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02 juillet 2013
Dunkelziffer - Retrospection Obi Set (2013)
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Catégories : Ambient, Chroniques, Compilation, Dub, Experimental, Funk, Kraut, Post-punk
23 avril 2013
Steve Mason - Monkey Minds In The Devil's Time (2013)
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31 janvier 2012
Quantic - The Best Of Quantic (2011)
Car Quantic fait réellement monter la température : caribean swing, mambo cubain, salsa, reggae, dub, soul, chaque branche de la musique est ici arrangée avec précision par un Dj qui en a vu et qui n’hésite pas à insuffler des touches plus récentes d’électro ou de rock. Des sonorités latines modernisées, c’est ce que propose Quantic capable de jouer de n’importe quel instrument, sur n’importe quel tableau. A la fois respectueuse et catchy, sa musique est ainsi universelle. La bande son parfaite pour un mojito, permettez-moi le cliché.
C’est rare que nous nous intéressions à un Best Of, mais là le double disque (ou simple vinyle) est tellement bien séquencé et choisi que c’est un disque à part entière. Et derrière l’arbre qui cache la forêt ("Mi swing es tropical", matraqué de partout) se cachent une infinité de morceaux plus entraînants les uns que les autres : "Time is the ennemy", trip-hop au piano lancinant, "Transatlantic", swing tropical imparable, mais aussi "Life in the rain", "Pushin’ on", "Sabor"… Autant de bombes de bar et de bombes tout court. Essentiel !En bref : rétrospective dense et schizophrène entre gênes tropicaux et tendances électroniques. Vive Quantic !

Le site officiel
"Transatlantic" :
"Life in the rain" :
"Not so blue" :
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19 janvier 2011
Visti & Meyland - s/t (2010)
Je ne remercierai jamais assez Dave de m’avoir poussé à écouter "Stars", track de l’année selon moi et tête de gondole d’un album jouissif de bout en bout. Personne, je dis bien personne n’en a parlé (ou alors qu’il se lève maintenant ou se taise à jamais) et pourtant… Certes le duo à l’origine de ce disque n’est pas au top niveau communication, c’est même un bel euphémisme. Même ceux qui lisent ce blog depuis le début ont sans doute oublié l’interview et la chronique par Fabien de cet énigmatique danois qu’est Peter Visti. Ancien footballeur reconverti sur le tard à la musique baléarique, on sait très peu de lui. C’est encore pire pour son comparse Jakob Meyland quasi absent du web. Mais les deux amis travaillaient ensemble depuis 2003 pour jeter en pâture l’année dernière cet OVNI disco, au sens noble du terme.Commençons donc par "Stars". La basse disco qui entame, les guitares qui s’installent, puis la rythmique qui les rejoint tranquillement. Quelques notes de piano puis des nappes de synthé bien troussées. Un bébé qui pleure. Le piano qui se fait sa place, les synthés qui s’accrochent. Le morceau prend son temps puis des voix incantatoires qui annoncent l’explosion à 3’50", l’une des plus belles de 2010. Le son qui se fait plus fort et ce piano qui continue de nous entraîner. Le synthé qui se fait dramatique, mais pas trop. Et enfin cette voix sourde et pleine de relief qui en enchaîne une autre plus agressive. C’est parti pour un délicieux couplet / refrain "Just follow me / I’ll show you the way to the stars". Simple mais efficace. Les voix se muent en chœurs de l’armée rouge et le morceau qui continue encore de monter. Le duo vient d’inventer la prog disco funk en 8’18". On en reste sans voix.

Et des morceaux comme ça il y en a d’autres. Comme "Yes Maam" le premier morceau qui les a fait connaître ensembles. C’est un morceau d’électro disco minimal, avec guitare classique, et psaumes de "negro spiritual" comme ils disent. Le credo "All night long" est récité en boucle et le tout est dansant à souhait, sans aucune vulgarité. Il y a aussi les huit autres minutes de "Leave your worries". Encore cette voix venue de l’espace, qui annonce les instruments au fur et à mesure qu’ils se rajoutent : "Here come the bass". Qui prend son temps. "Here come the drum". Puis "Here we’re introducing the piano". Au milieu, c’est un break déchirant de voix / piano qui annonce encore à 3’50" (coïncidence ?) la deuxième énorme explosion de ce disque, et donc de l’année : "One word only / It’s love". Je vous laisse découvrir par vous-mêmes.
Tous les titres ne sont pas comme ça non plus. Mais le niveau ne baisse jamais franchement. "The Chair" est aussi un rock cosmique de haute volée mené tambour battant sur un rythme pulsatoire qui fait son effet. A l’image du reste du disque, ce tracks est à la fois taillé pour le dance floor ET pour le canapé. Etrange comme situation. Il y a même une reprise : "Nightclubbing" de Grace Jones. Pas mal. Vous reprendrez bien un petit dub oriental ? Mais bien-sûr puisque "Slowly" est là pour faire tampon avant le funky "I’m scared" et son refrain que je ne comprends sur le cannabis. Un génial texte scaté et obsédant plus tard ("Diggy dang" ?!?), "Something in the way" clôt le trip avec beaucoup trop de miel pour moi, c’est dire. La seule fausse note à mon goût. Ah oui, il y a quand même un long jam de onze minutes à la fin. Pour le fun.
En bref : aussi bien destiné aux néophytes qu’aux initiés, Visti & Meyland selon le nom de ses créateurs est un disque universel de prog disco susceptible à la fois de vous faire squatter le salon et de vous faire décoller sur dance floor. Salutaire et tout bonnement génial. Une bonne claque dans la gueule.

Seules infos disponibles, sur le site du label Bear Funk
A lire aussi : Peter Visti, interview et chronique
"Stars" :
"Yes Maam" avec un flow hip hop :
"The Chair" :
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29 décembre 2010
The Bees - Every Step’s A Yes (2010)
On a quand même tous la mémoire assez courte. Il existe ce groupe là-bas, sur l’Ile de Wight, qui depuis huit ans nous avait livré trois albums géniaux (dont deux excellentes chroniques ici-même, elles aussi oubliées et non commentées), que tout le monde ici bas s’évertue insolemment à ignorer. Que nous faut-il de plus ? Des concerts à emporter, des gros festivals, des clips qui buzzent ? The Bees ne fait rien de tout ça, à peine quelques coups d’éclat par-ci par-là ("Chicken payback", "Minha Menina"). Mais à chaque fois on oublie que ça vient d’eux, et on repart dans notre course effrénée de la découverte du prochain groupe de pop un brin psyché américain. Sur ce quatrième essai, c’est "Winter rose" le joyau qui a lui seul devrait multiplier comme des pains la reconnaissance du groupe. Alors pour la troisième fois (et sans doute pas la dernière), rendons ici à Paul Butler ce qui doit lui être rendu.Le Paul Butler en question, il est allé passer quelques temps en Amazonie avec son pote Devendra Banhart. Probablement fort de quelques substances indiennes, Paul y a co-produit le What Will We Be de son ami. Mais il y a aussi consolidé ses premières aptitudes à la bossa nova et à la samba, en témoigne le morceau final de ce disque, les cinq minutes instrumentales et bouillantes de "Gaia". Paul Butler n’y construit rien d’autre qu’un moment dément de samba mariachi qui rencontre la guitare de Crosby Stills & Nash et leur "Darkstar". Voilà comment The Bees considère un gros final. Rares sont les groupes à se permettre ça sur un disque à priori estampillé rock indé. C’est la force de ce groupe (et peut-être aussi sa faiblesse à la réussite), insuffler un vent chaud venu de pays où écouter du reggae, du dub, du funk n’est pas une tare. Et cette musique en ressort grandie.
Si rien ne se ressemble vraiment sur ce disque (et comme sur tous les autres de leur discographie), on dégage quand même quelques habitudes : une guitare ou deux guitares acoustiques, des harmonies vocales, un coup d’orgue, et surtout ces percussions mixées très en fond. L’impression est aérienne, chaleureuse, et profondément laid-back, dans un genre Simon & Garfunkel. Comme pour les Kinks, l’après-midi y est ensoleillé. Mais ceci n’est qu’une base, et les surprises sont nombreuses. Un voyage dans l’inconnu.

