12 mai 2018

Cream - Disraeli Gears (1967)

Plutôt que de toujours désosser la dépouille de Jimi Hendrix à coup de bootlegs ineptes, mieux vaut faire sien et pour l'éternité le seul album d'inédits certifié que le Voodoo Chile n'a pas enregistré. Et ce faisant, se procurer le seul disque d'un bout à l'autre digne d'intérêt commis par Eric Clapton.


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07 mars 2016

Mick Abrahams Band - At Last (1972)

Au départ, l'affaire paraît mal engagée. Il y a bien sûr cette pochette magnifique, ronde comme le premier Curved Air, dépliable comme le Odgen's Nut Gone Flake des Small Faces dont le visuel est assez proche. Et on imagine déjà se perdre dans son contenu un peu comme on le ferait dans un vieux Hawkwind des familles.

Que nenni, ici le contenu est diamétralement différent, et très basiquement éloigné de tout idée de concept-album ou de planerie éventuelle. Même si ces genres ne sont évidemment pas une fin en soi, aurait-on a ici affaire à une énième déclinaison rock de bûcherons 70's, aux visages massifs et aux moustaches qui ne dépareraient pas les albums Panini de nos tendres années ? Une pop maousse bêtement bluesy sur quelques titres, et pop épique sur les autres ? Non, car cet objet est de fait le premier et unique album de ce qui n'est pas tout à fait un supergroupe tel que pouvaient les engendrer la décennie chérie.


Car en fait de gros poisson, il n'y a que Mick Abrahams, bretteur et co-fondateur de Jethro Tull avec Ian Anderson, qui lassé des aspirations artistiques du farfadet unijambiste, et sans doute désireux d'apparaître un peu plus dans la mire, décide de quitter le groupe après There Was (68), d'obédience plus bluesy que ses successeurs, pour voler de ses propres ailes. Sur la pochette d'icelle il est le bûcheron effrayant au centre.

L'homme crée tout d'abord toutes voiles boogie-blues déployées Blodwyn Pig, qui enregistre deux albums. Puis avec quasi le même personnel, s'arroge la légitimité d'enregistrer sous son seul nom et sort un album éponyme (71) dont au moins un titre ("Awake") est grandiose. Sans doute l'ego insuffisamment rassasié, son quartette devient quintette, non sans que Abrahams ait consenti à lui accoler le nom "Band" ; on voit ainsi mieux qui est le boss.

C'est donc un vrai faux premier album qui  nous occupe ici, si l'on tient compte du line-up ; mais aussi que sur les deux déclinaisons, ils sont deux à se partager le chant et la composition, Abrahams, majoritairement et son compère guitariste et organiste Bob Sargeant. Qu'est-ce qui fait donc que ce combo oublié mériterait d'être exhumé dans la rubrique rock lourd seventies, chère à l'excellent Jonathan Witt (R&F) ?

Eh bien pour une fois, les morceaux sont à la hauteur : il y a la ballade soul très rythmée ("Absent Friends"), ses cuivres majestueux, sa progression ambitieuse, sans que jamais l'esbroufe tant redoutée ne s'en mêle. L'incroyable "Maybe Because" qui préfigure vaguement "Ziggy Stardust" le temps d'un brelan d'accords après l'inévitable intro à la tierce, est une chanson d'anthologie où le chant puissant et testéroné d'Abrahams donne toute sa mesure ! 8' d'un pur régal de jam lors d'un pont affolant, qui le dispute en esprit funky avec un Lafayette Afro Rock Band, c'est dire le niveau de la chose.

At Last ose le gimmick tant risqué mais payant lorsque maîtrisé, de l'album qui monte en puissance. Après les feux d'artifice des deux pièces citées, chacune présente sur une face, une autre ode au rêve hippie disparu qui  ne paye pas de mine au prime abord : "The Good Old Days" évoque le meilleur de Procol Harum. C'est d'ailleurs au niveau du chant qui parfois donne dans la soul aux yeux bleus ("Absent Friends" mais aussi ""Whole Wide World" et "You'll Never Get It From Me") que ce disque impressionne. L'instrumentation monstrueuse notamment ce son de basse à décoiffer un vulgaire mp3, est à l'avenant.

Enfin, nous lancerons avec ce disque une réhabilitation plus générale des grands chanteurs que personne ne connaît, qui tous ont oeuvré dans un registre soul, blues, pop dans des combos marquants : qui peut se targuer de citer en soirée les noms de Jay Ferguson (Spirit), John Drake (The Amboy Dukes), Mickael Kamen (The New York Rock Ensemble), John Kay (Steppenwolf), et même de rendre ses lettres de noblesse à Jack Bruce (Cream) bien sûr le plus connu de tous  ? Liste non exhaustive à laquelle on peut rajouter sans remords Mick Abrahams.


En bref : un tour de force vocal et instrumental qui jamais ne tombe dans la tant redoutée démonstration. Virtuoses mais pas bavards. La fin du rêve hippie encapsulé par de grands oubliés moustachus qui soulent, rockent, rythment et bluesent leur monde. Remarquable.



