18 avril 2019

The Brian Jonestown Massacre -s/t (2019)

Lorsqu'il ne se complaît pas dans d'interminables jams psychédéliques et ne commet donc pas ces logorrhées sonores que sont au hasard ses derniers albums hormis le récent Something Else, Anton Newcombe sait à nouveau se montrer excitantt.


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14 décembre 2018

Smashing Pumpkins - Pisces Iscariot (1994)

Lui, c'est l'anti Ray Davies. Le songwriter que l'on aime détester... ou que l'on déteste aimer, c'est selon. Il faut dire qu'il a cherché les embrouilles. Il, c'est Billy Corgan; leader des Smashing Pumpkins, le Frank Leboeuf  du grunge dans l'autre groupe de ce mouvement au succès colossal.


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18 juillet 2015

Algiers - s/t (2015)


On pense bien sûr tout de suite aux séminaux TV on the Radio des deux premiers albums : mêmes textures sonores, même esprit tribal, le chant black (celui de Franklin James Fischer, figure de proue du trio), mêmes accointances new yorkaises. Et quand bien même le chanteur viendrait-il de Géorgie (Atlanta), ça n'en serait pas un problème. Tout ici suinte l'expérimentation, l'avant-garde telle qu'elle a pu être chérie et pratiquée par des combos aussi essentiels que celui précité, Animal Collective, Fiery Furnaces, ou bien Liars. Que ce drôle de combo formé il y a déjà cinq ans de cela....... à Londres, a dû forcément écouter.

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22 mars 2013

Atoms For Peace - Amok (2013)

Amok définit le premier véritable album du groupe Atoms For Peace, formé naguère en 2009 durant la tournée de concerts accompagnant le projet solo de Thom Yorke, The Eraser. Plus que la réunion d'artistes ayant collaboré avec bon nombre de groupes emblématiques issus de ces 25 dernières années, des Red Hot Chili Peppers à R.E.M, Atoms For Peace traduit l'expression d'un esprit qui n'a eu de cesse de repousser le champs de son expression musicale, et ce, depuis un certain Ok Computer paru il y a quinze ans… Car avant d'être un disque estampillé Atoms For Peace, Amok doit se comprendre comme le prolongement d'une pulsion chronophage, émergée des entrailles du leader de Radiohead, dont l'appétit musical semble décidément insatiable. 


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13 août 2012

Crocodiles - Endless Flowers (2012)

Cette pochette, il fallait oser! Dans le genre "gay blafard descendant un escalier", même les Smiths n'étaient pas allés aussi loin, en ne montrant que le cul d'un jeune éphèbe au rectum de leur premier single. Tiens, les Smiths, puisqu'on en parle... c'est peu de dire que le combo de San Diego les évoque de près : même imagerie homoérotique -et poussant le mimétisme jusqu'au port du bouquet de fleurs- même maniérisme dans le chant, même utilisation pousséee du capodastre (même si parties de guitare moins inventives).   Comme beaucoup de gens avant eux (Black Mountain, Besnard Lakes, Metronomy pour les plus récents), le groupe n'était au départ qu'un duo, peu à peu enrichi en live au point de devenir un véritable groupe, et plus seulement concentré entre les mains de Charles Rowell et de Brandon Welchez qui pour info, est fiancé à la charmante frontwoman des Dum Dum Girls.

Les Smiths, mais pas seulement. Crocodiles évoque en effet moult choses s'étant enregistrées au sein de la perfide Albion, du milieu des années 80 (époque Cure, Echo and the Bunnymen d'un album desquels Crocodiles a emprunté son nom) au milieu des années 90. On peut citer aussi la scène shoegaze, enfin le haut du panier d'où ressortent inévitablement The Jesus and May Chain et My Bloody Valentine - cette scène ayant vehiculé (comme toutes les scènes) son lot de groupes atroces et heureusement oubliés.

Pas grand chose d'américain donc dans le son de ces "Sunday (Psychic Conversation #9)", "Electric Death Song" ou "My Surfing Lucifer"; mais comme il a déjà été répété, les grands bretons ont tellement de mal aujourd'hui à concilier qualité et savoir-faire insulaire qu'il faut bien que ce soit des  branleurs de la West Coast qui s'y collent, un comble !

Alors, qu'est-ce qui rend sympathique l'écoute de ces 10 nouvelles chansons ne brillant pas spécialement par leur originalité, et qui toutes quasi se ressemblent ? Peut-être tout simplement leur candeur, ce côté plaisir de jouer sans se prendre la tête,  qui à défaut de faire de Crocodiles le groupe majeur de ce début de millénaire, permettra à tout un chacun de se réjouir d'une collection de chanson pop à l'énergie communicative, et propres à réveiller tant de fantômes de nos adolescences.

Et puis, restera à n'en pas douter ce visuel improbable, cette pochette à cache (il n'y en a plus tant que ça) renvoyant au bidet des Mamas and the Papas ou à la petite culotte du premier Alice Cooper, bref à du commémorial.

En bref : de la pop à guitares enthousiasmante et qui ne se la raconte pas. Où un quintette de californiens hédonistes nous ramène à l'âge d'or shoegaze du pays de sa Majesté.






le Myspace
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le clip de "Sunday":


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31 janvier 2011

Grandaddy - The Sophtware Slump (2000)

A défaut de s’enthousiasmer sur des nouveautés 2011, replongeons l’espace d’un instant dans l’un des tous meilleurs disques du passage à l’an 2000. A ce moment-là on connait la machine Grandaddy qui avait déjà livré son premier diamant brut de pop électronique Under The Western Freeway trois ans plus tôt, mais on est loin d’imaginer que la consécration est encore à venir. The Sophtware Slump à l’image du premier titre "He’s simple, he’s dumb, he’s the pilot" est alors une œuvre magistrale à classer aux côtés des incontournables Ok Computer, The Soft Bulletin ou The Deserter’s Song. Ni plus ni moins.

Jason Lytle pour succéder à son précédent disque à pochette bleue, donne dans le vert : un concept album de science-fiction écologique sur un personnage de robot dépressif perdu sur une planète désabusée. Jed est l’un de ces personnages incroyables qui n’aurait pas dépareillé sur le Yoshimi Battles The Pink Robots des Lips (d’ailleurs sorti après). Le morceau "Jed the humanoid" est en ce sens un sommet de mélancolie digitale instantanément classique. On pleure tellement c’est beau, et la voix de Jason me rappelle à des belges que j’écoutais beaucoup un temps : Girls in Hawaii. Même si l’on sait qui a inspiré qui.

Les californiens ont enlevé des guitares au profit de synthés et grâce à une production audacieuse inventent (on n’est qu’en 2000 quand même) une space folk planante et cheesy ("Hewlett’s daughter"). Mais The Sophtware Slump sait aussi faire rugir les guitares lo-fi ("Chartsengrafs") ou rock planant (le final de "Crystal lake"). La nostalgie n’est jamais bien loin non plus ("Underneath the willing willow", "Jed’s other poem"). Des classiques comme ça il y en a à la pelle : le déchaîné "Broken household appliance forest" ou encore le final "So you’ll aime toward the sky". Ah oui, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué les titres à rallonge sont de rigueur. Entre ballades langoureuses et frénétisme synthétique, Grandaddy tient (tenait) enfin sa formule, pour notre plus grand plaisir.

