02 avril 2015

Angelo Badalamenti - Fire Walk With Me (1992)

Alors qu'on annonce une suite "twenty years after" à la saison 2 de la série Twin Peaks (ne nous emballons pas trop vite puisque Lynch vient d'annoncer qu'une histoire de contrats avec les acteurs compromettrait la chose), le mélomane frétille : que nous prépare le génial Badalamenti pour cette suite ? Histoire de patienter, on peut se replonger dans cette BO sortie en 1992 et qui atteint des sommets. La vie à Twin Peaks après le meurtre de Laura Palmer est passablement inquiétante, mais cette plongée dans les bas fonds de la pauvre âme défunte va encore plus loin : faux semblants, confusion mentale, perdition, dépravation, folie, énigme du mal, tout ça est magnifiquement rendu par une musique qui ne ressemble à aucune autre, où alternent et parfois se mélangent musique d'ascenseur, guimauve kitschissime, soul hallucinée, smooth jazz magistral, swamp blues et poussées de fièvre hardcore et bruitiste. Avec Badalamenti, Lynch a trouvé son Morricone : un compositeur doué et un amoureux des sons, des textures et des timbres (ah! les guitares morriconiennes, un son d'enfer !).

Lire la suite

01 juin 2009

V/A - Bombshell Baby Bombay et The Bombay Connection (2007)

La production filmique de l’Inde est la plus importante du monde. Il en est ainsi depuis presque la création du cinéma, le premier film indien est tourné en 1899. Depuis plusieurs décennies, huit cents films de fiction environ sortent par an. Pourtant le cinéma indien est l’un des plus méconnu dans nos contrées car une très large partie des créations est indissociable de passages chantés et dansés : cet élément culturel est un des attraits qui fait la joie des amateurs éclairés mais il est aussi le cœur même des principaux préjugés qui font obstacle à la découverte d’un des cinémas, encore à ce jour, des plus généreux.

C’est avec tout autant de générosité qu’ont été compilés par Edo Bouman et Milan Hulsing les volumes Bombshell Baby Bombay et The Bombay Connection. Idéaux pour la découverte des grands compositeurs indiens de bandes originales, les disques couvrent deux périodes : 1959-1972 et 1977-1984. Le choix de ces années permet de mettre en évidence deux des grands courants musicaux : le groove style années 60 et le funk type 70’s. A l’instar du cinéma hong-kongais, l’industrie du cinéma indien suit de très près l’actualité musicale à la mode dans les pays occidentaux. La jeunesse locale en raffole. Les artistes, plus ou moins honnêtes, s’inspirent et marient les styles importés à la musique de leurs pays ; les producteurs peu scrupuleux utilisent des titres connus sans créditer les créateurs originaux (ceci fut longtemps toléré car le flou "artistique" le plus total existait dans certains pays).


Bombshell Baby Bombay (Bouncin’ Nightclub Grooves From Bollywood Films 1959-1972) fait la part belle à Rahul Dev Burman et au duo Shankar-Jaikishan. R.D. Burman est l’équivalent de Lalo Schiffrin en Inde et compte plus de trois cents bandes originales à son actif. Tout aussi à l’aise dans les mélodies entêtantes que les rythmes entraînants, Burman fait souvent mouche. S’il maîtrise avec respect les différents styles musicaux de son pays, il ne méprise pas pour autant le matériau importé. Non, c’est avec une réelle délectation qu’il le fait sien pour son plaisir, pour notre plaisir. Avec Burman l’efficacité est au rendez-vous et il insuffle une énergie communicative indéniable à ses compositions.

Shankar Singh Raghuvanshi et Jaikishan Dayabhai Panchal (ils signent sous le pseudo commun de Shankar-Jaikishan) ont plus d’une centaine de disques en commun. Les deux se complètent à merveille et sont l’association de talent pendant près de vingt ans. Ils assurent sur tous les fronts : chansons d’amour, compostions d’inspiration occidentales, numéros de dance, musiques de fond ("background score"). Le morceau "Jan Pahechan Ho" tiré du film Gumnaam est un bel exemple de leur savoir-faire de l’époque évoquée : guitare à la Shadows, percussions indiennes, trompettes style mariachi : ça swingue avec démesure.



