31 janvier 2012

Quantic - The Best Of Quantic (2011)

Quel point commun entre tous ces noms de groupes : The Limp Twins, Quantic Soul Orchetra, Candela All Stars, Cambo Barbaro, Flowering Inferno… ? Un seul homme du nom de Will Hamond, génial producteur et globe-trotter anglais installé en Colombie depuis les années 2000. Infernal touche à tout musical, on l’a croisé ces dernières années dans tous les ports, aux confins de toutes les influences. Il était temps que Tru Thoughts son célèbre label de Bristol lui rende hommage au travers d’un Best Of qui pour une fois porte bien son nom. Voyage dans une musique qui réchauffe le cœur.

Car Quantic fait réellement monter la température : caribean swing, mambo cubain, salsa, reggae, dub, soul, chaque branche de la musique est ici arrangée avec précision par un Dj qui en a vu et qui n’hésite pas à insuffler des touches plus récentes d’électro ou de rock. Des sonorités latines modernisées, c’est ce que propose Quantic capable de jouer de n’importe quel instrument, sur n’importe quel tableau. A la fois respectueuse et catchy, sa musique est ainsi universelle. La bande son parfaite pour un mojito, permettez-moi le cliché.

C’est rare que nous nous intéressions à un Best Of, mais là le double disque (ou simple vinyle) est tellement bien séquencé et choisi que c’est un disque à part entière. Et derrière l’arbre qui cache la forêt ("Mi swing es tropical", matraqué de partout) se cachent une infinité de morceaux plus entraînants les uns que les autres : "Time is the ennemy", trip-hop au piano lancinant, "Transatlantic", swing tropical imparable, mais aussi "Life in the rain", "Pushin’ on", "Sabor"… Autant de bombes de bar et de bombes tout court. Essentiel !

En bref : rétrospective dense et schizophrène entre gênes tropicaux et tendances électroniques. Vive Quantic !





Le site officiel

"Transatlantic" :



"Life in the rain" :



"Not so blue" :


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16 janvier 2012

Katalyst - Deep Impressions (2011)

On parle assez peu de l’Australie, encore moins quand il s’agit de hip-hop. Pourtant Ashley Anderson de son vrai nom mériterait d’avantage d’intérêt. Producteur émérite résidant à Sidney, on lui doit notamment deux superbes albums sortis respectivement en 2002 et 2007, Manipulating Agent et What’s happening ?. Entre temps comme tout bon beatmaker qui se respecte, le jeune homme a enchaîné remixes, featurings et autres mixtapes. En 2011 il sortait chez les excellents BBE via Invada Records ce troisième album qui - pardonnez-moi le jeu de mot facile - m’a fait forte impression.

Un peu comme Apollo Brown, Katalyst cherche des sons de la blaxploitation 70’s, les sample, les mixe, les remonte et appelle à la rescousse différents collaborateurs vocaux. Ici on a droit à ses anciens bras droits mais aussi à de nouveaux MC’s issus de "groupes" tels que Pharcyde ou encore KillaQueenz. En audiophile accompli, il remonte le tout de manière à rendre indiscernable ce qui est neuf et ce qui est de l’ordre de la récup. A tel point que l’on semble se trouver devant une compilation soulful que ne renierait pas Nova sur ses ondes.

Aussi bien que l’on retrouve sur Deep Impressions du hip hop, du funk, du jazz et même du reggae sur l’inaugural (et très différent du reste) "Day into night". Sur les 14 titres que contient ce disque exotique, la variété fait légion. Aussi bien rocky que funky, sans jamais oublier ses bases de hip-hop beat et ses samples soul. La face A est en ce sens exemplaire. Grâce notamment à ce "Black dragon" d’anthologie, parfait alliage cuivré et rythmé de black music. Derrière on a "Pot or pills" (sic), tout est dans le titre, la soul en plus. Mais aussi les beats old school de "Beware", le girls’s powa de "Clapping song", le (trop) sucré "Prince of cool".

Et ça continue, pendant 45 minutes impeccables qui pourraient passer dans n’importe quelle soirée. Quasiment que des titres forts, même si j’aime moins ceux chantés par les filles. Il faudrait tous les lister, mettre tous les clips en ligne, mais il suffit aussi d’écouter ce disque pour s’en faire une idée. Et d’y revenir. Même 2011 passé.

En bref : 14 titres samplés et rappés par un beatmaker australien qui réconcilie flows hip-hop et ambiance soulful de la blaxploitation. Un honnête must-have.





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03 décembre 2009

Safi Allah Abdullah - Africa is burning and the black man is doing the freak (1980)

Je serai bien à la peine pour vous rencarder sur l'homme qui se cache derrière ce nom intriguant de Safi Allah Abdullah. Et pour cause, l'étourdissante toile du net n'a cette fois-ci pas daigné me fournir le moindre tuyau, bye bye Huggy le mystère persistera. Aussi, je cèderai sans artifice ou érudition au simple désir de partager avec vous le plaisir fugace d'un doux son reggae exhumé par le plus grand des hasards - et de façon assez surprenante - des eighties et d'un studio inconnu de la grosse pomme new-yorkaise.

Le lion de Judée imprimé sur l'étiquette du disque ne ment pas. En effet, retrouve-t-on tous les ingrédients, dirais-je classiques, du bon morceau de reggae roots pieux et révolté. Le titre en dit d'ailleurs long : "Africa is burning and the black man is doing the freak". Pour toutes sortes de raisons que je ne développerai pas ici l'Afrique brûle - qui oserait en douter - et Safi Allah Abdullah de nous l'expliquer dans une très altière et suave complainte. Il n'y a rien de bien extraordinaire me direz-vous. Certes, du reste faut-il souligner l'extrême finesse de l'instrumentation de cette très jolie track de reggae mélodique et l'immense pouvoir de captation exercé par le dénommé Abdullah. En somme, deux points qui nous font apprécier généralement ce genre de musique.

Quelques cloches tintantes, des cuivres dynamiques, un riddim rebondissant et épuré, la voix sensible et vibrante de Safi Allah Abdullah, la mayonnaise prend à merveille et tout est véritablement réuni pour un délectable moment de paisible révolte. Les dernières secondes du titre, en spoken words, finiront d'ancrer son refrain dans les méandres de notre esprit. "Save the babies, rescue the children" comme un écho dans notre grotte. Impossible dès lors que notre route de pèlérin reggaephile ignore cette petite pièce roots modeste mais digne et se refuse à recroiser à nouveau son chemin.

En bref : Petit plaisir roots fugace tout droit ressorti de mes caves reggae new-yorkaises.





"Africa is burning and the black man is doing the freak" sur rapidshare.

La version dub.

