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11 juillet 2023
Nathan Fake - Drowning In A Sea Of Love (2006)
C'est l'histoire d'un destin qui bascule. En 2004 celui de Nathan Fake jeune producteur électronique dans le vent l'est par le biais d'un remix, celui de James Holden de 2004, producteur et DJ créateur du label Border Community qui abrite certains des morceaux de Fake adoubés par les clubbers. "Outhouse" notamment.
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18 juin 2014
Gigi Masin - Talk To The Sea (2014)
Je n’avais jamais entendu parler de Gigi Masin il y a encore six mois. C’est au jeune label Music From Memory que je dois cette découverte, grâce à sa salutaire initiative de compiler, pour sa deuxième sortie, le meilleur du compositeur italien sur deux vinyles. Les morceaux réunis ici couvrent une période de 25 ans, entre 1985 et 2010. La moitié d’entre eux sont inédits, les autres sont sortis sur divers albums, compilations et B.O. de films. Relativement méconnu, Gigi Masin évoluait dans le microscopique underground vénitien dans les années 80 et produisait des œuvres au croisement de l’ambient, du new age et de la musique contemporaine. Ignorés pendant longtemps, ses albums, en particulier Wind, ont été redécouverts ces dernières années, samplés par des dizaines d’artistes, de Björk à To Rococo Rot en passant par le beatmaker japonais Nujabes.
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Publié par Dave 0 commentaires
Catégories : Ambient, Chroniques, Compilation, Electronica, Experimental
18 avril 2014
Clément Bazin - Night Things (2014)
Si vous n'avez pas encore découvert le magnifique EP de Clément Bazin intitulé Night Things et paru au crépuscule de l'année 2013, le moment de rattraper votre retard n'est pas encore entériné. Auteur d'un album petit format mêlant chaleur et sueur à une froideur électronique composite, le parisien signe une œuvre radieuse dont la formule parfaitement sucrée n'est que le camouflet d'une structure déséquilibrée prête à s'emporter au moindre coup de vent.
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13 janvier 2014
Son Lux - Lanterns (2013)
Disque emblématique de cette fin d’année 2013, Lanterns troisième opus du new-yorkais Ryan Lott, risque bien d'ébranler le futur de la pop musique. Le genre de création capable de fixer dans l’esthétique musicale, un nouveau geste, une nouvelle pensée.
D'une maîtrise sonore sans pareil, si bien dans le traitement du son que dans sa composition, Lanterns parvient à combiner des styles musicaux aux reliefs différents mais qui s'épousent les uns les autres dans un spectre sonore d'une parfaite harmonie. En témoigne la place faite à la mélodie, modus operandi cher à Sufjan Stevens (accolyte de Ryan Lott au sein de S/S/S), et qui égraine le disque de la première à la dernière mesure musicale.
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09 novembre 2013
Daughn Gibson - Me Moan (2013)
On ne sait trop comment aborder ce chemin scabreux s'il en est un. Bercé par la volonté d'épouser l'azur et la terre dans un même baiser, Me Moan dépeint une Amérique archaïque et rurale, encline au blues et la country, mais ici teintée d'un côté électronique devenu presque anachronique. En résulte un étrange cocktail porté par une voix de baryton à l'amplitude généreuse et caverneuse.
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Publié par Bouddhanight 0 commentaires
Catégories : Chroniques, Country, Electronica, New wave, Pop, Rockabilly
04 mars 2013
Nosaj Thing - Home (2013)
Avec Home, Jason Chung, le producteur californien de musique électronique et initiateur du projet Nosaj Thing, signe son deuxième album, quatre années après la parution de Drift. Un second essai qui tente de cristalliser moultes aspirations toujours aussi alambiquées, portant la bulle d'un artiste à la surface de cet océan sans fond, que représente la musique électronique expérimentale. Habitué aux collaborations prestigieuses et aux remix tout azimut (Flying Lotus, Daedelus, Radiohead) le californien daigne donc se lancer dans la construction d'un album. Un exercice qui stipule généralement des règles strictes pour que l'élaboration de fragments musicaux perdus çà et là, puissent se joindre et faire sens. Une opération pas si évidente, pour un esprit fertile et pourtant rompu à ladite production musicale.
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17 décembre 2012
Interview - Lugano Fell (2012)
© Charlie Bonallack
Après avoir été pendant quatorze ans la moitié de Swayzak, le Londonien James Taylor sort un deuxième album solo sous le nom Lugano Fell, intitulé Arcxicon (label Mental Groove). Un opus à l'univers ambient radicalement opposé à la techno minimale de Swayzak. Rencontre à Montpellier, sa ville d'adoption depuis dix ans.
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20 juillet 2012
Gremlins - Gremlins Ep (2011)
Gremlins est un side-project pour le moins étrange. Il aurait pu continuer à hanter le fond de la Toile si le nom de ses adeptes n'avait pas lancé quelques appels de phares qui n'ont pas échappé aux blogueurs les plus avertis. Loin d'être des anonymes, les membres ne sont autre que Katie Lee (claviériste des très prometteurs Braids dont on vous parlait ici l'année dernière), Patrick Jeffords (bassiste de Toro Y Moi), Sam Ray (Ricky Eat Acid) et Matt Cothran (Coma Cinema) l'initiateur du projet. Un "super-groupe", donc, aux influences multiples.
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18 juin 2012
Le K - Freewheel (2012)
Bien qu’il sorte juste avant l’été, Freewheel n’a rien de balnéaire ni d’ensoleillé. Le réconfort qu’il procure se rapproche davantage de celui de l’homme retrouvant l’âtre de son foyer après avoir bravé une tempête de neige. Il y a quelque chose de métaphysique dans le balancement permanent de cet album entre l’introspection profonde et la confrontation aux éléments naturels et à leur majesté parfois effrayante. Le K s’intéresse à la fois à l’immense et à l’infiniment petit. L’immense, ce sont ces nappes synthétiques denses comme le blizzard, ces mélodies mélancoliques, parfois déchirantes, qui semblent devoir tout ensevelir. L’infiniment petit, ce sont ces nuées de sons d’ambiance, de carillons, de cymbales frottées, ces détails qui n’en sont pas car ils constituent l’essence de ce premier album qui a de quoi envoyer tous les Gold Panda et Pantha du Prince d’Europe dans les cordes.
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02 mai 2012
I:Cube - "M" Megamix (2012)
24 titres brillants, enchaînés sur un train d’enfer et couvrant une trentaine d’années de musique électronique : le nouvel album d’I:Cube est un monstre et il ne faudra pas compter sur moi pour briser l’unanimité qui semble entourer sa sortie. Sans même parler de la qualité intrinsèque des morceaux, le seul choix de structurer le disque comme une mixtape est un coup de génie. Et un choix fort. Alors que la version originale de "Transpiration", sortie en EP au début de l’année, dure plus de 6 minutes, cette bombe dancefloor est ici réduite à une portion congrue de 3 minutes environ. Il en va de même pour presque tous les morceaux, dont des versions longues paraîtront en 12" dans les semaines qui viennent. Du coup, M Megamix semble littéralement déborder de bon son. C’est la grotte d’Ali Baba, l’exhumation de tous les trésors qui dormaient sur les disques durs de Nicolas Chaix, ce mec discret dont la légende dit qu’il est un boulimique absolu de musique.
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Publié par Dave 1 commentaires
Catégories : Acid Techno, Chroniques, Disco, Electro, Electronica, House, Techno
18 avril 2012
EOD - Utrecht (2010)
Passé sous mon radar en 2010, cet EP épuisé depuis bien longtemps bénéficie d’un nouveau pressage et je le découvre à cette occasion, assez ébahi je dois dire par sa qualité et sa diversité. Je n’avais jamais entendu parler d’EOD. Certains ont cru pendant un temps que c’était Aphex Twin, mais en fait non... Il se trouve que c’est un dénommé Stian Gjevik, originaire de Trondheim, en Norvège. Il a sorti quelques bons maxis, notamment sous le nom de CN, et aussi une compilation digitale de 71 titres réalisés depuis 2005. Amoureux des synthétiseurs analogiques et des boîtes à rythmes antédiluviennes, EOD risque fort de sortir de l’anonymat en 2012 avec un planning de sorties très chargé et une performance prévue à l’occasion du 21e anniversaire du label Rephlex.Entre house et électro 90’s, "Utrecht" plonge l’auditeur dans une sorte de chaud-froid lysergique. Les nappes éthérées se mêlent à une basse ronde, c’est à la fois assez brut de décoffrage et extrêmement doux, caressant. C’est du son d’after, pénétrant et contemplatif. Le seul défaut de ce morceau est de ne durer qu’un peu plus de 4 minutes, alors que son côté épique aurait pu être encore plus développé sur une durée plus longue. On ne commence à comprendre les comparaisons avec AFX qu’à partir du second titre, "Phontron (030303 Mix)", beaucoup plus représentatif de l’EP, qui fait la part belle aux vrilles acides, aux saccades rythmiques et aux synthés à la Boards of Canada.
Sur "Flab" comme sur "On Herald Go", EOD s'inspire clairement de la braindance qui sortait sur Rephlex ou Warp au début des années 1990, à l’époque où ces labels britanniques régnaient sur les sphères électroniques. Il use et abuse de la TB-303 et des vieux drum pads et joue sur le contraste entre des beats lourds et heurtés et des mélodies légères et nuancées. Sa palette va de l’ambient la plus limpide ("Came Went") au son de rave le plus euphorique ("la fin de Flab"). Au-delà des sonorités vintage, c’est surtout la liberté créatrice d’EOD qui ravive la nostalgie pour cet âge d’or de l’électro UK où l’on se fichait bien des formats et des idées préconçues. Rien que pour ça, j’inscris le Norvégien sur la liste des artistes à surveiller de près.
A noter : l'artwork est signé Merijn Hos
En bref : cet EP, aussi somptueux que sa pochette, revisite la techno cérébrale du début des années 90, avec douceur et acidité.

