15 mars 2014

Lee Hazlewood - A House Safe For Tigers (1975)

Peu d'artistes peuvent se targuer d'avoir influencé autant de monde que le vénérable Lee. Touche-à-tout génial, tour à tour compositeur, parolier, interprète arrangeur, orchestrateur, pygmalion - on se souvient de certaines filles qu'il a prises sous son aile, de la fougueuse et mutine Ann-Margret (The Cowboy and The Lady - 1971) à la candide Nancy Sinatra pour qui il écrivit l'inaltérable "These Boots Are Made For Walking"- auquel peut faire écho de manière à peine plus édulcorée le "partenariat" Gall/Gainsbourg, c'est peu de dire que la palette de Lee Hazlewood était étendue, lui que certains ont cantonné aux rôles de producteur/arrangeur certes génial, façon Phil Spector.

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07 janvier 2014

Kevin Morby - Harlem River (2013)

Échappé de la bande Woods and The Babies, l'américain Kevin Morby nous offre un premier disque en solo inspiré par le père Dylan et autres figures du terroir musical américain.

Kevin Morby s'inscrit dans la tradition des musiciens déambulateurs bercés par l'air des grands espaces. Harlem River propose ainsi à l'auditeur une marche musicale aventureuse et folklorique qui ne semble avoir de limite que la seule ligne de l'horizon.


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09 novembre 2013

Daughn Gibson - Me Moan (2013)

On ne sait trop comment aborder ce chemin scabreux s'il en est un. Bercé par la volonté d'épouser l'azur et la terre dans un même baiser, Me Moan dépeint une Amérique archaïque et rurale, encline au blues et la country, mais ici teintée d'un côté électronique devenu presque anachronique. En résulte un étrange cocktail porté par une voix de baryton à l'amplitude généreuse et caverneuse.

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01 février 2013

Various Artists ‎– Anthology Of American Folk Music (1952)

C'est à ce jour l'une des plus importantes et des plus volumineuses anthologie de la musique populaire américaine. Publiée dans une première édition, il y a maintenant plus de 60 ans, elle concentre dans six albums pas moins de 84 morceaux de folk, de blues et de musique country. C'est également et surtout une invitation de premier choix pour (re)découvrir les racines profondes de ce brassage culturel et musical qui a pu germer de ce terreau nord-américain. Une terra nova chargée de promesses, d'accomplissements et de désillusions pour tous ceux qui se sont embarqués dans cette traversée de l'Atlantique. Car c'est bien de la terre dont il est question. De ses hommes et de ses femmes qui ont contribué à sa découverte et à sa conquête. D'histoires quotidiennes et ordinaires. De destins infimes et foncièrement humains.


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12 mars 2010

Sparklehorse - Vivadixiesubmarinetransmissionplot (1995)

Ceux qui ont suivi les premiers pas européens de Sparklehorse sur scène en 1997 en première partie de Radiohead n'en avaient pas forcément conservé un souvenir inoubliable. Car à l'image de sa psyché très perturbée, les concerts de Mark Linkhous sous la bannière qu'il s'était créée pouvaient être très décousus.

Une chose est sûre aujourd'hui : il n'y aura plus de tournées de Sparklehorse, tout comme il est certain que la découverte de cet album au titre imprononçable, mariant les obsessions et l'héritage sudiste de Linkhous - Dixieland est le surnom de la Nouvelle Orléans - Johnny Cash et consorts, aura traumatisé de façon durable ceux qui ont eu la chance de vivre l'événement à l'instant présent.

Dès la première écoute de ce disque à la superbe photo de clown, l'on peut tomber facilement amoureux de ces chansons folk tristes, mal produites, de cette voix chétive, de cette instrumentation famélique : de la 6 cordes essentiellement, quelques notes de banjo, et diverses saturations ici ou là, sur les orientations électriques.