Les plus flagrantes, elles sont au début. "I really need love". Une déclaration au public ? Du genre : "Mais c’est pas possible, comment pouvez-vous m’ignorer à ce point ?" (très peu de chroniques en français sur le net à ce jour). Deux accords, un sitar, une intonation gospel et c’est parti, classique instantané ! Plein de soul et de classe. Puis "Winter rose" dont on a parlé plus haut. Un sommet. Des quelques notes introductives de guitare jusqu’au dub implacable de la suite. Un style indéfinissable qui plairait à Nova, à base de cuivres, de voix et d’effets venus d’ailleurs. La version de Nicolas Jarr est elle aussi un bijou.
Comme si ça ne suffisait pas ils ont mis "Silver line" après, un single pastoral que ne renieraient pas les Monkees. La mélodie y est encore une fois extrêmement accrocheuse. Quant à "Skill of the man", c’est cool comme du Beta Band, et "Pressure makes me lazy", trippé comme un bon Animal Collective.
En bref : sans doute un sommet de plus pour le groupe anti conformiste The Bees (A Band Of Bees aux USA !?!), chaque titre de Every Step’s A Yes vaut son pesant d’or. De la première à la dixième écoute ce disque est un régal. Du groove, des singles en veux-tu en voilà, une vraie passion de la musique, si je pouvais voter à nouveau pour 2010, je ne ferais pas deux fois la même erreur, et je consacrerais à The Bees la place qu’ils méritent.

A lire aussi : The Bees - Sushine Hit Me (2002), The Bees - Free The Bees (2004)
Le Myspace
Les trois premiers titres de l'album, à vous d'écouter la suite :
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15 octobre 2010
James Blake - Klavierwerke (2010)
Nous n’avons jamais encore parlé de James Blake, comme d’ailleurs de beaucoup d’artistes dubstep, sur Dodb. Et compte tenu de la qualité de ses sorties depuis son irruption sur la scène il y a deux ans, c’est une honte. Evidemment jeune (22 ans) et Britannique, Blake se situe clairement au-dessus de la mêlée par son audace, son génie rythmique et son raffinement. Son précédent EP, CMYK, qui donnait dans le R&B déglingué et euphorique, mais surtout cette nouvelle offrande, sont à compter parmi les disques essentiels de l’année.Musicien de formation classique, James Blake, à ne pas confondre avec le tennisman du même nom, articule ici ses morceaux autour de quelques notes de piano acoustique. Klavierwerke ("œuvres pour piano") reste néanmoins un titre trompeur. Car ce sont surtout les intrications de la basse, des beats et des samples de sa propre voix triturée qui forment l’armature des 4 morceaux de l’EP, qui s’avère nettement moins funky que le précédent, et aussi joyeux que peut l’être East London au mois d'octobre.
A l'image de Burial sur son album, le producteur démontre une science du silence et de l’espace entre les notes quasi-incomparable. Il sait ménager ses effets, réduisant le beat à sa portion congrue pour mieux faire ronfler une ligne de basse démentielle, comme sur "Klavierwerke". De même, l’utilisation des voix joue avant tout sur la temporalité. Les micro-samples sont comme aspirés, ou démantelés, puis recrachés à la face de l’auditeur comme autant d’incitations à une nostalgie rêveuse. C’est difficile à décrire et ça ne ressemble pas à grand-chose de connu, si ce n’est peut-être à Mount Kimbie, groupe dont il était membre à ses débuts, sur leur excellent album Crooks & Lovers.
"I Only Know (What I Know Now)" est certainement la pièce la plus impressionnante des quatre. Redoutablement complexe malgré une notable économie de moyens, elle est comme hantée, poussiéreuse, semblable à de vieux souvenirs qui reviennent en flash puis s'évanouissent, et dont on essaie vainement de recoller les morceaux épars. "Don't You Think I Do" joue sur le même terrain, mais avec un groove plus insistant et des synthés druggy à souhait. Pourtant bien barrée, "Tell Her Safe" paraît presque conventionnelle comparée aux autres tracks.
Même si les essais de classification de James Blake par les blogueurs, qui parlent de "future bass" et même de "post-dubstep" (!), semblent plutôt maladroits et lourdauds, je ne serais pas fichu de trouver mieux. Les kids ont raison : Klavierwerke explose les frontières du genre et la musique de Blake s'impose de plus en plus comme une énigme qu'il serait illusoire de vouloir éclaircir.
A noter: le premier album de James Blake est attendu pour début 2011. D'ici là, guettez la sortie de sa reprise de Feist & Gonzales, le 8 novembre sur Atlas.
En bref : chef de file d’un dubstep aventureux et sans ornière, James Blake se réinvente à chaque disque, et livre cette fois son EP le plus profond et minimaliste. Définitivement pas pour tout le monde, mais tellement délectable pour qui saura l'écouter.