En bref : un disque pop rare et lyrique, noir et mélodique. Sommet insurmontable pour Grandaddy qui atteint là le majestueux.




Le Myspace et l’album en streaming

A lire aussi : The Flaming Lips - Yoshimi Battles The Pink Robots (2002)

"Crystal lake" et "Jed the humanoid" :




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05 janvier 2011

Interview - Franck Rabeyrolles (Double U) pour la sortie de la compile Wooly Jumpers (Wool Recordings)


Franck Rabeyrolles aime tricoter du bon son. Le patron du label montpelliérain Wool Recordings sort la première compilation de la maison : Wooly Jumpers ,un petit bijou de dix-huit titres. On y retrouve des perles inédites, d’autres difficiles à trouver car sorties en édition limitée en vinyles. Il y a là des invités et des artistes du label. Un précieux sésame pour découvrir l’univers subtil de ce label à sensibilité post-folk, entre musique psychédélique, influences seventies et sonorités électroniques. Rencontre avec Franck Rabeyrolles, activiste de la scène montpelliéraine et d’ailleurs.

Quand as-tu créé le label, peux-tu nous dresser son portrait, sa couleur, le nombre d'artistes passés par là ? Pourquoi une compile maintenant ? Tu es basé à Montpellier mais tu as beaucoup de contact avec l’Angleterre ?

La création du label ce doit être 2004. Au départ, c'était pour le premier album de Double U. Il y a eu le premier Ep de Collage et quelques maxis... Puis il y a eu une période de silence de 2005 à 2008. Ça fait deux ans que je m’y suis vraiment consacré à nouveau. Notre catalogue est encore très petit, mais ça s’étoffe doucement : Collage, Sarabeth Tucek, Luther Russell, Laetitia Sadier, Franklin, Double U, Suddenly Sunshine…

Pour ce qui est de la couleur on va dire que c'est une maison d'artistes qui abrite des projets d'artistes. Notre spécificité c'est d'être assez vinyle et pressage limité... La couleur est plutôt pop mais au sens moderne crossover divergent. On peut passer d'un projet folk à quelque chose de beaucoup plus électronique sans souci... Je sors des disques au coup de cœur. La compile c'est justement pour permettre aux gens de mieux voir ce que nous avons envie de faire. On comprend mieux notre philosophie générale à travers ce disque, ce côté un peu transversal. Il est vrai que notre distributeur principal est Anglais alors c'est un peu notre point d'ancrage. La France a du mal à reconnaitre la qualité de ses artistes, de ses labels, des acteurs de la scène indé en général, ce qui explique l’envie "d'ailleurs". Et puis tout est tellement "codé" ici…

On voit des noms peu connu comme le néo-zélandais Connan Mockasin et son univers fantastique, Peter Broderick qui invite au voyage mais aussi le New-yorkais Luther Russel ou Lesser Gonzalez, américain d’origine cubaine, signé sur Carpark. C’est finalement une compile éclectique. Comment as-tu procédé pour inviter tout ce monde sur la compile ?

L'éclectisme est un mot parfois un peu fourre-tout. O n’a pas cherché ce côté patchwork vraiment. Ça s'est fait sur des rencontres, des coups de cœur. Il est vrai qu'il y a un côté assez worldwide. Mais c'est plus le côté "global" "internet" de notre société qui est comme ça. Tu as parlé de voyage… ce mot me parle. Moi j'aime le nomadisme par dessus tout en musique. Pour avoir ces artistes sur la compile je ne cache pas que ça a été un peu long et un peu usant des fois. Il y a quand même 18 morceaux, ça fait pas mal d'artistes et de labels à contacter et à rassurer...


La compile commence par un morceau qui date de 1969, curieux pour présenter ce que fait le label ? En quoi "Drug song" a-t-il son importance ici ?

Un ami m'a fait découvrir la musique de Dave Bixby et j'ai eu le coup de foudre pour ce folk complètement hanté, religieusement beau. J'ai pris contact avec lui et ça s'est fait le plus simplement du monde... "Drug song" c'est aussi pour le côté "Song writing". Je crois que c'est une valeur très importante pour le label. Le côté écrire de belles chansons, peu importe comment, avec qui, avec quoi, c’est l'écriture…

Ce n’est pas la première fois qu’on voit le nom de Laetitia Sadier (ex-chanteuse du groupe anglais Stereolab) associé à Wool Recordings. Quelles ont-été vos collaborations passées ? Statues est un morceau nouveau ?

On a rencontré Laetitia à Londres pour un concert de Franklin [l’un des pseudos de Franck], puis on a pris contact par email. Elle a participé à un morceau du dernier Double U, "Interludic". Elle nous a donné une version très minimale et épurée de Statues qui est aussi sur son album mais pas dans la même version. On a un autre projet de disque avec Laetitia pour 2011.

Quels sont les morceaux inédits, et ceux qui existaient déjà ?

Les morceaux de Montag, Lesser Gonzales, Sarabeth Tucek, Double U, Castanets, Luther Russell... sont complètement inédits. Les autres sont déja sortis mais la sélection est pointue. Certains artistes ne sont pas distribués en France. Au final ça fait pas mal d'inédits tout de même…

Sunddenly Shunshine, groupe montpelliérain, vient tout juste de sortir un premier Ep chez toi, tout comme les Italiens de A Classic Education (label Lefse Records), c’est une belle promo. Tu peux nous en parler ?

Pour les Suddenly Sunshine c'est une histoire d'amitié et de musique... J'ai tout de suite accroché à l'idée d'enrichir leur folk avec des arrangements de cuivres et cordes. On va travailler sur un album. Je me suis pas mal investi sur ce disque au niveau de la prod, j'ai joué aussi dessus, j'aimerais bien que ca marche pour eux. Stéphane des Suddenly est un mélomane fou et on se connait depuis très longtemps. C'est important d'être bien avec les artistes pour un label. La relation juste financière ou administrative est très déprimante si on en reste là avec les artistes qu'on signe.

C'est le premier projet vraiment français que je sors. Je suis très heureux avec ce disque, on est allé au bout des choses avec la pochette, le remix de Isan… Pour Classic Education, des choses sont prévues mais dans le futur. On devait sortir leur 8 titres en Europe, ça ne s'est finalement pas fait. Ils sont sur la compile, on adore leur musique ici et on espère bien faire quelque chose d'ici peu.

Tes coups de cœur parmi les 18 tracks.

Je n'ai pas de préférences, vraiment. C'est vrai que Connan Mockasin c'est très séduisant, très "Catchy". Wolf people aussi, le côté stoner / garage ne me déplaît pas non plus…

Des artistes que tu souhaites particulièrement présenter ?

On a deux projets important début 2011. Deux 45 tours : un de Franklin avec un remix de Com Truise, le remix est assez fou, Com Truise a un son unique, il a déjà remixé Neon Indian, Twin Shadow, ça buzz déjà beaucoup pour lui. Il y a aussi ce single avec War on drugs mais je ne peux pas en dire plus… Et aussi, plus tard, ce disque avec Laetitia Sadier et l'album de Franklin. De quoi bien s'amuser.

Dans la compile, on retrouve tes tracks avec tes différents projets, Double U et Franklin, en quoi différencies-tu leurs univers ? Ce sont des morceaux inédits ?
D'autres projets perso sont prévus pour 2011 ?


