée.

Faisant preuve d’une richesse musicale incontestable, le groupe d’ Oklahoma est à la fois génial et frustrant. Ecoutez le break tout en orgue à mi-parcours sur l’ultra torturée "Sea the leaves" et prenez-en de la graine. Et ce ne sont pas les apparitions surmédiatisées, inutiles et surtout indétectables de Karen O et MGMT qui y changent quelque chose, mais plutôt un retour à la grosse basse saturée ("Worm mountains"), aux guitares incisives, aux synthés abrasifs et surtout à une utilisation parcimonieuse des vocals. Il y en a en effet très peu sur ce qui s’apparente désormais à du space rock progressif. Prenez par exemple le revirement aérien de "Gemini Syringes" et ne me dîtes pas que vous n’y entendez pas le Pink Floyd. Et c’est assez rare pour le souligner tant le disque manque d’influences (un atout ?), même si l’on parle du Miles Davis Group ici ou là. Certains se sont laissés aller à évoquer la comparaison de "Chemical Brothers sous anti dépresseurs", pourquoi pas. La faute sans doute à un tempo qui traîne ("Your bats") et à une sensation d’étouffement, de claustrophobie.


Au milieu de tout ça, perdu entre ces 18 titres de freak’s vibe, se trouve le morceau le plus long de l’album, "Powerless", longue montée sinistre et éprouvante rappelant les premiers tics lipsiens. Wayne Coyne y maltraite sa guitare pour mieux vous laisser sur le carreau. "Convinced of the ex", titre inaugural de creepy kraut rock à la basse hypnotique est déjà loin derrière, tout comme "The sparrow looks up at the machine" qui lui emboîte le pas. Et on en revient à l’éternel problème des doubles albums : il y a tant à dire. En effet, quatre voir cinq des plus gros morceaux sont encore à venir. A commencer par le dépouillé "I can be a frog". Magistral pour certain, inutiles pour d’autres. Je vous parlais des Pink Floyd, et c’est bien d’eux dont il est encore question sur l’anthologique "Sagittarius silver announcement". Les harmonies vocales du Piper at the gates of down sont évidentes. Le Floyd dont Wayne Coyne envisage d’ailleurs de réenregistrer très prochainement le Dark side of the moon dans son intégralité.

Je vous épargne les descriptions détaillées de "Silver trembling hands", seul et unique possible single (Ahahaha, pardon, c’est nerveux) de l’album ainsi que celle du monumental et intransigeant morceau final, "Watching the planet". A ce stade-là -celui du douzième album studio-, l’on peut définitivement affirmer qu’il ne s’agit plus d’esbrouffe. Les Flaming Lips sont un véritable groupe, qui prend des risques (Embryonic impossible à jouer sur scène?) et qui mérite amplement son 9.0 sur Pitchfork au passage. Est-ce que ce disque se vendra pour autant ? Certainement pas. Pourtant dans un monde parfait, tout le monde devrait écouter ça au casque au moins une fois.

En bref : Le disque le plus étrange, bizarre et organique des Lips à ce jour, c’est dire. Un double monument qui ne se laisse pas apprivoiser facilement, témoin de l’avancée d’un groupe majeur à un tournant important de sa carrière. Indispensable cette année, pour chaque fan et chaque détracteur.





Le site officiel

L’album en streaming

A lire aussi : The Flaming Lips - Zaireeka (1997)

"See the heaves", à écouter au moins jusqu’au revirement à 2’25", le plus léger et anecdotique "I can be a frog" et le "single" "Silver trembling hands" :






Lire la suite

09 juillet 2009

Lindstrom & Prins Thomas - II (2009)

A la différence du très électronique Where You Go I Go Too de son pote Lindstrøm, les dernières productions de Prins Thomas montraient une attirance grandissante pour un son “live”, plus instrumental, qui, tout en restant foncièrement disco, montrait le désir du Norvégien d’élargir son champ d’activité. Lindstrøm lui-même, lors de récentes interviews, affirmait aussi son envie de “sonner comme un groupe” et de s’engouffrer dans cette brèche électro-acoustique. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que le deuxième album commun des barbus cosmiques (sorti fin mai) sonne davantage comme un hybride kraut-funk que comme une nouvelle épopée space-disco. Rien d’étonnant non plus à voir fleurir les critiques peu enthousiastes un peu partout sur la toile, évoquant ici “la musique d’ascenseur”, là le côté “longuet” de ces plages de 7 à 13 minutes. Et pourtant...

Ces critiques me semblent un rien facile et inappropriées. C’est vrai, II n’est pas le genre de disque qui prend aux tripes. Plutôt un disque d’ambiance, de ceux qui accompagnent une rêverie, un voyage, un égarement solitaire. Aucun de ses titres ne s’adresse aux pistes de danse. N’en doutons pas, si les Scandinaves avaient voulu nous pondre une série d’hymnes mécaniques et de brûlots moroderiens, ils l’auraient fait sans aucun problème. La nature apaisée de cet opus relève donc d’un choix, certes discutable, mais qui a le mérite de présenter une nouvelle facette d’un binôme fasciné par les seventies et particulièrement par le krautrock et le rock progressif. Les références à Harmonia, Can, Brainticket et même aux Pink Floyd semblent cette fois avoir été privilégiées, les compères laissant de côté leur passion pour l’italo-disco.