Le Myspace de James Blake
Celui du label belge R&S
Un titre de son précédent EP:
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Catégories : Chroniques, Dub, Dubstep, Electro, Experimental, Maxi/EP
22 décembre 2009
Karlex - With All Due Respect (2009)
Do you know Karlex ? Pour ceux qui seraient passés à côté, malgré la très bonne critique de son deuxième album sorti cette année, Dodb opte pour une piqûre de rappel. Comme son auteur, With All Due Respect (signé sous son propre label Lil' People records) est un mélange aux mille saveurs. Le genre qu’on n’enferme pas dans une case. D'origine haïtienne, Karlex a vécu à New York avant de s'installer il y a six ans sur le littoral du sud de la France, près de Montpellier. C’est là, face à la mer Méditerranée, qu’il a composé ses onze titres (douze avec le bonus), inspirés par tous ces lieux puisqu'il chante en trois langues : anglais, créole et français. Sur les pas de ses oncles et frères, il s’est mis à la guitare vers l’âge de onze ans. Mais c’est dans la composition et l’écriture de chansons qu’il trouve son élément. Ses influences : Les Stones, The Doors, Mickael Jackson, Bob Marley ou encore Fela Kuti.Tiraillé entre la culpabilité de vivre pleinement dans cette société de consommation occidentale et la pauvreté qui ronge son Haïti natale, Karlex jongle et parle de cette dualité des cultures qui l’anime et qu’il a aussi du mal à assumer. Son combat intérieur pour trouver un équilibre donne un melting pot riche de couleurs afrobeat, électro-dub, funk, soul ou encore folk et jazzy.
Il ouvre en anglais par "Liberated" (Tomorrow can wait). Il raconte : "Je parle de cette société de consommation, de cette prison. C’est une folie dans laquelle je suis moi aussi un consommateur." Ses harmoniques à la guitare, le synthé et les rythmes de la batterie s’emballent et virent vers un son électro et très dub. La voix apporte une douce mélodie avant de s’enflammer dans un slam ou un rap final, qu'un duo souffle/basse clôture.
Dès les premières notes de piano, le second morceau "Do you know my name" affirme clairement sa touche jazzy. Des voix lointaines laissent place au chant de Karlex, qui en écho, semble lancer un appel, ou plutôt une prière, réveillée par des apparitions de flûte traversière. Ni prosélyte, ni moralisateur, il explique pourquoi il s’adresse à Dieu : "Cette chanson parle de la souffrance du peuple haïtien, de celle d’autres peuples. Je suis un croyant dans le questionnement." Dans une autre version (bonus) plus rapide comme lors de ses concerts (il était de passage à Montpellier en décembre) l’entrée électro avec la réverbe de la batterie ravivent le morceau.
"Onè respè" mêle le créole et le français. En Haïti une expression veut qu’au lieu de frapper à la porte de chez quelqu’un on dise "Honneur" (Onè) et les gens répondent "Respect" (respè). Sa voix chaude et son parlé incarnent l’Homme africain. "Courir pour être libre, courir pour ne pas mourir." Inspiré par ses ancêtres esclaves qui ont couru pour la liberté, il pointe les différences nord/sud. La place donnée à la guitare électrique, la mélodie enjouée, le synthé et une enveloppe sonore électro rafraîchissent le côté traditionnel.
Karlex poursuit son retour aux racines avec l’afrobeat de "I-nèg'marron". "On est tous des Neg marrons. Des Neg marrons qui se battent pour la dignité", crie-t-il en concert. "Mes ancêtres étaient des esclaves alors je dois en être un aussi.".
Après "Dear Mama", place au jazz groovy de "Choukoune". Dans ce dialogue entre le piano, la batterie et sa voix sensuelle, Karlex slame en créole un poème du 19e siècle, l’histoire d’un homme enchaîné des deux pieds par une femme !
Folk, avec un début à la guitare seule, "Everyday" laisse enfin place au chant et moins à la voix parlée. Derrière une base de rythmes africains, la voix se balance entre le registre grave et aigu. Tandis que les riffs de guitares électriques s’entremêlent aux sons du synthé.
Dans "It's all in your heart", les rythmes de percus africaines persistent. Mêlés à la guitare, à la répétition d’effets, notamment de la wah-wah, ils rendent l’atmosphère mystique tout comme la voix douce qui envoûte et alterne entre medium et aigu. Les boucles de voix répétées hypnotisent et leurs longueur installent un univers de transe. Avec des percus en constante résonance dans la tête.
Après la guitare plus rock de "So much in a man's mind" et les bases electro-pop avec des voix sur la fin de "Making it right", Karlex rend hommage à David Bowie. "This not America" est sa première reprise. Très lente, il pose les paroles comme un slam sur le synthé, instrument solo du morceau. Au bout de plus de deux minutes d’introduction, il chante le refrain. Apaisé, on se laisse guider et on prend le temps d'écouter. Il finit par de longues nappes enveloppantes. Une version très épurée, et très pure. Comme son interprète.
En bref : un artiste éclectique et inclassable qui puise sa musique et son verbe autant de son Haïti natale que de New-York, où il a fait ses classes. Un répertoire envoûtant à découvrir aussi en live pour une version plus chaloupée.

Le Myspace et le site officiel
Le clip de "Liberated" :
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03 décembre 2009
Safi Allah Abdullah - Africa is burning and the black man is doing the freak (1980)
Le lion de Judée imprimé sur l'étiquette du disque ne ment pas. En effet, retrouve-t-on tous les ingrédients, dirais-je classiques, du bon morceau de reggae roots pieux et révolté. Le titre en dit d'ailleurs long : "Africa is burning and the black man is doing the freak". Pour toutes sortes de raisons que je ne développerai pas ici l'Afrique brûle - qui oserait en douter - et Safi Allah Abdullah de nous l'expliquer dans une très altière et suave complainte. Il n'y a rien de bien extraordinaire me direz-vous. Certes, du reste faut-il souligner l'extrême finesse de l'instrumentation de cette très jolie track de reggae mélodique et l'immense pouvoir de captation exercé par le dénommé Abdullah. En somme, deux points qui nous font apprécier généralement ce genre de musique.
Quelques cloches tintantes, des cuivres dynamiques, un riddim rebondissant et épuré, la voix sensible et vibrante de Safi Allah Abdullah, la mayonnaise prend à merveille et tout est véritablement réuni pour un délectable moment de paisible révolte. Les dernières secondes du titre, en spoken words, finiront d'ancrer son refrain dans les méandres de notre esprit. "Save the babies, rescue the children" comme un écho dans notre grotte. Impossible dès lors que notre route de pèlérin reggaephile ignore cette petite pièce roots modeste mais digne et se refuse à recroiser à nouveau son chemin.
En bref : Petit plaisir roots fugace tout droit ressorti de mes caves reggae new-yorkaises.