Oui les morceaux sont inédits. Double U c'est le côté mélo plus introspectif et Franklin le côté plus "psyché", moins "chanson"… C'est de la douce schizophrénie, rien de grave. À part l'album de Franklin, pas de nouveau pseudo en perspective. C'est vrai que faire un album Franck Rabeyrolles ça me tente bien… Mais ca va finir en total ego trip tout ça !

C'est justement pour échapper à ça que j'ai eu envie de reprendre le label de façon très sérieuse depuis deux ans. C'est un fabuleux moyen d'expression que j'ai envie de partager avec pleins de gens. Je pense que ce n'est que le début de l'aventure même si le contexte est plutôt difficile.

On peut espérer un concert pour 2011 qui réunisse un maximum de ces artistes ?

Pas vraiment de soirée Wool prévue pour le moment. Mais faire un plateau en réunissant quelques artistes disponibles dans une belle salle ça me dirait bien.

Un volume 2 est-il prévu ?

Trop tôt pour le dire. Je n'ai pas envie de faire de cette compile un truc routinier. On verra, il faut d'abord que les gens l'écoutent, l'aiment et l'achètent. Car tout part de là.


Le site de Wool Recordings et le Myspace

Dave Bixby - "Drug Song" :



Connan Mockasin - "It’s Choade My Dear" :



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24 août 2010

The Daredevil Christopher Wright - In Deference Of A Broken Back (2010)

Quelle claque! C’est avec un peu de retard et grâce à Benjamin de l’excellent label Almost Musique que j’ai découvert ce qui me semble être (et je ne suis pas le seul) l’un des petits bijoux de l’an passé. Pour beaucoup ce nom à rallonge sans véritable signification est difficile à retenir, et pourtant il mérite qu’on se penche dessus et qu’on fasse l’effort de le retenir. Les frères Jon et Jason Sunde et leur comparse Jessie forment ce trio de barbus en provenance de Eau Claire, Wisconsin. C’est leur premier véritable projet musical à tous trois, et leur premier album après une paire d’Ep confidentiels. Ceux qui s’y connaissent en géographie indé auront tilté, c’est de là que vient aussi Bon Iver, accessoirement parrain et mixeur de ce disque insolite et surprenant.

Pourquoi surprenant ? Parce qu’à première vue tout porte à croire que l’on à faire à un concentré de noirceur. Le titre de l’album d’abord qui fait référence à un douloureux problème médical, puis les titres des chansons qui sont sans équivoque : de l’introductif et lyrique "Hospital" en passant par l’harmonieux et suspendu "Acceptable loss", il est partout question de peines, de traumatismes et de souffrances. Des thèmes qui auraient pu être durs à porter, et qui auraient pu alourdir l’ambiance d’un disque déjà condamné à la tristesse, alors qu’il n’en est rien. Car le mot d’ordre ici, c’est dédramatiser, rire de ses problèmes et plus que tout positiver pour avancer.

L’exemple le plus fragrant est ce morceau : "A conversation about cancer" pour moi le chef d’œuvre du disque. Un morceau enthousiaste et insouciant malgré le sujet on ne peut plus grave. Une rythmique entraînante et trébuchante qui relance le morceau à chaque seconde à la manière du "Did I step on your trumpet ?" de Danielson qui semble être une inspiration majeure des Américains. Comme lui, le trio tient à mentionner sur le livret les innombrables participants à l’"orchestre". Comme lui ça part dans tous les sens (americana, punk, folk, pop…) tout en gardant une identité forte.


C’est aussi le cas sur "A near death experience at sea" qui est un énorme foutoir pop où les chœurs de "Surfin Usa" croisent les percussions de foire de Neutral Milk Hotel. In Deference Of A Broken Back a d’ailleurs été comparé à In The Aeroplane Over The Sea pour son rejet des codes et sa richesse des styles. S’il est un peu tôt pour le dire, la comparaison est en tous cas flatteuse. Les autres influences recensées n’en sont pas moins honteuses. Qui a dit Elliott Smith pour la ballade folk "War stories" ? Qui a dit Fleet Foxes pour la pop pastorale de "The East Coast" ? Un dernier pour la route ? Qui a dit Big Star pour l’électrique "Clouds" ? C’est vrai qu’on a vu pire…

En bref : tous les paradoxes sont dans ce In Deference Of A Broken Back de haute volée. Perturbant au premier abord par sa façon de se tenir en équilibre sur la corde à linge indé, mais à tout moment euphorique et joyeux malgré ses thèmes, c’est indéniablement un disque (et un groupe) à explorer encore et encore, ne serait-ce que pour son incommensurable tendresse.




A lire aussi : Neutral Milk Hotel - On Avery island (1996)

Pour info The Daredevil Christopher Wright sera bientôt en tournée européenne, notamment eu St Ex Bordeaux le 28 septembre prochain avec General Bye Bye en première partie. A ne surtout pas manquer !

Le Myspace et l’album en streaming

Une chouette vidéo de présentation du groupe et le clip/film de "Stewardess":




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15 août 2010

Arcade Fire - The Suburbs (2010)


"2009, 2010 Wanna make a record how I felt then / When I stood outside in the month of May". Voilà résumé l’esprit du nouvel Arcade Fire. Un événement, forcément. Depuis Funeral il y a déjà six ans, plus rien n’a été pareil, le visage du rock indé s’est teinté de ce nouveau son qui venait de Montréal. Il y a trois ans Neon Bible enfonçait le clou en gardant le cap. Depuis tout a bougé et on se demande si le couple Win Butler / Régine Chassagne et leur joyeuse bande de rejetons sont toujours dans le vent. S’ils se sont assoupis sur leurs lauriers ou s’ils sont tout simplement en passe de devenir le plus grand groupe du monde. Un verdict tranché est beaucoup trop dur à donner, et chaque instant de ce disque labyrinthe vaut d’être analysé.

"The suburbs" titre thème de ce nouveau disque introduit l’ambiance. Les banlieues, celles de Montréal, ont inspiré le groupe pour ce qui devait être la BO d’un film déjà mort / né. Win semble plus détendu et serein que lorsqu’on l’avait quitté sur "My body is a cage" par exemple. La production est effacée au possible et pour l’anecdote le disque a été gravé directement sur vinyle, puis regravé en cd à partir de la galette noire. Et puis il faut dire que la bande sait y faire pour faire monter la sauce. Huit pochettes différentes pour le marketing, mais aussi et surtout une série de concerts sauvages tous plus originaux les uns que les autres, de cette quasi improvisation sur parking (15.000 personnes réunies en seulement 24 heures) à ce show dantesque et en live mondial sur Youtube le 5 août dernier au Madison Square Garden (mis en image par Terry Gilliam). Sans trop en faire, Arcade Fire le fait bien et quoi qu’on en dise à la fin de l’écoute de ce disque, n’est toujours pas tombé dans le rock FM, et ça c’est bien.

"Ready to start" et on retrouve le vrai Arcade Fire, celui du early Funeral, avec un départ enchaîné énergique et une montée en puissance vers un final lyrique. C’est la signature du groupe canadien : le contraste entre rythmes énervés et binaires (bien souvent une simple note de piano martelée) et voix qui trainent. Ces morceaux donnent l’impression de garder un cap, et d’avancer tête baissée vers quelque chose. C’est ça que l’on aime, être emporté.