On pense bien sûr énormément au grand modèle Neil Young sur les chevrotants "Homecoming Queen" d'ouverture, et la longue ballade "Cow" qui évoquait autant l'insouciance que l'univers hick  que l'on subodorait chez Linkhous. Facile d'imaginer en effet, à la manière d'un Will Oldham cette figure peu diserte du renouveau folk US, grattant son manche sur le perron de son ranch, un Stetson vissé sur le crâne et la long rifle posée non loin de lui, pour repousser l'éventuel importun.

Alors, la relecture, la réécoute aujourd'hui des ultra sensibles et mélancoliques "Saturday" et "Spirit Ditch" - deux chansons qui valent à elles seules la possession de ce disque - n'en auront une résonance que plus douloureuse, mais finalement, quel plus beau testament que ce 1er album composé au plus près de l'os, ces magnifiques épures que constituent "Heart of Darkness" et son tapis de pedal-steel (il en existe aussi une extraordinaire version toute pleine de feedback onirique sur l'EP concomitant Chords I've Known), ou bien "Gasoline Alley".

Une impression d'irréel, d'étrangeté était prégnante sur ces chansons enregistrées dans un souffle, celui des cordes vocales, et de la touche magnéto ;  à ce titre, il est possible d'entendre un bruit quasi non identifié de fête foraine fantôme, présent en fond de mix entre chaque titre : un truc qui fout bien les jetons, à la la manière des "bruits" spectraux que l'on découvrirait chez un autre brillant émule de notre homme, Conor Oberst alias Bright Eyes.

Et soudain, au détour d'un brelan de chansons pastorales, tristes, désenchantées et/ou alanguies, survenaient les inévitables brûlots, tels cet irrésistible "Rainmaker", single pétaradant ou bien l'ultra violent, au son pourrave "Someday I Will Treat You Good", qui, tels des uppercuts, surgissaient saturés pour nous faire reprendre vie.

Ah, entre autres influences et innénarrables disciples, l'homme comptait Vic Chestnut, avec qui il partagea un temps les affres de la chaise roulante et Daniel Johnston. Dis moi qui tu côtoies, je te dirai...

Mais Mark Linkhous, ce n'était pas uniquement ce bouseux auto-proclamé, fer de lance de la folk et de la country, c'était aussi l'initiateur de projets tels que Dark Night of the Soul, ou bien encore cet esprit ouvert aux musiques électroniques, à qui nous devons encore d'avoir jeté une oreille plus qu'intéressée aux exceptionnels et feus Add N To (X), l'un de ses groupes préférés.

So long, et merci d'avoir existé.

En bref : nonobstant les hommages complaisants et post-mortem, l'une des pierres angulaires de la riche scène folk US des 90's. Un titre aussi fleuve que riche au niveau de son contenu. Incontournable legs.





"Saturday" :




"Spirit Ditch" :



"Someday I Will Treat You Good" :


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01 mars 2010

Violent Femmes - The Blind Leading The Naked (1986)

En 1986, Julien Pras ne se produit pas encore sur scène, mais la mode est déjà aux chanteurs de poche. Il y a Prince Roger Nelson bien sûr, Rolo Mc Ginty des oubliés Woodentops, mais aussi Gordon Gano, leader des Violent Femmes, ces "chochottes violentes". 
Du reste, tout est à l'avenant dans l'aventure musicale du groupe du Wisconsin, et notamment dans l'intitulé de ce 3ème album impie, très... euh librement inspiré des Evangiles selon Matthieu. Ce disque n'est pas forcément le plus connu ni le plus cité du trio ; on lui préfère généralement les excellents Violent Femmes, l'un des très rares albums valables de 1983 et Hallowed Ground, son pendant de 1984, à la pochette vaudou. Ces deux disques qui recelaient déjà toute l'étendue du talent iconoclaste de la bande à Gano, pour ce patchwork de musiques traditionnelles américaines, mâtinées d'un humour potache, sur lequel on aurait tort de se méprendre.
En effet, contrairement à leurs compatriotes de Ween qui leur disputeront cet art inégalé de compiler tous les folklores américains, il y a chez Violent Femmes une plus grande maîtrise de bâtissage des albums, cette cohérence entre alternance de chansons courtes/longues, calmes/speed qui insuffle à leurs meilleurs oeuvres dont celle-ci, une homogénéité passionnante, qui est celle des grands albums.