"Africa is burning and the black man is doing the freak" sur rapidshare.
La version dub.
A lire aussi : Section reggae
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04 novembre 2009
Dub Echoes - Bruno Natal (2009)
Pour beaucoup, le dub ne se résume qu'à une simple succession de boucles instrumentales, quelques basses bien nourries et un usage extensif des effets de réverbération et autres bricolages sonores. Mais bien plus que ça, cette musique, née d'une manipulation hasardeuse à la fin des années soixante, s'est révélée, dans son épure rythmique et stylistique, une matrice essentielle et une influence décisive pour de nombreux artistes, dans de nombreux registres, du hip hop à la musique électronique, en passant par le rock ou le punk. Qui n'a pas observé les innombrables remix "dub" qui ornent aujourd'hui fréquemment les secondes faces des vinyles lorsqu'ils ne rayonnent pas sur les premières. Rappelons-nous aussi, d'un si symbolique live des Clash à Kingtson, une certaine année 1982, et des générations d'artistes qui citèrent, ou citent encore, les pères fondateurs jamaïcains du dub et leur audacieuses expérimentations sonores.Si le documentaire du Brésilien Bruno Natal, distribué dans nos contrées par Soul Jazz Records, a mis cinq années à être bouclé c'est justement pour recueillir l'indispensable témoignage d'un des pionniers de la musique dub, Lee "Scratch" Perry. Il est vrai que pour la parole du génial producteur et ingénieur du son, aussi brillant qu'azimuté, on peut prendre son mal en patience. Face caméra, le grand maître livrera ainsi sa synthèse illuminée : "La basse est le cerveau et la batterie est le coeur, qui donne l'impression d'être vivant". A vous de méditer.
Vous l'aurez compris, Dub Echoes est le fruit d'un travail de longue haleine dont la richesse des personnages est sans conteste la preuve la plus éclatante. Pour convaincre les profanes du caractère révolutionnaire du dub et de son immense influence sur la musique contemporaine, le réalisateur carioca a convoqué une pléiade d'artistes de tous horizons. Des inspirateurs historiques comme Perry, King Jammy, Sly Dunbar (de Sly and Robbie), Mad Professor, U Roy ou Bunny Lee aux "héritiers" tels que Roots Manuva, Bullwackie, Peter Kruder, 2 Many Djs ou encore Thievery Corporation et Asian Dub Foundation.

Tendant à l'exhaustivité, le film remonte à la culture jamaïcaine des sound-systems des années 50, véritables joutes de rue entre propriétaires d'installations sonores démesurées où l'exclusivité d'un titre et et la puissance fracassante d'un empilement d'enceintes pouvaient assurer à son possesseur succès populaire et renommée. C'est dans ce cadre, par un bel après-midi kingstonien de l'année 68, qu'un dénommé Ruddy Redwood se rendit au studio Treasure Isle de Duke Reid pour mettre en boîte un titre. L'ingénieur du son omettant d'enregistrer la voix du chanteur, la galette (dubplate), vouée aux oubliettes de l'histoire de la musique, initiera la vague dub. Dès le lendemain de son pressage, le morceau fait un ravage dans les sound-systems de l'île et rapidement des émules.
Très justement, Bruno Nadal n'oublie évidemment pas de consacrer le temps requis et mérité par les prophètes que furent ensuite King Tubby et Lee Perry, techniciens du sons et éminents bricoleurs autant que compositeurs géniaux. Il n'omet aucun détail mais c'est véritablement par la confrontation des témoignages entre anciens et modernes que le documentaire prend toute son ampleur. La foi inextinguible et la passion affichées par des musiciens loin d'être nécessairement catalogués "dub music" est saisissante. A Howie B, producteur entre autres de Björk, U2 et Tricky, d'en faire état : " Les gens continueront de découvrir le dub dans 20 ans, quand la drum'n bass aura disparu, quand le hip hop aura disparu, et peut-être quand le rock aura disparu". La pratique du sample et des effets ainsi que la recherche d'une épure rythmique dans la basse et la batterie ont transcendées les générations. Personne ne peut stopper l'"écho dub", tel pourrait être d'ailleurs le mot de la fin de ce film imposant et riche. Mais plutôt que de paraphraser, vais-je une nouvelle fois laisser la parole au laconique Lee Perry. "The dub has no end" nous lance-t-il. Le voilà le véritable mot de la fin.
En bref : Complet et intelligent, le film que la musique dub méritait. Un document essentiel, distribué une nouvelle fois par le classieux label londonien Soul Jazz Records.

A noter qu'une excellente compilation, intitulée également Dub Echoes, a accompagné la sortie du film.
Les sites web de Dub Echoes et Soul Jazz Records.
A lire aussi : section Dub
La bande-annonce de Dub Echoes :
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09 juillet 2009
The Dead 60’s - Space Invader Dub (2005)
L’été est souvent l’occasion de rompre avec la routine. Emploi du temps, lieux, habitudes, rencontres, tout est différent. Aussi, j’ai pu me rendre compte qu’à intervalles réguliers depuis quatre ans, un disque hors de mes sentiers battus réapparaissait inexorablement sur ma platine les beaux jours venus. Et à ceux qui croient en lisant le titre qu’il s’agit encore une fois d’un énième groupe brit pop dont je me suis fait le porte parole, je vous dis détrompez-vous, nous avons à faire là à une formation hors norme, dissoute depuis 2008 dans la plus grande indifférence, qui s’était fait spécialiste à l’époque d’un revival dub ska dans le punk rock, façon Madness, Specials et Clash. Hors le résultat est sans appel, ce disque bonus puisque c’en est un, est un pur concentré de dub à la hauteur je pense de ce qui se fait de mieux dans le genre.En 2005, le quatuor indépendant The Dead 60’s originaire de Liverpool débarque avec un premier album éponyme, pochette jaune pour les USA, rouge pour l’Europe. Sur cette dernière édition, les boys déjà peu avares en sonorités dub sur l’album dit "classique" ont eu la bonne idée d’enregistrer dans la grande tradition ska /reggae un album bis au titre qui claque, version dub, 100% instrumental. Et alors que l’album, le vrai, affiche 35 minutes agréables et originales mais pas franchement révolutionnaires, le disque bonus est un petit sommet dans la grande lignée des productions Mad Professor. Les responsables de ce 10 titres en sus ? Les Dead 60’s eux-mêmes aux instruments, quasi non reconnaissables, et aux manettes le producteur Central Nervous System dont on sait relativement peu de choses, si ce n’est qu’il officie principalement pour le label Deltasonic.
Un disque assez rare donc, qui s’écoute comme on sirote une Margarita sous un soleil de juillet. Eh si je manque de mots pour décrire ce genre que je pratique peu (lignes de basse rondes, oui mais-encore ?) je fais appel à vos commentaires avisés pour me confirmer mon coup de cœur, ce disque étant généralement bien reçu lors de passages impromptus en soirée. Le groupe a sorti son deuxième album Time to take sides en 2007 avec une orientation bien plus pop. Il a coulé depuis, mais il nous reste l’éponyme, et surtout, ce petit dub unique sorti de nulle part. A déguster sans modération.
En bref : méconnaissables là où personne ne les attendait, les Dead 60’s et un génial producteur inconnu signent un bel ouvrage dub à découvrir.