Suivent deux titres qui m’ont moins impressionné. "Modern man", une ballade assez lente et "Rococo" un peu trop rococo justement pour moi. Mais bon soyons clairs, un morceau moyen d’Arcade Fire reste un morceau solide et de qualité. Régine n’arrive que sur le cinquième titre "Empty room". Le morceau est très bon, avec rythme énervé de violons et chants mêlés. Habilement enchaîné, "City with no children" ressemble aussi à du Arcade Fire. Vient ensuite une série dont le groupe a le secret : "Half light I" et "Half light II". Régine mène la barque de la première partie, un magnifique slow à la Bodies Of Water, avec cordes et violons (le grand Owen Pallett est aux arrangements de cordes) mais aussi avec une pudeur qui impose le respect. La deuxième partie est laissée à Win qui reprend le pouvoir le temps d’un morceau qui file vers l’avant. La fameuse énergie positive toute en retenue, du genre "Soyons heureux mais soyons prudents". Le premier disque vient de se finir.

"Suburban war" est assez triste, façon Neon Bible. La guitare mène, le piano se mêle à l’affaire par moments. Et puis grosse montée avec à la clef une tension dramatique et un final dont ils ont le secret. Le live doit être monumental. A ce moment-là mon train est réservé pour aller voir ça à Rock en Seine à la fin du mois, c’est une évidence. Enfin "Month of May" déboule et fait tout péter. Rythmique ultra rock n’ roll, grosse pêche, jeux sur les voix, un sacré single ! Un morceau à se passer avant un entretien, ou simplement pour se lever le matin. Encore que le final fadé annonce déjà le semi retour de la mélancolie avec "Wasted hours", une ballade finalement assez convenue. C’est à ce moment que l’on découvre que le disque est long, très long (comme cette chronique d’ailleurs, désolé). Plus d’une heure de morceaux faussement simples, car même ce que j’appelle "ballade convenue" va recéler à un moment ou un autre un gimmick que l’on mettra du temps à déchiffrer. C’est le cas pour "Deep blue" qui n’invente rien mais qui reste chargé d’émotion. "We used to wait" revient aux fondamentaux de Funeral. Piano mono doigt et envolée lyrique. Single possible également.


Et à partir de là accrochez-vous, le disque touche à sa fin, mais le meilleur reste encore à venir : l’enchaînement des deux "Sprawl". Le premier, "Flatland", est le morceau triste de l’album. Win est tout seul sous le rai de lumière, les violons sont assassins et chaque mot qui sort de sa bouche est un torrent d’émotion. Et on se prête à penser que si un jour il vivait une rupture amoureuse (ce que bien-sûr on ne lui souhaite pas), il pourrait nous écrire les chansons les plus déchirantes jamais pensées. Et puis cette suite phénoménale qui sort de nulle-part et que personne n’attendait, qui n’a rien à voir mais pourtant complète si bien la première. Régine dévoile toute sa personnalité et nous pond un "Mountains beyond mountains" imbattable. On y trouve des claviers 80’s (et non kitsch) inédits chez Arcade Fire, un break exemplaire et une énergie phénoménale. La ressemblance quant à elle est frappante, ce n’est ni plus ni moins que le "Heart of glass" de Blondie. Pour moi l’un des tous meilleurs morceaux jamais écrits par le groupe, alors qu’il ne lui ressemble en rien. Et surtout une façon admirable de finir un disque, avant de laisser le thème The suburbs joué en classique puis en réverb caresser une dernière fois l’oreille de l’auditeur qui normalement à ce moment-là est déjà sur le cul. Il vient d’écouter le troisième album d’Arcade Fire.

En bref : le cru Arcade Fire troisième du nom est un disque long et varié, qui prendra du temps à être déchiffré complètement, et qui assoie définitivement le groupe sur le piédestal du rock indé. Avec ses deux immenses personnalités (Win et Régine), son groupe débraillé et ses chansons exemptes de toutes influences, les canadiens ont toutes les cartes en main pour marquer l’histoire.





Le site officiel

"Month of May", "Spraw IIl" et une chronique filmée assez pertinente :







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12 mars 2010

Sparklehorse - Vivadixiesubmarinetransmissionplot (1995)

Ceux qui ont suivi les premiers pas européens de Sparklehorse sur scène en 1997 en première partie de Radiohead n'en avaient pas forcément conservé un souvenir inoubliable. Car à l'image de sa psyché très perturbée, les concerts de Mark Linkhous sous la bannière qu'il s'était créée pouvaient être très décousus.

Une chose est sûre aujourd'hui : il n'y aura plus de tournées de Sparklehorse, tout comme il est certain que la découverte de cet album au titre imprononçable, mariant les obsessions et l'héritage sudiste de Linkhous - Dixieland est le surnom de la Nouvelle Orléans - Johnny Cash et consorts, aura traumatisé de façon durable ceux qui ont eu la chance de vivre l'événement à l'instant présent.

Dès la première écoute de ce disque à la superbe photo de clown, l'on peut tomber facilement amoureux de ces chansons folk tristes, mal produites, de cette voix chétive, de cette instrumentation famélique : de la 6 cordes essentiellement, quelques notes de banjo, et diverses saturations ici ou là, sur les orientations électriques.

On pense bien sûr énormément au grand modèle Neil Young sur les chevrotants "Homecoming Queen" d'ouverture, et la longue ballade "Cow" qui évoquait autant l'insouciance que l'univers hick  que l'on subodorait chez Linkhous. Facile d'imaginer en effet, à la manière d'un Will Oldham cette figure peu diserte du renouveau folk US, grattant son manche sur le perron de son ranch, un Stetson vissé sur le crâne et la long rifle posée non loin de lui, pour repousser l'éventuel importun.

Alors, la relecture, la réécoute aujourd'hui des ultra sensibles et mélancoliques "Saturday" et "Spirit Ditch" - deux chansons qui valent à elles seules la possession de ce disque - n'en auront une résonance que plus douloureuse, mais finalement, quel plus beau testament que ce 1er album composé au plus près de l'os, ces magnifiques épures que constituent "Heart of Darkness" et son tapis de pedal-steel (il en existe aussi une extraordinaire version toute pleine de feedback onirique sur l'EP concomitant Chords I've Known), ou bien "Gasoline Alley".

Une impression d'irréel, d'étrangeté était prégnante sur ces chansons enregistrées dans un souffle, celui des cordes vocales, et de la touche magnéto ;  à ce titre, il est possible d'entendre un bruit quasi non identifié de fête foraine fantôme, présent en fond de mix entre chaque titre : un truc qui fout bien les jetons, à la la manière des "bruits" spectraux que l'on découvrirait chez un autre brillant émule de notre homme, Conor Oberst alias Bright Eyes.

Et soudain, au détour d'un brelan de chansons pastorales, tristes, désenchantées et/ou alanguies, survenaient les inévitables brûlots, tels cet irrésistible "Rainmaker", single pétaradant ou bien l'ultra violent, au son pourrave "Someday I Will Treat You Good", qui, tels des uppercuts, surgissaient saturés pour nous faire reprendre vie.

Ah, entre autres influences et innénarrables disciples, l'homme comptait Vic Chestnut, avec qui il partagea un temps les affres de la chaise roulante et Daniel Johnston. Dis moi qui tu côtoies, je te dirai...

Mais Mark Linkhous, ce n'était pas uniquement ce bouseux auto-proclamé, fer de lance de la folk et de la country, c'était aussi l'initiateur de projets tels que Dark Night of the Soul, ou bien encore cet esprit ouvert aux musiques électroniques, à qui nous devons encore d'avoir jeté une oreille plus qu'intéressée aux exceptionnels et feus Add N To (X), l'un de ses groupes préférés.