Télécharger Son mix pour le blog mnml ssgs
EOD sur son site, FB, Twitter, Bandcamp
A lire aussi : Akufen - Battlestar Galacticlown (2012)
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Publié par Dave 3 commentaires
Catégories : Acid Techno, Ambient, Chroniques, Electro, Electronica, House, Maxi/EP, Techno
06 avril 2012
Pepe Bradock - Imbroglios Part 1 (2012)
A chaque fois c’est pareil, dès qu’on annonce un nouveau Pépé Bradock, je suis excité comme un gosse et je n’ai qu’une idée en tête, me rendre chez mon disquaire et acheter la chose, sans même l’écouter. Cette confiance aveugle n’ayant jamais été déçue, je n’ai aucune raison de changer de méthode. En 16 ans, depuis son premier EP avec Ark, je crois bien que Julien Auger n’a jamais sorti quelque chose de mauvais, ni même de médiocre ou de moyen. Dans une indépendance farouche et avec une élégante discrétion (surtout ces dernières années), il a construit l’une des œuvres les plus cohérentes et originales de la musique house. Enormément de DJs le citent comme l’une de leurs principales influences, et pas seulement en France. Bref. Le nouveau Pépé est arrivé et, ô joie, c’est le premier volume d’une série de 4 EPs à paraître, comme d’hab’, sur son propre label, Atavisme. Le macaron est agrémenté de cette note énigmatique : « Opération Veaux Carnivores : Original Motion Picture : Pépé Bradock’s Remixes »…Les quatre nouveaux titres correspondent bien aux canons habituels de Bradock : totalement hors-format, ils débordent d’idées, d’humour, de changements de rythme et d’événements parasites. "Katoucha ?" est comme une suite de "Path of Most Resistance" (2009), c’est-à-dire un hymne house musclé à gros clap porté par de belles harmonies de synthé et bourré de petites saillies oniriques et jazzy, avec un léger arrière-goût de Todd Edwards. "12Turn13" est le nom d’un club de Brooklyn, mais le titre lorgne davantage vers une techno dark façon Detroit, sur laquelle vient se poser une ribambelle de micro-samples tous plus intrigants les uns que les autres.
"Inconsequent Pussy" et "Attaque de Boulangerie" présentent une autre facette du producteur, qui a toujours eu un sérieux penchant pour la musique expérimentale. La première donne une idée de ce que pourrait donner une collaboration entre Moodymann et Pierre Henry : piano soulful, beat housey en sourdine, ronronnements de chat, avalanche de sons concrets aigus et dérangeants… Complètement dingue. "Attaque de Boulangerie" est au moins aussi étrange, mais dans une veine plus ambient et hypnotisante. C’est une sorte de musique de film noir déviante, dont tous les éléments semblent flotter, jusqu’à l’arrivée d’un beat qui, au lieu de se développer comme on pourrait s’y attendre, s’évanouit au bout de quelques secondes seulement. Le constat est sans appel : encore un sans-faute du Pépé.
En bref : premier épisode d’une série de 4 EPs, le nouveau Pépé Bradock est évidemment une bombe de house loufoque et d’expérimentations jazzy et concrètes. Inégalable.