A lire aussi : Lee Scratch Perry - Arkology (1997)
Télécharger le disque
Numérisé par mes soins depuis le vinyle, "Tower block dub" et "Too much Tv dub" :
Au passage, pour vous faire une idée, "Ghostfaced killer" issu du "vrai" album :
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16 avril 2009
Flanger - Inner Space / Outer Space (2001)
Ninja Tune n’est peut-être plus le très grand label que nous avons connu dans les années 1990, mais rien ne nous à oblige à oublier ce que nous lui devons en terme d’exploration sonique et d’explosion des frontières musicales : les collages de Coldcut, le turntablisme obsessionnel d’Amon Tobin et Kid Koala, le hip-hop cinématique de Herbaliser ou DJ Vadim... La liste pourrait s’allonger à l’envi. Parmi les formations les plus créatives de cette grande époque de l’équipe londonienne, Flanger est à la fois l’une des plus aventureuses, et des moins vendeuses - ce qui ne va pas forcément de pair, le très expérimental Supermodified de Tobin restant à ce jour la meilleure vente du label.Pour comprendre les intentions du duo allemand, mieux vaut réviser ses classiques du jazz des années 60 et 70 : la nonchalance du vibraphone de Milt Jackson et de son Modern Jazz Quartet, les complexes parties de Rhodes de Joe Zawinul (Weather Report), les hybrides jazz/funk d’Herbie Hancock ou des Brecker Brothers... Pour l’essentiel, Flanger se réapproprie ces fusions jazz et en livre une version électro-acoustique très ambitieuse. Alors que leurs deux premiers albums étaient électroniques à 90%, Inner Space/Outer Space a été enregistré avec une troupe de musiciens venus de Cologne, Copenhague, mais aussi de Santiago de Chile, ce qui explique le parfum sud-américain de la majorité de ses huit plages. L’ajout de ce feeling live, ainsi que la présence de grooves plus insistants, font du troisième projet de Flanger le plus accessible de tous, même s’il ne s’agit pas précisément d’un disque facile à appréhender.
Entièrement instrumental, si l’on excepte quelques onomatopées vocodées, Inner Space/Outer Space est construit, comme l'indique son nom inspiré d’un roman de J.G. Ballard, sur un balancement perpétuel entre expansion et contraction, intériorisation et lâchage rythmique, souvent au sein d’un seul et même morceau. La jam session chaotique qui ouvre “The Man Who Fell From Earth” met en scène une chute dans l’éther cosmique, chute qui s’achève dans l’océan, comme le suggère le deuxième acte de ce morceau extrêmement riche, où les synthés figurent le chant des baleines dans un flux de cymbales nacrées. Le tout dure moins de quatre minutes et se clôt sur un assemblage sans queue ni tête de cliquetis et de gratte électrique. L’album est ainsi bourré de surprises, de revirements et d’assemblages bizarroïdes, comme sur “It Ain’t Rocket Science”, où le sax ténor de Thomas Hass se vautre sur un tapis de sons kraftwerkiens.
Mais au fait, à qui doit-on cet ovni ? Pas exactement à des nouveaux venus, on s’en doute. Flanger, c’est l’association de deux génies protéiformes du jazz et de la musique électronique. Le premier, Burnt Friedman, a fait ses classes dès 1978. C’est un pionnier des musiques actuelles en Allemagne, furetant du dub (avec ses Nu Dub Players) à la musique industrielle (Some More Crime, Drome) en passant par la techno minimale (NUF). Le second n’est autre que le picaresque Uwe Schmidt, alias Atom TM - alias Senor Coconut, Erik Satin, Lisa Carbon, et 50 autres pseudos. Vivant aujourd’hui au Chili, c’est un fan de rumba et de techno, de Prince et de Coltrane, qui adore provoquer les mélomanes en mariant, pas toujours avec très bon goût, easy-listening, électro et variété. Flanger reste donc un projet à part dans les carrières de Schmidt et Friedman, auquel ils se consacrent tous les 4 ou 5 ans. Un quatrième album étant sorti en 2005, on ne devrait pas tarder à les voir resurgir.
A noter : la version vinyle ne contient malheureusement pas “Hirnflug”, l’excellent track final.
En bref : une fusion complexe entre jazz-funk, musiques latines et IDM qui constitue l’un des points d’orgue du catalogue Ninja Tune. Un disque sous-estimé, à redécouvrir.

Flanger - Outer Space / Inner Space.mp3
Flanger - The Man Who Fell From Earth.mp3
Les pages Myspace de Flanger et Atom TM
Le site de Burnt Friedman
A lire aussi : Erik Truffaz & Murcof - Mexico (2009)
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Catégories : Chroniques, Dub, Electro, Electronica, Experimental, Jazz
11 avril 2009
Bullion - Young Heartache EP (2009)
Si le dernier album d'Animal Collective nous avait donné matière à réflexion en ce qui concerne la façon dont on peut aujourd'hui repenser la musique pop, Young heartache du Britannique Bullion, produit par le petit label One Handed Music, nous donnera également du grain à moudre. Du bonhomme, je ne peux guère vous en apprendre tant les informations sont rares pour ne pas dire inexistantes sur la toile. Tout juste puis-je vous signaler qu'il est originaire d'une bourgade du nom d'Acton, a déjà sorti deux maxis, donné une version électronique de l'album des Beach Boys Pet Sounds – détail d'importance – et est coupable d'un remix de bas-étage d'Amadou et Mariam.Fort heureusement pour nous, cet EP, totalement passé inaperçu, relève plus du génie wilsonien que de la chanson populaire de Bamako. Pour autant, il serait tout à fait inapproprié d'imposer cette seule filiation à ce disque déroutant et pour le moins créatif. Rythmes hip-hop, incursions house, envolées de deep-electronica, lourdes basses dub, samples syncopés de voix soul, breaks rap, il devient rapidement vain de tenter d'accoler des étiquettes aux compositions savantes et luxuriantes du Britannique.
“Young heartache” s'ouvre sur un mystérieux cliquetis d'horloge avant que ne surgisse, dans un emballement de caisse claire, une voix à la fois lumineuse et spectrale, toute droit tirée d'une balade pop en mode 60's. La première écoute est circonspecte mais le temps va peu à peu faire son oeuvre. Le titre s'appuie ensuite sur un motif vocal pitché, serinant son chagrin de jeunesse (young heartache) sur un beat cinglant et des basses catégorie poids lourds. Par son foisonnement et son rythme saccadé, le morceau prend des allures de cut-up, coincé entre pop et dub électronique, avant de s'envoler dans des nimbes cosmiques lors d'un final résolument deep. “Are you the one” lui emboîte le pas dans une veine encore davantage orientée dub, à grands coups de basses-massues synthétiques et toujours porté par des voix de beach boys d'outre-tombe troublées sporadiquement par quelques sentences rappées.
Les deux titres qui complètent le maxi, à savoir “Time for us to love” et “Long Promissed”, reprennent – l'effet de surprise en moins – la structure des morceaux précédents, empruntant respectivement des détours disco et soul. Electroniques, flirtant avec la pop et la micro-house, richement arrangés et toujours teintés de dub. On ressort finalement de ce disque légèrement décontenancé et désorienté; pour se rendre compte, après digestion, de l'audace et du talent de composition éclatant de son géniteur.
En bref : Le Britannique Bullion convoque les spectres des Beach Boys et les accomode à la sauce dub électronique. Une décoction troublante et insidieuse, explorant de nouvelles formes mutantes pour la musique pop du 21e siècle.
Le myspace de Bullion.
Les titres “Are you the one” et “Time for us all to love”.
A lire aussi : Animal Collective – Merriweather post-pavilion (2009)
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Publié par Fabien 4 commentaires
Catégories : Chroniques, Dub, Electro, Electronica, Hip hop, House, Maxi/EP, Pop, Soul
16 mars 2009
Lee Scratch Perry - Arkology (1997)
Cela faisait bien longtemps que je voulais vous parler de ce coffret que certains d’entre vous connaissent déjà très bien. Rien ne pressait, ceci dit, puisque l’objet est sorti en 1997. A mon avis, tout le monde, fan de reggae ou non, devrait posséder cette Arkology. Pourtant il m’arrive régulièrement de rencontrer des musicophiles, même amateurs de musiques jamaïcaines, pour qui Lee Perry, de son vrai nom Rainford Hugh Perry, reste assez obscur. Peut-être est-ce dû au fait qu’il s’agit avant tout d’un producteur. Tout le monde connaît par exemple "War In A Babylon" de Max Roméo, mais qui sait que Lee Perry était aux manettes de ce grand classique du reggae ? Idem en ce qui concerne certaines des meilleures chansons des Wailers, telles "African Herbsman" ou "Duppy Conqueror". Et sait-on que le jeune Bob Marley, quelques années plus tôt, avait frappé à la porte du studio du maître pour lui demander de le produire, mais que celui-ci avait tout bonnement refusé, prétextant qu’il désirait se consacrer à une musique strictement instrumentale ? C’est l’un des mérites de cette compilation (et de son livret très complet) que de rendre à Scratch ce qui lui appartient, c’est-à-dire la place de meilleur producteur jamaïcain de l’Histoire et de précurseur de toutes les musiques expérimentales modernes.
Lee Scratch Perry a été présenté comme “le Dali du reggae” (dans Bass Culture, de Lloyd Bradley). A juste titre. Complètement maboule, sauf (et c’est notable) quand il s’agit de pognon, le natif de Kingston est l’un des personnages les plus surréalistes de la planète artistique. Il faut l’avoir vu débarquer sur scène, le jour de son soixante-septième anniversaire, brandissant une baguette de pain plantée de batônnets d’encens, vêtu d’une veste faite de CD, pour comprendre que cet homme est authentiquement fou. Le petit barbu a d’ailleurs quitté la Jamaïque en 1981 après avoir brûlé son Black Ark Studio à la suite de ce qui s’apparente à une crise de paranoïa. Installé en Suisse depuis 1989, il continue depuis lors à sortir des disques et à tourner, portant plutôt bien ses presque 73 printemps - j’en profite pour vous recommander chaudement ses concerts.