So long, et merci d'avoir existé.

En bref : nonobstant les hommages complaisants et post-mortem, l'une des pierres angulaires de la riche scène folk US des 90's. Un titre aussi fleuve que riche au niveau de son contenu. Incontournable legs.





"Saturday" :




"Spirit Ditch" :



"Someday I Will Treat You Good" :


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24 février 2010

Field Music - (Measure) (2010)


A DODB, on privilégie généralement le rock nord-américain ou celui des antipodes, lorsqu'il est anglo-saxon. Mais on sait reconnaître aux rares groupes britanniques sortant du moule leur capacité à créer un son, une palette et un univers qui ne relèvent pas seuls de la NME dépendance !

C'est le cas des très fins frères Brewis, ci devant animateurs principaux de leur projet Field Music, né au début des années 2000. Déjà le 4ème album dont une compile très justement encensée par Emmanuel ainsi que 2 albums dont votre serviteur s'est fait volontiers le rapporteur. Qui d'autre sur la blogosphère et ailleurs peut ainsi se targuer d'avoir la Fied Music attitude ?

C'est sans doute pour cette raison que le hiatus décidé par le groupe en 2007 après l'épatant Tones Of Town nous a fait craindre le pire : les deux (bons) avatars que sont les groupes annexes de David et Peter baptisés respectivement School Of Language et The Week That Was ne menaçaient-ils pas de mettre la carrière méconnue mais exemplaire du groupe entre parenthèses ?

Pour notre plus grande joie,seul le titre de leur troisième album véritable aura subi ce traitement, et 3 ans après leur dernier haut fait d'armes, le groupe est plus vivant que jamais.
La première écoute c'est vrai se révèle ardue : d'une part le groupe ne nous a pas habitués à un format aussi long (60' pour 20 morceaux) et d'autre part, la fratrie Brewis se révèle un électron toujours plus libre, en ce sens que son écriture n'obéit à aucun canon du moment. Les deux composent et jouent une pop de 3' chrono -généralement- faite de références 100% anglaises (Squeeze, Costello, British Beat...), et ne fait toujours aucune concession aux desiderata des charts !

Ainsi l'auditeur lambda se révèlera surpris qu'un "Them That Do Nothing" aux arrangements de Clavinet aussi baroques que son titre ait été choisi comme single ; cette délicate mélodie ayant plus à voir avec les Kinks période princière et baroque façon Face To Face (1966) Something Else By The Kinks (1967).

Tels des Stevie Wonder de poche, les deux frères s'adonnent à tous les plaisirs, usent de tous les instruments, et tels des démiurges insatiables, ne s'interdisent rien : curieux morceau new wave ("In The Mirror"), pop nimbée de cordes EleanorRygbyennes ("Measure"), funk tribal ("Let's Write A Book"), superbe pop saccadée avec ce martèlement de piano caractéristique de l'art Mc Cartnyen, ("The Rest Is Noise"), etc...

Mais aussi des morceaux parfois complaisants où le groupe s'aventure un peu trop dans les mélodies biscornues, et loin de moi l'idée de récuser toute velleité de suicide artistique. Simplement, à force de vouloir innover dans leur quête de la chanson pop parfaite à effluves 70 - on pense aussi à l'art de Steely Dan- et pas dit Danny Dan, hein ! - les Field Music s'écoutent un peu jouer (brillamment) de leurs instruments et éprouvent l'endurance de leur auditeur.

Leur talon d'Achille, c'est peut-être d'en faire trop, d'imprimer trop d'ébauches, de trouvailles harmoniques en même temps, et oublier ce qui fait le sel des meilleures productions, l'homogénéité ! Celle qui n'est pas le fait des concept-albums seuls (souvent indigestes d'ailleurs) mais qui permet l'écoute d'un disque du premier morceau de la face A jusqu'au dernier de la face B, C ou D dans sa continuité. Un disque est un tout, une histoire que l'on évitera d'élaguer, d'écouter en mode aléatoire !

Aussi, à l'issue des 6' de "It's About Time" de l'instru qui clôture (Measure), on est à deux doigts de renvoyer le compliment au groupe, ce qui est un comble ! Beaucoup de choses intéressantes donc, dans ce nouveau disque, mais une excessive longueur qui lui ôte sa marque de fabrique : la fraîcheur! Gasp !  Affaire à suivre....

En bref : la nouvelle oeuvre des très ambitieux et uniques frangins de Field Music. Bourrée d'idées novatrices et de titres marquants même si totalement exempte de tubes, l'entreprise du combo chéri de Sunderland, n'évite cependant pas les écueils de son format étiré, et ne rend pas toujours justice au talent de ce duo hors normes !





Le site, et le Myspace

A lire aussi : Field Music - Write Your Own History (2006) et Field Music - Tones Of Town (2007)

"Them That Do Nothing" en showcase :


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21 février 2010

Morrissey - Vauxhall and I (1994)

1994, grand millésime pour les auteurs, ceux avec et sans majuscule. Qu'on en juge : de Luke Haines à Neil Young, en passant par Franck Black ou Daniel Johnston, pour ne citer que les plus connus, l'année fut faste.
 Que retenir donc du cru de Steven Patrick de cette année là ? Déjà qu'il témoigne d'une pochette des plus accortes, ensuite qu'il recèle tout simplement le meilleur de sa discographie solo passée et à venir. Et à la vérité, il y aura définitivement un avant et un après Vauxhall and I, qui tutoie la perfection pop des Smiths de Meat Is Murder (1985) : même son rêche, même ton désabusé mais sans l'apitoiement sur soi-même, "All of the rumours keeping me grounded / I never said that they were completely unfounded", affirme l'artiste sur le très incisif et presque noisy "Speedway".
 
 Sinon, même pop sèche et brutale, même mélancolie teintée de tendresse et d'amertume ; Morrissey à bien des égards, dresse un bilan peu complaisant de son existence, même s'il ne donne pas sa part aux chiens quand il s'agit de distribuer des actes de contrition. ("Used to be a sweet boy /... But something went wrong /... And I know I can't be to blame...") énonce-t-il dans la bien nommée "Used to be a sweet boy", après avoir réglé leur compte à ses principaux détracteurs et amitiés déçues ("The more you ignore me, the closer I get"), avec cette assertion terrible "I bear more grudges than lonely high court judges", ainsi qu'à l'industrie musicale ("Why don't you fiund out for yourself") où le beau ténébreux nous dit avoir tant de fois été poignardé dans le dos qu'il n'en a plus de peau. L'insondable solitude qui s'accommode d'un spleen quasi adolescent est aussi évoquée dans "I am Hated for Loving". Et l'amitié même est sujette à caution dans le magnifique "Hold on to your friends", l'un des plus imparables singles du Moz qui a la bonne idée de recycler l'outro du merveilleux "Pretty girls make graves" d'antan. Bref, tout va mal jusqu'à la figure picturale que dresse le Moz dans "Lifeguard sleeping, girl drowning", où la fatalité rattrape son héroïne - métaphore du destin discographique de l'artiste, immanquablement jeté de toutes ses maisons de disques ? C'est en tout cas ce que murmure le dégingandé dans un souffle John Calien (cf"Antarctica starts here") pour ce qui est l'un des sommets d'un disque, par ailleurs sans aucune faiblesse et remarquable d'intensité de bout à l'autre. D'ailleurs, dès "Now My Heart Is Full", la messe est dite, et on comprend que Morrissey a besoin de déballer, de tourner la page. 
 