"Absent Friends"


"Maybe Because"


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07 juillet 2014

Archie Shepp/Horace Parlan - First Set (1987)

En ces temps glorieux où musique "indé" signifie moyen/gros label capitaliste non affilié à une major, et qui fournit gratos en pédales d'effets une armée de petits blancs qui n'ont d'autre perspective musicale que le cahier des charges "pop psyché", parlons de .... musique. "La vie et la mort sont les seuls critères valables en musique" dit Steve Lacy. Traduction : soit tu te fais chier à écouter un truc éventuellement bien fait mais sans vie, formaté et prévisible, soit tu écoutes une musique-événement, La Vie. Bref, tout ça pour vous parler du Blues." Quoi ? It's played !".  Ben justement une musique vivante, n'est pas nécessairement une avant-garde dans l'avant garde, mais simplement un acte de création authentique, où il se passe quelque chose, y compris à l'intérieur d'un genre bien installé, avec mesure à quatre temps, système tonal pépère, rien d'extravagant. De ce point de vue rien n'est plus déterminant que l'écoute des musiques improvisées quand elles s'inscrivent dans un genre, ici le blues.


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07 mai 2014

Timber Timbre - Hot Dreams (2014)

Le trio originaire d'Ontario, Timber Timbre, refait parler de lui avec son 5ème essai, Hot Dreams, prolongement d'un songe aux couleurs monochromatiques d'où émerge une musique aux forts accents américains, d'Elvis Presley à Jay Hawkins en passant par Chuck Berry. Récit de cette odyssée dans la nuit noire américaine.


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16 mars 2013

Don Cavalli - Temperamental (2013)

Cinq ans, c'est long pour sortir son second album. Surtout après Cryland, un premier disque d'une grande qualité encensé par les critiques. Cinq ans, c'est court quand on a la vie devant soi. Et qu'on veut élaborer un Temperamental dont on peut être fier. 
 
Tempérament et mental, tempéramental. Un mot-valise qui résume l'art de Don Cavalli. Un blanc qui cultive un goût explicite pour la musique noire. Du gospel au blues et au funk, mais la liste ne s'arrête pas là, Don Cavalli rassemble les genres, les rassemble pour créer le sien, un genre-valise en fin de compte.
 
Tempérament et mental. Ils en faut pour faire un tel album. Un album intelligent, qui passe subtilement d'un style musical à un autre, mais qui n'a pas honte d'être accessible, de jouer autant sur la vie du corps que sur la sensiblerie.


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01 février 2013

Various Artists ‎– Anthology Of American Folk Music (1952)

C'est à ce jour l'une des plus importantes et des plus volumineuses anthologie de la musique populaire américaine. Publiée dans une première édition, il y a maintenant plus de 60 ans, elle concentre dans six albums pas moins de 84 morceaux de folk, de blues et de musique country. C'est également et surtout une invitation de premier choix pour (re)découvrir les racines profondes de ce brassage culturel et musical qui a pu germer de ce terreau nord-américain. Une terra nova chargée de promesses, d'accomplissements et de désillusions pour tous ceux qui se sont embarqués dans cette traversée de l'Atlantique. Car c'est bien de la terre dont il est question. De ses hommes et de ses femmes qui ont contribué à sa découverte et à sa conquête. D'histoires quotidiennes et ordinaires. De destins infimes et foncièrement humains.


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17 décembre 2012

John The Conqueror - John The Conqueror (2012)

Si on présente John The Conqueror comme un groupe blues-rock produit par un label prestigieux, on se doute que ce dernier n'est autre que Alive Records. Le seul nom des Black Keys, dont le premier album fût produit par ce label,suffit à caractériser le son qui le caractérise. Ce son, le trio de John The Conqueror le capte depuis ses racines du Sud des Etats-Unis pour en faire la matière première de son premier album.


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22 juin 2012

Gonzaï Club #5 : The Experimental Tropic Blues Band + Tav Falco - Concert à La Java ( Paris) le 24/05/12


Le 24 mai dernier, sous une chaleur étouffante, la belle salle de La Java à Paris accueillait une soirée rock avec deux groupes d'inspiration très différente : la dynamite liégeoise de The Experimental Tropic Blues Band et l'américain Tav Falco et son groupe The Unapproachable Panther Burns.


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10 mai 2012

Dr John - Locked Down (2012)

Pas plus docteur que vous et moi, Malcolm John Mac Rebennack de son vrai nom fait pourtant partie de la légende. Celle de la Nouvelle Orléans plus exactement, mais aussi celle du bayou, du vaudou et du blues rock. On lui doit entre dizaines d’autres le fameux album Gris Gris de 1968 et sa pochette déjà bien estampillée. Rappelé au micro et au piano (Farfisa) par le désormais incontournable Dan Auerbach, le serpent des marécages parait plus en forme que jamais, servi par des musiciens triés sur le volet.


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04 mai 2012

The Black keys - El camino (2011)

Dernier album des maintenant très (trop) populaires The Black Keys, El Camino s'institue comme une usine à tubes. De la terre sale et graveleuse du blues rock au bitume policé de la musique pop-rock taillée pour les ondes FM, les deux compères semblent s'être endormis sur l'aire de l'autoroute qui mène au succès... Explications.