Celui-ci s'ouvre par un brûlot anti-républicain, à la face réac de Reagan et c'est jouissif : 29" de hardcore foutraque, un peu plus de temps qu'il n'en fallait aux sémillants Napalm Death pour aboyer "You Suffer".On comprend qu'à la façon des Dead Kennedys et de bien d'autres activistes de la scène campus américaine du début des 80's, les Femmes -prononcer [femz]- se posaient un peu là en matière de politiquement correct. D'ailleurs, dès "No Killing", emmené par la basse infernale de Brian Ritchie, c'est la police de Milwaukee, fief de nos garçons, qui en prend pour son grade et répond au doux nom de polizei. La mélodie pop, le refrain sont superbes.
"Faith" est une manière de gospel foutage de gueule, avec abécédaire à la clé. "Breaking Hearts" est un bluegrass endiablé avec slide de rigueur, tandis que "Special" reprend les obsessions punk-hardcore. Sur l'ironique "Love and me make three" (ces titres, ces titres), c'est au tour du brillant Brian Ritchie de prendre le chant sur un boogie-rock diablement efficace, réhaussé par la guitare de Jerry Harrison, ci-devant légendaire guitariste des Talking Heads et producteur du disque. La face A s'achève par une nouvelle déconnade ; c'est "Candlelight Song", morceau aussi humide et infesté de moucherons qu'un bayou de Louisiane.

La surproduite "I Held Her in my Arms" ouvre la face B de la plus putassière façon, usant de cet instrument redoutable qu'était le saxophone variétoche des années 80. Malgré ce gimmick terriblement racoleur, Gordon Gano réussit à nous servir une chanson d'amour dont on ne sait jamais où se situe l'absolue sincérité (bisexualité ?) ou la parodie ("I can't even remember if we were lovers or if I just wanted to"). Le morceau suivant est une cover étonnante du "Children of the Revolution" de T Rex, revisitée façon soul avec choeurs féminins émoustillants. Une réussite.
Sur "Good Friends", le mentor de Louise Attaque se prend carrément pour Lou Reed, recyclant le phrasé unique du vieux grincheux new-yorkais. "Heartache" ressert la sauce punk et donne l'occasion à la 4 cordes de Ritchie de briller. "Cold Canyon" est un morceau folk crin-crin aux choeurs nasillards et énervants, qui donnerait jusqu'à des cauchemars à Sheila et son imputrescible "Folklore Américain" (!)
Malin, l'album s'achève par la magnifique "Two People", chanson qui a le bon goût de ne durer que 58", et qui réutilise ainsi le gimmick du Radio City de Big Star ou du Twelve Dreams of Dr. Sardonicus de Spirit, dans une très belle ode à l'amour bivalent -fait-elle écho à "I Held Her..." ?

  Au delà de la poilade, l'auditeur aura pu se rassasier d'un bel assemblage de mélodies, d'un nombre non négligeable d'instruments roots (beaucoup d'intervenants sur ce disque) et aura été sensible à ce digest du rock américain, qui aura sans doute plus qu’influencé le magma sonore des finlandais de 22 Pistepirkko (album Bare Bone Nest, notamment). Le nez rouge et l'esprit plume dans le cul en plus.


En bref : un album à l'image de cette chronique, à savoir une belle poilade. Mais qui réussit le tour de force de faire prendre au sérieux le talent de ses auteurs. Et à invariablement pousser le bras semi-automatique à s'abaisser à nouveau sur la galette. Probablement l'une des clés de voûte du rock indé US des 80's.

