11 avril 2012

Souleance - La Belle Vie (2012)

Ce n’est pas tous les jours qu’on met la main sur un album français aussi funky et léché que celui-là. D’une fraîcheur calibrée pour l’été, La Belle Vie porte bien son titre, puisque l’on sent d’emblée qu’il a été confectionné avec le plaisir comme seul guide - sans esbroufe, et sans aucune prétention de révolutionner quoi que ce soit ni d’étaler son érudition. Soulist et Fulgeance sont pourtant des experts en matière d’excavation de vinyls. Alexis Eleftheriadi alias Soulist, est d’ailleurs bien connu pour ses sélections rare grooves, qu’il distille dans son émission sur Radio Campus (Future Basics, tous les mercredis à 21h30) ou lors des soirées parisiennes What The Funk. Il a également fait énormément de premières parties de concerts (The Roots, James Brown, Common…). Amateur de sons analogiques, le Caennais Pierre Troel, alias Fulgeance, s’illustre depuis 2007 sur des EPs de bass music et de hip-hop instrumental à la Brainfeeder. Son premier LP solo, To All Of You, est sorti l’an dernier.

Joignant leurs forces en 2009 sous le nom de Souleance, ils ont depuis signé 3 bons maxis et font leur retour en fanfare ce mois-ci avec un nouvel EP (La Gourmandise) et donc ce premier album, tout de même composé pour un petit tiers d’anciens morceaux. On a d’ailleurs plaisir à retrouver le boogie vrombissant de "Cool FM" (que ne renierait pas Dâm-Funk), le breakbeat 80’s agrémenté de clochettes disco de "Le Monde", ou l’électronica teintée de chanson brésilienne (avec cuica et berimbau) de "Passarinho". "Manana", aussi, avec ses faux-airs de Nicolas Jaar. Je regrette juste l’absence de "Chemise", leur très bon edit du classique disco "She Can’t Love You". Si les nouveaux tracks sont dans le même esprit fun et ensoleillé que les anciens, le duo a pris en compte les exigences du format album et a varié les BPM et les ambiances.

Il y a de belles pièces downtempo pour chiller, comme "Rendez-Vous" ou la trop courte "La Plage", qui mêle un thème à la John Barry à une guitare bossa-nova et au bruit du ressac des vagues sur le sable fin. Il y a des grooves bien gras taillés pour les house parties et les barbecues – je vois bien Ju se griller quelques côtelettes au son de "Boobs" ou de l’énorme ligne de basse rehaussée de flûte de "La Romance". Il y a aussi du hip-hop de très bonne facture, notamment sur "Pride (ft. Rashaan Ahmad)" et "Unseen (ft. Homecut)". De belles instrus avec des cuivres, des refrains soulful et des beats sophistiqués. La classe américaine. Et que dire du jam super funky et talkboxé "Le Plaisir", qui invite le génial multi-instrumentiste Shawn Lee à la batterie, ou du morceau-titre, splendide, qui fait penser à Exile ou Nujabes.

Avec un solide socle black music en commun, les deux compères sont complémentaires, ce qui leur permet de multiplier les approches et de livrer un disque complet. L’un est plutôt DJ, l’autre plutôt producteur. L’un amène les samples et les scratches, l’autre les structures rythmiques et les synthés analogiques, même si les rôles peuvent parfois s’inverser. On peut dire qu’ils se sont bien trouvés. Procurez-vous leur album. Achetez français.

En bref : un avant-goût d’été avec le duo français Souleance et sa funk électronique mâtinée de hip-hop. De beaux samples, des synthés à la californienne, des invités de prestige : un premier album impeccable et qui donne le sourire.




Le site du label britannique First Word Records

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01 avril 2009

The Cranberries - No Need To Argue (1994)

