08 septembre 2017

Dead Cross - S/t

Voilà un bon disque pour se sortir d'une torpeur languide suite à un excès de musique droguée ! J'ai vraiment flashé sur ce disque ! Dead Cross est un super groupe : Mike Patton (M. Bungle/Faith no more, Tomahawk/Fantômas/ 3000 collaborations avec Merzbow, Zorn, Anthony Pateras, Melvins, ...), Dave Lombardo (Slayer!!!), ceux là vous êtes censés en avoir entendu parler ; les deux autres sont d'excellents musiciens dans les genre grind et hardcore (The locust et Retox). Les super groupes c'est tout ou rien : Naked City ça fait encore rêver aujourd'hui, alors que Dave Grohl avec le bassiste de Led Zeppelin, tout le monde s'en fout. Pour Dead Cross c'est carrément l'extase : un chanteur hors pair capable de crooner sans faire de manières (mon modèle dans ce genre c'est Johnny Hartmann, avec Coltrane), de hurler avec une intensité phénoménale, sans sacrifier les nuances, les couleurs, les modulations, avec un sens rythmique hallucinant ; un batteur avec SON style à lui, dans un genre où tout les batteurs se ressemblent, jouent pareil et ont le même son (vous avez reconnu : le métal !). Le résultat, c'est un disque de pur hardcore, bourré d'énergie, aussi frénétique qu'un solo bebop dans les oreilles d'un Kerouac, mais surprenant par ses mélodies et ses choeurs.


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11 juin 2011

Fucked Up - David Comes To Life (2011)

C'est à la fin de l’année dernière, à la sortie de l’EP Year Of The Ox, que j'ai découvert Fucked Up. D’abord intrigué par ce nom énigmatique, en référence aux signes du zodiaque chinois, j’ai rapidement été accroché par ce deux-titres, sans chercher à en connaître plus sur le groupe. D’une douzaine de minutes chacun, un morceau en particulier, "Solomon’s Song", dont le bruit et la fureur s’évanouissaient dans le vague des notes d’un saxophone, m’avait paru particulièrement réussi. Plutôt méconnu malgré leurs nombreuses productions, et ce depuis près d’une dizaine d’année, le sextette canadien réapparait aujourd’hui avec un ambitieux et troisième album publié sur Matador.

Découpé en quatre parties et regroupant pas moins de dix-huit titres sans le moindre interlude, David Comes To Life se présente comme un album conceptuel. C’est l’histoire d’un employé d’une usine d’ampoule, David, qui s’éprend de Veronica, une belle activiste. Lorsque celle-ci meurt dans l’explosion de la bombe qu’ils avaient décidé de constuire pour semer la peur et la destruction, David tombe dans une grave crise existentielle. L’album raconte sa renaissance.


Comment peuvent-ils se faire les interprètes d’une telle histoire ? C’est dans cette particularité que réside certainement tout l’intérêt de Fucked Up. Le traitement réservé au son reprend les codes du genre hardcore, avec ses riffs de guitares impressionnants et un chant rocailleux de Damian Abraham poussé au bord de l’explosion. La présence de Sandy Miranda, la seconde voix aérienne, et unique présence féminine de la formation confère une touche pop, une petite douceur supplémentaire aux compositions déjà mélodiques du groupe. On pense aussi bien à Belle & Sebastian qu’aux sous-évalués Quicksand, emmenés par Alan Cage dans première moitié des années 90.

Passé un premier titre instrumental et progressif, "Queen Of Hearts", établit le contact avec le vrombissement ininterrompu de guitares aux influences shoagaze. S’il est difficile d’isoler un morceau en particulier, les titres s’enchainent avec cohérence et font de l’ensemble un tout homogène, qui intègre cependant les particularités de chacune des parties. David Comes to Life tient de l’opéra punk-rock. L’effet immédiat des titres balance avec la longueur de l’album qui pourrait décourager certains d'une écoute complète. Ce qui ne nuit en rien à la créativité débordante de la formation.

En bref : Fucked Up réussi le pari d'une oeuvre ambitieuse et d'une qualité certaine. Au vu de leurs précédentes productions, une plus grande diversité instrumentale aurait certainement contribué à rendre la pièce moins monolithique qu'elle ne parait.