A lire aussi : Section reggae

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16 mars 2009

Lee Scratch Perry - Arkology (1997)

Cela faisait bien longtemps que je voulais vous parler de ce coffret que certains d’entre vous connaissent déjà très bien. Rien ne pressait, ceci dit, puisque l’objet est sorti en 1997. A mon avis, tout le monde, fan de reggae ou non, devrait posséder cette Arkology. Pourtant il m’arrive régulièrement de rencontrer des musicophiles, même amateurs de musiques jamaïcaines, pour qui Lee Perry, de son vrai nom Rainford Hugh Perry, reste assez obscur. Peut-être est-ce dû au fait qu’il s’agit avant tout d’un producteur. Tout le monde connaît par exemple "War In A Babylon" de Max Roméo, mais qui sait que Lee Perry était aux manettes de ce grand classique du reggae ?

Idem en ce qui concerne certaines des meilleures chansons des Wailers, telles "African Herbsman" ou "Duppy Conqueror". Et sait-on que le jeune Bob Marley, quelques années plus tôt, avait frappé à la porte du studio du maître pour lui demander de le produire, mais que celui-ci avait tout bonnement refusé, prétextant qu’il désirait se consacrer à une musique strictement instrumentale ? C’est l’un des mérites de cette compilation (et de son livret très complet) que de rendre à Scratch ce qui lui appartient, c’est-à-dire la place de meilleur producteur jamaïcain de l’Histoire et de précurseur de toutes les musiques expérimentales modernes.

Lee Scratch Perry a été présenté comme “le Dali du reggae” (dans Bass Culture, de Lloyd Bradley). A juste titre. Complètement maboule, sauf (et c’est notable) quand il s’agit de pognon, le natif de Kingston est l’un des personnages les plus surréalistes de la planète artistique. Il faut l’avoir vu débarquer sur scène, le jour de son soixante-septième anniversaire, brandissant une baguette de pain plantée de batônnets d’encens, vêtu d’une veste faite de CD, pour comprendre que cet homme est authentiquement fou. Le petit barbu a d’ailleurs quitté la Jamaïque en 1981 après avoir brûlé son Black Ark Studio à la suite de ce qui s’apparente à une crise de paranoïa. Installé en Suisse depuis 1989, il continue depuis lors à sortir des disques et à tourner, portant plutôt bien ses presque 73 printemps - j’en profite pour vous recommander chaudement ses concerts.


L’Arkology réunit les meilleurs enregistrements de la meilleure période de Perry, entre 1976 et 1979. A cette époque, le Black Ark est le rendez-vous de tout ce que la scène locale compte de plus intéressant. Des centaines de classiques du reggae y sont enregistrés. Les trois disques de cette anthologie en réunissent quelques-uns, parfaitement sélectionnés, mais ne constituent qu’un infime aperçu de l’oeuvre du bonhomme, dont les premiers travaux en tant qu’ingé-son remontent à la fin des années 1950. Il y a les indémodables de Max Roméo : “War In A Babylon”, “One Step Forward” et “Chase The Devil” (revisité par Prodigy dans les années 90). Mais aussi “Police & Thieves”, avec la voix angélique de Junior Murvin, la ballade reggae-soul “Groovy Situation” de Keith Rowe, d’une sensualité incomparable, les plages percussives et mystiques des Congoes, bourrées d’harmonies vocales paradisiaques... Ce serait une hérésie de vous parler de chacun des 52 titres de cette compile gargantuesque, et pourtant chacun mériterait son paragraphe.

Si King Tubby est communément considéré comme l’inventeur du dub, Lee Perry, avec ses Upsetters, est l’homme qui a élevé cette musique à son plus haut degré d’inventivité et, bien sûr, d’étrangeté. Le premier à avoir utilisé des boîtes à meuh, des gongs, des klaxons, et surtout le premier à avoir expérimenté les effets les plus hallucinants avant même que des machines soient inventées pour les générer. La question que tout le monde se pose est évidemment : comment faisait-il pour construire une musique aussi complexe avec un 4 pistes ? A quoi l’intéressé répond (et c’est intraduisible) : “It was only four tracks on the machine, but I was picking up twenty from the extra terrestrial squad” (?!). Ecoutez l’échantillonage des choeurs et l’utilisation de la stéréo sur le monumental “Dub Revolution pt.1” et songez que ce morceau truffé de bruits de bouche et de wah-wah date de 1976 ! A ce niveau-là, ce n’est même plus de l’avant-gardisme !


L’équipe d’Island Jamaica, qui a réalisé la compile, a eu l’intelligence de placer quasi-systématiquement un dub ou une alternate version (souvent inédits) à la suite du titre original, ce qui permet de constater que Lee Perry compte parmi les inventeurs du remix. L’exemple-type est “Police & Thieves” de Junior Murvin, dont les différentes versions occupent une bonne partie du deuxième disque. Revisité par le saxophone de Glen Dacosta sur “Magic Touch”, le riddim accueille le toast de Jah Lion, avant d’être mis en dub et de devenir, pour finir, une toute autre chanson, “Bad Weeds”, avec la voix angélique du même Junior Murvin. Jamais vous n’entendrez cinq versions à la suite d’un même titre, toutes signées par le même producteur, avec un tel plaisir, sans une once d’ennui. C’est simplement miraculeux.

Tout aussi miraculeuses sont les chansons interprétées par Scratch lui-même, avec sa voix grinçante et ses vocalises trippées : “Dreadlocks in Moonlight”, “Soul Fire”, “Curly Locks” ou le super-space “Roast Fish and Cornbread” témoignent toutes d’un génie mélodique hors-norme et font partie de ces morceaux qui s’impriment immédiatement dans le cerveau pour ne plus jamais s’en décoller. Inutile de préciser que les musiciens mis à contribution lors de ses sessions sont les meilleurs qui soient, de Sly & Robbie à Sticky Thompson en passant par Augustus Pablo et son mélodica (sur “Vibrate On”).

Le livret mérite déjà l’achat, à lui seul. On y trouve une biographie concise, ainsi que de superbes photos de Scratch : déguisé en super-héros, fumant un spliff devant le Black Ark, ou tapant la discute avec des bobbies londoniens. Mais le document le plus édifiant reste la lettre adressée au ministère japonais de la justice au sujet de l’arrestation de Paul McCartney en possession de 250 grammes d’herbe. On peut notamment y lire ceci : “Herbs is his Majesty’s. All singers positive directions and liberty Irrations. Please do not consider the amount of herbs involved excessive. Master Paul McCartney’s intentions are positive.” La lettre est signée : “Baby Blue Green Star Pipecock Jackson Lee Scratch Perry, Bannana Eye I Pen Ja Natures Love Defender” ! Pour résumer : un superbe livret et 52 titres, tous fantastiques, c’est-à-dire plus de quatre heures de musique pour environ 25 euros ! Même en raisonnant très prosaïquement, vous n’avez aucune excuse pour ne pas acquérir l’Arkology !