 


Le site officiel , le Myspace
A lire aussi : 22 Pistepirkko - Rumble City La La Land (1994)

"No Killing" :

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08 janvier 2009

The Weakends - s/t (2008)

Ca fait plaisir, je veux dire vraiment plaisir, de voir que tout le monde ne tourne pas à l’électro rock en 2009. Oh non, ce n’est pas que je n’aime pas ça l’électro rock, mais de temps en temps il est bon de se rappeler d’où vient la musique, et en ce qui concerne les Weakends, elle vient définitivement du garage, et peut-être même de la cave qu’il y a en dessous de votre garage. Trio bordelais dont le nom se propage comme une traînée de poudre à tous ceux qui acceptent de perdre quelques litres de sueur en une heure, The Weakends sort à présent son premier Lp (exclusivement en vinyl svp) chez Rob’s House Records, label d’Atlanta déjà en charge des Black Lips, avec qui les bordelais sont amis.

Encadrés pour l’occasion par des membres d’Adam Kesher et de Cheveu mais surtout mastérisés par le grand Lo’ Spider de Toulouse, Arnaud, David et Simon (qui se sont rencontrés aux beaux-arts) touchent avec une facilité déconcertante au rock et au punk sixties à la Yardbirds / Sonics. Comme déjà remarqué quelque part, chacun des douze titres de cet album paraîtrait inaperçu sur une compilation Nuggets de l’époque. Ne se limitant pas à ressembler aux deux formations déjà citées, The Weakends pioche aussi dans le blues punk ("Dawn of the dead"), voire le garage country ("One pill to survive") avec une classe à toute épreuve.

Complètement dégénérée et sauvage, mais non exempt de mélodies ni de swing, la production no-fi de ce power trio ne m’évoque que des louanges, notamment sur la deuxième face qui ouvre sur un "Desperate love blues" magistral. N’oublions pas non plus les deux titres inauguraux, "Long dead gone" et "Devil by my side", exemplaires. The Weakends est un disque qui passe à deux mille à l’heure et qu’on ne peut s’empêcher de remettre sur la platine, à défaut de pouvoir les suivre dans leur grande tournée américaine de Mars 2009. Menphis, Dallas, Austin, New Orleans et j’en passe, la classe pour un groupe qui vient de la cave en dessous votre garage.

En bref : Mélodies garages énergiques et imparables au programme d’un premier album qui met la barre très haut. Une bouffée d’air.




Le Myspace

A lire aussi : Cheap Time - s/t (2008)
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Les Weakends en house party, il y a deux ans déjà :
the Weakends alive

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19 octobre 2008

Conor Oberst au Nouveau Casino de Paris - Septembre 2008

Je ne jeterai pas la pierre à Dave. Et pour cause, vais-je vous parler d'un concert qui remonte à plusieurs semaines, que dis-je, un mois aujourd'hui. Quoiqu'il en soit, et même privé d'Internet, impossible pour moi de taire l'intense performance de Conor Oberst, moitié de Bright Eyes, livrée au Nouveau Casino de Paris le 13 septembre dernier. Il fallait simplement trouver les mots justes pour vous la transmettre, exercice périlleux lorsqu'il s'agit de décrire un tel phénomène. En tournée pour son premier album solo, le songwriter du Nebraska n'a pas déçu, c'est le moins que l'on puisse dire, et pendant près d'une heure et demie, littéralement captivé le public – jeune – de la salle de concert parisienne, totalement envahie par la poésie et le spleen kerouac-ien de l'Américain.


En cette prometteuse soirée, le trio anglais Sky Larkin (ci-contre) se charge de la mise en bouche et expose brutalement son rock énergique et noisy. La balance, mal ajustée, relègue la voix de la chanteuse Katie Harkin au second plan et lorsqu'elle parvient ponctuellement à s'exprimer, elle se pare de mauvais accents à la Dolores O'Rioran (feu The Cranberries) ou à la Sarah Bettens (K's Choice), les fêlures en moins. Tout ça est fort déplaisant. Heureusement, Dave Matthews, le batteur du groupe, colmate les brèches et accapare l'attention. Le nounours rouquin, par ailleurs surnommé “Duracell”, sévit sur ses percussions et ponctue chaque claquement d'une sorte de rugissement, faisant ainsi pleuvoir sa sueur sur la scène et insufflant une hargne salvatrice à sa moribonde formation. Ses baguettes brisées témoigneront de sa puissance et de son engagement.