Cela a toujours été sa marque de fabrique ; mais là où ce 4ème effort solo se distingue des autres longs formats, c'est par une musicalité nouvellement affirmée. Il aura souvent été reproché à juste titre, aux accompagnateurs et co-compositeurs de Morrissey de manquer de nuance, de bourrinner leurs riffs - à cet égard Your Arsenal (1992), le précédent ne faisait pas dans la dentelle. Cette fois-ci, Morrissey, définitivement orphelin de Johnny Marr et ses compositions marquantes, remet le couvert : "Spring-Heeled Jim", pleine de morgue et bâtie autour d'une séduisante mélodie en boucle répond à la mélancolique "Now My Heart Is Full". "Billy Budd" est un rocker trépidant, à la rythmique efficace, où la guitare a le bon goût de ne pas être trop mixée en avant. Arpèges en demi-teinte sur les primesautiers "I Am Hated for Loving" et "Used To Be A Sweetboy", empreints d'un classicisme de bon aloi, et qui précèdent cet étonnant "Lifeguard Sleeping, Girl Drowning", sur laquelle Morrissey fait montre de ses talents de vocaliste, seul domaine avec les textes dans lequel l'homme aux glaieuls n'aura jamais été pris en défaut. 
 
 
 En bref : de loin le meilleur disque du Moz en solo. Qui tout en durcissant le son, sait retrouver le meilleur des arpèges merveilleux et de la magie pop de son légendaire groupe ! Et malgré la mélancolie et la colère, ça n'est plus Viva Hate mais bien Viva Morrissey. 
 
 
 
 
 
 Spring-Heeled Jim :
 

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27 novembre 2009

The Kingsbury Manx - Ascenseur Ouvert! (2009)

Il est complètement incompréhensible voire scandaleux que la presse spécialisée dont c'est pourtant le métier, ne prenne pas plus la peine que ça, de prendre des nouvelles de ses anciennes marottes. Ou tout au moins de rendre compte de l'actualité, quand elle nous fourgue du nouveau groupe chaque semaine.

Et que ce 5ème LP des Kingsbury Manx soit sorti sur un obscur label (Odessa Records) ne change rien à l'affaire : rien, pas une ligne dans Rock&Folk, qui par la plume de Palmer, avait justement crié au génie dès le premir album éponyme. Je ne lis plus les Inrocks et Magic depuis belle lurette, et sans doute le groupe de Chapel Hill a du y être chroniqué, mais rien qui n'ait attiré l'oeil au gré de ses manchettes, en tout cas.

Le disque a été annoncé voici des mois (il est en fait sorti en avril), ce qui fait un sacré décalage (le temps de le choper via le Net et de le commander, ce qui n'est pas si dur en vérité), mais enfin, nous y voici. 
Le chat de Man de Kingsbury n'ait jamais vraiment été hype à proprement parler. Ces hommes-là sont bien trop discrets, cultivent l'anonymat et la simplicité comme une seconde nature. Quant à leur non-look... on le sait, nombre de nerds américains s'affichent barbus, look de monsieur-tout-lemonde ; imaginez des Grandaddy bis. Qui en plus ne prendraient pas la peine d'être joyeux.

Alors, ce n'est pas que ce disque soit le chef d'oeuvre de la décennie, ni même celui d'une faste année 2009, pas plus que le meilleur de leurs auteurs - on lui préfèrera The Kingsbury Manx (2000) ou Aztec Discipline (2003), mais il y a dans le nouvel album de quoi rassasier les aficionados déjà en manque de chansons nouvelles de Yo La Tengo ! Même douceur des voix, mêmes harmonies subtiles et mélancoliques. Même savoir-faire acoustique, même sobriété dans les arrangements. De plus, The Kingsbury Manx, c'est une grande famille : deux de ses anciens membres dont Ryan Richardson, membre fondateur et Scott Myers, jouent sur ce disque fait d'arpèges délicats.

Alors, morceaux choisis ? Chacun triera à sa convenance parmi ces 14 titres fragiles, où rarement le tempo ne s'énerve, et encore "If You're On The Mend, I'm In The Move" ou "These Three Things" ne sont pas à proprement parler des titres hardcore, et "Galloping Ghosts" n'a de véloce que son intitulé. Sur ce nouveau LP tout comme sur scène, les Kingsbury Manx sacrifient au gimmick de l'échange des instruments, ou des parties lead de chant, sans que l'auditeur pourtant bien concentré n'y prête forcément grande attention. L'intérêt est ailleurs, dans cette uniformité de chansons refuges, parmi lesquelles "Walk On Water", "Well Whatever", "If You're....", "These Three Things", et l'admirable "Indian Isle" sortent du lot.

Retour réussi donc. Et comme The Kingsbury Manx risque à nouveau de se faire discret durant 2,3 saisons et que les media sont sourds, nul n'est besoin d'insister plus encore sur la nécessité de jeter une oreille babylonienne sur cet opus.


En bref : même sans commettre leur meilleure oeuvre, The Kingsbury Manx font partie de ces groupes indé qu'on a envie de défendre corps et âme ! Car ils font avancer le truc, à coup de simples chansons folk-pop bravaches, où affleure de la sensibilité.





le site off (un peu chiche), le Myspace

A lire aussi : The Fleet Foxes - s/t (2008)

"The Whip And The World" :


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07 novembre 2009

The Auteurs - Now I'm A Cowboy (1994)

En 1994, alors que la pseudo guéguerre Oasis/Blur fait rage, et que l'étendard britpop fallacieusement mis en avant par le NME est à la mode,  une poignée de groupes méritant vraiment le statut d'indé, résiste à la hype de la pop brittonne suffisante.
Ces groupes ont pour nom The Mabuses, Baby Bird ou The Auteurs. Déjà, dès le nom, tout est dit : The Auteurs plutôt que The Authors. On sent poindre un certain classicisme et des références de bon goût, davantage portés vers la littérature française que vers le "renouveau" pop britannique bas du front, aux relents nationalistes douteux.
Donc, loin d'être préoccupé par la compétition stérile opposant aux groupes susnommés les Pulp, Elastica ou Suede, le dénommé Luke Haines qui ne souhaite pas se mélanger fabrique une pop qui n'a rien de révolutionnaire - bonnes grosses guitares électriques et acoustiques sont du casting - mais dont les thèmes les plus doucereux, les plus délicats sont soulignés du violoncelle de sa compagne, Alice Readman. Dès l'ironiquement nommé New Wawe (1993), la presse s'esbaudit avec raison, de ce son volontiers suranné, de cette pop baroque d'influence Kinksienne - une chanson ne s'intitule-t-elle d'ailleurs pas "Starstruck" ?"