The Bombay Connection (Funk From Bollywood Action Thriller 1977-1984) met en vedette une fois de plus R.D. Burman. Je ne vous reparlerai donc pas de lui, l'écoute de l'énorme "Main Hoom LiLy" extrait de Bond 303 suffira comme piqûre de rappel.

Le travail d’un autre duo célèbre est ici souligné, il s’agit de Kalyanji-Anandji. Les deux frères Anandji et Kalyanji Virji Shah sont les créateurs de pas loin de deux cents b.o., dont l’une des plus célèbres est celle du film Don (avec le dieu vivant Amitabh Bachchan). Pas d’extrait ici de Don, ç’eut été trop facile. En revanche "Na Na Na Yah Kya Karne Lage Ho" du métrage intitulé Bombay 405 Miles force le respect une fois de plus. Bien sûr lorsque l’on s’aperçoit que le morceau date 1980 et qu’il sonne début 70 à fond les manettes, alors que sur l’Occident insouciant a déjà déferlée la vague disco, bientôt suivie par celle imminente de la new wave (vous ne pourrez pas me reprocher d’être vague dans cet article), on peut au premier abord esquisser un petit sourire sur le métro de retard. Mais ne boudons pas notre plaisir. Et surtout ne dénigrons pas l’indéniable talent de Kalyanji-Anandji apte à faire groover un mort à coup de basse "blaxploitation" et d’une voix sensuelle tirée d’une "colonna sonora originale" italienne du meilleur cru.

Il serait injuste de ne pas mentionner quelques uns des interprètes qui contribuent à la popularité des airs et des films. La déesse incontestée et respectée Asha Boshle étend son hégémonie sur les 2 volumes. La chanteuse la plus célèbre de l’Inde, et dont la réputation dépasse les frontières de son pays, chante depuis 1948 et affiche plus d’un millier de bandes originales de films. On frise le délire, l’étourdissement, la syncope devant l’ampleur de la tâche accomplie. La voix d’Asha, attirante et envoûtante, est reconnaissable par ses sonorités suaves et aiguës.

Kishmore Kumar est l’un des grands talents parmi les "playback singers" du cinéma indien. Au départ acteur et parfois réalisateur, il est repéré pour ses talents vocaux et au fil du temps il deviendra l’un des numéros un de sa catégorie.

Mohammed Rafi n’est pas moins célèbre que le chanteur précité. Sa carrière couvre trois décennies dont les années 70 sont l’apogée. Détail amusant, il sera quelque fois la voix playback de Kishore Kumar, n’ayant pas le temps de jouer et d’enregistrer ses propres parties chantées.

Pour ne rien gâcher au tout, Edo Bouman et Milan Hulsing, ont soigné le travail jusqu’au bout. Pochettes magnifiques, reproductions de press books, notes sur les chanteurs et musiciens, précisions des crédits (titres des chansons et des films, noms des artistes "doublures chant" pour chaque morceau, années de productions,…). Pour les puristes, un pressage double vinyle 180 gr. numérotés à 250 copies est disponible. Les deux compilations existent aussi en cd éditées avec le même soucis de présentation et de précision .

En bref : une excellente introduction dans un univers frais et décomplexé, comme ceux du cinéma bis italien et hong-kongais des années 60-70. A découvrir d’urgence sous peine d’être passé à côté d’un bonheur aussi simple que vital.





Lire la suite

07 mai 2009

V/A - Devdas Soundtrack (2002)

Devdas sort en France durant l’année 2002 dans une quasi indifférence du public français dit "de souche", à part pour quelques fans avisés du cinéma indien dont je ne faisais pas partie à cette époque. En revanche pour les originaires du Moyen-Orient ou plus loin encore du côté du Pakistan et l’Inde, c’est l’événement à ne pas manquer. Les grandes stars du moment jouent dans le film : Madhuri Dixit, Aishwarya Rai, Shahrukh Khan, Jackie Schroff. Le film est la super production comme l’Inde en produit régulièrement, à l’instar de Lagaan ou Mangal Pandey, destinée en particulier à être la vitrine du savoir-faire de l’Industrie cinématographique indienne pour l’Occident. Dans le cas de Devdas, le film ne cherche pas à briser les idées reçues : romance, drame, danse, chant et musique.