On oublie instantanément ce mignonnet folklore lorsque les Britanniques s'éclipsent, laissant place nette à l'attendu Conor Oberst. Le public, jusqu'à présent distrait, se rassemble et, presque en tension, veille l'entrée de son shaman. Comme lors des précédentes dates de la tournée, aucun titre de Bright Eyes n'est au programme ce soir. Le chanteur d'Omaha interprètera exclusivement les morceaux de son album solo (cover ci-dessous), une mauvaise nouvelle pour les amateurs du groupe mais une bonne occasion d'éprouver la nouvelle inspiration du garçon et son fameux “génie” à la Bob Dylan.



Escorté par ses amis du Mystic Valley Band (oserait-on parler d'un “backing band” ?), Conor Oberst entre sobrement sur scène et lance sans entrefait les premiers accords country de “Sausalito”. Le démarrage est brusque mais lorsque la voix nasillarde du chanteur envahit la salle, le charme agit aussitôt. Autour de moi, on frappe du pied avec assiduité et sérieux, concentré. Les yeux rivés sur l'Américain, suspendu à ses mots. Sur des rythmes au fort parfum sudiste, très “americana” diront les spécialistes, Conor Oberst est éclatant d'éloquence et de hauteur. Depuis les premiers opus de Bright Eyes, sa renommée n'est plus à faire et les comparaisons sont fréquentes avec Dylan. Ce soir, ce parallèle, tarte à la crème des rock critics, trouve son illustration sur “Get-Well-Cards” où la voix du songwriter module avec assurance et noblesse, rappelant certaines envolées de son aîné du Minesota, notamment sur la célèbre “Ballad of the Thin Man” .


Conor Oberst prend peu à peu ses marques, mis en confiance par une assistance fascinée. Il frappe vigoureusement le sol de ses bottes de cow-boy et bondit d'un ampli l'autre la guitare en bandoulière, en communion totale avec ses débridés camarades du Mystic Valley Band. L'ambiance est à la folk song conviviale et rythmée. Son inattendue séance de playback – signe d'un trop grand confort ou d'une trop grande assurance - restera incomprise du public. Mais avec charisme, le chanteur ne perd pas les rênes de la soirée et poursuit de dévoiler les belles partitions de son album, de la sublime ode spatiale “Cape Canaveral” au folk-country entraînant “I don't want to die in hospital” (où l'on pense forcément un peu à Hank Williams).


Sans surprise, le songwriter développe ses thèmes fétiches : le voyage, la route, la fuite, comme en témoignent “NYC-Gone, gone” ou le refrain emblématique de “Moab”, “There's nothing that the road cannot heal”. Non loin du cliché, j'évoquais Kerouac, aussi bien aurais-je pu citer un autre Jack (London) et bien d'autres tant Conor Oberst prend la pose du poète (beat) et tire ardemment sur la corde sensible. Mais en évitant la caricature et l'affront, en digne fils de la respectable Amérique, l'homme impressionne et émeut, s'incrivant, non sans caractère, dans la plus pure tradition folk US. Chapeau bas l'artiste.


Le myspace de Sky Larkin et celui de Conor Oberst

Les sites web de Conor Oberst et du Nouveau Casino



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15 octobre 2008

Songs: Ohia - Magnolia Electric Co (2003)

Comment ai-je pu vivre sans ce disque? Il y a encore quelques mois, Songs : Ohia n’était pour moi qu’une série de pochettes intrigantes croisées ici ou là dans un disc shop. Et sans savoir pourquoi, un jour, je commande The Lioness et Magnolia Electric Co. Deux disques différents dans la carrière de Mr Jason Molina, et deux disques tout bonnement indispensables. Alors que le premier donne lieu à une mélancolie minimaliste et névrosée en collaboration avec ses amis d’Arab Strap, le deuxième (qui est en fait le dixième) est tout simplement le disque folk des 00’s. Huit morceaux intransigeants, élégants et envoûtants du niveau de ce que Neil Young a fait de mieux (ici période Zuma). Car même si Will Oldham et Bob Seger sont invoqués, c’est bel et bien l’ombre du Loner australien qui plane au dessus de ce disque, c’est peu dire.