Bien sûr, les synthés sont omniprésents. Mais leur utilisation relève moins de l’escalade euphorique que de l’installation d’un climat d’une douceur qui n’a pas grand chose de norvégien. Rien n’est ici conçu pour frapper l’auditeur en pleine face. Pour peu que l’on s’arme d’un peu de patience, c’est au fil d’écoutes répétées que se révèlent la finesse des harmonies et des arrangements et, finalement, le charme et la grâce de ce nouveau périple. Tous sur le même modèle, les morceaux se développent et s’enrichissent lentement autour d’un thème simple, qu’il soit imposé par le piano (“For Ett Slikk Og Ingering”), la basse (“Cisco”) ou la guitare acoustique (“Gudene Vett + Snutt”). Viennent ensuite les avalanches de bongos, les tourbillons analogiques et le nappage synthétique. La seule constante, c’est cette batterie qui doit un peu au kraut, et beaucoup au soft-rock californien à la Fleetwood Mac.

Je comprends que certains fans se sentent trahis en découvrant que leurs fournisseurs préférés de bombes disco donnent dans une telle fusion aux atours tiédasses. J’espère seulement qu’ils sauront surmonter leur déception et explorer les recoins de ce disque riche qui réserve quelques belles surprises, comme les choeurs et la guitare folk de la fin de “Flue Paa Veggen” (quelle belle langue que le Norvégien !), le final grandiloquent de “Cisco” ou celui, apocalyptique et noyé dans le phaser, de “Rett Pa”.

En bref : Lindstrøm & Prins Thomas délaissent le dancefloor le temps d’une jam marathon, convoquant kraut, funk et rock progressif pour un festin opiacé ancré dans les années 70. A réserver toutefois aux adeptes de longs voyages contemplatifs.



Lindstrøm & Prins Thomas - Cisco.mp3

A lire aussi : Lindstrøm & Prins Thomas - Tirsdsagsjam EP (2009) et Lindstrøm - Where You Go I Go Too (2008)

Les Myspace de Lindstrøm et de Prins Thomas
Le site du label belge Eskimo Recordings

Lire la suite

10 mars 2009

The Phantom Band - Checkmate Savage (2009)

Ne pas s’enflammer. Ne pas vous lâcher dès la deuxième phrase que ce disque sera mon meilleur de 2009. Trop tard. Comment ces gars ont-ils pu concilier les genres, sans sonner patchwork, et atteindre un niveau équivalent à un Black Mountain en fin de carrière, sur un premier album ? C’est la question que je me retourne encore et encore dans la tête depuis que je voyage dans ce Checkmate Savage, il y a quelques semaines déjà, temps nécessaire pour assimiler et digérer ce disque. Nous ne sommes pas les seuls à en parler et d’autres que moi l’ont déjà fait de très belle manière (ici, ici, ou là). Imparable, Inimaginable, Impossible sont les mots qui ressortent, et encore, je vous épargne les échos venus d’outre manche. On est face à du lourd, c’est sûr, mais qu’est-ce qui les rend si différents des autres ?

Réunion de vieux briscards qui hésitèrent longtemps avant de se fixer sur ce patronyme spectral, The Phantom Band vient d’Ecosse (Glasgow) tout comme The Beta Band (auxquels on les a trop rapidement comparés) et quasi The Delgados, d’où s’est désigné comme une évidence Paul Savage (un rapport avec le titre de l’album ? et au passage un ami de Dave Fridmann) à la production de ce brûlot. Un travail d’ailleurs impeccable, réussissant l’exploit sur neuf titres (bon ok, tous près des sept minutes) de ne pas faire se ressembler deux morceaux. Alternant nuance et rentre-dedans, et apparemment sans drogues, le chanteur Rick Anthony et ses collègues brouillent toute piste existante, et nous emportent dans ce grand tour en manège, dans le manoir hanté des Highlands.

Surtout, ne pas se fier à l’apparente simplicité de "The howling", titre inaugural assez classique, encore que, et savourer patiemment le dubstep tribal de "Burial song", parce qu’après c’est parti, et ça ne s’arrête plus. "Folk song Oblivion", quel morceau ! Proto rock à la guitare folle, qui connait par cœur les élans de voix crépusculaire de Rick et de ses amis, et qui se termine comme on ne l’avait pas prévu. Comme dans le deuxième grand morceau de l’album, "Throwing bones", rempli de petits sons à la Beta Band cette fois, et vraiment magistral, dans sa façon à mi-parcours de tout exploser sur son passage avec cette séance d’harmonies vocales venue de l’au-delà. Ces deux morceaux méritent à eux-seuls l’achat du disque. Attendez la suite.
_


L’instrumental "Crocodile", aux sonorités post rock, invite clavier cornemuse à jouer avec les orgues. Inédit et délesté des chœurs virils entendus plus tôt. "Halfland", plus hirsute, s’appuie sur une rythmique délibérément blues, lorgnant vers le kraut. Pearl Jam jouant avec Neu ! en somme. On passe ici d’une atmosphère à l’autre avec une étonnante facilité, comme sur "Left hand wave" qui allie basse et synthés, encore une fois de façon très subtile. Impeccable jusqu’au bout du morceau, à chaque fois. Et pour couronner le tout, les six garçons savent aussi se calmer et entamer neuf minutes d’america au banjo et au clavier, beau à en chialer. Grandaddy n’aurait pas fait mieux. Et pour tout le reste, Field Music, Captain Beefheart ou Robert Wyatt approuvent. Coup d’essai, coup de maître !

En bref : six démiurges écossais vous apportent sur un plateau un premier album résolument rock, tout simplement génial et innovant, conjuguant kraut, prog et psyché. Un sacré coup de pied dans la fourmilière.
_
_
_

A noter que le disque est encore disponible en vinyle (9£ !) dans sa première édition limitée à 500 exemplaires avec un 7’ en sus. Il ne le sera bientôt plus, et sera remplacé par un seul et même disque à la pochette bien moins intéressante qui plus est. Alors précipitez-vous, ça se passe là.

Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Black Mountain - In The Future (2008)

"Folk song Oblivion" et "Throwing bones" en clips officieux :






Lire la suite