Mais ce qu'il y a de nouveau, et de quasi unique à l'époque au Royaume-Uni c'est que nous avons bel et bien affaire à un songwriter de la trempe des glorieux anciens que sont Ray Davies, Steve Marriott ou Pete Townshend. Un songwriter, un vrai de la trempe des Morrissey ou Costello - on n'en voit guère d'autres parmi ses contemporains - si l'on juge non pas la médiocrité, mais la simple absence d'intérêt des textes de 90% de la musique pop qu'il est alors donné d'écouter.
Quotidien des petites gens, des anonymes dans leur banlieue sordide, chroniques de classes, il y a un peu de tout ça chez Haines. Acuité, tendresse, un certain cynisme aussi, mais point d'accents belliqueux. On évitera donc les raccourcis hâtifs avec le patronyme de l'Auteur en chef. Qu'il s'agisse de cette histoire d'inceste en demi-teinte ("A Sister Like You") et de son violoncelle toujours caressant, ou bien de cet engoncement de valeurs mis en lumière dans la chanson qui cite le titre de l'album ("Life Classes/Life Model").
Le single "Chinese Bakery", a cette ambiance très cinématographique et romantique ("She's going dowtown, but she comes from uptown / where the brokers and the dealers socialise/ She's going downtown 'cause she's a poet / and the Chinese bakery's open all night") ; il y a aussi les désolantes amours impossibles de "Underground Movies", la quête de la renommée illusoire de "New French Girlfriend".

Tout ici est stylé, affaire de goût, et les mélodies, les arrangements sont là qui, sans faire de surenchère, savent aller à l'essentiel ("Lenny Valentino", irrésistible brûlot d'ouverture de 2'19"). Jusqu'à la monumentale "The Upper Classes" et ses envolées de guitares rythmiques en boucle, qui avec ses 6'44" déroge à la règle de la concision, mais dépeint avec une précision, un feeling rares la vacuité d'une haute lignée ("There's nothing wrong with inherited wealth/ If you melt the silver - yourself").

Puis les parenthèses Baader Meinhof et Black Box Recorder seraient les dernières à porter leur auteur au pinacle. L'artiste continue cependant dans un relatif anonymat et sous son nom, à porter la bonne parole. Qu'importe : c'est sous la bannière de son 1er groupe et de ses quatre déclinaisons - il y eut aussi After Murder Park (1996) et How I Learnt to Love The Bootboys (1999) - et plus particulièrement de cet opus imparable, que nous continuerons de nous abreuver.

En bref : un disque oublié de la triomphante Albion des 90's. Mais qui, contrairement aux dinosaures de l'époque dont on s'est lassé, résiste au temps. Une écriture, une patine qui font souvent défaut dans la production ambiante.






Le clip de "Lenny Valentino" :



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07 octobre 2009

John Sellers - Perfect From Now On, How Indie Rock Saved My Life (2007)

"Je hais Bob Dylan". Ainsi débute le livre de John Sellers, journaliste freelance américain vivant à New-York et spécialiste de la pop culture. Alors pourquoi tant de haine dans un recueil en forme d’hommage à la musique alternative ? Parce que pour Sellers, appartenant à ce que l’on appela à l’époque la génération X, et ayant passé son adolescence au milieu des années 80, Dylan représente tout ce que son père aime. Et Sellers veut tuer le père. Et Sellers, pour situer, c’est trait pour trait le héros du High Fidelity de Nick Hornby. Un Rob Fleming personnifié, authentique geek devant l’éternel, à la fois obsessif, snob, mais terriblement humain. Dans un style post gonzo rock, telle une conversation, l’auteur ne fait rien de plus que raconter comment il aime et écoute la musique. De son enfance à Grand Rapids, Michigan jusqu’à aujourd’hui en passant par ses années universitaires, rien ne nous est épargné. On apprend au cours d’anecdotes forcément savoureuses comment Duran Duran est devenu son premier coup de foudre musical, puis comment Joy Division, New Order, The Smiths, U2 et j’en passe ont pris le relai. A chaque fois un détail, une expression, une situation qui font mouche pour tout fan de rock indé. Moi aussi j’ai déjà vécu cette situation se dit-on un sourire aux lèvres. Comme le choix délicat du premier album que l’on passera dans sa nouvelle collocation. Quelle image veut-on donner de soi à travers la musique que l’on passe. Une valeur sûre ? De l’expérimental ? Qu’importe. Car comme le dit le journaliste Chuck Klosterman en quatrième de couverture : "Perfect From Now On est intelligent, intéressant et sincère, et je suis en total désaccord avec tout ce que l’auteur dit".

Mais ce que j’ai le plus aimé dans ce livre, c’est peut-être son côté américain. Parce qu’après la salve anglaise des années 80, Sellers s’est tout naturellement tourné vers la scène alternative de l’Oncle Sam. Ainsi Dinosaur Jr, Pavement, Sebadoh, Built To Spill et Guided By Voices ont pris ses goûts musicaux en otage. Parce que je ne l’ai pas encore dit, mais Sellers voue un culte absolu au fameux groupe de Dayton et à son front man Bob Pollard. Une adoration presque mystique qui le pousse à se creuser les méninges sur la notion de fan, sous tous les angles, avec des réflexions que tout le monde a déjà eues, rapportées ici avec humour et passion, du genre "je suis le seul à ressentir ce morceau comme ça ?" ou encore "suis-je normal d’aimer ce groupe à ce point alors que personne n’en parle?". Une obsession pour GBV qui le poussera d’ailleurs très loin, jusqu’à rencontrer son idole et à se brouiller avec lui à cause du livre. Une longue déprime s’en suit, qu’y a-t-il de pire que d’être haï par l’être que l’on adule plus que tout ? Pourtant si vous êtes attentif, Sellers a choisi d’intituler son essai selon le titre de l’album de 1997 du groupe de l’Idaho Built To Spill, un autre de ses protégés. A noter enfin qu’en tant que parfait geek, Sellers accumule les notes de bas de page, les rendant presque aussi longues que les vrais chapitres, comme un livre dans le livre, comme un aparté dans une conversation. Pire que tout, et là ça devient génial, Sellers termine son bouquin par les traditionnelles listes chères aux passionnés. Parmi elles citons "Top 5 des albums souvent cités que je n’ai jamais écouté", "Top 9 des pires noms de groupes", "Top 12 des meilleurs guitaristes alternatifs", "Top 5 des meilleurs power trios", "Top 8 des meilleures dernières chansons d’un dernier disque d’un groupe", sans compter 189 autres artistes à écouter, la liste exhaustive des concerts qu’il a vu, des formules mathématiques saugrenues pour calculer la qualité d’un groupe… un travail de fou. Pour tous les fans, anglophones, fallait-il le préciser ?

Le site de John Sellers

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En fond sonore pour la lecture de cet ouvrage, "I am a scientist" de Guided By Voices et "Twin falls" de Built to spill :




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02 octobre 2009

Film Noir - I Had A Very Happy Childhood (2009)


Film Noir fut sans problème l'un des coups de coeur de 2009. Ce groupe parisien existant depuis 2 ans déjà, publiait alors à la rentrée automnale son premier effort.
L'album, précédemment sorti en 2008 sous une version alternative - pochette, mix et tracklisting différents - avait reçu un accueil plutôt favorable même si confidentiel.