En bref : Inépuisable et délirant, l’Arkology est le portrait musical de l’un des plus grands créateurs du XXe siècle. Si après avoir écouté ces trois disques, quelqu’un peut encore me regarder en face, et me dire qu’il n’aime pas le dub, je veux bien me pendre. Essentiel.




Quelques titres de l'Arkology:

Lee Perry & the Upsetters - Dub Revolution pt.1.mp3
The Congos - Don't Blame On I.mp3
Mikey Dread - Dread at the Mantrols.mp3
Lee Perry - Soul Fire.mp3
Junior Murvin - Bad Weed.mp3
Keith Rowe - Groovy Situation.mp3
Lee Perry - Roast Fish & Cornbread.mp3

Deux vidéos de Lee Scratch Perry dans son Black Ark Studio :




L’enregistrement d’”I am the Upsetter” en 1982 :


Son site officiel
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03 janvier 2009

Dub Colossus - A town called Addis (2008)

Depuis maintenant 20 ans - seigneur que le temps passe vite - le label Real World, créé en 1989 par l'ex-Genesis Peter Gabriel, n'a eu de cesse de promouvoir et diffuser la musique dite « world », en particulier les artistes africains et asiatiques contemporains. Un travail de défricheur explosant les frontières musicales nationales pour porter à nos oreilles des sonorités nouvelles ou méconnues en provenance des quatre coins du globe.

Avec A town called Addis c'est l'Ethiopie, berceau de l'Humanité, terre mythique des rastafariens, qui est à l'honneur. Le disque est en effet le fruit de la rencontre entre Nick Page, alias Dubulah ou Dub Colossus, guitariste et compositeur britannique formé auprès de Michael Riley (Steel Pulse), et plusieurs chanteurs traditionnels azmaris de la capitale éthiopienne.


Globalement, le titre retenu, Dub Colossus - A town called Addis, ne ment pas sur le contenu de cet album. Au fil de ses onze vastes plages, se succèdent ainsi les ambiances dubisantes, dominées par des variations instrumentales grisantes et des incursions de chants populaires transis. Nick Page fait sienne l'histoire musicale de son pays d'accueil.

Entouré des chanteuses Sintayehu Zenebe et Teremag Weretow, du saxophoniste Feleke Hailu et du pianiste Samuel Yirga, il reprend à son compte la voie épurée des sonorités mystiques des hauts plateaux érythréens, les accomodant de ses influences électroniques et reggae. En résultent de grands moments de recueillement, de poésie et d'envol, où les lyres (krar), luths (macinko) et autres doubles tambours traditionnels (kebero) le disputent à la solemnité d'un piano classique éthio-jazz ou d'un riddim importé tout droit de Kingston.



Difficile d'honorer ici un titre plutôt qu'un autre. « Azmari dub » ouvre le disque sur une note très reggae, fortement influencée par les productions du « Salvador Dali jamaïcain » Lee Perry, avant de laisser apparaître la voix vibrante et douloureuse de Sintayehu Zenebe, « l'Edith Piaf éthiopienne ». Sa supplique écorchée foule le sol terreux des rues d'Addis-Abeba et nous transporte dans les faubourgs populaires de la ville. Enivrés, nous la suivons en spectres émerveillés. « Entoto dub », morceau suivant, richement instrumenté, se distingue par sa profondeur et son traitement nettement plus contemporain. De « Tazeb Kush » et sa pop-jazzy ahmarique aux variations de piano classique d'« Ambassel in box », via le dub mystique de « Shem city steppers », la rencontre entre le compositeur britannique Nick Page et les artistes éthiopiens en présence est symbiotique. On ne remerciera certainement jamais assez Real World pour sa contribution au patrimoine musical mondial.


En bref : Fouler le sol rocailleux et chaud du « toit de l'Afrique », berceau de l'Humanité, n'a pas prix. Il en va de même pour ce précieux album à tendance dub, à la fois transcendant et terrestre, fruit de la belle entente d'un compositeur britannique et de musiciens populaires éthiopiens.




Asmari dub.mp3

Tazeb kush.mp3

Ambassel in box.mp3


A lire aussi : rubrique dub


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VA - I like it like that (2008)

La salsa n'est pas une musique que l'on écoute confortablement installé dans son salon, l'on en conviendra. Globalement réservée aux pistes de danses échauffées et moites de quelques clubs pseudo-cubains ou hispanisants de notre hexagone, elle ne fréquente que très rarement nos platines, pour ne pas dire jamais. Elle est une musique populaire mais, paradoxalement, méconnue ou ignorée.

Pour nous tous, les labels Because et Mr Bongo organisent un cours de rattrapage, livré sous forme d'une double compilation à la pochette, il faut le dire, bien disgracieuse. Ce point de détail oublié, un premier disque rassemble une série de remixes des plus grands titres du label new-yorkais Fania, créé en 1964 et véritable Motown de la salsa et des musiques afro-caribéennes, accompagnés, dans une seconde galette, des versions originales. I like it like that, oeuvre d'intérêt général, fait amende honorable et redore le blason d'une musique quelque peu flétrie par le temps. Au-delà de cela, elle livre également une kyrielle de réappropriations réussies et rafraîchissantes, toujours respectueuses et parfois audacieuses, qui donne tout son attrait à cette grande réouverture de catalogue musical. Un travail de grande qualité, documentaire et créatif, qui n'est pas sans rappeler celui accompli depuis des années par les Anglais de Soul Jazz Records. Je pense en particulier aux compilations Nu Yorica Roots!, Tropicalia ou encore New Orleans Funk.


Fania a commencé son histoire au milieu des sixties comme une petite entreprise, co-fondée par le compositeur dominicain Johnny Pacheco et son avocat Jerry Masucci. Dès le second album produit par le duo, Heavy smokin' de Larry Harlow en 1965, le label trouve sa griffe. Des arrangements foisonnants et modernes associés aux sons traditionnels afro-caribéens de la salsa, du boogaloo (sorte de soul music latine) et du jazz latin. La paire de producteurs met sur orbite une rafale d'artistes à succès, particulièrement reconnus pour leurs prestations live. Celia Cruz, Ray Barretto, Ruben Blades, Willie Colon et Hector Lavoe parmi les plus fameux. Avec eux, Pacheco forme le supergroupe Fania All Stars (ci-dessous) et sévit à Greenwich Village lors de concerts endiablés devenus depuis légendaires. Leur performance au Cheetah, un club de Manhattan, en 1971, restera dans toutes les mémoires. Editée en cd la même année, elle deviendra le disque de musique latine le plus vendu de tous les temps.