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27 septembre 2011

Kitty, Daisy & Lewis - Smoking In Heaven (2011)

Je vous vois déjà. C’est quoi ce truc ? Ca sent la grosse production et la récupération commerciale. Même déesse Nova a choisi "I’m so sorry" et la passe en boucle depuis des mois. Il y a aussi ceux qui ressortent la même rengaine avant même d’avoir écouté : "le premier album était mieux". D’autres qui pensent que des freluquets en culotte courte et banane 50’s sur la tête ça ne sera pas leur truc. A tous je n’ai qu’une chose à dire : écoutez ce disque. Une fois. Deux fois. Trois fois. Et tous, hommes, femmes, vieux, punks, hipsters, le disquaire du coin ou votre grand-mère, seront accros à ce Smoking In Heaven, disque transgenre de l’année.

Pour les retardataires, Kitty, Daisy & Lewis font partie de la fratrie Dhuram et n’ont sans doute pas soixante ans à eux trois. Ils viennent de Londres et on peut dire que c’est leur troisième album. Particulièrement présent, Papa est producteur, collectionneur et grand amateur devant l’éternel de musique. Les rejetons, bercés depuis la plus tendre enfance au rockabilly, au swing, au blues, au ska et au piano bar ont repris le flambeau et se sont créés un univers. Reprenant tous les genres sus-cités et arrosant le tout d’un groove incroyable, ils livrent un album énorme et plein jusqu’à la gueule.

Treize titres, treize bombes. "Tomorrow", où ska et cuivres s’invitent sur un son impeccable, chaud et spacieux. Lewis Dhuram, souvent au chant apporte sa voix motown. "Will I ever" et c’est un parfait blues contrebasse, instrument qui marque le rythme tout le long du disque. Avec solo de guitare vintage pour le coup. Arrive ensuite le premier monstre de l’album. "Baby don’t you know", qui démarre doucement et qui d’un coup d’un seul prend ses jambes à son cou et galope sur un duo contrebasse guitare emporté par des paroles répétitives, autre particularité de leur style. Le final à l’orgue est monumental.

Les morceaux s’étirent et laissent parler les instruments chez Kitty, Daisy & Lewis. Il y a clairement une grande maîtrise des instruments, une joie énorme de jouer ensembles, et derrière un son peaufiné aux petits ognons par Papa, qui non content d’enrober le tout, invite dans le studio quelques grand noms du genre, aux cuivres notamment. Et puis "I’m going back" ou le swing incarné. Des breaks, des soli, des parties instrumentales, cette musique est riche. Derrière on a du boogie, et pourtant le disque continue d’être on ne peut plus homogène. "Messing with my life", et un tube de plus. Et puis "What quid ?" longue plage instru qui semble reprendre le "John Lee Hooker" de Johnny Rivers. Et puis merde, il n’y a de toute façon que des tubes sur ce disque, à quoi bon vous les énumérer quand il suffit de l’écouter pour en être convaincu. Bravo !

En bref : pouah, un trio londonien cultivé assume son style vintage et balaye large la palette de tous les sons qui font kiffer, avec une bonne humeur et une maîtrise sans défaut, sur des chansons déjà cultes. Note maximale.




Leur site officiel

Acheter  Smoking In Heaven chez l'International Records


"Baby don’t you know" et "I’m so sorry" :




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15 septembre 2011

Ted Lucas - Ted Lucas (1975)

C'est la pochette qui a tout d'abord attiré mon attention. Un œil stylisé sur un fond terne, que tranche un étrange motif aux couleurs vives. L'unique album du musicien américain, dont la carrière débute dans le Michigan au début des années 60 et continue jusqu'à sa mort en 1992, a de quoi intriguer. Unique, tout comme le parcours de ce personnage, qui ne semble répondre à aucune logique. Ted Lucas serait tombé dans l'anonymat le plus total si le label Yoga Record et Sebastian Speaks n'avaient pas eu conjointement l'idée lumineuse de rééditer, l'année dernière, cette pièce rare, et d'ajouter 3 prises qui n'apparaissaient pas sur l'édition originale.

Étiqueté guitariste rock, il apprend à jouer de son instrument sur un modèle classique, puis étudie le blues, le country, et la musique contemporaine. Le guitariste Joe Fava, mais encore Ravi Shankar pour la cithare, comptent parmi ses maîtres. Il emploie d'ailleurs ses compétences pour ce dernier, comme pour d'autres formations tout aussi réputées telles The Eagles, Frank Zappa, Yes, John McLaughlin, Black Sabbath... Musicien studio pour le célèbre label Motown, on peut également l'entendre jouer de la balalaika, de la guitare de 6 ou 12 cordes et d'autres instruments sur des albums des Temptations, des Supremes, ou de Stevie Wonder. Rien que ça.

Si l'on cite également sa participation dans diverse groupes de Detroit plus ou moins obscurs des années 60'-70' - The Misty Wizards, Horny Toads, The Androids, etc -, c'est cet unique enregistrement éponyme, surnommé par sa famille et ses amis "The Om Record", en référence au label personnel de Lucas, que l'on retient. Situé dans la lignée folk ouverte par Bob Dylan, Nick Drake ou Joni Mitchell, Ted Lucas livre un album très équilibré, qui mélange à la fois mélancolie et espoir, avec des textes introspectifs, sur les plaisirs et l'amertume quotidienne.