Le site de David Comes To Life
Le MySpace du groupe




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03 juillet 2009

The Young Gods - Only Heaven (1995)

A la sortie de ce 5ème LP, The Young Gods, trio suisse, qui a connu son heure de gloire indé avec The Young Gods (1989) et L'Eau Rouge (1991) notamment, est un peu dans l'impasse. Comment renouveler son fonds de commerce, poursuivre dans d'autres voies, sans pour autant renier ce son bruitiste métalleux qui a participé à son succès ?
Réponse : en adoucissant le tempo, et en courant le risque après quelques déflagrations soniques de premier ordre, d'arrondir les angles en proposant sur quelques plages ambient finement troussées, quelques unes des plus belles mélodies de sa discographie.

La première face sera donc résolument martelée, délivrée à grands coups de percus entrechoquantes, de refrains hurlés, de stridences ultra-sonores (les aiguës infernales de "Speed Of Night"), tandis qu'un "Strangel" métallurgique se sera abattu avec fracas sur les oreilles de l'écouteur maso mais consentant. Notons au passage cette propension au mot-valise ainsi qu'à la métaphore délicate , après le "She Rains" extrait de leur T.V Sky (1992).

Trance technoïde donc sur ces titres, qui ne donnent ni plus ni moins que dans du Young Gods classique et néanmoins très réussi, qui sait durcir le son sur le très long et -forcément- trippant "Moon Revolutions", soit un déluge obsédant de 16 minutes de rythmiques abrasives. Bowie qui avait sérieusement flashé sur le trio saura d'ailleurs s'en souvenir sur son diptyque techno Outside / Earthling.
Le gros oeuvre, continue en face B, mais à l'exception du colossal "Kissing The Sun", devenu par la force de l'évidence un titre de bravoure live, -déjà cette déclaration d'intention, après le kiss the sky d'Hendrix - toute la musique va désormais lorgner du côté de l'ambient pop plus posé d'un Eno.

Preuve en sera donnée quelques mois plus tard avec un album de remixes, pertinemment intitulé Heaven Deconstruction. Et on ne saurait être plus clair sur le contenu incroyablement planant de cet avatar. Ainsi, "The Dreamhouse", qui est construit sur un tempo aquatique constitue-t-il l'idéal contrepoint à la furie de "Kissing The Sun" : vocaux d'abord murmurés, ambiance sourde qui grandit jusqu'à l'éruption finale. "Lointaine" et ses volutes ambient poursuit sur cette option rassérénée, avec toujours ces lyrics faits d'étrangeté, ("Lointaine/Où étions-nous ?/ Quand la vie se fit belle"). Le calme après la tempête. Le dernier titre est d'ailleurs remarquable en ce qu'il imprime cette accalmie bienfaitrice au disque et redéfinit avec bonheur une orientation acoustique qu'on ne connaissait guère chez les Young Gods : c'est la très belle ballade "Child In The Tree", que l'on peut jouer, guitare en main et sans artifice ; c'est assez rare pour être signalé, dans l'univers urbain et sombre du trio. Et au delà du timing sans faille destiné à clôturer l'album, c'est juste le paradis.

En bref : un disque de référence qui a influencé jusqu'à Bowie lui-même. Où de jeunes dieux pleins d'allant osent défier -et battre à plates coutures- Nine Inch Nails sur son terrain. De la poum-poum tchak aux mélodies non dénuées de classe. Un classique.




le site off, le Myspace

"Kissing The Sun":



"Lointaine":



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05 juin 2009

The Jesus Lizard - Concert à Paris (27 mai 2009)


Ce fut un trés grand concert, à la hauteur de la réputation live d'un groupe nineties qui ne s'était pas produit à Paris depuis onze ans, et qui avait annoncé récemment sa reformation. Ce fut une expérience, et je suis content d'avoir vu ça une fois dans ma vie. La Grande Halle de la Villette est pleine à craquer, ce soir du 27 mai 2009, pour voir l'un des groupes les plus talentueux du hardcore américain, et surtout David Yow, son chanteur, à la démesure légendaire. Mais histoire de faire durer un peu le suspens, et de rigoler, parlons un peu des deux bouses antécédentes que les programmateurs du festival Villette Sonique ont cru bon de devoir nous infliger.

Passons trés vite sur le premier groupe, car du néant on ne peut parler. Man without Pants. Si quelqu'un peut m'expliquer l'intérêt de ce qu'ils font, je suis preneur.