Tous les plus grands hits du label new-yorkais sont présents dans I like it like that et passés au crible du remix. Pour ce faire, rien n'a été laissé au hasard et un casting de grande classe a été réuni. Pour ne citer que quelques noms, on peut évoquer le grand « Little » Louie Vega (Masters at work), Gilles Peterson, 4 Hero, Ashley Beedle (Ballistic brothers, Black science orchestra...) ou encore Andy Smith, le dj de Portishead. Bref, des pointures.


C'est le producteur et remixeur londonien Aaron Jerome, grand adepte du 2-step, qui s'y colle en premier pour une version subtile de tube planétaire de Peter Rodriguez qui a donné son nom à la compilation. Enchaînée avec le titre instrumental « Happy soul with a hook » de Dave Cortez, de solides gages de qualité nous sont d'emblée délivrés. Ce ne sont pas les Bugz in the Attic, avec leur scintillante track disco-funk, qui désavoueront leurs précédents camarades. A base de synthétiseurs et de basses montées sur ressorts, le collectif de dj's britanniques lustre le titre de Willie Colon et Ruben Blades, « Plastico », et ménage une piste de décollage royale à la voix divine de Blades. Vient ensuite Louie Vega. Le new-yorkais d'adoption, grande prêtre de la musique house des années 90, propose un travail de remix léger sur « Mi gente » d'Hector « La voz » (la voix) Lavoe. Une version respecteuse de l'original mais presque trop timorée. Peut-être faut-il rappeler ici que Louie Vega est le neveu de Lavoe et en déduire une certaine retenue de la part de l'ex-Master at work.


Aucun des 15 titres en présence sur I like it like that ne jure ou ne dépareille réellement, du reste, un sommet semble être atteint avec « Saona » de la chanteuse Nora Morales, recomposé ici par l'illustre Gilles Peterson (ci-contre), fondateurs des labels Acid Jazz et Talkin' Loud. Peterson est littéralement touché par la grâce et propose la plage la plus profonde et enivrante du disque. Sept minutes de groove hypnotique, d'accords de piano baroques et destabilisants, de voix spectrales et de transe synthétique. C'est tout simplement délicieux. God loves Gilles Peterson ! Je serais tenté de vous dire que pour ce seul titre I like it like that mérite le détour. Je ne le ferai pas, ce serait faire offense aux quatorze autres réussites qui l'accompagnent.


En bref : Réouverture luxueuse du catalogue du label new-yorkais Fania, véritable mythe de la musique latine et caribéenne des années 60-70. Une série de remixes délicieux, servis par quelques pontes de la musique électronique, et accompagnés de leurs versions originales. Entre leçon d'histoire et travail de (re)création, une double-compilation d'intérêt général. Mention spéciale à Gilles Peterson pour sa version sublime de « Saona » de Nora Morales.





Plastico – Willie Colon & Ruben Blades (Bugz In The Attic).mp3

Saona – Nora Morales (Gilles Peterson).mp3


Hector Lavoe, « Mi gente » :





« Introducing » the Fania All Stars (live au Cheetah en 1971 et extrait du film Our latin thing) :




« Quitate Tu » par les Fania All Stars (live au Cheetah) :



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17 décembre 2008

Third World - 96° in the shade (1977)

Vous vous en rendez compte tous les jours, il fait un froid de canard et la grisaille quotidienne s’acoquine volontiers avec la crise ambiante. Et si le salut de ces considérations occidentales appartenait au Tiers Monde ? Et quel meilleur disque que celui-ci pour réchauffer nos carcasses fatiguées ? Littéralement "35° à l’ombre", en degrés Celsius et non plus en Farenheit, ce deuxième album du groupe jamaïcain fait partie du panthéon de l’histoire du reggae, finalement trop peu mise en lumière sur Dodb. Et s’en priver serait une erreur.

Formé en 1973 par le guitariste Stephen "Cat" Coore et le claviériste Michael "Ibo" Cooper, le groupe fait suite à une autre formation légendaire, Inner Cicle. De formation musicale classique, les deux hommes accueillent pour ce deuxième album un nouveau batteur, Willie "Roots" Stewart et un nouveau chanteur, William Clarke. Connus pour leurs prestations live échaudées, Third World est un groupe complet qui livrera une vingtaine d’albums de 1976 à 2005.

Enorme succès en Europe, 96° in the shade fait autant appel aux rythmes africains qu’ au rythm ’n blues américain. Son successeur, Journey to addis, confirme à ceux qui en doutaient encore le talent de composition de la formation. Improvisations, soli, paroles inoubliables, tout atteste d’un reggae savant et travaillé. Et les arrangements grandioses (dignes des plus beaux moments de pop) de ne jamais sacrifier aux dynamiques des chansons.

Pour ce qui est des morceaux justement, il est difficile de contourner l’arbre "96° in the shade" originellement intitulée "1865" en référence directe aux conditions de vie des esclaves noirs que l’on exploitait sous un soleil de plomb. Ce sera leur tube planétaire, à l’introduction désormais mythique, mais il serait dommage d’oublier les très rastafari "Jah Glory" et "Dreamland", reprise du grand Bunny Wailer.

En bref : Un grand disque de reggae avec des tubes et des arrangements à tomber. Le remède indispensable contre la morosité.
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Le site officiel de Third World

A lire aussi : Black Roots - In session (1985/2007)

"96 Degrees in the Shade" en live au Sunsplash en 1983 :


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24 novembre 2008

Feuilleton audio : les micro-labels - #2 Makasound

Suite de notre feuilleton sur les micro-labels de musique. Après Michel Pampelune, de Fargo records, c'est au tour de Nicolas Maslowski (ci-contre), créateur du label reggae Makasound, de présenter sa structure et d'évoquer son travail quotidien. Je ne vous en dis guère plus et vous laisse écouter ce son d'une dizaine de minutes, réalisé en début d'année, je le rappelle, pour l'émission de France Inter Esprit Critique.


# 2 : Nicolas Maslowski (Makasound). Nicolas Maslowski a créé Makasound en 2001. Suite à un voyage à Kingston, il essaie de diffuser le premier disque d'un chanteur de reggae à l'époque encore inconnu : Winston « Electric dread » McAnuff. Devant le refus des labels et distributeurs, Nicolas créé alors sa propre structure. Diary of the silent years de McAnuff sort en 2002. Depuis, Makasound (« maka » signifiant épineux en patois jamaïcain) a réédité de nombreux classiques de la musique reggae. On peut citer pêle-mêle les Black Roots, Alton Ellis, Linval Thompson ou encore Bunny Lee. Depuis, via ses subdivisions, le label a également investi de la champ de la musique africaine (Takana Zion, Alpha Wess...) et française (Java, Camille Bazbaz notamment). La série acoustique « Inna de yard », enregistrée à Kingston dans le jardin du célébrissime guitariste Earl « Chinna » Smith, reste pour moi le plus beau jet de Nicolas Maslowski et son équipe. Pour l'heure, Junior Murvin, Ras Michael Junior et The Mighty Diamonds, entre autres, se sont prêtés à l'exercice.