Si King Tubby est communément considéré comme l’inventeur du dub, Lee Perry, avec ses Upsetters, est l’homme qui a élevé cette musique à son plus haut degré d’inventivité et, bien sûr, d’étrangeté. Le premier à avoir utilisé des boîtes à meuh, des gongs, des klaxons, et surtout le premier à avoir expérimenté les effets les plus hallucinants avant même que des machines soient inventées pour les générer. La question que tout le monde se pose est évidemment : comment faisait-il pour construire une musique aussi complexe avec un 4 pistes ? A quoi l’intéressé répond (et c’est intraduisible) : “It was only four tracks on the machine, but I was picking up twenty from the extra terrestrial squad” (?!). Ecoutez l’échantillonage des choeurs et l’utilisation de la stéréo sur le monumental “Dub Revolution pt.1” et songez que ce morceau truffé de bruits de bouche et de wah-wah date de 1976 ! A ce niveau-là, ce n’est même plus de l’avant-gardisme !

Tout aussi miraculeuses sont les chansons interprétées par Scratch lui-même, avec sa voix grinçante et ses vocalises trippées : “Dreadlocks in Moonlight”, “Soul Fire”, “Curly Locks” ou le super-space “Roast Fish and Cornbread” témoignent toutes d’un génie mélodique hors-norme et font partie de ces morceaux qui s’impriment immédiatement dans le cerveau pour ne plus jamais s’en décoller. Inutile de préciser que les musiciens mis à contribution lors de ses sessions sont les meilleurs qui soient, de Sly & Robbie à Sticky Thompson en passant par Augustus Pablo et son mélodica (sur “Vibrate On”).
Le livret mérite déjà l’achat, à lui seul. On y trouve une biographie concise, ainsi que de superbes photos de Scratch : déguisé en super-héros, fumant un spliff devant le Black Ark, ou tapant la discute avec des bobbies londoniens. Mais le document le plus édifiant reste la lettre adressée au ministère japonais de la justice au sujet de l’arrestation de Paul McCartney en possession de 250 grammes d’herbe. On peut notamment y lire ceci : “Herbs is his Majesty’s. All singers positive directions and liberty Irrations. Please do not consider the amount of herbs involved excessive. Master Paul McCartney’s intentions are positive.” La lettre est signée : “Baby Blue Green Star Pipecock Jackson Lee Scratch Perry, Bannana Eye I Pen Ja Natures Love Defender” ! Pour résumer : un superbe livret et 52 titres, tous fantastiques, c’est-à-dire plus de quatre heures de musique pour environ 25 euros ! Même en raisonnant très prosaïquement, vous n’avez aucune excuse pour ne pas acquérir l’Arkology !
En bref : Inépuisable et délirant, l’Arkology est le portrait musical de l’un des plus grands créateurs du XXe siècle. Si après avoir écouté ces trois disques, quelqu’un peut encore me regarder en face, et me dire qu’il n’aime pas le dub, je veux bien me pendre. Essentiel.