Deuxième groupe : Sunn O))). Attention, tout est dans le O))), vous allez comprendre pourquoi. Après un quart d'heure de marmonnements lugubres vaguement grégoriens, puis un autre quart d'heure d'orgue d'église, deux types déguisés en pénitents entrent sur scène avec chacun une guitare, et, derrière eux, un mur énorme d'amplis. «Fais gaffe, c'est pas comme pour Motörhead, ils sont tous allumés », me dit mon voisin. J'ai juste le temps de sortir mes bouchons d'oreilles, que je prend en pleine poire une onde sismique gigantesque, genre O))): j'ai mal aux cheveux, aux dents, partout. Aucune rythmique, juste deux guitares qui égrainent très lentement quelques notes bourdonnantes, en boucle, sur de longues minutes, à un volume sonore hallucinant. «Un expérience physique extrême et radicale». En effet, encore faut-il préciser «de torture». J'ai tenu un quart d'heure. La moitié de la salle se barre.

On les aura mérité les Jesus Lizard ! La tension est palpable dans la fosse, qui s'est progressivement re-remplie. Un mélange d'excitation, d'attente très forte, pour un groupe que beaucoup n'ont jamais vu sur scène, mais dont tout le monde connaît la réputation. La colère, enfin, de s'être fait chier dessus par Sunn O))), alors qu'on avait rien fait. «Ben, maintenant, tu vas te faire pisser dessus, par David Yow, mais là c'est du bonheur ».

Nos quatre lascards entrent en scène. Yow trés sobre, chemise noire boutonnée, pantalon noir. Il balance un baratin trés poli dans un américain chamallow à souhait, mais il y a ce rictus, et quelque chose de diabolique dans le regard. À la première note de «Puss», il se laisse tomber dans la fosse. Il ne nous montrera pas sa bite, et ne nous pissera pas dessus, parce qu'il n'est pas un produit prévisible. Il ne se jette pas dans la fosse, il se laisse tomber, comme dans une rupture d'espace-temps. C'est sa capacité à s'abandonner, à exposer sa voix, son corps, qui frappe avant tout. Une voix souvent hurlée, même en fin de respiration, plutôt «en dedans», comme sur les premiers albums : ce qu'il perd en nuance, il le gagne en intensité. Sur scène, il est à fond, puis tout à coup se relâche, titube, manque de s'évanouir.

On a l'impression qu'on va exploser avec lui sur le refrain de «Thumbscrew», et les breaks ont quelque chose d'hallucinatoire, entre deux moments de furie pure. Le slam fonctionne comme une soupape : quand la pression est trop forte, il tombe. La savante alchimie rythmique du trio apparaît au grand jour sur scène ; basse et batterie sont souvent décalées ou à contretemps, la guitare de Denison, tantôt sur un mode mélodique, tantôt rythmique, est à la fois subtile et minimale ; c'est la quintessence du hardcore américain: sobriété, concision, refus du solo marathonien chiant, à l'anglaise. Le son est lourd, parfois lent, saccadé, les Melvins ne sont pas loin, mais pas l'ombre d'une sonorité métal. On est quand même loin du grunge, contemporain des années d'activité du groupe. La transubstantiation christique a lieu : Yow ouvre sa chemise, puis finit torse nu, suant, crachant, lessivé, nous avec. Les pitreries du petit moustachu des Black lips le lendemain nous paraîtront bien dérisoires.

À lire aussi : The Jesus Lizard - Shot (1996).

«Thumbscrews», comme si vous y étiez :




Morceau d'ouverture, «Puss» :




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08 décembre 2008

The Jesus Lizard - Shot (1996)