En ce qui concerne donc la musique et le chant, je parie que c’est surtout pour cela que vous traînez sur le blog, le département artistique n’a pas fait dans la demi mesure non plus. Si l’histoire en elle-même ne fait pas vraiment l’intérêt du métrage (fond social intéressant mais forme très mélodramatique), les parties chantées et dansées sont toutes à classer dans l’anthologie du genre. Puisant autant leurs inspirations dans les traditions "folkloriques" des différentes régions de l’Inde que dans la grandiloquence des orchestres symphoniques hollywoodiens des années 30/40. Les compositeurs Ismail Darbar, Monty et Pt Birju Maharaj réussissent un syncrétisme musical dont chaque mélodie envoûte, chaque envolée saisit, chaque rythme transporte. Les instruments traditionnels, tels que santoor, sitar, tablâ, tampura ou vînâ pour ne citer que ceux-là et dont les sonorités peuvent paraître rébarbatives voire agressives pour le néophyte, prennent ici une dimension de divertissement pur, sortis de leur contexte de musique méditative et contemplative.

Le talent des chanteuses et chanteurs principaux sert à merveille les textes poétiques et dramatiques de Nusrat Badr et Sameer. Dans le cinéma indien chaque acteur qui incarne un personnage principal a sa "doublure chant" (peu d’actrices et d’acteurs chantent eux-mêmes). Quand un artiste atteint le statut de vedette la même "voix chantée" le suit tout au long de sa carrière dans la mesure du possible. On retrouve entre autre Udit Narayan, Kavita Khrisnamhurty et Shreya Ghosal au sommet de leur forme vocale. Il faut certes aimer les voix féminines aiguës qui vous chatoieront le cœur et celles masculines graves qui vous éclairciront l’âme. Bien sûr c’est un peu plus nuancé que ça mais tout cela pour dire que l’on sort des standards vocaux habituels. Les voix sont utilisées à des fins émotionnelles mélancoliques (je pense aux morceaux "Silsilia Ye Chaahat Ka", "Bairi Piya") ou généreuses ("Chalak Chalak", "Kaahe Chhed Mohe").

L’écoute du disque hors contexte du film se fait sans problème, la connaissance de l’histoire est un petit plus à savourer par les jusqu’au-boutistes. Les autres, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur les sites dédiés aux clips musicaux extraits du film (en particulier les titres "Dola Re Dola" et "Maar Daala") car les chorégraphies sont de très grande qualité et finiront par donner le "coup de grâce" à ceux qui n’avaient pas encore baissé le bouclier des préjugés. Si après tout ça, ça ne passe toujours pas, bien ce n’est pas grave, ce sera peut-être pour une prochaine fois.

En bref : plus qu’une simple musique de film, un concentré d’énergie et d’élégance à consommer sans aucune modération ; l’émotion décomplexée à l’état pure.





Plus d'infos sur le film

A lire aussi : David Lych - Inland Empire Soundtrack (2007)


Lire la suite

09 juillet 2008

Shake Sauvage - French Soundtracks 1968-1973

Comme l'indique son titre, cette collection à la plantureuse pochette, est dédiée aux meilleures pièces musicales ayant servi de bandes-son lors des fastes années 70 (les plus nombreuses), avec un seul intrus, le Grand Theme Malko de Michel Magne, datant lui des années 80, et infernal jam jazz servie au Fender Rhodes après une longue intro languide.
La particularité de cette compile qui a déjà quelques saisons d'âge, est d'offrir un regard éclairé sur quelques-uns de nos meilleurs compositeurs français, ayant le sens du groove, et sachant ce que jerker veut dire - hélas, non, pas du vilain Eric Serra !