A lire aussi : Pepe Bradock - Confiote de Bits / A Remix Collection et Swimsuit Issue 1789 (2009)
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Publié par Dave 1 commentaires
Catégories : Chroniques, Electro, Electronica, Experimental, House, Maxi/EP
28 décembre 2011
Death In Vegas - Trans-Love Energies (2011)
Sept ans que Richard Sanspeur ne nous avait rendu visite. Pour son nouveau forfait, après un LP en forme d'hommage et de citation des maîtres Kraftwerk ("Satan's Circus"), Fearless et son avatar Death In Vegas jouent à nouveau la carte de l'épure. S'il n'est pas entièrement instrumental comme son prédécesseur, Trans-Love Energies a au moins le bon goût de ne plus convoquer chanteurs brit à tout va, ce qui rendait parfois illisible sa démarche à l'image de ce que pouvait donner son vilain pendant de Chemical Brothers, ou à un degré moindre les "groupes" à géométrie variable que sont les Archive ou Massive Attack.
Séparé de son alter ego Tim Holmes, Fearless conduit en solo et pour la première fois de manière ostentatoire ce nouveau disque, assumant lui même l'intégralité des quelques parties chantées.
L'ambiance générale n'est pas sans rappeler l'ambient d'un Aphex Twin circa 93/95 - sa meilleure période, on ne s'en plaindra pas - ainsi va l'inaugurale et sombre "Silver Time Machine", étirée et obsédante. "Black Hole" qui lui succède dans un fade in savant ne déparerait pas au sein des lugubres délices du Closer de Joy Division.
Parmi les autres réussites, les ambiances cafardeuses du répétitif "Lightning Bolt", la transe syncopée de "Coum" sont les pistes les plus réussies de ce Trans-Love Energies, assez caractéristiquement d'ailleurs celles où la voix blanche et monocorde de Fearless est omniprésente. En revanche, les remix ou versions différentes proposées en bonus sur le double vinyle sont assez pesantes voire gonflantes, et c'est finalement dans la concision que monsieur Death In Vegas convainc le mieux, dans ce qui reste son disque le moins sexy (comprendre racoleur), mais sans doute le plus cohérent à ce jour.
En bref : sans peur et sans binôme, Richard Fearless revient à un son plus dark, avec un disque qui gagne en cohérence dans les climats et la conception, débarrassé qu'il est du casting par trop envahissant de ses prédécesseurs.