Et si c'était lui, l'album de rock ultime?
The Jesus Lizard (et non Jesus Lizard comme le groupe se plaignait souvent qu'on l'appelât), est une formation punk bruitiste,  apparue à l'orée des 90's qui doit bien sûr un tribut certain aux pionniers hardcore US tels Hüsker Dü et autres Dead Kennedys.
Le point fort du groupe-aux-titres-d'albums-en-quatre-lettres qui a souvent mis le feu aux différents Lollapalooza Tour,  c'est qu'il est composé de quatre personnalités marquantes, musiciens importants et non interchangeables. Au delà d'un batteur racé et d'un bassiste débonnaire, le groupe du chanteur cintré David Yow, compte également dans ses rangs l'un des plus subtils guitaristes qui soient, l'essentiel Duane Denison.
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Mais on ne saurait aborder l'univers de l'un des groupes fétiches de Steve Albini, pour la première fois absent sur ce disque fondateur, sans évoquer la psyché complètement outrée et sauvage de David Yow. Le chanteur de The Jesus Lizard fait partie de ces frontmen qui sont pour beaucoup dans la dimension scénique de leur groupe. Ses performances live, à l'image de ses textes, évoquent le stupre, l'aliénation, les sévices, un comportement extrême qui pour certains témoins, faisaient passer Lux Interior ou le Iggy Pop séminal pour d'aimables plaisantins._
Sexe, sang, sueur......pas la peine d'aller chercher des références littéraires du côté de Kerouac ou du Ginsberg chez ce combo radical. Sur scène, Yow du temps de sa splendeur se baladait suant, torse nu, dévoilant sa bite à l'occasion - ce qui était bien la moindre des choses pour l'acte d'uriner en live, dont l'intransigeant chanteur avait fait sa marque de fabrique._
Si les disques précédents, parus chez l'indépendant Touch And Go avaient fait leur effet et, pour les meilleurs d'entre eux, Liar (1992) et Down (94), dénotaient une adresse mélodique confondue dans une sauvagerie sans égale et concise (albums atteignant à peine les 40'), Shot, paru chez la multinationale Capitol, va magnifier le son bordélique de ces vilains garçons, et ainsi simplement du fait d'une production moins rudimentaire,  rendre justice aux meilleurs hymnes du groupe.
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Sur des accords cisaillants, secs comme des dermes tailladés de lames de rasoir,"Thumper", permet d'emblée d'affirmer deux choses : Duane Denison n'est pas un guitariste lambda, balançant des riffs punky en bougeant des vertèbres façon Linda Blair. Son jeu, subtil et minimaliste, doit beaucoup au jazz et nombre de ses soli restituent cette évidence._
Ensuite, David Yow dont les borborygmes étaient précédemment noyés dans des mix approximatifs, -mais il hurlait plus qu'il ne chantait - a repris le flambeau d'un Johnny Rotten insolent et sarcastique, avec des inflexions démentes, au sens clinique du terme._Le (presque) morceau-titre, "Blue Shot", offre l'une de ces attaques basse-guitare que les Jesus Lizard affectionnent. Tempo saccadé, harmoniques entêtantes, et ce chant d'épileptique où l'on jurerait entendre "possédé" en lieu et place du "passodils" de la chanson._
C'est tout juste si les traînées de slide de "Thumbscrews" et l'accalmie de ses breaks parviennent à  faire oublier combien ce morceau est dangereux.
Les guitares acides évoquant Killing Joke - une autre référence évidente- emportent sur une fausse piste à l'écoute de l'intro de "Good Riddance" jusqu'à l'assaut du refrain, où le choix délibéré du faux sied au chant maniaque de David Yow.

_On pourrait ainsi toutes les passer en revue : qu'il s'agisse des breaks de basse malades, des scansions de "Skull Of A German", de l'ébouriffant "More Beautiful Than Barbie" qui balaye tout sur son passage, des digressions jazz de "Too Bad About The Fire", du démoniaque "Now Then" au blues tordu de "Pervertedly Slow"...tout ici n'est que pure folie non feinte.
Après l'écoute de ce disque, tous les groupes de jeunots agités qui revendiquaient une éthique destroy prêteraient évidemment à rire.
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En bref : un disque toxique, contagieux, sexuel, moite, traversé de fulgurantes et décalées parties de guitare, et assaisonné du chant le plus malsain entendu depuis les Pistols. Le hardcore transcendé par un sens mélodique hors pair.
 


_A lire aussi : Jane's Addiction - Ritual de lo habitual (1990)
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"Thumbscrews" :

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01 décembre 2008

Jane's Addiction - Ritual De Lo Habitual (1990)

"Señoras y señores....... Juanas Addicìon !"
Dans la série, albums à pochette-statuette, voici une nouvelle pierre. Encore que celle-ci n'a que très peu été du goût des censeurs américains, ces grands prudes fondamentalistes, qui, depuis les riantes années reaganiennes, font apposer sur les disques différents stickers : qu'ils s'intitulent Parental Advisory Explicit Lyrics ou May Contain Offence.