Les 6 titres originaux de l'album sont d'une imparable simplicité d'écriture aussi bien au niveau des textes que sur un plan mélodique. De véritables "tubes" folk. Le titre d'ouverture "Plain And Sane And Simple Melody" en est la preuve. Le timbre de la voix de Lucas accroche immédiatement l'oreille, avec ses paroles "It's A Plain And Sane And Simple Melody / It's The Same To Me / It's The Same To You" qui reviennent en boucle. "It's So Easy (When You Know What You're Doing)" prend la forme d'une ballade légère, dont les paroles sont prononcées sur un ton chaud. S'il parle en termes généraux, il trouve les mots justes pour exprimer ses pensées. "I'll Find A Way (To Carry It All)" atteint les sommets avec son instrumentation gracieuse et délicate. On peut aussi citer le titre "It Is So Nice To Get Stoned", une invitation plaisante à la défonce. Imbattable.

La deuxième partie de l'album fait la part belle aux improvisations. "Robin Ride" mélange blues et congas dans court mais largement satisfaisant jam de 3mn. Enregistré en live, "Sonny Boy Blues" laisse place à la virtuosité de Lucas. Une gratte, un kick, et Lucas qui chante "You better start drinking some wine / You drink whisky it'll be bad for you"… Quant à "Love And Peace Raga", on remarque à quel point l'Inde a pu avoir de l'influence dans ses compositions. Sur un fond de cithare indienne et une improvisation de voltige dans le cadre mélodique qu'implique un râga. Le résultat est proprement bluffant.

En bref : œuvre de génie, l'album devrait figurer dans toute bonne discothèque.




Acheter l'album sur Yoga Records

"Plain And Sane And Simple Melody" :


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15 août 2011

Wraygunn - Ecclesiastes 1.11 (2005)

Ecclesiastes 1.11 : "On ne se souvient pas de ce qui est ancien ; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard". Rien ne peut mieux illustrer le groupe portugais Wraygunn que cet extrait biblique qu’ils ont choisi pour nommer leur troisième album. Parce que franchement, qui aujourd’hui se souvient encore de Paulo Furtado et sa bande ? Certes en 2005 cet album sorti de nulle part avait fait un peu de bruit, notamment grâce à des reprises publicitaires et un passage à Taratata, mais depuis, à part un maigre Shangri-la en 2007, plus rien. Pourtant en 2005, s’il y avait un album rock inventif de bout en bout, c’était bien celui-là.

The Legendary Tiger Man) et la belle Raquel Ralha qui contribue notamment à faire baisser la tension de temps en temps. Parce que de manière générale, Ecclesiastes 1.11 envoie la purée. "Juice" notamment, est un titre musclé ou guitares et batterie s’en donnent à cœur joie. Tout comme "Drunk or stoned", redoutable d’efficacité grâce à son sample d’opéra, son énergie galopante et ses guitares américanisantes.

L’autre particularité de Wraygunn, c’est de s’inspirer de la culture noire américaine, le gospel essentiellement, pour donner à son rock cette idée de célébration et de communion sans sonner cul béni pour un sous. C’est particulièrement marquant sur des titres à la bonne humeur marquée comme "Keep on prayin" ou le génial et introductif "Soul city", avec orgue, chœurs, scratchs, riffs et discours de Martin Luther King en sus. C’est dansant, imprévisible et surtout incroyablement joyeux.

Inutile de tous vous les citer, mais pas un seul morceau ne jure sur ce disque. Du premier au douzième coup de minuit, c’est excellent de bout en bout. Il y a autant de Rolling Stones que de Blues Explosion, autant de Jack White que de John Spencer. Les arrangements et la production sont exemplaires, jusqu’au solo d’harmonica du "All night long" qui clôt le disque, que l’on relance aussitôt.

En bref : des portugais qui se prennent pour des américains et qui écrasent tout sur leur passage dans un foutoir rock’n’roll gospel décapant à la bonne humeur contagieuse.





Le Myspace

"Soul city" :



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03 février 2011

Wolf People - Steeple (2010)

Moi qui croyais tenir là le premier grand disque rock de 2011, je tombe de haut. Pour être un grand disque c’est est un, ça c’est sûr, mais il date de la fin d’année dernière, et était passé on ne sait comment au travers des griffes acérées de Dodb. C’est donc réparé, et Steeple, premier album du groupe anglais Wolf People après la démo Tidings début 2010 figure enfin dans nos lignes. Que dire sinon qu’il s’agit là d’un petit sommet de blues rock à l’ancienne façon Fairport Convention, voir Led Zeppelin par moments. En somme, comme le dernier Midlake, mais avec des couilles.

Si (pas comme nous) vous avez été déçus par les derniers Black Mountain et Besnard Lakes, il y a de fortes chances que cet opus vous plaise (tous trois chez Jagjagwar d’ailleurs). D’entrée de jeu, "Silbury sands" marque des points. Petit côté celtique porté par la voix de Jack Sharp, puis ces fameuses heavy guitares 70’s qui annoncent une maîtrise exemplaire. Changements de rythmes, solo, break, envolées, il y a tout pour faire un grand titre du genre. Sur "Tiny circle" c’est différent mais encore mieux. Une flûte Jethro Tull introduit un rock psyché gavé de groove. Tame Impala s’y était un peu essayé l’année dernière aussi, à leur manière.