le site, le Myspace
"Black Hole" :
"Lightning Bolt" :
Séparé de son alter ego Tim Holmes, Fearless conduit en solo et pour la première fois de manière ostentatoire ce nouveau disque, assumant lui même l'intégralité des quelques parties chantées.
L'ambiance générale n'est pas sans rappeler l'ambient d'un Aphex Twin circa 93/95 - sa meilleure période, on ne s'en plaindra pas - ainsi va l'inaugurale et sombre "Silver Time Machine", étirée et obsédante. "Black Hole" qui lui succède dans un fade in savant ne déparerait pas au sein des lugubres délices du Closer de Joy Division.
Parmi les autres réussites, les ambiances cafardeuses du répétitif "Lightning Bolt", la transe syncopée de "Coum" sont les pistes les plus réussies de ce Trans-Love Energies, assez caractéristiquement d'ailleurs celles où la voix blanche et monocorde de Fearless est omniprésente. En revanche, les remix ou versions différentes proposées en bonus sur le double vinyle sont assez pesantes voire gonflantes, et c'est finalement dans la concision que monsieur Death In Vegas convainc le mieux, dans ce qui reste son disque le moins sexy (comprendre racoleur), mais sans doute le plus cohérent à ce jour.
En bref : sans peur et sans binôme, Richard Fearless revient à un son plus dark, avec un disque qui gagne en cohérence dans les climats et la conception, débarrassé qu'il est du casting par trop envahissant de ses prédécesseurs.

le site, le Myspace
"Black Hole" :
"Lightning Bolt" :
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08 décembre 2011
Steve Hauschildt - Tragedy & Geometry (2011)
Habituellement ultra-prolifiques, les Emeralds n’ont rien sorti cette année, du moins en trio, sûrement accaparés par le succès de leur grande œuvre de 2010, Does It Look Like I’m Here ?, et la tournée qui a suivi. Le showman et soliste du groupe, le rouquin Mark McGuire, a quand même trouvé le moyen de sortir deux albums, l’un seul (Get Lost) et l’autre avec le duo Trouble Books, ainsi qu’une double compile. Mais la surprise vient du plus discret des droneux de Cleveland, Steve Hauschildt, dont Tragedy & Geometry est le premier véritable effort solo, après une poignée de cassettes et de Cdr. En charge de la programmation des synthétiseurs, Hauschildt a sans doute énormément contribué à l’évolution des Emeralds vers un son plus électronique et hypnotisant, moins bruitiste que sur leurs livraisons passées. Ses arpèges euphoriques et ses accords flottants fournissaient un cadre parfait pour les divagations guitaristiques de son acolyte.Il y avait une telle complémentarité entre les deux musiciens (et même les trois, n’oublions pas John Elliott) sur DILLIMH ? que je me suis naturellement demandé, en lançant la galette, si Hauschildt supporterait le poids de la solitude. Et la réponse est : oui et non. Oui parce que des titres comme "Overnight Venusian" et "Batteries May Drain" sont des petites perles psychédéliques ; le premier semblable à un océan ténébreux de nappes, le second, pour moi le meilleur du LP, dans une veine clairement krautrock à la Neu!, avec un beat mid-tempo presque dansant et un riff bien accrocheur. Et non, parce que Steve a beau se démener comme un diable sur ses claviers, ce qui fonctionne sur quelques morceaux tombe un peu à plat sur d’autres.
"Music for a Moire Pattern", la pièce centrale de l’album, présente par exemple une progression un peu trop molle du genou pour maintenir l’attention éveillée durant ses 11 minutes. Quant aux plages ambient courtes qui font office d’interlude ("Arche", "Cupid’s Dart"), elles ne présentent pas un grand intérêt. Tragedy & Geometry souffre surtout d’une trop grande uniformité de textures, et l’on se prend à imaginer à quel point certains titres pourraient être sublimés par la guitare de McGuire. "Already Replaced" apparaît ainsi comme une version squelettique, loin d’être désagréable mais incomplète, du grandiose "Candy Shoppe".
Si l’ensemble manque parfois de relief et de tension, c’est parce que Hauschildt a fait des choix esthétiques forts, en s’orientant vers des sons chauds et accueillants, et en structurant ses morceaux comme de vraies chansons pop. Tout en restant bien sûr très cosmique ("Blue Marlin", "Peroxide"…), Tragedy & Geometry ne vise pas le même type de transe que les Emeralds, reste plus en retenue, moins expansif, ce qui en fait, de loin, le disque le plus accessible de toute la galaxie Emeralds, et une formidable porte d’entrée vers l’œuvre foisonnante du groupe.
En bref : escapade solo plutôt réussie pour le plus discret des Emeralds. Moins viscéral et plus pop que les disques du trio, Tragedy & Geometry est accessible, planant, et contient quelques fulgurances, comme le fabuleux "Batteries May Drain", mais aussi quelques longueurs.