Entouré pour l’occasion de neuf musiciens dont trois chanteurs, Magnolia… bien que vampirisé par le génie de Molina est une œuvre collective où l’on peut entendre les douces voix de Scout Niblett et Lawrence Peters égrainer en mid tempo les textes du songwritter désormais débarrassé de son obscurité et de son pessimisme. Sa voix à lui, expressive et passionnée (les sept minutes poignantes et inspirées de "Hold on Magnolia") est d’une limpidité exemplaire. Un effet rendu possible par un enregistrement quasi live et un mixage serein de Mr Steve Albini himself. Dès les premiers slides énormes de pedal steel sur "Farewell transmission" (morceau le plus puissant jamais écrit par Molina), la machine americana est lancée, toujours fière et porteuse d’un romantisme exacerbé par des riffs de Les Paul. Magnolia Electric Co ou l’histoire d’un changement de direction qui prend aux tripes et qui tient en haleine à chaque seconde. Passionnant.

En bref : le génie Molina sort son disque le plus osé à ce jour, auréolé d’une lumière à caractère unique, l’un des cinq disques folk des dix dernières années assurément.
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A lire aussi : Silver Jews - Lookout mountain, lookout sea (2008)
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Acheter la réédition vinyle 10eme anniversaire chez L'International Records
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"Farewell transmission", forcément :


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03 septembre 2008

Silver Jews - Lookout montain, lookout sea (2008)

Au milieu des productions estivales acidulées se dressait fièrement ce sixième album (déjà) des délectables Silver Jews. Presque anachronique cette sortie, ne croyez vous pas? Du trio d'enfer de départ, David Berman (le boss), Stephen Malkmus et Bob Nastanovich (Pavement), il ne reste plus que David, libéré de ces démons, et surtout, de Malkmus à qui on ne peut reprocher d'avoir poussé le groupe vers plus d'originalité, mais qui au jour d'aujourd'hui, n'a plus sa place dans le Silver Jews nouvelle mouture: une simplicité country folk au service d'un songwritting édifiant, donnant à tout un chacun l'agréable impression d'être totalement anglophone. Douze titres burlesques et picaresques qui renvoient à un certain Johnny Cash, notamment sur le titre inaugural "What is not but could be if", tout un programme. Berman en a vu mais semble vouloir faire table rase avec ses démons, accepter ses fautes pour se sentir mieux. Et c'est ce qui semble se passer sur cet album tout en retenue, exposant sous les projecteurs la voix du crooner du Tennessee aux dépends d'instruments en retrait.

Au centre, "San Francisco B.C." remplit le disque d'un panorama sur l'histoire de la musique. Ecouter "My pillow is the threshold" sans se sentir vibrer de haut en bas signifie ne pas être humain. A ce jour, personne mieux que Silver Jews (pas même Oldam) ne sait juxtaposer malaise et jubilation, tragédie et triomphe, avec tant de facilité et d'humilité. Berman est un ancien, que l'on respecte, que l'on écoute, que l'on comprend, quand il se pose des réponses et qu'il nous donne des questions, détaillant avec une minutie tragique la rigueur de la vie américaine contemporaine, tout en sachant sur "Candy jail" par exemple, la jouer optimiste et rassurant. "You've got tennessees tendencies", "Strange victory", "Life takes time and time takes life", autant de mots qui sonnent et qui frissonnent, comme une évidence transatlantique. Composé en tournée (aurait-il pu en être autrement pour sonner si universel?), le disque est accompagné de lyrics manuscrits de Berman sur papier à en-tête de chaque hôtel fréquenté, ainsi que des seize accords utilisés pour les chansons, représentatifs des seize années d'existence du groupe, dont une fois de plus on parlera trop peu, comparé à son génie.

En bref : Assagi, le Silver Jews 2008 est un exemple de folk contemporaine underground et s'impose d'emblée comme l'une des galettes de l'année.