Sur les sept titres qui suivent, les londoniens ne calment que très rarement le jeu. On y trouve notamment le heavy rock "Painted cross", la ballade folk traditionnelle (mais pas tant que ça non plus) "Morning born", la jam transcendantale "Cromlech" ou encore un autre très grand morceau : "One by from Dormey reach", morceau épique à souhait qu’a oublié d’écrire Led Zeppelin. Wolf People finit en planant, on n’en attendait pas tant.

En bref : un disque presque instantanément important, du blues rock anglais 70’s à l’état pur, nettement et facilement au dessus du lot.




Le site officiel

"Tiny circle" et "One by from Dormey reach" en live :





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10 décembre 2010

Fred Neil - The Many Sides Of Fred Neil (1998)

Certaines de ses chansons, interprétées par d’autres, sont devenues de grands classiques, pourtant le nom de Fred Neil ne revient pas souvent quand il s’agit de citer les grands songwriters des années 1960. Et pour cause. Il aura fallu attendre presque trente ans pour que sa musique soit rééditée, en 1998. Trente années d’un oubli totalement incompréhensible pour ce crooner folk dont la splendide voix de baryton évoque un lointain ancêtre de Bill Callahan ou de Stuart Staples. Ce n’est qu’à la sortie de cette double compilation que le musicien fut redécouvert. A l’exception de son premier effort, Bleecker & Macdougal, l’objet regroupe à peu près toutes ses œuvres solo, à savoir l’ensemble de ses enregistrements pour Capitol : son album éponyme, les Sessions de 1967, un live et quelques inédits.

"Everybody’s Talkin’" reste, de loin, la chanson la plus célèbre de Fred Neil. Mais c’est dans une version miaulée par Harry Nilsson qu’elle sera immortalisée pour les besoins de la bande originale de Midnight Cowboy, de John Schlesinger. Celle de Neil est pourtant plus dépouillée, plus sombre, et infiniment plus touchante. Sa carrière aurait certainement été bien différente s’il avait été identifié comme l’auteur de ce tube indémodable, septième titre le plus joué en radio pendant trois décennies. Au lieu de ça, il connut un parcours accidenté, s'attacha à refuser tout compromis et finit par laisser tomber la musique, en 1971, pour aller s’occuper de la défense des dauphins en Floride, où il passa le restant de sa vie – "I’m going where the sun keeps shining through the pouring rain", disait la chanson.

"The Dolphins", c’est d’ailleurs le titre d’un autre classique du bonhomme, une chanson absolument magnifique dont le regretté Tim Buckley avait donné sa propre relecture. Bouillonnante, violente même sous sa douceur apparente, la voix de Neil – à tomber – y caresse de très fins arrangements de guitare vaguement influencés, on l’imagine, par la découverte des musiques indiennes et notamment de Ravi Shankar. "CynicrustpetefredJohn Raga," qui donne l’occasion au natif de Cleveland d’exprimer toute sa virtuosité sur sa 12 cordes, fut justement l’un des premiers raga enregistrés par un occidental.


D’abord chanteur dans une chorale gospel, Fred Neil débarque à New-York en 1958, cachetonne en tant que musicien de sessions, enregistre une poignée de singles et écrit des chansons pour Buddy Holly et Roy Orbison. Il écume les clubs de Greenwich Village comme le Café Wha ?, le Night Owl ou le Bitter End. C’est à cette époque qu’il offre à un certain Bob Dylan la possibilité de monter pour la première fois sur scène pour l’accompagner à l’harmonica – le Zimm reprendra plusieurs compositions de Neil dans les années qui suivront.

Il devient une star locale, adulée par toute une génération de musiciens, mais refuse le succès au moment où celui-ci s’offre à lui. Il décide de cesser de travailler, sauf en cas de besoin financier pressant. C’est ainsi qu’il refuse de chanter à Woodstock ou au Johnny Cash Show. Il ne produira plus aucun disque après le live Other Side Of This Life, paru en 1971. Presque toutes ses chansons, qu’elles relèvent du blues pur ou d’un certain psychédélisme qui commençait à faire fureur à New York en ce temps-là, expriment une pureté et une puissance émotionnelle vraiment particulières. J’ai un peu le même sentiment lorsque j’écoute Nick Drake. Celui d’une sensibilité tellement vive et exacerbée qu’elle n’en est presque plus humaine. Ecoutez "Green Rocky Road", "Felicity" ou n’importe laquelle de ses interprétations en concert, et vous saurez de quoi je parle. Dommage que le mot "légende" se soit vidé de son sens à force d'être utilisé à mauvais escient, car en ce qui concerne Fred Neil, il serait parfaitement justifié.

En bref : guitariste génial doté d’une incroyable voix de baryton, Fred Neil est surtout l’un des plus grands et des plus ignorés songwriters folk des années 1960, auteur des intemporels "Everybody’s Talkin’" et "The Dolphins", et de bien d’autres gemmes, toutes ou presque alignées sur cette double compilation.










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12 septembre 2009

Eamon Mc Grath - 13 Songs Of Whiskey And Light (2009)

13 songs of whiskey and light, voilà qui qualifie bien le contenu de cet excellent disque d'Eamon Mc Grath. On oscille en effet ici entre mélancolie due à l'absorption massive de ce breuvage, intensité rock'n'roll enthousiasmante et envolées lumineuses et finalement, c'est tout un pan du rock'n'roll qui nous est dévoilé, dans le sens ou le ressortissant d'Edmonton pratique celui-ci à diverses sauces et ce, sans la moindre faute de goût.