Inaugurée par un véritable classique des dance-floors à la gloire de l'orgue Hammond et réhaussé d'une section de cors façon chasse à courre, c'est "Sexopolis", superbe et subtil accompagnement d'un film de boules obscur, mis en musique par le non moins obscur JP Mirouze, le disque se poursuit avec un brelan de tueries jazz/funk aux choeurs féminins éthérés émoustillants. La meilleure part de Charles Aznavour, c'était feu son beau-frère, soit le génial Georges Garvarentz, superbement à l'honneur ici avec pas moins de 3 pistes, l'énamouré jerk de Sapho ("Nues Dans L'Eau") le languide "Haschisch Party" tiré de Un Beau Monstre et le plus conventionnel façon générique de série ("Le Temps des Loups") .
Mais il y a aussi l'excellent Philippe Sarde qui offre une sinueuse et déhanchée descente de vibraphone, trompette bouchée et sitar -et descente de bars tout court, par le commissaire Piccoli pour qui a vu le très bon Max et Les Ferrailleurs de Sautet, j'ai nommé "Jukes Boxes" chez Saidani, revisité de moins convaincante manière dans la B/O de Quelques Jours avec Moi du même Sautet.

Il y aussi l'excellente contribution de monsieur Claude Bolling (dont une compile entière ne suffirait pas à relater les méfaits), c'est la sourde montée de basse de "Full Speed" suivie d'un piano libérateur et des choeurs féminins de rigueur. Que pourrait-on citer d'autre ?

L'inénarrable accent anglais de Nicole Croisille sur une revue soul de Francis Lai dont le jerk suprême (Thème d'Olivier) est aussi au générique ? Ou bien encore cet impayable démarquage de Blaxploitation signé Résonnance (alias notre Pierre Bachelet national !) où Lalo Schiffrin rencontre les Chemical Brothers sous forme de sirènes de police hurlantes ?

Cette gemme ultra rare de Vladimir Costa, capable de l'ignoble symphonie sirupeuse tout comme de la série noire fuzzy pop la plus sensationnelle(Bowery Mood ?)

Je pourrais aussi citer le méconnu Karl-Heinz Schäfer, auteur du cultissime Kidnapping, délicate rêverie parsemée de vibraphone, ou bien encore ce génial avatar de Psyche Rock de Pierre Henry, réalisé par le mythique Bernard Gérard, auteur entre autres de la B/0 de Ne Nous Fachons Pas, et dont le très rythmé "Crocodile Porte-Clé", thème d'un nanar avec Roger Pierre est proposé ici, à grand renfort de carillons tubulaires !

Bien sûr, l'on peut renâcler à 2 ou 3 séries Z qui viennent plomber le bon agencement de l'ensemble en fin d'album, s'étonner de l'absence de pointures telles Jacques Loussier, Raymond Lefèvre et surtout nos maîtres à tous que sont les François de Roubaix (ah!!!), Georges Delerue, (oh !) Michel Colombier (le plus grand !), regretter la portion congrue laissée à Bolling ou à Cosma ("Chou Fleur" aurait tellement eu sa place ici !), se dire que tenter le pari du génial guitariste (suisse OK, mais francophone) Pierre Cavalli, auteur de tant de bandes-son d'incunables tous plus excitantes les unes que les autres, aurait été top !

On pourrait tout arguer, sauf à contester l'impeccable goût de cette collection, et à ses choix courageux car pour certains, très underground. Mais pour tendre à l'exhaustivité, il eût fallu un coffret !

En bref : un concentré plutôt aventureux de ce qui s'est fait de mieux en maîtres compositeurs de B/0 en France, et de compositeurs tout court. Le genre qu'on ne trouve plus aussi inspirés de nos jours, mais qui à la croisée des 70's faisait la part belle au son poppy, jazz et jerk, ceux-là dont Serge Gainsbourg aimait tant s'inspirer, et avec qui il a aimé collaborer.
_
_
_
_
_
"Full Speed" de Claude Bolling, extrait de la B/O de Qui ?