Télécharger le son au format mp3



Le site web de Makasound et celui de l'émission Esprit Critique


A écouter : Feuilleton audio : les micro-labels - #1 Fargo


A lire : The Mighty Diamonds - Inna de yard (2008), Black Roots - In Session (1985/2007) et Kiddus I - Inna de yard (2005)


Petite session video « Inna de yard » (sous-titrée en Danois ou Suédois!) avec Leroy Wallace, Earl Smith et Kiddus I :



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21 novembre 2008

Fat Freddy’s Drop en concert à Bordeaux


Que les amateurs de roots teinté de soul se réveillent, le groupe le plus adulé de Nouvelle Zélande (Wellington) est de passage sur nos terres. Les chouchous de Gilles Peterson et Jazzanova amèneront leurs cuivres, claviers et cordes pour soutenir leur leader Joe Duckie dans son dub reggae systématiquement synonyme de grande expérience sonore. Ca se passe ce jeudi 27 novembre au Krakatoa et c’est Musiques de nuit qui organise. Alors arrêtes de chiller et prends ta place.
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Le classique "Hope" :

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22 juillet 2008

Sortie du bimensuel Reggae Vibes

Pour les aficionados de reggae et autres musiques jamaïcaines, je vous signale la sortie d'un nouveau bimensuel baptisé très originalement Reggae vibes. Ce magazine est edité par Detroit Media, déjà porteuse du très bon mensuel Tsugi. Peut-être faut-il voir dans cette paternité commune un gage de qualité, dans une niche, la presse reggae (sic), qui donne l'impression d'être bien trop étroite pour être viable.

En attendant de répondre à cette question, le premier numéro de Reggae Vibes est arrivé dans les kiosques. Au menu, quelques basiques : un retour sur la mort de Bob Marley, un dossier sur Lee Scratch Perry et l'Afrique vue par Winston McAnuff, entre autres. Il faut noter que la majorité des journalistes de la rédaction de Reggae vibes est issue de feu Ragga magazine. Le nouveau titre pourra également se prévaloir de quelques jolies signatures au niveau de la photographie au rang desquels David Corio, Tim Barrow et Simon Buckland. A découvrir.

Reggae vibes, numéro 1 en kiosque, 6,95 euros.

Quelques travaux photo de David Corio : Lee Perry, Culture, Clement « Coxsone » Dodd (DR)




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07 avril 2008

Festival Garorock - Marmande les 4, 5 et 6 Avril 2008

Le retour du printemps ne se fait jamais sans le retour des festivals. Celui de Marmande, plus grand festival de musiques actuelles du sud ouest, ouvre le bal pour la douzième année. Les Marmandais, les vrais, habitués aux défilés incessants de jeunes en goguette à cette période de l'année, auront préféré laissé volets fermés afin d'éviter de se retrouver confrontés à l'un de ces festivaliers, pas toujours rasé de près. Une fois l'inévitable bouchon déclenché par ce genre de rassemblement traversé, il est déjà l'heure d'entamer la soirée du vendredi, qui verra s'enchaîner de 19h30 à 4h du matin une bonne quinzaine de concerts disparates.
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Premier inévitable constat: il y a du monde, vraiment! Ca sent le sold out à plein nez et chaque déplacement de quelques dizaines de mètres sur le site s'apparente très vite à une progression machette à la main dans la jungle. Rassemblement dans la grande scène Digitick, le bouche à oreilles fait son effet et il semblerait que la prestation belge de Girls In Hawaï ait été remplacée en lieu et en heure par celle non moins alléchante des californiens de Groundation. L'attente est longue mais finalement Harrison Stafford fait son apparition devant un public assoiffé de musique. Le set, très long, donnera l'impression que la troupe ne veut plus partir mais l'on retiendra surtout le remarquable talent des musicos, que ce soit le batteur ou le trompettiste, qui confirment à ceux qui en doutaient encore que Groundation est bien plus qu'un simple groupe de reggae.
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Sans le savoir, nous n'étions pas au bout de nos surprises. Malheureusement pour tout le monde, le set des Svinkels, attendu de pied ferme par une foule conséquente, sera complètement dissout par des problèmes techniques ininterrompus qui laisseront un goût amer dans la bouche de nombreux spectateurs se plaignant de ne pas être tenus au courant des changements de programmation, ni de la nature des problèmes. On se croirait presque à la SNCF. Là encore, passons. Les bières pros à 1,5 € et un sandwich éthiopien bio (?) font passer la pilule et permettent de repartir pour un tour. Et cette fois, pour du très lourd.
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Révélation personnelle sur le festival, les Birdy Nam Nam, que je cantonnais sans savoir pourquoi à une formation dub hip hop de festival ont en fait ravagé la grande scène d'un show électronique ultra dancefloor. Vainqueurs de plusieurs compétitions internationales de dj's, les quatres membres de ce collectif ont déployé avec force effets de lumières au néon un son énorme propulsé par quatre platines en brochette. Ce sera le set le plus brutal du festival, le plus dansant tout au moins.
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Un café marocain déniché derrière un espace détente conçu en vieux sièges de voitures (normal!), et ça repart pour le gros duo renoi du festoche et l'improbable rencontre entre le public de Marmande et Method Man & Redman. Sans surprise, c'est du bon gros hip hop américain qui sort du mur de baffles érigé sur la scène. Ils semblent avoir leurs fans, et comme je marche à moitié sur mes paupières à cause de la fatigue, je décide de prendre le chemin du retour, non sans m'arrêter quelques instants devant l'électro allemande de Modeselektor, qui semble très efficace mais dont les basses auront très vite raison des mes rotules. Retour hagard jusqu'au camping, jeté de tente, 2 secondes, dodo.
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Au réveil, vers 12h, l'impression générale est familière: des tentes Queschua à perte de vue, le soleil qui (heureusement) tape, des festivaliers partout largement identifiables à leur mode déambulatoire. J'en viens parfois à me demander lors de ce genre de rassemblement la proportion de gens qui viennent pour les concerts et ceux qui viennent pour vivre 3 jours durant une vie de festivalier, affalé dans l'herbe, entre potes, à jouer au caps en refaisant le monde. Le genre d'après midi langoureuse où l'on n'a rien à faire sinon attendre le soir, et donc errer ci ou là à la rencontre de rencontres. Je flotte alors de groupes de tentes en abris de fortune et mon oreille encore un peu attentive capte par ci par là quelques touches de bon goût, un Jefferson Airplane de ce côté, un ptit Doors de l'autre.
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Une fois tirée de la torpeur pâteuse et zombinicale de fin d'après-midi, la bande de sauvages reprend le chemin des concerts et tente d'arriver à temps pour la présence de Cocorosie. Fidèles à leur habitude, les soeurs Casady sont accompagnées par leur beat boxeur préféré et soignent un spectacle étrange et définitivement folk, parfait pour nous faire revenir à la réalité. Retour dans les travées, la croix rouge continue sa cavalcade effrénée de gars bourré en gars bourré, normal, et j'ai la bonne idée de croiser quelqu'un au T-shirt customisé, censé rappeler que picole est aussi l'anagramme de police, bien vu.
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S'en suivra l'enchaînement de groupes typiques de festival (vous voyez ce que je veux dire), Massilia Sound System et le Peuple de l'herbe (High Tone suivant à 3h du mat, bien trop tard pour moi qui ai comme seules munitions alimentaires quelques Pitchs et une pomme). Wax Taylor, que je croyais noir et américain, propose un concert somme toute assez agréable, plutôt différent de ce que l'on a vu jusqu'à présent mais largement recommandable. Mais tout le monde a déjà la tête ailleurs et commence à se rassembler pour recevoir la grande messe scénique hip hop marseillaise de nos années lycée, IAM en personne.
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Efficaces malgré quelques problèmes de son, les marseillais la jouent old school et nous resservent tous les vieux classiques de L' école du micro d'argent, en passant par Ca vient de la rue et le cheap mais indispensable Le Mia. Le public rassasié et content d'avoir vu au moins une fois IAM dans sa vie (l'émotion était partout palpable) se disperse et se retrouve pour le blind test géant signé 2 Many Dj's. Au passage les Bellrays jouent avec fougue dans le petit chapiteau mais personne ne semble vraiment les remarquer, quel dommage.
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Au final et malgré de nombreux problèmes techniques à résoudre pour les prochaines éditions (navettes engorgées et irrégulières, son pas exceptionnel, changements de programme au dernier moment...), le festival Garorock qui n'a de rock que le nom (j'ai entendu quelques vannes du genre "Oh c'est plutôt Garalelectro ou Garohiphop"), prouve par sa très grande affluence le succès qu'il opère années après années. Il permet l'espace d'un week-end à la campagne de vivre au rythme des festivaliers, d'errer en tongs une bière à la main un tarpé dans l'autre et d’assister à de très nombreux concerts de qualité. Et ce, même si on se demande encore ce qu'ils ont bien pu faire des Girls in Hawaï...
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Site web de Garorock