Dès le magistral et allégorique "Welcome to the heart" en introduction, la voix éraillée d'Eamon captive de même que l'ambiance, multiple et représentative des états d'âme du canadien. Ainsi, "Machine gun cowboy" propose un rock'n'roll bluesy délectable, mis en valeur par des guitares inspirées et, comme de coutume, la voix caractéristique de Mc Grath, puis "Big river" évoque un Neil Young... dans son versant électrique. Ainsi, l'artiste évolue dans un registre d'obédience rock certes, mais diversifié et jamais dispersé, et la qualité n'est jamais prise en défaut.

On a même droit sur "File under fire" à un rock tranchant et mélodique à la fois, avant qu'une acoustique superbement désabusée ne reprenne ses droits sur "Last man standing". Je suis d'ailleurs sur le point, tant cet album s'avère irrépochable, de décrire chacun de ses treize titres, dont "Cadillac rosetowne" et ses élans western endiablés ou "Holly roller", à l'ambiance à la Léonard Cohen perturbée par une guitare remarquable.

Mc Grath possède l'âme d'un "itinérant du rock" et cela se ressent, et s'entend, à l'écoute de ses titres, dont la variété se voit brillamment confirmée par l'incandescent "Desperation, Alberta", lancinant et zébré de guitares cinglantes.

Sur la suite, les climats changeants sont donc à nouveau de rigueur, et ce dans la cohérence la plus totale, à commencer par "Darby crash and burn guitars" et son harmonica Dylanien, auquel succède "Land of dogs", superbe exercice rock'n'roll au rythme soutenu. Puis le trio de fin, inauguré par "Chained to my love" et ses sonorités épurées (avec, encore une fois, un harmonica décisif), permet d'assoir de façon définive la valeur de ces 13 chansons de lumière et de whisky. "Caves", dans un premier temps, nous plonge dans une atmosphère faussement tranquille, puis "Ecstasy railings" réinstaure une certaine tranquilité, ceci pour une qualité toujours égale et pour un résultat au dessus de tout soupçon.

Superbe album donc, parfait reflet des humeurs de son auteur, qui se voient mises en son avec une superbe maîtrise.

En bref : très belle surprise et bel essai rock'n'roll d'un artiste entier et qui se livre à la fois sans retenue et avec pudeur... pour nous livrer un disque de toute beauté.




Le Myspace

"Welcome to the heart":


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13 août 2009

Monsters of folk - "Say please"

Ils seront certainement une des attractions de la rentrée musicale à venir. Les "Monstres du folk" comme ils se sont humblement baptisés, j'ai nommé M. Ward, Conor Oberst, Jim James (My Morning Jacket) et Mike Mogis (Bright Eyes), sortiront leur premier album le 22 septembre prochain. En attendant de voir si les quatre phémonènes ricains se débrouillent aussi bien ensemble qu'avec leurs formations respectives, ils ont laissé filtrer un premier titre, "Say please". De quoi espérer mais pas davantage pour le moment. 

Pour votre appréciation : "Say please"


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07 juillet 2009

Iggy Pop - Préliminaires (2009)

Iggy Pop et Michel Houellebecq réunis pour un disque. Belle affiche. Pour ma part, je n’aurais pu trouver rencontre plus alléchante et intrigante. Que pouvait donc bien donner l’association – aussi inattendue qu’excitante – du mythique iguane et de l’écrivain français ? Quid d’un album annoncé sous influence de La possibilité d’une île, dernier roman en date de notre libidineux littérateur ?

Beaucoup, dès les premières écoutes, ont été surpris voire offusqués de découvrir un album à l’ambiance plus posée et suave qu’à l’accoutumée. « Merde ! Iggy nous fait du jazz maintenant ! ». Plutôt que jazz, je parlerai volontiers d’un certain blues-rock, joliment cuivré et aux accents baroques me rappelant sur certains titres un autre monstre sacré, Lou Reed. L’Américain livre un de ses plus beaux tours de chant, tout en langueur et en distinction. Sans pour autant renier sa culture rock – qu’il exprime assez nettement dans la seconde moitié du disque - le reptile se fait crooner et expose davantage sa corde sensible.

L’ouverture est sans appel. Pour nous accueillir – ou plutôt nous cueillir (délicatement), sur quelques notes d’orgue velouteuses et quelques discrètes pointes de guitare basse, Iggy Pop nous gratifie d’une magnifique reprise des « Feuilles mortes » de Prévert, originellement chantée – pour l’anecdote – par le plus qu’oublié Jacques Douai en 1947 et non par Yves Montand qui se targuait pourtant d’en avoir été le premier interprète. Je vous parlais de crooner, ce premier titre, livré dans la langue de Molière, en est l’éclatante démonstration, sublimement parachevé par un magnifique solo de clarinette. Enchaîné avec l’éblouissante quoique trouble « I want to go to the beach », il nous dévoile un chanteur charnu, fragile et chaud. Une facette plutôt cachée de l’icône américain.