Lire la suite

11 décembre 2007

I'm not there - Todd Haynes (2007)

Choix à chifumi pour décider du film de ce soir, entre A la croisée des mondes, film fantastique enfantin ou I'm not there, antibiopic parfaite autour d’une icône insaisissable de notre fin de siècle. Le choix est en ma faveur. Yes! Pour ceux qui sont passés à travers, je vous fais le pitch: Alors c'est un gars, Bob Dylan, dont le nom n'est jamais mentionné, à différentes époques de sa vie, interprété par 6 acteurs différents dont Kate Blanchett en noir et blanc (sublime) ou encore Richard Gere en Billy The Kid (en rapport avec le film dont Dylan fut l'acteur) mais aussi un enfant noir, l’excellent Christian Bale et j'en passe.

Le résultat ? Un kaléidoscope visuel et sonore à travers les âges d'une Amérique pendue aux lèvres d'un homme multiple. Tour à tour poète, prophète, hors la loi, imposteur, comédien ou martyr de l'électrification du folk. Aucun des deux No direction home ou Don't look back n'avait traité avec tant d'objectivité et d’effets poupées gigogne un biopic, un individu même. C'est presque de la psychanalyse, c'est magnifique visuellement, ça ressemble parfois aux plans d’Anton Corbijn sur Control, c'est un puzzle poétique auquel on accède plus facilement, c'est vrai, en étant un minimum au courant du monsieur. Sans ça l'on passerait à côté de milliers de références, aux pochettes, aux titres, aux femmes, aux répliques cinglantes devant les journalistes.

Et puis bon, forcément on tient une BO en béton armé, constituée essentiellement de covers ultra select, interprétées par un casting VIP du folk moderne: Kim Gordon de Sonic Youth, Yo la tengo, Sufjan Stevens, Anthony (d'and the johnsons), Jack Johnson (!), Calexico et ce groupe formé pour l'occasion, Million dollar baskers avec aussi Tomy Garnier le bassiste de Bob Dylan, Smokey Hormel (guitariste de Beck, Tom Waits...) ou encore Nels Clive (bassiste de Wilco). Pas mal quand même, même si tous les morceaux ne sont pas dans le film.

Au final et en d'autres termes, je peux vous dire que ce film est un vrai puzzle implosé avec des plans millefeuilles et une mosaïque de sons americana clairs comme la roche, formant une collection de chansons évidentes de simplicité, pour tout le monde. Enfin, in extremis, Dylan le vrai cette fois, interprète en ultra gros plan sur l'harmonica, Like a rolling stone. Générique final. On a presque essayé pendant 2h15 d'être Dylan, et au fond, on est tous un peu Dylan.

En bref: Un docu-film fleuve aux multiples approches sur un mythe intemporel de la musique. Indispensable pour tout être ayant un coeur et des oreilles.



A lire aussi : la chronique de Johnny Cash, Walk the line

Acheter le dvd sur Amazon ou sur Ebay



Lire la suite

27 novembre 2007

88 Magic - The Many Moods of....(2007)

Sous cet énigmatique patronyme se cache la délicieuse Gere Fennelly, pianiste et "clavier" émérite, musicienne de studio prisée et occasionnellement donneuse de concerts.

Pourquoi ce coup de projecteur sur l'artiste ? Tout simplement parce qu'au hasard de pérégrinations sur le Net concernant le groupe pop Redd Kross en sommeil depuis 10 ans - le batteur a tourné avec Air, le bassiste avec Beck-, l'on apprend  que ceux-ci se sont récemment reformés et sont à l'aube de sortir un nouvel album.

Dans le même temps, Gere Fennelly qui le temps d'un album de power pop grandiose, Phaseshifter (93) avait fait partie du line-up des frères Mac Donald, fait reparler d'elle avec un album instrumental et passant en revue tous les styles affectionnés par la dame, d'où son titre The Many Moods Of..."
Souvenir de cette fée gesticulante jouant de l'orgue dans son immense djellabah psychédélique au mythique Town And Country Club de Camden Town, un beau soir d'été d'août 92. De là,  parcourir son site qui passe en streaming la totalité de son nouvel album revêtait tout son sens.