L'objet du délit ? Tout simplement Perry Farrell, le frontman des Jane's Addiction représenté nu comme un ver en compagnie de sa petite amie et de leur maîtresse au lit. Ce délicat hommage au triolisme n'eut ainsi pas l'heur de plaire aux sénateurs US, qui dans un bel élan et assistés de leurs femmes bigotes, firent en sorte d'interdire la pochette incriminée - comme des centaines d'autres ! Celle-ci eut ainsi droit à un deuxième habillage, curieusement plus dur à dénicher, d'une blancheur immaculée, avec pour seul texte, celui du 1er amendement de la Constitution américaine relatant... la liberté d'expression. Foin de ces considérations moralisatrices à la mords-moi-le-noeud, parlons à présent du disque, l'un des plus marquants, l'un des plus virulents du hard core américain du début des 90's. Et également l'un de ses plus intrigants musicalement.
Menés par un hurleur à la voix suraiguë et un bretteur magnifique, Jane's Addiction propose sans le savoir encore son chant du cygne, avec cet album, le 3ème et ultime, avant la reformation. Sur des bases rythmiques martelées façon heavy, la première moitié du disque conjugue avec bonheur et parfois avec une certaine complaisance, une brochette d'hymnes à la gloire de l'adolescent slacker, du genre abhorré de tous : le glando en skate, casquette et bermuda, qui écoute d'ailleurs d'abominables groupes rap hard core eux mêmes portant casquette et bermuda. Dont le représentant le plus emblématique reste sans doute le combo des affreux Red Hot Chilli Peppers, avec qui JA évoluera de façon quasi incestueuse, se partageant notamment le brillant guitariste Dave Navarro.
Dès "Stop !", c'est la ruée dans les brancards : rythme échevelé, aucun répit, des décharges d'électricité laissant l'auditeur pantelant ! Jusqu'à "Ain't No Right" via un "No One 's Leaving" et sa basse démente, on en redemande ! Après, pour les deux morceaux restant de la face A, et notamment du très crétin "Been Caught Stealing" et ses très réalistes aboiements de chien, on demande grâce/ Un peu ce qu'on ressentirait à l'écoute d'une impro hurlée de Offspring.

Bien, qu'est-ce qui fait alors que l'album bascule ? Et d'un bruit certes jouissif mais éreintant, en arrive à tutoyer des sommets musicaux ? L'explication trouve simplement sa source en terme de changement de face, vous savez ce truc vaguement conceptuel qui faisait que pendant longtemps, les groupes résonnaient en terme de moitié/moitié dans la confection de leurs albums.
Ainsi, tout démarre ou plutôt, se met à décoller de manière vertigineuse par l'entremise d'une face B à couper le souffle, et où paradoxalement le tempo connaît moins de soubresauts. Conçue en fait comme une véritable suite, à la manière de certaines faces B à l'ancienne, la flip-side de Ritual... donne à écouter la bande-son d'un mausolée sous fond de rock prog mâtiné de métal saupoudré de folklore, on ne sait plus trop. Les ...Trail Of Dead s'en souviendront, qui dans leur semi-réussi Worlds Apart ( 2005) recréeront à l'occasion certaines voies musicales de ce disque.

Tout (re)commence donc avec "Three Days", ode à une amie overdosée. Telle une ballade se déclinant en plusieurs mouvements (Radiohead n'a vraiment rien inventé, qu'on se le dise !), le morceau évolue peu à peu dans un maelström sonore louchant vers le hard, vers le prog, la musique liturgique, sensation assez étrange d'un fourre-tout génial. Beaucoup plus étirée que n'importe quelle chanson de la face A, "Then She Did..." poursuit sur la même voie mortifère, en accentuant encore davantage la dualité apaisement/déflagrations pour s'achever en un inévitable chaos. "Of Course" poursuit l'hommage dans un curieux background musical faisant ressortir les origines juives de Farrell, par de très plaintifs violons tziganes d'une mélopée qui vous pénètrent et semble ne jamais s'achever.
Ces trois coups de boutoir sont parachevés par une magnifique ballade qui est comme une oasis dans le tourbillon sonore venant d'être édifié sur près d'une demi-heure, à travers la désormais classique "Classic Girl", impérial single du groupe, quasi hymne d'une génération, et méritant à elle-seule d'incarner les farouches chevauchées électriques du mythique Lolapalooza festival itinérant initié par Perry Farrell.

En bref : véritable uppercut le temps d'une dantesque face hardcore, Ritual De Lo Habitual bascule soudain dans une dimension autre, mi prog, mi rock des stades, qui lui confère le caractère épique de certains classiques des 70's.




Relire la chronique de Trail Of Dead

"Three Days" en écoute :

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