Le site de Kranky
A lire aussi : Emeralds - Does It Look Like I'm Here ? et Mark McGuire - Living With Yourself (2010)
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Publié par Dave 0 commentaires
Catégories : Ambient, Chroniques, Electro, Electronica, Experimental, Kraut, Psyché
01 décembre 2011
Floating Points - Shadows EP (2011)
Nous avions découvert ce producteur avec son énorme Vacuum EP, en 2009. Déçus par son premier live parisien quelques mois plus tard, nous avions mis cette piètre performance sur le compte de sa jeunesse. Ceci dit, le potentiel de Sam Shepherd apparaissait déjà avec évidence, ainsi que son ouverture d’esprit et sa vision élégante du groove. Depuis, le Britannique a mûri et lâché quelques beaux 12'', dans des styles très variés, de ses travaux orientés bass music sur Planet Mu ou house sur son propre label Eglo, à ses aventures plus jazzy et instrumentales sur Ninja Tune, dans un style proche du Cinematic Orchestra. Mais il n’avait pas encore sorti le disque qu’on attendait de lui, celui qui accomplirait la synthèse entre toutes ces orientations. Eh bien le voici, ce fameux disque. Shadows est l’œuvre d’un musicien au top de sa forme, sûr de son style. Très long EP qui a tout d’un album (37 minutes pour 5 titres), il confirme Floating Points comme l’un des artistes les plus intéressants à avoir émergé de Londres ces dernières années.Il n’est finalement que très peu question de house sur cet EP, bien qu’il s’articule autour d’un véritable chef-d’œuvre du genre, "ARP3", sorte de prolongement mélancolique de "Vacuum Boogie". Même lorsqu’un pied house vient délicatement se poser sur le piano de "Realise", c’est pour mieux être perverti, saccadé, et finir plus près de Burial que de Theo Parrish. Les rythmiques garage et 2-step, la basse synthétique et les nappes surpuissantes rappellent que Floating Points fait partie de la même génération que Julio Bashmore ou Joy Orbison. Mais les ressemblances s’arrêtent là, car le son de Floating Points n’est pas aussi exubérant et direct, taillé pour les clubs. Il est au contraire très intériorisé, concentré sur les détails et l’émotion. Autant au niveau de ses motifs mélodiques que de son ambiance et de sa structure, Shadows peut d’ailleurs être considéré comme un disque de jazz.
"Myrtle Avenue" et "Sais" sont clairement influencés par le son de Weather Report, du Miles Davis de Bitches Brew et par le côté organique des pianos électriques de Bob James et Herbie Hancock. La manière qu’a Shepherd d’imbriquer ses morceaux et de tenir une même couleur musicale sur l’ensemble du disque est également très jazzy (ou cinématographique si vous préférez) - c’est flagrant sur le diptyque "Realise" / "Obfuse". Tout n’est ici que délicatesse et sobriété, c’est pourquoi une écoute superficielle de Shadows peut laisser une fausse impression de platitude. Il faut faire l’effort de tendre l’oreille pour en apprécier toutes les subtilités.
En bref : jazzy, subtil, jouant astucieusement avec les codes de la house et de la bass music, Shadows est à ce jour le disque le plus abouti de Floating Points.

Floating Points sur Soundcloud et Twitter
Le site d’Eglo Records
A lire aussi : Floating Points – Vacuum EP (2009)
Floating Points - Sais from Will Hurt on Vimeo.
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Publié par Dave 2 commentaires
Catégories : Ambient, Chroniques, Dubstep, Electro, Electronica, House, Maxi/EP
24 novembre 2011
Oneohtrix Point Never - Replica (2011)
Replica est le 6ème album de Daniel Lopatin sous cet imprononçable pseudo, et c’est aussi le meilleur. Si tout ce que touche le petit gars de Brooklyn ne se transforme pas forcément en or, à l’image du désagréable LP de Ford & Lopatin sorti en début d’année, il est difficile de nier que ses productions en tant qu’Oneohtrix Point Never méritent toutes les louanges qu’elles ont pu recevoir sur le net et ailleurs. Son style, qui s’affine un peu plus à chaque sortie, est on ne peut plus compliqué à définir. Les influences de Steve Reich, du drone et de la Kosmische Musik sont les plus détectables, mais cette musique hautement stupéfiante ne peut se résumer à ça. Car on y trouve également de larges traces d’ambient et d’électronica 90s, ainsi que des résidus de jazz, de house, de musiques classique et contemporaine... Dans l’unique but de nous faire triper, OPN use de tous les pouvoirs qui sont en sa possession, sans aucune considération de genre, et c’est l’un des aspects les plus appréciables de l’album.Pas tout à fait aussi morbide que le suggère sa pochette, Replica est plus méditatif qu’apocalyptique. Le type de disque qui vous fait entrer bien profondément en vous-même, jusqu’à n’être plus qu’une sorte de conscience décharnée, un squelette métaphysique. Cela tient surtout à son caractère totalement immersif, dû pour l’essentiel à l’accumulation de boucles entêtantes de piano, de cordes intenses, de nappes et de sonorités aquatiques – cf. la bien nommée "Submersible". C’est d’ailleurs de cette capacité à envelopper que l’album tient sa cohérence, malgré un fourmillement d’idées et des morceaux aux structures souvent complexes et évolutives.
Entre l’ambiance presque grégorienne de "Remember", l’incroyable "Sleep Dealer" derrière laquelle se dressent les spectres de The Field et Moodymann, l’électronica à la Boards Of Canada, et la récréation 8 bit de "Child Soldier", Oneohtrix Point Never offre un voyage cosmique all inclusive, tâte de toutes les textures les plus opiacées, jusqu’à massacrer, par moments, ses harmonies sous le bruit blanc ou les parasites. Pour autant, l’ensemble est beaucoup moins noisy et expérimental, plus rythmique et carré que ses productions précédentes.