Swing, bossa, tangos, et surtout scories dignes des meilleures B/O d'Ennio Morriconne ou Nino Rota, voila quelques exemples de plaisirs que l'on peut s'inoculer à l'écoute de l'album de Gere Fennelly.....pardon de 88 Magic.

En bref : des doigts de fée aux services d'arrangements de velours. Le genre de trip instrumental que ne renierait pas un certain Barry Adamson ; on'en jette encore ?

Ci-après, un site qui présente , outre l'itinéraire de Gere, de nombreux extraits de son album

Lire la suite

21 septembre 2007

David Lynch's Inland Empire Soundtrack (2007)

Pour certains, David Lynch est le Dieu Vivant du Cinéma. Pour d'autres, il est le plus fin des escrocs du septième art, capable de faire passer de longues incohérences pour des chefs-d'oeuvres hermétiques. Mais tous ou presque seront d'accord pour lui reconnaître un talent majeur, celui d'imbriquer les images et les sons. De ce point de vue, les 172 minutes d'Inland Empire représentent le sommet de son art.

Pour tous ses derniers films, le maître avait travaillé avec Angelo Badalamenti, qui lui avait fourni la plupart des symphonies schizophréniques de Twin Peaks, Blue Velvet, Lost Highway ou Mulholland Drive. Cette fois, Lynch vole de ses propres ailes. On connaît sa versatilité, ses débuts en tant que peintre, son amour du yoga et de la méditation, les mille et une formes qu'il peut donner à ses cauchemars... mais on connaît moins, il faut bien le dire, le Lynch musicien, auteur, cette année, d'un album forcément dérangeant, intitulé The air is on fire.

Au total, huit titres sur les 17 de cette bande originale sortie tardivement (quasiment un an après la première diffusion du film) sont issus du cerveau torturé du cinéaste. Parmi ces compositions lynchiennes, on retiendra surtout Ghosts of love, un blues industriel et ultra-éthéré où Lynch chante à travers un vocoder quelques couplets qui lui vont comme un charme : "Strange, strange, what love does...". Polish night music n°1, avec le pianiste Marek Zebrowski, se distingue aussi par la somptueuse opposition de cordes inquiétantes et d'un piano léger comme un rêve. Un morceau qui illustre bien la thématique du dédoublement chère au réalisateur, et qui s'applique à ce disque comme aux précédents.

On passe ainsi de la fraîcheur latine du fameux Three to get ready de Dave Brubeck aux sombres dissonances de compositeurs contemporains polonais tels que Boguslaw Schaeffer ou Krzystof Penderecki, de la naïveté sixties de Little Eva avec The Locomotion au rock astucieux de Beck et de son Black tambourine. Le disque (comme le film) s'achève sur Sinnerman de Nina Simone, déchirante prière au LORD qui tranche encore nettement avec le reste. Ceux qui connaissent le cinéma du bonhomme réussiront à trouver, à l'aide des images enfouies dans leurs crânes, une cohérence à ce foutoir sonore. Pour les profanes, l'écoute risque d'être plus éprouvante, voire complètement déboussolante.

Moins agressive que celle de Lost Highway (où figuraient notamment Nine Inch Nails et Rammstein), peut-être moins envoûtante que celle de Mulholland Drive, la BO d'Inland Empire, comme le film dont elle est tirée, s'éloigne encore un peu plus dans l'abstraction et dans la peur. Composant ses propres morceaux et piochant logiquement dans la musique d'avant-garde, le jazz et la pop, David Lynch plonge plus loin encore dans ses hallucinations et laisse chacun libre de l'accompagner, à ses risques et périls.

En bref : une B.O. en forme de bric-à-brac, entre soul, musique contemporaine et psychédélisme, pour faire l'inventaire de toutes les angoisses lynchiennes.