Quelques titres de l'Arkology:
Lee Perry & the Upsetters - Dub Revolution pt.1.mp3
The Congos - Don't Blame On I.mp3
Mikey Dread - Dread at the Mantrols.mp3
Lee Perry - Soul Fire.mp3
Junior Murvin - Bad Weed.mp3
Keith Rowe - Groovy Situation.mp3
Lee Perry - Roast Fish & Cornbread.mp3
Deux vidéos de Lee Scratch Perry dans son Black Ark Studio :
L’enregistrement d’”I am the Upsetter” en 1982 :
Son site officiel
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11 février 2009
Yagya - Rigning (2009)
Le mouvement dub-techno, s’il ne date pas d’hier, ne s’est peut-être jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui. Sous des formes diverses, voire antithétiques, il déploie désormais ses ramifications dans le monde entier sauf (détail d’importance) en Jamaïque. Alors que des producteurs assimilés au genre refusent toute affiliation au dub et préfèrent parler de deep-techno (cf Interview de BvDub), d’autres gardent des liens forts avec le reggae roots (Beat Pharmacy, Rythm & Sound...), et d’autres encore conçoivent leur musique comme une forme spécifique d’ambient. C’est le cas de l’Islandais Adalsteinn Gudmundsson, alias Yagya, dont voici le troisième album solo.“Rigning” signifie “pluie” en islandais. C’est le titre de toutes les plages du disque, qui sont numérotées d’1 à 8 pour la version vinyle et d’1 à 10 pour le CD. C’est aussi le fil conducteur de cette symphonie qui fonctionne comme une seule entité et non comme une succession de tracks distincts. Du début à la fin, la présence latente de sons aquatiques concrets sous toutes leurs formes révèle l’approche naturaliste de Yagya, qui oeuvre dans la lignée de Brian Eno et surtout de Gas, le projet de Wolfgang Voigt dont les quatre albums ont récemment été réédité sur Kompakt (Nah und Fern box set - 2008).
En écoutant Rigning, j’ai pensé aux paysages fantomatiques de Turner et de tous ces peintres, souvent britanniques, qui ont fait des brumes flottantes l’essence de leur travail. J’ai aussi pensé aux aquarelles marines. Comme elles, cet album organise l’interpénétration de couleurs diluées (ici à dominantes blanche et bleue), et se focalise sur la ligne d’horizon où mer et ciel se confondent. Pour l’essentiel, la palette du mélodiste est composée d’un camaïeu de nappes de synthé immersives et propices aux frissons. En la matière, il faut reconnaître que Gudmundsson n’a pas d’équivalent, à l’exception de Kaito (Hiroshi Watanabe), dont le travail est finalement assez proche.
Les basses et les rythmiques dub-techno émergent sur quasiment tous les titres, mais presque toujours en sourdine, et elles ne servent qu’à structurer cette longue rêverie et à souligner les variations de ses textures atmosphériques. Pour le coup, on est très loin du son référentiel de Basic Channel et de son hypnose percussive. Selon l’humeur et les conditions d’écoute, Rigning pourra paraître chiant, médiocre ou prodigieux. Impossible, par exemple, de l’écouter dans le métro ou de le diffuser en “fond sonore”: un monde de détails vous échapperait. C’est dans la solitude, et à fort volume, que cette heure de félicité glaçante se doit d’être dégustée.
En bref : Rigning est une symphonie ambient panthéiste et naturaliste, empruntant juste ce qu’il faut à la techno et au dub pour structurer ses digressions aquatiques. Un album de saison, humide et scotchant.

Yagya - Rigning 5.mp3
Le Myspace de Yagya
Le site et le Myspace du label néerlandais Sending Orbs
“Rigning 2” :
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Publié par Dave 2 commentaires
Catégories : Ambient, Chroniques, Dub, Electro, Electronica, House, Techno
06 février 2009
Sideshow ft Paul Saint Hilaire - If Alone (2009)
Paul Saint Hilaire, c’est un peu mon cadeau Bonux à moi. La simple mention de son nom sur le rond central d’un vinyle me suffit à déclencher l’acte d’achat. Il faut dire que ce rasta de Grandbay, en Dominique, anciennement connu sous le nom de Tikiman, ne m’a jamais déçu, que ce soit en solo ou en collaboration avec Deadbeat, Rythm & Sound, ou Beat Pharmacy. Ses choix sont toujours lumineux. Cette fois, c’est avec Fin Greenall qu’il s’acoquine pour un titre extrait de l’album à venir de Sideshow, projet parallèle de ce musicien des plus polyvalents.Plus connu sous le nom de Fink, le Britannique, après des débuts trip-hop et un passage par la techno (au sein d’E.V.A.) donne désormais dans le folk (toujours sur Ninja Tune) mais aussi dans le dub sous cet autre pseudonyme. Bien sûr, quand Fink fait du dub, celui-ci ne sonne comme aucun autre. Sur une base dubstep, “If Alone” surprend par le côté presque freakfolk de ses lignes de gratte, vraiment inhabituelles dans ce genre très codé. Autre coup de génie : au lieu d’immerger, comme c’est l’usage, la voix de Saint Hilaire dans la brume des delays, il conserve toute sa netteté et sa chaleur en la laissant intacte.
A l’original se joignent trois remixes absolument excellents et très différents, de sorte que les deux faces s’enchaînent sans ennui, ce qui est assez rare pour être signalé. Avouons cependant que le choix des contributeurs s’avérait peu risqué. Celui des inusables Parisiens de Chateau Flight, d’abord. Je ne sais pas si Gilb’R et I:Cube disposent de nègres, mais je ne parviens pas à comprendre comment ces types arrivent à remixer tout le monde, tout le temps, en maintenant une telle constance dans la qualité. Sur leur “Flight Remix”, qui conserve l’intégralité des couplets de St. Hilaire, ils construisent une architecture house complexe sur un tempo plutôt lent. Des synthés glaciaux et une sorte de sonar disloqué donnent envie de parler de “cold-house”, malgré le timbre ensoleillé du vocaliste.
Le “Dub Mix” des mêmes Chateau Flight est encore plus impressionnant et n’a rien à voir avec cette première version. Moins chargée en effets, mais pas minimale pour autant, c’est une fabuleuse pièce de deep-house, progressive et clinique, qui prend son envol vers la troisième minute dans un imbroglio de micro-samples vocaux. Applebim (boss du label Skull Disco avec Shackleton) et Komonazmuk (un jeune producteur de Bristol) commencent quant à eux leur remix tambour battant (on ne doit pas être loin des 140 bpm), mais cette introduction n’est qu’un leurre. Le track change en effet de tempo toutes les deux minutes, passant par le dubstep, le broken beat et même par un pont très ambient où ne subsistent que la guitare de Sideshow et le chant de Tikiman. Un petit miracle rythmique, en somme.
A noter : L’album de Sideshow, intitulé Admit One, sortira lundi (9 février).
En bref : La sublime voix de Paul St. Hilaire sur un dub atypique teinté de guitares folk. Avec, en prime, trois remixes d’anthologie par Chateau Flight et Applebim & Komonazmuk. Satisfaction garantie.