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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Patrick Watson - Close to paradise (2006)

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Ecouter "My pillow" et "Candy jail":




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03 avril 2008

She and Him - Volume one (2008)

Un nouveau disque de Matthew Ward, alias M. Ward, songwriter américain de génie, forcément, c'est une belle surprise. Cependant, d'emblée, apprend-je qu'il ne s'agit point d'un projet solo du folk singer de Portland mais d'une collaboration, sobrement baptisée She and Him. Petite déception.

« Him », on aimerait ne plus avoir à le présenter, si éclatante fut la démonstration de son talent lors de ses quatre premiers albums, dont le dernier en date Post-War, sorti il y a plus d'un an. « She » c'est Zooey Deschanel, charmante actrice brunette, aperçue notamment dans le film de Cameron Crowe Almost Famous, et chanteuse à ses heures. Pour ce qui se révèle être son premier disque, baptisée par ailleurs Volume one, la néophyte s'empare du micro, son comparse prenant en charge les instru et la production. Je suis légèrement surpris par cette association mais l'envie de retrouver la patte acérée de l'Américain me taraude, son apparition dans l'album Cassadaga de Bright Eyes l'ayant rappelé intensément à mes bons souvenirs. She and him, premières écoutes.


La voix de Zooey Deschanel surgit soudainement, comme sortie de nullepart, pour le premier titre du disque, « Sentimental heart », accompagnée sur la pointe des pieds par les accords distants d'un piano. Un violon bondissant entre très rapidement en action. L'organe puissant de la chanteuse rassure, oscillant entre vibrations folk seventies et clarté pop. Cette première impression sonore, plutôt plaisante, se vérifiera tout au long de ce Volume one. L'actrice, à l'origine de tout mon scepticisme je dois l'avouer, tire son épingle du jeu. Douce, réconfortante et légèrement hippie, elle assure au chant et peut se prévaloir de la composition de la quasi-totalité des chansons, à l'exception de deux-trois reprises. De l'ensemble se dégage nettement une atmosphère folk assez rétro, généreusement baignée par le soleil de la west coast, apaisée et bienfaisante. Un parfum de Flower Power.

Quelques morceaux (« Take it back » par exemple) laissent cependant davantage filtrer le spleen de M. Ward, exposé dans ses albums solo. L'orchestration ne cesse par contre pas de nous inviter à mettre en marche la machine à remonter le temps. A base de guitare acoustique mais aussi de banjo, harmonica, thérémine ou encore tambourin. Il paraîtrait que le duo partage une vive passion pour les vieilleries country et autres hérauts de la folk song. On n'ose en douter.

La voix de Matthew Ward se faufile sur quelques titres. Discrètement pour une belle reprise de Smokey Robinson, « You really gotta hold me », puis avec splendeur pour une autre réinterprétation. Le duo s'empare de « I should have known you better » des Beatles pour en donner une étonnante version tahitienne, sublimée lors des refrains par la candeur et la classe de M. Ward. C'est délicieux. Je dois le confesser, j'aurais évidemment préféré explorer un nouvel opus du dit compositeur de talent mais je ne regretterai jamais d'avoir été présenté à Zooey.


En bref : Un bien joli disque de folk songs imprégnées des traditions ricaines à cordes, et finement produit. Un album d'un autre temps, à ne pas louper ne serait-ce que pour la reprise de « I should have known you better » des Beatles, et la présence de Matthew Ward.




A noter : l'album est sorti au mois de mars aux Etats-Unis et devrait débarquer en France courant avril.


Le myspace de She and Him.


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A lire aussi : catégorie folk.