01. David Lynch - Ghosts of Love
02. David Lynch - Rabbits Theme
03. Mantovani - Colors of My Life
04. David Lynch - Woods Variation
05. Dave Brubeck - Three To Get Ready
06. Boguslaw Schaeffer - Klavier Konzert
07. Kroke - The Secrets of the Life Tree
08. Little Eva - The Locomotion
09. David Lynch - Call From the Past
10. Krzysztof Penderecki - Als Jakob Erwachte
11. Witold Lutoslawski - Novelette Conclusion (excerpt) / Joey Altruda - Lisa (edit)
12. Beck - Black Tambourine (film version)
13. David Lynch - Mansion Theme
14. David Lynch - Walkin' on the Sky
15. David Lynch/Marek Zebrowski - Polish Night Music No. 1
16. David Lynch/Chrysta Bell - Polish Poem
17. Nina Simone - Sinnerman (edit)
Lire la suite

02 mars 2007

Marvin Gaye - Trouble Man (1972)

C'était l'époque des Black Panthers, des peignes plantés dans les afros, des macs arborant des vestes en skaï et des plumes sur leurs chapeaux. L'époque où les noirs d'Amérique se créaient enfin leurs héros, de l'inspecteur Shaft à Sweet Sweetback, et où James Brown hurlait à s'en craquer les cordes "Say it loud! I'm black and i'm proud!". Pour accompagner les tribulations cinématographiques de Robert Hooks ou Pam Grier, les plus grands musiciens composaient de véritables bijoux, souvent bien supérieurs aux films eux-mêmes. En général, ces disques sortaient sous les fameuses étiquettes Stax ou Motown. C'est sur ce dernier label que parut, en janvier 1973, l'une des plus belles bandes originales que je connaisse, celle de "Trouble Man", entièrement composée par Marvin Gaye.

Bien moins célébré que "What's going on?" (1971) ou "I want you"(1976), ce chef-d'oeuvre est pourtant l'un des lieux où le génie du roi Marvin pour l'orchestration se dévoile avec le plus d'indécence. La sophistication extrême de cet album n'a rien d'étonnant quand on sait que son auteur était véritablement obsédé par les arrangements. Ici s'enchevêtrent de discrets pianos, de caressants cuivres et une guitare satinée, là le wah-wah d'une basse et de frissonnants violons . Comme souvent à l'écoute du maître, une terrassante sensation de pureté s'élève, gonflée par une voix inimitable, cristalline, peut-être la voix la plus love qu' aie jamais possédé un homme. Son timbre, sur certains morceaux, a la couleur du drame, et nous rappelle que, deux ans auparavant, le chanteur avait perdu Tammi Terrell, l'amour de sa vie. D'autres plages, plus enjouées, distillent un groove californien de circonstance - Marvin Gaye avait posé ses valises à Hollywood, cette année-là.

Eclipsé par les deux énormes succès que furent "Shaft" d'Isaac Hayes (1971) et "Superfly" de Curtis Mayfield (1972), autres monumentaux classiques de la Blaxploitation, "Trouble Man" assèche mon stock de superlatifs. Un de ces disques de chevet qu'on a envie de garder pour soi. Mais bon, puisque c'est vous...

Comment choisir parmi ces treize titres ? Peut-être en suivant les arabesques sonores de Trevor Lawrence et son saxophone, déchirantes sur "Poor Abbey Walsh", suaves et impressionnistes sur le "Theme From Trouble Man" avant d'attraper une fièvre funky pour "T Stands For Trouble". Mais que dire de ce "T plays It Cool", qu'on croirait enregistré hier, et où Marvin annonce, avec son synthé moog, la venue prochaine de la musique électronique? Le disque ne durant que 38 minutes, le plus raisonnable reste de se l'enfiler cul-sec en offrant une petite pensée à ce très grand monsieur, tué par son père le 1er avril 1984, date funeste pour tous les souljunkies.
_
Acheter sur Ebay ou Acheter sur Amazon
_
Un extrait :



Et la bande-annonce du film, pour se mettre dans l'ambiance ("Now I'm comin' to get yo honky ass !") :


Lire la suite