C’est qu’OPN a changé de méthode pour ce disque, s’appliquant à travailler quasi uniquement à partir de samples de vieilles publicités. Un concept intéressant, qui revient en gros à transformer la merde en or, tout en faisant appel à la mémoire de chacun de manière subliminale. Mais cet aspect théorique reste secondaire car les sources sont impossibles à identifier, et surtout parce que la beauté immédiate de cette musique efface toute velléité de réflexion approfondie au profit d’un état d’introspection plus passif.
Déclenchées par les sons concrets et l’hypnose des boucles, des images surgissent, toujours légèrement embuées, comme atténuées par un trajet de plusieurs années-lumière. Ce sont des visions cosmiques, des bribes d'au-delà qui glacent souvent le sang mais s'avèrent aussi étrangement réconfortantes. Une expérience de cinéma mental assez hallucinante, à réserver tout de même aux oreilles téméraires.
En bref : un exercice pointu de sampling au service d’un psychédélisme électronique à la fois éthéré et très prenant. Le port d’un scaphandre ou d’une combi d’astronaute est vivement conseillé pour s’immerger dans le cosmos d’OPN. L’un des gros trips de 2011.

Le site d’OPN
Les sites de Mexican Summer et Software Records
A lire aussi : Tim Hecker – Ravedeath, 1972 (2011) et Emeralds - Does It Look Like I’m Here ? (2011)
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Publié par Dave 3 commentaires
Catégories : Ambient, Chroniques, Drone, Electro, Electronica, Experimental, Psyché
22 novembre 2011
Nomenklatür - Fascinated By The Chaos (2011)
Encore une fois c’est la pochette qui m’a plongé dans l’univers du duo français Nomenklatür. Entre visuel hard-core et éclat électronique, avec ce corps dont le cerveau rayonne et où la peau est à nue. Le titre plus ou moins fascinant également. L’envie d’en savoir plus, d’écouter et de se laisser aller à un genre dont je ne suis pas forcément spécialiste, une sorte de techno new-wave sombre et marécageuse. Et dans cette optique, le deuxième Lp d’Olivier Brucker et Olivier Rossi se pose là.Instantanément ça marche. On retrouve un son mi-analogique mi-digital, des basses pour danseurs de salon et une noirceur affirmée. C’est pourquoi il ne faut pas trop croire le premier titre de l’album, "It’s all in the air" qui fait appel à la voix éthérée et hypnotique de Mini, car on ne la retrouvera plus par la suite. Dès "Personal diary" on est un peu plus dans le vrai univers Nomenklatür. Angoissants et longs, leurs tracks le sont très certainement. On pense aux années 80’s, à Giorgio Moroder parfois ("This is going to happen"), mais de manière générale le son est pourtant très allemand.
Leur premier album Gift Of Ages (sorti chez Space Factory, quel programme !) était quant à lui plus indus, davantage new-wave. Ici c’est réellement la précision métronomique teutonne qui intervient. Surtout sur le superbe "Freaky freaky". D’une noirceur totale, Nomenklatür extrait un spleen électronique qui ne cache cependant pas une certaine évidence pop, celle-là même qui m’a certainement accroché au projet. Le break de ce dernier morceau à 3’35" en témoigne. Pas de surprise que tout cela soit sorti chez Module.
En bref : bande originale possible d’un film imaginaire, un film où le héros serait vêtu de noir et marcherait seul dans la neige, sur fond d’électronique froide et entraînante à la fois.

Le site du disque, et la page Soundcloud de Nomenklatür qui recèle plein de super mixs à se passer en soirée
L’excellent teaser de l’album en 5’52"
Le titre éponyme :
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10 mai 2011
Panda Bear - Tomboy (2011)
On ne savait plus trop à quoi s’en tenir avec Noah Lennox. Toujours sous le coup de Merriweather Post Pavillion mais échaudé par au moins deux live foireux (Paris et Barcelone), j’avoue avoir abordé ce Tomboy avec circonspection. Et puis il faut dire que succéder à Person Pitch (consensus général à posteriori) n’est pas tâche aisée. Mais le Panda a pris son temps (4 ans), a su s’entourer (le grand Sonic Boom au mixage) et a émigré le temps de l’album à Lisbonne, histoire de changer d’air. "Now you can count on me", c’est ce qu’il annonce en tout début de disque, on va bien voir.
Il se dit ici ou là que Lennox a mis de l’eau dans son vin. Autrement dit que le format est plus pop. Ca n’est pas faux et même si l’on ne retrouve pas de "Bro’s" bis sur ce disque ni de nouveau morceau dépassant les sept minutes, l’ensemble est resté suffisamment expérimental, suffisamment en tous cas pour se priver de radio. Car pour le néophyte Panda Bear reste un objet obscur, entre Flying Lotus et Arthur Russell. Tomboy reste un bon gros trip lysergique à base de guitares éthérées, de rythmiques bancales et de cette voix toujours aussi noyée.