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25 février 2008

The Mighty Diamonds - Inna de Yard (2008)

Le label français Makasound poursuit son travail de célébration des grands noms du reggae jamaïcains. Cette fois-ci, ce sont les Mighty Diamonds qui se retrouvent dans le jardin du maître Earl « Chinna » Smith pour une session acoustique estampillée « Inna de Yard ». Les Mighty Diamonds, derniers survivants de la grande époque des trios roots vocaux, ont fermement gardé le cap depuis leur formation il y a plus de 30 ans, en 1969. Ils délivrent un reggae suave et plein de sagesse, bien soutenus par la guitare d'Earl Smith et une belle panoplie de percutionnistes (Jah Youth et le berger Kiddus I notamment). Je n'y couperai pas : les diamants sont bel et bien éternels...


Lloyd « Judge » Ferguson, Fitzroy « Bunny » Simpson et Donald « Tabby » Shaw, les trois membres des Mighty Diamonds sont originaires de Kingston et ce n'est pas une surprise, du quartier de Trenchtown. Ils jouent au coin de leur rue puis décident un jour de « porter ça plus loin, vers un public », comme l'explique Bunny. Le groupe cartonne en 1975 avec un premier album, I need a roof, et enregistrent au mythique studio Channel One.

Les années dorées de la formation s'inscriront sous les auspices de cette grande maison du reggae, dirigée par les frères Hoo-Kim. Hormi un virage pop, impulsé par la direction artistique de Virgin, pour les albums Planet Earth et Ice on fire, le trio compose une musique roots de qualité, aux thèmes certes classiques mais à la délicieuse candeur.

Pour répondre à leurs deux productions pop-isantes (et soup-isante) chez Richard Branson, les Mighty Diamonds pondront une galette libératrice, Deeper roots, sous-titrée « Back to Channel one ». Jusqu'à aujourd'hui, ils ne cessent de sortir des albums, de niveaux assez variables, restant toujours fidèles à leur credo : racines africaines, textes engagés, et douces harmonies vocales.


Cette session « Inna de Yard » est une sélection des titres qui ont fait la réussite du groupe. S'il manque indubitablement le magnifique « Master plan » et le fameux «Pass the kutchie », on y retrouve les plus belles songs des Mighty Diamonds, dont « Poor Marcus », « I need a roof » et « Leaders of black country ». Le tout dans des versions acoustiques accordant une large, et délectable, place aux percussions. Ce qui n'était pas forcément le cas des autres enregistrements champêtres de Makasound. C'est chaud, réconfortant et eurythmique. Bref, un disque qui peut aisément se frayer une place dans vos discothèques. En douceur.


En bref : Un trio roots vocal de grand standing, dans une session acoustique soignée.





A lire aussi : Kiddus I - Inna de Yard et Black Roots - In Session

Quelques petits plaisirs vidéos :

"Pass the kutchie"



"I need a roof"



Une session d'enregistrement au studio Channel One


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06 décembre 2007

Black Roots - In session (1985/2007)

Après avoir compilé et réédité leurs deux premiers albums, sous le titre On the Frontline, le label Makasound remet les Anglais de Black Roots à l'honneur. In session revisite les standards du groupe de Bristol en live, lors de deux sessions enregistrées en 1982 chez le fameux producteur de la BBC 1 John Peel (un des premiers dans son pays à passer du reggae et du punk sur les ondes radio). Originellement sorti en 1985, In session permet de renouer avec un des grands groupes (injustement oublié) du reggae brit.

Trajectoire classique, les huit membres de Black Roots, alors minots, débarquent en Angleterre au milieu des années 60, en provenance directe de Jamaïque. Destination les suburbs de Bristol et un pays qui s'enfonce peu à peu dans la crise économique. Chômage de masse, politique de rigueur, ségrégation spatiale, racisme. Les marges s'expriment à pleine voix et se construisent. Skinheads première génération, teddy boys puis punks. Parfois elles s'affrontent. Les musiques ska et reggae connaissent leurs heures de gloires, vous connaissez l'histoire.
Les Black Roots se forment en 1979. Ils enregistrent leur premier disque en 1980 et très vite parcourent l'Angleterre. Plus de 1000 dates enchaînées entre 1980 et 1986, des collèges de province au Hammersmith Theater de Londres. Ils participent ensuite à leur première tournée mondiale avec UB40. Leur premier album, éponyme, est pressé en 1983. Pendant près d'une quizaine d'années les Black Roots s'enquillent les scènes sans négliger de revenir régulièrement en studio. Ils se séparent en 1993 et laissent derrière eux dix albums et huit maxis. Forces vives du reggae britannique des eighties, ils semblent aujourd'hui largement ignorés. A tort, amnésie industrielle.