« King of the dogs », avec ses cuivres fanfarons et son piano cabaret, verse dans un registre plus glamour et baroque à mon goût mais non moins appréciable. Il y a pour moi dans ce titre indéniablement du Transformer. Ceci étant dit, on pourrait abonder inlassablement en références légendaires au fil des 12 morceaux du disque. Cela serait à mon avis oublier trop facilement devant quel mythe et quel grand vocaliste nous faisons face.


Quelques que soient les dominantes des morceaux, du rock rageur « Nice to be dead » au blues garage aux guitares grasses « He’s dead / She’s alive », via des phases d’inspirations new wave (l’excellente « Party time ») ou jazz, règne une atmosphère erratique, menaçante, légèrement déroutante et indubitablement mélancolique. Isolé et pénétré par ses vies antérieures, comme pouvait l’être le personnage de Daniel 24 dans La possibilité d’une île, Iggy Pop, bien que fièrement dressé de toute sa hauteur, expose ses plaies et ses multiples personnalités

Pour la première fois, le chanteur a travaillé seul, ne rencontrant pas ses musiciens et à de très rares occasions Michel Houellebecq, l’auteur des textes. Incontestablement, cet ermitage lui a été bénéfique. Débarrassé de ses Stooges, il nous revient dans les habits d’un crooner blues inquiétant et caverneux, bien servis par les mots et les obsessions du Français ainsi que par des arrangements n’ayant pas souffert la distance.

En bref : En mode loup solitaire et plus envoûtant que jamais, l’iguane change de peau et se mue en ténébreux crooner blues. Pas un vague album à tendance jazzy d’une icône déchue, un disque bluffant d’un grand Iggy.




Le site web dédié à Préliminaires.

A lire aussi : Danger Mouse and Sparklehorse – Dark night of the soul (2009)

“King of the dogs” en live à France Inter :


“Les feuilles mortes” également à France Inter :

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13 mai 2009

Elvis Perkins - Ash Wednesday (2007) - Elvis Perkins In Dearland (2009)


Fabien nous parlait il y a quelques jours seulement du folk racé de Bill Callahan et dans le même registre l’Amérique peut désormais et à coup sûr compter sur un nouvel héros du genre. J’avais hésité il y a deux ans à vous parler de Ash Wednesday, premier opus impeccable d’un grand songwritter en devenir, mais cette année c’est la goute d’eau qui fait déborder ma platine, Elvis P. (ça vous rappelle quelqu’un ?) rajoute à son patronyme un suffixe imposant un groupe et non plus une entité seule. Elvis Perkins In Dearland est même à ce jour l’un des meilleurs quatuors de musiciens du pays de l’Oncle Sam.

En poussant un peu le bouchon, Nick Kinsey, Brigham J Brough et Wyndham Boylan Garnett ne sont plus très loins de The Band, le fameux groupe de Bob Dylan, auquel Elvis sera immanquablement comparé dans les années à venir. Redoutables à chaque instant, ils exposent à qui veut l’entendre une palette instrumentale sans fin : harmonica, violon, mélodica, trompette, contrebasse, banjo, harmonium… et bien sûr l’organe vocal vibrant et profond du chanteur qui témoigne en seulement deux albums à quel point il faudra compter sur lui. Ses textes sur la fragilité de la vie, poignants et humbles, sont autant de chansons de survie, à écouter en veillée au coin du feu. Comme si Rufus Wainwright jouait avec les musicos d’ Okkervil River.

Tout commence en 2007 avec ce Ash Wednesday sorti de nulle part. Elvis à la manière de Eels vient de subir deux drames familiaux coup sur coup. Sa mère était dans l’un des avions heurtant les tours. Son père (Anthony de Psycho) est emporté par le SIDA. Dur. Le disque est d’ailleurs scindé en deux parties autour du titre éponyme aux cordes larmoyantes, avant et après le drame. On s’en doute, comment aurait-il pu en être autrement, il y a de la mélancolie universelle dans chaque chanson, mais surtout un malheur transcendé par la simplicité des ponts et l’efficacité des refrains accouchant d’au moins sept titres sur onze à ranger au panthéon du genre.

"While you were sleeping" ouvre l’album, tout en douceur, grâce à d’intelligentes percussions (Gary Mallaben, le batteur de Van Morrisson, ainsi que Osgood Perkins aux tambours), une voix nasillarde et touchante et des cuivres finaux qui donnent une véritable identité. Cette chanson magnifique était alors la plus belle entrée en matière possible. "All the night without love" suit et introduit une instrumentation différente, presque manouche, encore une fois magnifique. Sur "May day !" Elvis tourne le dos aux préjugés et joue là où on ne l’attend pas. Un titre gai, à la guitare électrique sautillante et aux chœurs bordéliques. C’est l’influence Neutral Milk Hotel qui pointe le bout de son nez.

Plus loin sur "Moon woman II" et "It’s only me" Elvis revient à la douceur, seul avec sa guitare, pudique mais spontané. On commence à sentir l’ombre de Dylan qui s’expose complètement sur "Emile’s Vietnam in the sky" et son touchant violon. La deuxième partie, plus rigoureuse et plus lente, manque certes d’originalité mais pas de maturité (les arrangements de "Sleep sandwich", le piano de "Good friday"). Quelque chose s’annonçait mais on ne savait pas encore comment le prendre.