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22 février 2007

Walk the line - Johnny Cash

Réalisé par James Mangold en 2006 avec Joaquin Phoenix et Reese Witherspoon en tête d’affiche, Walk the line retrace une partie de l’histoire de "l’homme en noir", le musicien Johnny Cash. Pour moi il fait partie de ces noms que l’on connaît mais dont on ignore ce qu’ils ont vraiment fait. Le film, suivant le schéma plutôt classique du film biographique romancé (à la façon de "Ray") retrace les débuts de Johnny Cash, depuis son enfance dans le Tennesse et la perte de son frère (tout comme Ray Charles et tout comme Joaquin Phoenix), en passant par son premier job ingrat de commercial, son passage dans l’armée où il achète sa première guitare, puis enfin l’arrivée du succès avec tout ce qu’il comporte quand on parle rock’n roll : drogues, alcool, violence. Le film dévoile comment Johnny n’a pas réussi à assumer sa vie de famille monotone avec l’excitation des tournées et la passion qui l’animait pour la deuxième femme de sa vie, June Carter. Et c’est un bonheur d’assister aux multiples clins d’œil musicaux que nous donne ici le réalisateur, de la rencontre avec l’excentrique Jerry Lee Lewis jusqu’au dealer de la bande, un certain Elvis Presley, tout y est.


Il faut savoir que les acteurs ont été choisis par Johnny Cash et June Carter en personne et qu’ils ne sont absolument pas doublés durant le film, ce sont eux qui interprètent la totalité des chansons. Autres anecdotes, la mère du vrai Johnny Cash, Shelby Lynne joue son propre rôle dans le film. Ray Orbinson, compagnon de Johnny, est joué par Jonhatan Rice, chanteur anglais et frère de Damien Rice. Dommage que Roseanne Cash, fille de Johnny et elle aussi chanteuse ne fasse pas d’apparition dans le film. Le film qui a beau être complet élude pourtant les passages plus politiques de la vie de Cash lorsqu’il rencontra le président Nixon au sujet de l’état des prisons américaines. La rencontre et la collaboration avec Dylan est également absente du film. En tout cas, force est de constater que les acteurs sont excellents, notamment Reese Witherspoon (en brune) que j’avais l’habitude de voir dans des comédies légères et qui là m’a complètement bluffé.


Walk the line fut pour moi l’occasion de découvrir l’univers musical d’un artiste blanc inspiré du folk, du country et d’hymnes religieux américains chantant de la musique noire et ayant inspiré toute une génération d’artistes. Il ne me reste plus qu’à me ruer sur ses anciens enregistrements, notamment ses concerts enregistrés en prison avec Dylan. Qu’elle est belle cette époque où le rock n’était pas encore électrique…

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10 janvier 2007

Xavier Rudd - Food in the Belly


L'Australie vient à nous avec un artiste très prometteur: Xavier Rudd. A première écoute, on jurerait entendre un nouvel album de Ben Harper. C'est à s'y méprendre, leurs voix sont proches et ils accompagnent tous deux leurs chansons de cette drôle de guitare que l'on manipule à plat sur une table ou sur ses genoux, la guitare Weinsenborn. Mais rapidement les sons finement entremêlés nous rendent compte de la singularité de sa musique.

Tel un peintre, Xavier mélange des teintes héteroclites d'instruments tribaux aborigènes, malinkés et mêmes indiens. L'oeuvre dans son ensemble reflète des tons de blues & folk voire country à la Bob Dylan.

Food in the Belly est le dernier album des 6 qu'il a déjà composé depuis 2001. Les 13 chansons qui le constituent valent toutes le détour. Une petite préférence peut-être pour la première The letter, envoutante par la mélodie de la weinsenborn ponctuée par les rythmiques des tablâs et cette voix posée et chaleureuse que nous offre Xavier Rudd. Pockets of peace qui suit plus tranquille est aussi très agréable grâce à l'apport de la sitar. Je m'attarde aussi sur Energy song pour le bonheur d'écouter une chanson où le didgeridoo y apparaît comme indispensable. Food in the Belly qui a prêté son nom à l'album est aussi très appréciable. On peut profiter enfin de quelques balades à dos de cheval transcrites avec par exemple Connie's song.

Xavier Rudd nous offre un son original aux sources multiples. En concert, il est capable de reproduire la plupart de ses chansons seul ! Entouré d'une grosse caisse, une caisse claire, quelques cymbales, 3 didgeridoos à portée de bouche, djembés et autres percussions il devient sur scène un véritable homme orchestre.

Un extrait:




L'album:

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