L'entrée dans In session se fait dans une douceur extrême sur un rythme syncopé classique très ambiant et enveloppant. On marche sur du velours. Ligne de basse soyeuse, choeurs chaleureux, solos de guitares et de piano flegmatiques. La voix de Delroy Ogilvie, suave quoique haut placée, est à la fois pure et reconfortante. Pas de grande originalité dans les thèmes abordés par les Black Roots, plutôt les marronniers du reggae des 80's. Au fil du disque, se croiseront les titres « Tribal war », « Juvenile delinquent », « Africa » ou encore « Chanting for freedom ». Mais la musique de la troupe de Bristol a un tel pouvoir de captation.
Dans son ensemble In session dégage une sorte de candeur salvatrice. Les voix de Delroy Ogilvie et Kondwani Ngozi nous hissent avec délicatesse dans leur noble impesanteur. Leurs chants fleurtent par moment avec la soul pour revenir ensuite da
ns une veine plus reggae roots, non sans nous rappeler furtivement à leurs voisins de Birmingham, Steel Pulse. Les titres, de structures indéfectiblement identiques, ménagent une large place méritée à des solos rondement menés. Certaines mélodies nous renvoient un instant aux sonorités des Gladiators. Plutôt flatteur. « Juvenile delinquent », « Tribal war », « Chanting for freedom » ou encore « Bristol rock »... difficile de dégager des titres de ce live d'une grande homogénéité, en dépit de son enregistrement en deux temps.



Juste un conseil pour finir... Vous n'avez rien de spécial à faire... enfoncez-vous dans votre canapé... tirez une grande bouffée... appuyez sur play et laissez vous guider... Black Roots saura vous faire apprécier le temps à sa juste valeur. Indispensable aux reggae freaks comme aux simples amateurs de roots mélodique. Les enregistrements In session sont complétés par les premiers maxis du groupe et quelques versions.


En bref : Reggae roots mélodique made in Britain, réconfortant et aérien



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05 mars 2007

Kiddus I - Inna de Yard (2005)

C’est un premier album que certains attendaient depuis plus de trente ans ! Franck Dowding est né en 1944 en Jamaïque, et il fait de la musique depuis l’âge de quatre ans. Il a traîné ses guêtres dans les quartiers chauds de Kingston, à Three Miles, Trenchtown ou Riverton City. Après l’école puis la chorale, étape quasi indispensable pour tout chanteur jamaïcain, Franck Dowding, qui ne se fait pas encore appeler Kiddus I, se met à la batterie, à la trompette puis au piano et à la guitare. Mais il avoue lui-même « ne pas être terrible sur ces deux derniers instruments!"
C’est en 1976, que Franck « Sheperd » Dowding, connaît son premier et presque seul succès. Dans le film « Rockers » il interprète le titre « Graduation in Zion » qui marque une génération d’ados européens en manque de bonnes vibes. Enregistré deux ans plutôt chez Jack Ruby, c’est finalement grâce à Ted Bafaloukos réalisateur de « Rockers » que « The Sheperd » sort de l’anonymat. Il lance son propre label « Sheperd » sur lequel il enregistrera onze titres dont « Security » et « Cry wolf » , enregistrés au Black Ark studio de Lee Perry .
1978 est une date importante pour une Jamaïque déchirée par les crimes politiques et l’escalade meurtrière dans laquelle se sont lancés les deux principaux partis politique de l’époque, le Jamaica Labour Party (JLP) et le People’s National Party (PNP). Liés au Gunsmen et aux syndicats du commerce, les deux partis transforment souvent les campagnes électorales en règlement de comptes géants. La Jamaïque est au bord de la guerre civile. A l’initiative de plusieurs figures du reggae dont Bob Marley, rentré deux mois plutôt de Londres, le « One Love Peace Concert » tente de réconcilier les Jamaïcains avec la politique. L’histoire en retient la poignée de main entre Michael Manley et Edward Seaga, les deux leaders politiques. Les amateurs de musique, eux, ne voient que les prestations des 16 meilleurs groupes de reggae du moment dont « The Meditations », «The Mighty Diamonds », « Culture », « Dennis Brown », « Peter Tosh », « Bob Marley and The Waylers » et « Ras Michael and The Sons of the Negus ». A l’époque Franck “Shepperd” dirige une communauté, lieu de rencontre entre les gamins des ghettos et les musiciens rastas. Cuisine, culture de l’herbe, discussions ésotériques et musique, autour d’un ou plusieurs joints, il n’est pas rare de rencontrer Gregory Issacs, Jacob Miller, ou Ras Michael palabrer pendant des heures. C’est en effet avec « Ras Michael ans the Sons of the Negus » que « The Shepperd » a participé au « One Love Peace Concert » du 22 avril 1978.
A cette occasion, il a d’ailleurs attaqué vigoureusement les hommes politiques corrompus et les policiers véreux. Cela ne lui sera pas pardonné ! La communauté est fermée en 1979 avant d’être rasée. Sherpperd lui doit fuir. Il part pour la Californie et l’Angleterre. Il fournit quelques titres, enregistre peu mais écrit beaucoup.
Ce n’est qu’en 2004 qu’il enregistre son premier album « Kiddus I Inna de Yard » sur le label français Makasound. Cet album, le deuxième dans la série « Inna de Yard » après celui d’Earl « Chinna » Smith est conçu dans l’arrière cour de la maison d’Earl, en acoustique dans le plus pur style Nyahbingi de retour aux traditions. Juste une ou deux guitares, caressée par Earl Chinna Smith lui même, et quelques percussions légères de Kiddus I, Kush MacAnuf (le fils de Winston) et de Ras Michael Junior. Le mixage fait, le disque peut sortir en 2005. Les instruments minimalistes, attirent le reggae militant de Kiddus I vers le blues et la soul. Sa voix grave et profonde lui redonne enfin la place qu’il mérite dans l’histoire tourmenté du reggae jamaïcain. Les compositions sont longues, appliquées et servent parfaitement le concept acoustique adopté par Makasound. Kiddus I, qui n’est rentré définitivement en Jamaïque qu’en 1992, s’est trouvé confronté au dancehall, « une musique négative qui est allée trop loin ». Pour lui « il est temps pour le monde entier de se tourner vers le « truth and rights », un retour aux instruments loin des ordinateurs ». Lui qui n’a enregistré qu’un album, en trente ans, ajoute sans regret, « un cycle arrive à sa fin, c’est à nous anciens du business de revenir et reprendre nos carrière en main ». Espérons, que nous n’aurons pas à attendre 30 ans pour écouter le deuxième album de Kiddus I, le dernier « berger de l’industrie du disque jamaïcain».