Et puis cette année, Elvis est de retour. Renaissant de ses cendres et musclant ses compositions, il nous livre un deuxième album inespéré de folk ancestral au tempo plus rapide que son prédécesseur. Le Zim n’est plus le seul inspirateur, on pense désormais à Woody Guthrie, mais aussi à Léonard Cohen, Paul Simon et encore NMH sur les parties les plus festives, ce "Doomsday" tout en cuivres à l’énergie monumentale qui lui aussi porte un parfum d’Okkervil River. Des cuivres qui sont désormais au centre des arrangements lumineux de la bande, drapant d’heureuses folk songs d’une couche de jazz bancal.

Equivalent de "While you were sleeping" du premier album, "Shampoo" ouvre celui-ci une nouvelle fois de la plus belle des manières, à l’orgue et à l’harmonica, tout simplement parfait. On retiendra également "Hours last stand" sous forme de marche funèbre, et "123 Goodbye" et son crescendo dramatique de piano, harmonium, batterie et cordes. Epoustouflant de long en large.

En bref : à 33 ans, Elvis Perkins vient de livrer deux albums majeurs de folk américain mais pas seulement. Il a aussi fondé un groupe immense, et transformé de manière universelle ses démons en chansons belles à pleurer. L’expression coup de cœur a toute sa place ici. Je vous interdis de passer à côté.
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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : M. Ward - Hold Time (2009)

"While you were sleeping" et "Shampoo" les deux titres introductifs :



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09 mai 2009

Bill Callahan - Sometimes I wish we were an eagle (2009)

J'use parfois de l'adjectif « noble » avec un peu trop de hâte, happé par l'ivresse de quelques mélodies profondes, déposant aussitôt sa marque sur le front de mes élus immédiats. Mais qui, avec raison et mesure, pourrait mieux mériter ce qualificatif que ce seigneur de la musique folk qu'est Bill Callahan ? L'Américain, actif depuis une vingtaine d'années et connu sous le nom de Smog pour ses épures mélancoliques et brumeuses – je pense en particulier au sublime A river ain't too much to love – ne devrait plus être à présenter tant son génie est éclatant. Son second album signé sous son propre patronyme en est une nouvelle preuve irréfutable, simplement éblouissante.

On n'aurait pu choisir meilleurs titre et pochette pour ce disque à la fois lumineux, racé, fougueux, trouble, apaisant et altier. Il y a de tout ça chez Bill. Inéluctablement, les mots manqueront. De ses débuts, Callahan a su conserver un certain sens du dépouillement et de la simplicité, illustré magnifiquement par ses balades feutrées construites autour de touches légères de guitares et de piano, discrètement soutenues par le rythme d'une batterie. Mais il sait aussi nourrir davantage ses compositions et y incorporer avec justesse des envolées symphoniques épiques à base de violons et de violoncelles, quelques riffs blues ou encore quelques pointes d'orgue ou de synthétiseur.


Sur Sometimes I wish we were an eagle, on passe successivement de l'ombre à la lumière, de la vie à la mort, des errements à la cavalcade, constamment couvé et rassuré par la voix chaude du chanteur du Maryland. Loin d'être linéraire, le disque ménage habilement ses moments de dépression puis de rémission, alternant à merveille temps forts et temps faibles comme on pourrait le dire en jargon rugbystique. De la balade solennelle « Too many birds » à la vigoureuse et dynamique « My friend », en passant par la brume macabre de « Invocation of ratiocination » et ses spectres vocaux. Les arrangements des titres sont tous littéralement à tomber par terre et laisse à chaque instant béat devant tant de pureté et de classe. De noblesse, oserais-je dire.

Un des sommets du disque est atteint avec le titre au nom prémonitoire « All thoughts are prey to some beast ». Grandiose voire grandiloquente, trépidante et majestueuse, sont des termes appropriés pour qualifier cette chevauchée courageuse et orageuse à laquelle se livre Bill Callahan. Les percussions claquent crûment et nous mettent en selle sans sommation, bravement nous avalons la distance sous les éclairs de violon et le tonnerre de quelques notes de guitare saturée. En deus ex machina, le chanteur joue sur ses moments d'absence et laisse longuement les instruments s'envoler, presque hors contrôle, surgissant ensuite pour quelques imprécations. Le souffle coupé, Bill ne nous lâche pas pour autant et nous tire ensuite lentement vers l'abyme avec « Invocation of ratiocination », court interlude sombre et ambiant, véritable ovni de l'album. Le mouvement s'achève sur une rédemption avec « Faith/void », dans le calme et la sérénité, doucement réchauffé par la voix radieuse et bienveillante du folksinger. Heureux et sauvé, il est grand temps pour nous de déposer les armes... et les couronnes de lauriers aux pieds de notre héros.

En bref : Héroïque et fragile, égarée et apaisée, une nouvelle grande œuvre d'un très très grand Monsieur de la chanson américaine, conjuguant merveilleusement envolées symphoniques et pureté folk. Impossible à ignorer.




Le myspace de Bill Callahan


All thoughts are prey to some beast.mp3

Eid ma clack shaw.mp3


"Jim Cain", premier titre de l'album, en live chez un petit disquaire de Colombus, Ohio :




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