Sideshow ft Paul Saint-Hilaire - If Alone (Chateau Flight Dub Mix).mp3
Le Myspace et le site d’Aus Music, label fondé par Fink et Will Saul
Les Myspace de Paul St. Hilaire, Fink, Chateau Flight, Applebim et Komonazmuk
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26 janvier 2009
The Orb - U.F.Orb (1992)
Trouvé dans l’un des bacs des bonnes affaires de la Fnac, l’album éclatait comme une petite tache entre les rangées de compilations lounge. Comme il n’est plus aussi facile de tomber sur une telle opportunité, l’objet s’est rapidement trouvé en ma possession. Une trouvaille qui s’inscrit naturellement dans la série commencée par Nickx et Dave avec leurs chroniques des Ballistic Brothers et Black Science Orchestra. L'équipage aux commandes de cet objet volant non identifié est constitué de la figure principale de ce projet, Dr. Alex Paterson, et de son coéquipier de voyage Chris Watson (AKA "Trash"). Trip spatial, odyssée futuriste, dans les dimensions du chill out et de l’ambient, le disque atteint la première place des charts anglais à sa sortie.Alors que le projet coûteux du tourisme spatial est en phase d’être réalisé, dès la fin des années 80, The Orb s’organisait déjà à proposer des voyages similaires pour le prix d’un disque. Né de la collaboration de Jimmy Cauty et Alex Paterson, le projet est récupéré par ce dernier qui veut éviter de passer pour le side project de KLF, l’autre groupe de Cauty dont la popularité ne cesse de grandir. Depuis, la structure de The Orb intègre périodiquement de nouveaux profils. Trash, qui succède ainsi à Kris Wetson, sera lui-même remplacé par Andy Hughes, Andy Falconer, Steve Hillage, ou Thomas Fehlman, l’autre pilier de cette formation à géométrie variable et fondateur du label allemand Teutonic Beats. On le retrouve d’ailleurs sur la première composition de l’album. Dérivées de l’acid house, leurs productions s’inspirent des canons rock et électronique progressif des années 70-80 (Pink Floyd, Tangerine Dream, Kraftwerk,…), et de Brian Eno, qui exerce une forte influence sur Paterson. Ils font un tabac dans les salles de chill out des clubs londoniens et les journalistes s’étonnent de voir un album de rock progressif créer autant d’engouement autour de lui.
Pourtant, de rock progressif, il n’en conserve que l’essence. Peu de traces d’instruments mais des tables de mixage et des sons directement empruntés aux données de la Nasa, après l’accord de l’agence. L’ingénieur du son Watson, met ses capacités techniques à l’élaboration d’un son panoramique, censé représenter le voyage dans l’espace. "O.O.B.E." inaugure le périple stellaire au son de nappes atmosphériques. Décollage, et immersion progressive. Le morceau éponyme "U.F.Orb" rappelle que l’ambient se décline aussi bien en version techno/house de dancefloor, certes tardive, mais parsemée de trouvailles hallucinatoires, comme ce vrombissement de pales d’hélicoptère. Le bizarre, la vie alien, extraterrestre, sont autant de sujets de préoccupations. Le single, "Blue Room", s'inscrit en référence à la prétendue chambre bleue de la base militaire de Wright-Patterson, qui serait censée cacher la preuve d’une vie extraterrestre. Aventure d’une quarantaine de minutes dans sa version originale, elle apparaît réduite à 17mn, néanmoins magistrales au regard de la qualité de ses effets hypnotiques.Alliage de rythmes drum and bass, du velours des claviers et de l’ondulation des lignes de synthés, The Orb multiplie suffisamment ses matériaux ce qui écarte toute sensation de déjà-vu. Endurance et maîtrise du souffle sont des qualités maîtrisées par le duo. Alors que "Towers Of Dub" laisse place à un dub bourdonnant où se détachent les improvisations d’un harmonica qui semble répondre aux aboiements de chiens pendant plus d’un quart d’heure, "Close Encounters" et "Majestic" ne descendent pas en dessous de la barre des 10mn. Techno vrillée et corrosive pour le premier, le deuxième track file comme une comète qui traîne derrière elle une longue chevelure de gaz synthétique et une queue formée de poussières de sonorités pétillantes. Totalement futuriste, l’album est doté d’un artwork réalisé par le groupe de graphistes The Designer Republic, notamment réputé pour ses pochettes effectuées pour le label d’electronica anglais Warp.
En bref : Cette relique figée hors du temps, inclassable, témoigne de l’incroyable richesse des compositions électroniques de ce début des années 90’, entre excursion audio-visuelle et délire cosmique. Un voyage cérébral.

Le site et le MySpace du groupe.
"U.F.Orb"
"Blue Room" (dans une version réduite de 3mn)
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Publié par Antoine 4 commentaires
Catégories : Chroniques, Drum'n bass, Dub, Electro, Electronica, Prog
03 janvier 2009
Dub Colossus - A town called Addis (2008)
Depuis maintenant 20 ans - seigneur que le temps passe vite - le label Real World, créé en 1989 par l'ex-Genesis Peter Gabriel, n'a eu de cesse de promouvoir et diffuser la musique dite « world », en particulier les artistes africains et asiatiques contemporains. Un travail de défricheur explosant les frontières musicales nationales pour porter à nos oreilles des sonorités nouvelles ou méconnues en provenance des quatre coins du globe. Avec A town called Addis c'est l'Ethiopie, berceau de l'Humanité, terre mythique des rastafariens, qui est à l'honneur. Le disque est en effet le fruit de la rencontre entre Nick Page, alias Dubulah ou Dub Colossus, guitariste et compositeur britannique formé auprès de Michael Riley (Steel Pulse), et plusieurs chanteurs traditionnels azmaris de la capitale éthiopienne.
Globalement, le titre retenu, Dub Colossus - A town called Addis, ne ment pas sur le contenu de cet album. Au fil de ses onze vastes plages, se succèdent ainsi les ambiances dubisantes, dominées par des variations instrumentales grisantes et des incursions de chants populaires transis. Nick Page fait sienne l'histoire musicale de son pays d'accueil.
Entouré des chanteuses Sintayehu Zenebe et Teremag Weretow, du saxophoniste Feleke Hailu et du pianiste Samuel Yirga, il reprend à son compte la voie épurée des sonorités mystiques des hauts plateaux érythréens, les accomodant de ses influences électroniques et reggae. En résultent de grands moments de recueillement, de poésie et d'envol, où les lyres (krar), luths (macinko) et autres doubles tambours traditionnels (kebero) le disputent à la solemnité d'un piano classique éthio-jazz ou d'un riddim importé tout droit de Kingston.
Difficile d'honorer ici un titre plutôt qu'un autre. « Azmari dub » ouvre le disque sur une note très reggae, fortement influencée par les productions du « Salvador Dali jamaïcain » Lee Perry, avant de laisser apparaître la voix vibrante et douloureuse de Sintayehu Zenebe, « l'Edith Piaf éthiopienne ». Sa supplique écorchée foule le sol terreux des rues d'Addis-Abeba et nous transporte dans les faubourgs populaires de la ville. Enivrés, nous la suivons en spectres émerveillés. « Entoto dub », morceau suivant, richement instrumenté, se distingue par sa profondeur et son traitement nettement plus contemporain. De « Tazeb Kush » et sa pop-jazzy ahmarique aux variations de piano classique d'« Ambassel in box », via le dub mystique de « Shem city steppers », la rencontre entre le compositeur britannique Nick Page et les artistes éthiopiens en présence est symbiotique. On ne remerciera certainement jamais assez Real World pour sa contribution au patrimoine musical mondial.
En bref : Fouler le sol rocailleux et chaud du « toit de l'Afrique », berceau de l'Humanité, n'a pas prix. Il en va de même pour ce précieux album à tendance dub, à la fois transcendant et terrestre, fruit de la belle entente d'un compositeur britannique et de musiciens populaires éthiopiens.
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Publié par Fabien 0 commentaires
Catégories : Chroniques, Classique, Dub, Electro, Jazz, Pop, Reggae, World

























