Un extrait du film "Rockers", première apparition de Kiddus I.


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24 février 2007

The Clash - From London To Jamaica (Live in Montego Bay, 27/11/82)

Vous connaissez Joe Strummer et ses acolytes, inutile d'en faire une tartine. Vous savez sûrement qu'à la fin des années 70, en Angleterre, les Clash et d'autres groupes de punk se sont acoquinés avec d'excellents groupes de reggae comme Steel Pulse et Misty In Roots, dans le cadre du mouvement "Rock Against Racism". Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce mouvement est né en réaction aux déclarations très douteuses d'Eric Clapton et de David Bowie. Le premier avait invité ses fans à voter pour l'ancien ministre conservateur Enoch Powell (auteur d'une intransigeante loi anti-immigration) lors d'un concert à Birmingham en août 1976. "L'Angleterre devient surpeuplée", avait-il affirmé, avant d'ajouter que voter Powell permettrait d'éviter au pays de se transformer en "une colonie noire" (!). Quant à Bowie, il avait clamé dans un magazine que le Royaume-Uni était "prêt pour un leader fasciste" - il revint plus tard sur cette énormité en prétextant un "abus de substances".

"Rock Against Racism", lancé par Red Saunders et Roger Huddle, édite d'abord un fanzine et organise de petits concerts pour se faire connaître. De nombreux musiciens et intellectuels apportent leur soutien à la cause, si bien qu'elle prend rapidement de l'ampleur. L'apothéose, c'est le "Carnival Against The Nazis", en avril 1978, quand 100000 personnes marchent de Trafalgar Square au Victoria Park pour assister à un concert en plein air. Sur le programme figurent The Clash, The Buzzcocks, Steel Pulse, X-Ray Spex, The Ruts, Sham 69, Generation X et le Tom Robinson Band. Ces groupes d'horizons divers improvisent ensemble pour faire l'éloge de la mixité.

La preuve ultime de ce métissage est sans doute le live enregistré au Bob Marley Festival, à Montego Bay, le 27 novembre 1982. J'aurais bien aimé être présent, ce soir-là. The Wailers, Toots & The Maytals, The B52's, The Grateful Dead et bien d'autres se sont succédés jusqu'au petit matin. Les Clash montèrent sur scène vers 4 heures, survoltés, pour livrer une de leurs meilleures performances disponibles sur bande. Les tubes du groupe, cuisinés à la sauce reggae, ne perdent rien de leur énergie primitive. Au contraire. Les guitares massives de "Radio Clash" en témoignent. Le batteur Terry Chimes, qui jouait pour la dernière fois avec la formation, est terriblement impressionnant. Et, ce qui ne gâche rien, l'enregistrement s'avère très correct, bien qu'il s'agisse d'un pirate.

"Guns Of Brixton", "London Calling" et "Straight To Hell" conviennent particulièrement au traitement dub opéré lors de ce set jamaïcain. La palme des basses les plus lourdes revient incontestablement à "Junco Partner", tandis que "Rock The Casbah" n'a jamais été aussi dépouillée. Ma préférée : "The Magnificent Seven", dont deux versions figurent sur le vinyl. Seule déception : l'intro et le dernier titre du concert, "I Fought The Law", sont absents du disque.

Aucune trace de ce live sur Radioblog et Youtube, alors voici "The Magnificent Seven" et "Guns Of Brixton" en version studio, ça ne peut pas faire de mal :




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04 février 2007

Peter Tosh - Stepping razor (DVD)

Peter Tosh, de son vrai nom Winston Hubert McIntosh, est l'une des figures les plus respectées du reggae jamaïcain. Et pour cause, fondateur des Wailers avec Bunny Wailer et Bob Marley, il a marqué l'histoire de la musique jamaïcaine à jamais. Il s'est aussi imposé comme une des figures de proue du mouvement rastafari en Jamaïque. N'hésitant pas à interpeller les hommes politiques de l'île pour s'indigner de la pauvreté du peuple, de la répression à l'égard des rastas, de la corruption ou encore pour affirmer la nécessité d'un soulevement de la population noire.

Ce DVD que j'ai trouvé tout à fait par hasard en flânant dans les rayons ce cette bonne vieille Fnac d'Avignon a plutôt été une bonne surprise. Réalisé par un journaliste anglais, ce documentaire est relativement bien construit (sans être génial je l'avoue) et permet aux amateurs de musique jamaïcaine de se fondre dans l'ambiance des ghettos (les fameux "Trench town") de Kingston et de redécourvrir le personnage de Peter Tosh, un des grands de la reggae music.

Le film s'appuie sur de nombreuses images tournées en jamaïque dans les quartiers populaires mais aussi sur les "Red X" tapes de Peter Tosh, sorte d'autobiographie audio enregistrée par le chanteur lui-même avant sa mort tragique en 1987.
A ce propos, Nicholas Campbell, le journaliste réalisateur, revient largement sur le combat de Tosh pour l'émancipation du mouvement rastafari et de la population noire jamaïcaine. Bien évidemment, il ne manque pas de nous livrer les images mythiques du "One Love Peace concert", concert organisé entre autres par Bob Marley en 1978 à l'occasion du 12e anniversaire de la visite officielle de Hailé Sélassié Ier en Jamaïque. Les artistes réunis pour l'occasion avaient pour but de célébrer la paix et de mettre fin à la guerre civile qui ravageait le pays. Cet évènement est resté dans les mémoires pour ce moment historique où Bob Marley joignit les mains de Michael Manley et Edward Seaga, les deux opposants politiques de l'époque et responsables en grande partie de la violence dans le pays. A l'occasion de ce concert, Peter Tosh s'était montré très véhément, s'adressant directement depuis la scène aux deux hommes politiques avec violence. Beaucoup pensèrent ensuite que la mort de Tosh était la conséquence directe de ces réprimandes publiques et surmédiatisées lancées aux deux hommes.

En effet, Peter Tosh, agitateur publique et polémiste notoire, sera retrouvé mort le 11 septembre 1987, une balle dans la tête. Vérité officielle : Peter Tosh a été abattu par des voleurs qui étaitent venus le braquer à son domicile. A noter : Les voleurs n'avaient rien volé (bizarre) et une seul des trois suspects a été incarcéré. Il clame toujours son innocence plus de 20 ans après les faits.

Un DVD tout à fait honnête pour comprendre la légende Peter Tosh. Sans mythification et sans artifices on découvre ou redécouvre un musicien de talent qui a fasciné ses contemporains (Mick Jagger était notamment un de ses plus grands fans) mais aussi un homme d'action, activiste rasta et alter ego plus sombre et violent de Bob Marley.

Je vous laisse avec un titre de Monsieur Tosh, preuve, s'il le faut, de son engagement.


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