Désormais rentrée dans le paysage public de l’indé, la voix de Lennox fascine ou rebute instantanément. Ceux qui aiment la trouvent planante et aquatique, tout en réverb, delays et autres boucles sur elle-même (à écouter le final de "Slow motion"). On parle d’ailleurs aussi beaucoup de paysages. Jungles, déserts ou marécages sont autant de lieux où pourrait prendre place Tomboy. Il y a même la plage et les vagues de "Surfer’s hymn", l’un des joyaux du disque. Marée, arpèges de xylophone électronique, tambours, vagues, les Beach Boys en slow motion en en somme. Très proche aussi du dernier Animal Collective.
Autre jolie pièce, "Last night at the jetty" est exceptionnelle. Cette mélodie, ces échos. Panda Bear est à la fois tribal, religieux et plagiste. Presque dub. En tous cas en apesanteur. "Drone" et "Afterburn" donnent aussi joliment dans le psychédélisme. Sinon pour info, ma préférée se trouve en fin de disque, "Benfica", requiem funèbre de pop onirique et céleste que l’on ne peut écouter qu’avec des étoiles dans les yeux.
En bref : force est de constater que le nouvel effort de dream pop de Panda Bear possède son caractère et une jolie collection de titres admirables. Peut-être pas le nouveau Person Pitch mais un super disque pour cette année.

Le Myspace
A lire aussi : Panda Bear - Person Pitch (2007)
"Surfer’s hymn" et "Benfica" :
Il se dit ici ou là que Lennox a mis de l’eau dans son vin. Autrement dit que le format est plus pop. Ca n’est pas faux et même si l’on ne retrouve pas de "Bro’s" bis sur ce disque ni de nouveau morceau dépassant les sept minutes, l’ensemble est resté suffisamment expérimental, suffisamment en tous cas pour se priver de radio. Car pour le néophyte Panda Bear reste un objet obscur, entre Flying Lotus et Arthur Russell. Tomboy reste un bon gros trip lysergique à base de guitares éthérées, de rythmiques bancales et de cette voix toujours aussi noyée.

Désormais rentrée dans le paysage public de l’indé, la voix de Lennox fascine ou rebute instantanément. Ceux qui aiment la trouvent planante et aquatique, tout en réverb, delays et autres boucles sur elle-même (à écouter le final de "Slow motion"). On parle d’ailleurs aussi beaucoup de paysages. Jungles, déserts ou marécages sont autant de lieux où pourrait prendre place Tomboy. Il y a même la plage et les vagues de "Surfer’s hymn", l’un des joyaux du disque. Marée, arpèges de xylophone électronique, tambours, vagues, les Beach Boys en slow motion en en somme. Très proche aussi du dernier Animal Collective.
Autre jolie pièce, "Last night at the jetty" est exceptionnelle. Cette mélodie, ces échos. Panda Bear est à la fois tribal, religieux et plagiste. Presque dub. En tous cas en apesanteur. "Drone" et "Afterburn" donnent aussi joliment dans le psychédélisme. Sinon pour info, ma préférée se trouve en fin de disque, "Benfica", requiem funèbre de pop onirique et céleste que l’on ne peut écouter qu’avec des étoiles dans les yeux.
En bref : force est de constater que le nouvel effort de dream pop de Panda Bear possède son caractère et une jolie collection de titres admirables. Peut-être pas le nouveau Person Pitch mais un super disque pour cette année.

Le Myspace
A lire aussi : Panda Bear - Person Pitch (2007)
"Surfer’s hymn" et "Benfica" :
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02 mai 2011
Robag Wruhme - Thora Vukk (2011)
J’ai toujours aimé les prods de Gabor Schablitzki, alias Robag Wruhme, en solo ou au sein de son vrai-faux duo, les Wighnomy Brothers. Sans parler de ses mixes qui, même en pleine période minimale, ont toujours eu ce petit quelque chose en plus, une sorte d’intelligence mélodique assez impressionnante. Mais de là à voir ce vieux de la vieille de la techno allemande sortir un tel disque, il restait encore un grand pas à franchir. Car Thora Vukk - sorti sur Pampa, le label d’un autre génie électronique, DJ Koze - m’a mis une bonne claque dans la tronche dès les premières minutes. C’est son deuxième véritable album en presque 15 ans de carrière, et on sent bien qu’il a mis tout son amour dans sa conception, qui a exigé 6 mois de travail. Le résultat est fantastique, de la première à la dernière note. On y retrouve les orientations minimal/micro-house habituelles du bonhomme, mais dans une atmosphère moins loufoque et plus posée qu’à l’accoutumée.Même si ses tracks restent percussifs et à peu près dansants, Wruhme s’est de toute évidence concentré sur les mélodies, en faisant la part belle au piano et aux cordes, notamment. Malgré quelques percées soulful et jazzy, le climat général de Thora Vukk fait penser à une rencontre entre la house élégante de labels allemands comme Dial ou Kompakt et la musique classique moderne de Max Richter, voire celle de Camille Saint-Saëns ou Debussy. Une certaine sérénité s’en dégage, parfois troublée par des accès de mélancolie à vous bloquer la petite boule dans la gorge. C’est un compagnon idéal pour les interminables jours de pluie, ou pour les voyages au long cours.