Je me souviens de ce bon mot de l'humoriste Lafesse concernant les Cranberries résumant bien l'incompréhension - parfois justifiée - dans laquelle ce groupe majeur de l'indé s'est vu cantonner. Ce dernier disait en substance, parlant de la pochette au titre évocateur No Need To Argue, "La gueule des mecs ! Trois mecs coincés de HEC qui veulent se faire la nana, et pas un qui y arrivera !"
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C'est vrai qu'elle a de la personnalité la Dolorès. Catholique fervente mais très modérée - elle est par exemple connue pour ses prises de position généreuses concernant le sort judiciaire des criminels et la cause de l'avortement- l'irlandaise est véritablement le fer de lance, la figure de proue du groupe de Limerick.
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Lorsque paraît le deuxième disque des Cranberries, le public de la cause rock et pop est déjà au fait de l'actualité du groupe, et a déjà fait sienne la devise rusée du premier album Everybody Else Is Doing It So Why Can't We ? (1993). Mais rien de comparable toutefois avec le score record de No Need..., qui avec près d'un million d'exemplaires écoulés, achève d'asseoir la réputation du combo irlandais.
Au delà de la similitude de ce timbre si particulier, auquel Sinead O'Connor doit toute son inspiration, Dolores O'Riordan se distingue dans son chant par ces singuliers et si savoureux hoquètements qui deviendront sa marque de fabrique, et disons-le, sont un élément essentiel de son charme acidulé.
Dans ce disque fondateur qui, on s'en rend compte mieux aujourd'hui, a influencé beaucoup de monde, de l'instrumentiste batave André Rieu pour ce lyrisme si juste, au renouveau shoegaze auquel nous assistons actuellement, la chanteuse en profite pour régler leur compte à quelques cruciales questions de société, et c'est avec beaucoup de mesure et de nuance que des sujets aussi sensibles que l'avortement ("Icicle Melt") ou bien la cause libératrice des prisonniers politiques (le classique "Zombie") sont ici abordés.
De même, Dolores chante l'Irlande comme personne depuis les séminaux U2 et Undertones ("God Be With You"). Et au-delà de ce qui demeure un exemple d'inventivité musicale, un trésor d'écriture serti d'arrangements racés, l'on se plaît presque à imaginer ce que cette femme de coeur serait en mesure de réaliser à une échelle politique, tant son savoir-faire et la pertinence de son propos sont évidents ! Et les fans que nous sommes, de regretter amèrement la mise en sommeil du groupe qui n'a cependant jamais officiellement annoncé sa séparation.

En bref : un classique du rock noisy engagé. Une chanteuse brillante, qui met son sublime engagement idéologique au service d'un étrin ( ou écron, je ne sais plus) sonore que lui délivre un groupe racé, qui sait jouer à l'économie.




Le site off iciel, le Myspace

"Zombie"



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01 mars 2009

The Apollo Kids - Freak Tha Funk 12" (2002) The Wrath 12"(2002) Hustlers 12" (2002) Counting Off (2003) King Of The Beats (2004)

Vous aurez des difficultés à vous procurer des infos sur ce duo de producteurs de Brixton, il est en effet ardu malgré la reconfiguration de leur label Fat Records, de se procurer des infos sur eux. Leur homonymie avec un autre duo originaire d'Australie n'arrange pas l'affaire, pas plus que les liens énervants renvoyant au single du rappeur Ghostface Killah intitulé "Apollo Kids". 

Bien que pensant connaître l'intégralité de leur discographie, le mieux était encore de s'en remettre à leur page Discogs. En fait, tout a commencé dans ce temple basement de la techno avignonnaise qu'est le magasin Sound System. L'un des vendeurs jouait la ritournelle couinante de "Freak Tha Funk", le sticker était vert, serti de la die-cut sleeve de rigueur. La face B "The Dumz", titre sombre, qui n'était pas sans évoquer le meilleur de Carl Craig.

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Mais plus encore que la techno de Detroit, c'est aux Ballistic Brothers auxquels on pense à l'écoute de "The Wrath", obsédant loop avec infrabasses ; ces Apollo Kids étaient(ils un pseudo de plus pour le fantastique Ashley Beedle : las, s'il y avait un producteur homonyme dans la place, il s'agissait en fait d'Ashley Brown qui, associé à son binome Jamie Giltrap, faisait les beaux jours d'un club de Brixton dédié à la dance et au breakbeat. "The Wrath" fut le deuxième 12" emballé pesé du duo, et probablement l'une des meilleures références du label Fat (qui mérite une découverte approfondie), en ce qu'il offrait un morceau suave et éthéré avec choeurs féminins alanguis et sexy avec "Frontline". A partir de là, il était de rigueur de traquer les nouveautés du label, et en particulier celles des Apollo Kids, dont pour l'heure, trois autres références sont sorties, la dernière en 2004. Celles-ci arrivaient généralement vite, et à prix modique.

Tout d'abord, "Hustlers", sous sticker orange, sorte de funk robotique nerveux, évoquait encore et toujours les infernaux Ballistic Brothers. Ici, la démarche était plutôt hédoniste, tandis que la flipside, offrait un relifting intéressant et obsédant du thème de "Frontline".
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"Counting Off", et ses deux versions club, offrait un intérêt moindre, alors que "King Of The Beats" (étiquette grise) au titre de circonstance renouait avec la furie dance de "Hustlers", avec forces rythmes jungle. Backed with, comme ils disent, se trouvait une nouvelle version dark de "The Dumz".

Que deviennent ces séminaux Apollo Kids, à part le fait d'être compilés sur diverses compiles Fat anniversaire, ou bien pire, être confondus avec d'autres formations homonymes sans grand intérêt ? Le mieux est de suivre l'activité militante de Fat pour le savoir.
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En bref: Il y en a pour tous les goûts pour le branché electronica dans cette brochette de maxis d'une énième assoç de producteurs/DJ d'outre Manche. Tantôt dark, tantôt festive, les b.p.m. sont là pour vous faire danser, planer et plus si affinités. On en redemande.



relire la chronique des Ballistic Brothers - Rude System
et 4 Hero - Two Pages


Le site de Fatclub

Un lien lastfm pour un extrait (trop court) de "The Wrath"

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