Voilà donc un album de house au feeling quasi-exclusivement européen, qui ne cite ni Detroit, ni Chicago – ou alors de façon très allusive. L’abondance de field recordings (sons de pluie, voix d’enfants, tintements de verres…) et le côté carillonnant de plusieurs tracks évoquent Pantha Du Prince ou John Roberts. Le groove techno tendu et déviant de "Bommsen Boff "rappelle DJ Koze, et ce n’est pas un hasard puisqu’il a participé aux arrangements du titre. On retrouve ailleurs ("Wupp Dek", "Tulpa Ovi"…) des traces de la micro-house du Britannique Matthew Herbert, dont l’influence est décidément énorme sur les productions actuelles. Mais Thora Vukk reste une œuvre éminemment intime et singulière, sans doute celle où le producteur de Jena, en ex-Allemagne de l’Est, a le mieux exprimé sa personnalité profonde.
Robag nous a réservé quelques moments de pure poésie sonore, tels "Pnom Gobal" et "Tulpa Ovi", mes préférés, tous deux d’un romantisme épuré mais assumé, tout en restant sérieusement deep et hypnotisants. Je crois même avoir lâché quelques larmes de joie la première fois que j’ai entendu les cordes féériques de "Pnom Gobal", à moins que ce ne soit celles du morceau-titre. A tomber par terre. Surtout que la mise en avant des mélodies et de l’émotion s’accompagne de tout un tas de petites intentions rythmiques, de cliquetis bien sentis, de vocaux triturés, de bribes de chant pop, de sons concrets… L'ensemble est admirablement tenu et structuré par des interludes oscillant entre ambient, folk et électronica. Surprenant, ludique, d’une grâce évidente, cet album est une réussite totale, et un véritable achèvement pour son auteur, que je n’attendais pas si haut.
En bref : Robag Wruhme nous offre la divine surprise de ce printemps avec un album house d’une grâce et d’un romantisme ahurissants.

Son site
Le site de Pampa Records
A noter que l'album est sorti sur CD dans sa version complète, et en vinyle sous la forme de deux 12" et un 7" (+ codes mp3), avec un tracklisting légèrement différent.
L'album en écoute intégrale
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30 mars 2011
Koreless - 4D / MTI (2011)
En 2010, Koreless a commencé à se faire un nom en délivrant au compte-gouttes quelques morceaux, dont un magnifique remix de "The Look", de Jacques Greene. Il y révélait une sensibilité exacerbée et un penchant prononcé pour l’hypnose et les introspections nocturnes, dans un esprit minimaliste proche de ce que produit Mount Kimbie. Relativement inadaptés aux clubs, ses travaux se destinent avant tout à une écoute au casque, seul moyen d’en apprécier toutes les textures. Soutenu entre autres par Gilles Peterson et Benji B de la BBC, cet Ecossais de 19 ans a sorti il y a quelques jours son premier single officiel sur le label Pictures Music.D’un point de vue formel, rien ne semble distinguer Lewis Roberts du tout-venant de la bass music britannique. Les rythmiques 2-step et les synthés utilisés sont assez banals. Quant aux vocals, rien de neuf à l’horizon puisque "4D" déroule un sample de Kelis, exactement comme le "CMYK" de James Blake. C’est d’ailleurs selon moi la principale faiblesse du maxi, les voix n’apportent rien à l’affaire et auraient même tendance à pourrir les instrumentaux de porcelaine sculptés par le jeune étudiant en art de Glasgow. Heureusement, elles ne sont pas trop intrusives et n’empêchent pas de goûter la délicatesse de cette électronica sauce 2011, guidée par des basses nettes et précises et des pads mélodiques carillonnants à la Four Tet.
Sans impressionner autant que certaines de ses prods de l’année dernière (en particulier la magique "Up Down Up Down", disponible gratuitement ici), "4D" et "MTI" cristallisent tout ce qui fait l’originalité de Koreless, à savoir ce numéro d’équilibriste entre vie vécue et rêvée et une sorte de sérénité fragile, comme menacée de disparaître, happée par la noirceur de la nuit.
En bref : un gamin de Glasgow sort un premier maxi de bass music pour somnambules qui réjouira les amateurs de Mount Kimbie.

Koreless sur Myspace, Soundcloud et Twitter
Le site de Pictures Music
A lire aussi : Mount Kimbie - Crooks & Lovers et Jacques Greene - The Look (2010)
Les deux titres mis en images par Miguel Bidarra avec des extraits du film de Julian Schnabel, Le Scaphandre et Le Papillon :
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Catégories : Chroniques, Dubstep, Electro, Electronica, Maxi/EP, UK Funky
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