Ce disque évoque un ex-ténor du rock indé défricheur, à savoir les belges de dEUS pour ce mix de rock indé, jazz, l'usage particulier du sax, qui n'est pas sans évoquer les vétérans de Tuxedo Moon aussi. Bref, tout un tas de choses qui furent passionnantes en leur temps. Le fantôme du géant Julian Cope affleure ici ou là, également ("Red purple black and blue") sur l'un des temps forts du disque, dans lequel certains ont distingué un phrasé dylanien : ce qui n'est pas faux ! La remarque vaudrait d'ailleurs pour la ballade en traîneau et ses clochettes qu'est "By the bay"

I had A Very Happy Childhood commence en tout cas de manière chaloupée, par une sorte de swing élégant mâtiné d'Hammond, ("In a courtroom") qui insuffle ce feeling jazz irrésistible. Oan Kim, chanteur et leader du groupe, possède vraiment un beau phrasé et un accent impeccable.
Puis s'ensuit "An Accident", morceau trépidant au staccato de guitare presque punk -et qui évoque dans l'esprit, les Buzzcocks. Même constat pour son presque frère jumeau "It's goodbye". On est  sinon rapidement séduit par la juxtaposition de morceaux généralement assez différents, et porteurs de tant de références chéries, qui s'enchaînent avec légèreté,.
Ailleurs,  quelques titres champêtres ("The Farmer" ou la rencontre d'un jazz Dixie façon Nougaro, "The Road") ne sont pas sans rappeler à notre bon souvenir cet épatant groupe folk qu'étaient les Violent Femmes au début des années 80. La voix y est bien-sûr pour beaucoup, tantôt ingénue, tantôt plaintive.

La morgue du très réussi "Short men long shadows" amène par exemple à ressusciter le chant filtré et sardonique de Mark E. Smith, dans un bel exercice post-punk, tandis que"The Shooting Game" revendique sans doute sa dette énamourée aux Smiths. Sur d'autres titres, n'était le timbre de velours de son chanteur sur "The Thief Is In The Tree", le groupe chasse sur les mêmes plates-bandes que Tom Waits, autre influence communément perçue.

La musique de Film Noir, c'est une musique libre -meilleure conception de la musique qui soit ?- jouée sans autre volonté que de se faire plaisir à soi-même, tout le contraire des oeuvres putassières, soumises à un cahier des charges, et qui encombrent le marché.
Chef d'oeuvre passé inaperçu auprès du grand public et à redécouvrir toutes affaires cessantes.


En bref : l'excellente surprise francilienne de la rentrée 2009. Un groupe habité, aux confluents de musiques diverses qui vont du jazz au rock indé le plus intransigeant.




le site,

le site de photo de Oan Kim

Un extrait live de "Red purple black and blue"


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05 septembre 2009

Throw Me The Statue - Creaturesque (2009)

Encore une fois, c’est cette innocente pochette pastel qui m’a attiré vers l’écoute de ce groupe dont le patronyme me disait à peine quelque chose. Mystérieuse au possible, l’on pourrait passer des heures à la décrypter. Des couleurs passées, un Havre de paix isolé de tout, une végétation qui évoque le sud (Italie ? France ? Californie ?) et surtout ce côté voyeur, qui observe de loin sans être vraiment là. Quelques recherches plus tard, je découvre qu’il y a deux ans j’avais déjà relevée la pochette de Moonbeans, premier Lp du groupe de Seattle, dans le même esprit, avec cette demoiselle topless en train de se faire pousser à l’eau. Séance de rattrapage oblige, j’aime vraiment cette musique bucolique et chaleureuse même si je tombe sur des commentaires du genre Moonbeans c’est Cold Play avec un clavier Bontempi. TMTS ne fait pas l’unanimité, j’adore.

Que sait-on sur ce deuxième opus ? Toujours produit par le très d’actualité Phil EK (The Dodos dernièrement, Fleet Foxes l’année dernière, The Shins celle d’avant, etc, etc…), c’est l’occasion de retrouver le projet (à l’origine solo) de Scott Reitherman qui forme aujourd’hui un quartet rodé avec Jarred Grimes, Aaron Goldman et Charlie Smith. Les thèmes de prédilection du groupe ? Le machisme américain, les drogues douces et les voitures convertibles… En résulte une pop de chambre rarement rock, relativement enjouée et à demi lo-fi. C’est la maison de disque décidément la plus inspirée du moment, à savoir Secretly Canadian, qui s’occupe de la mise en boîte, et permet au producteur de varier ses capacités. Du coup ça part un peu dans tous les sens, non sans une homogénéité assez magique.


D’entrée, "Waving at the shore" fait office de petit single. Enjoué et décomplexé, Scott pose sa voix flegmatique sur une combinaison guitare/orgue qui pousse à la fête lors du refrain typé 80’s. Bowie aurait apprécié. Un peu plus loin sur "Ancestors" la basse se fait fuzzée, les synthés cristallins et les guitares aériennes. Il n’y a que la voix qui commence il est vrai à évoquer un peu trop Chris Martin, mais ça reste acceptable. On est dans le même esprit également que les très bons The Pain Of Being Pure At Heart. "Dizzy from the fall" fait également parti de ces morceaux qui roulent tout seul. Cool et touchant à la fois, avec trois fois rien. Enfin, évoquons la neuvième piste de ce douze titres, "Hi-Fi Goon" qui ressuscite pour un temps la power pop jam à la Weezer, ainsi que "Baby you’re bored", hommage certain aux séminaux Neutral Milk Hotel.

En bref : certes pas parfait, Creaturesque est l’un des disques pop les plus agréables de l’année. Ensoleillé et détendu, il ne peut que prolonger votre été.




Le Myspace

A lire aussi : Mando Diao - Never Seen Light Of Day (2007)

A écouter, "Dizzy from the fall" et "Hi-Fi Goon" :




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12 juin 2009

The Horrors - Primary Colours (2009)

Au départ, on pouvait être sceptique : le nom du groupe (même s'ils réhabilitent les noms en "the"), les pseudos crétins façon Hives de ses membres, le garage rock poussif et crade de Strange House (2007), ce côté next big thing du pauvre, ce vilain look corbak, tout çela fait beaucoup niveau hype.  En plus, ils n'étaient même pas américains, (plus grave, ils étaient anglais !), n'avaient même pas eu l'idée de se faire produire à Brooklyn par David Sitek, mais au contraire le nouveau disque portait la griffe de ce frêle geek de Geoff Barrow ; fallait-il en jeter encore ?

 On les disait pourtant érudits, et puis il y avait cette pochette énigmatique jouant sur un flou lysergique façon Pornography des Cure, qui allait aussi faire la différence. Disons le d'emblée : Primary Colours ne révolutionne rien. On s'attend même au pire quand, après une très courte intro de "Mirror's Image" - mais tout dans ce disque est affaire de miroirs déformants - on se trouve à piétiner les plates-bandes d'un groupe de pop héroïque tel que pouvait l'être The Opposition, ceci dit pour la datation carbone. Encore faut-il y rajouter ce ressac de guitare obsédant qui noyé sous la reverb et ce son de vibrato typiquement My Bloody Valentine rend le morceau intriguant, à défaut de mémorable. Mais dès "Three Decades", et dans une ambiance de train fantôme dévalant au milieu d'un palais des horreurs (pas fait exprès!), Faris Rotter emmène son groupe assez haut en transcendant son timbre sépulcral, à mi-chemin entre celui de Ian Curtis et celui de Dave Vanian. Le frontman des Damned est également particulièrement suggéré sur la funèbre et trippante "I Only Think Of You". Intro de guitare Killingjokienne sur l'infernal "New Ice Age", mené tambour battant, et qui revient aux premières obsessions garage du groupe. Une basse Joydivisionesque façon "Love Will Tear Us Apart" ouvre un "Scarlet Fields" qui encore une fois, roule des pelles au groupe de Kevin Shields. Tandis que "Do You Remember" rend un hommage appuyé aux groupes majeurs de la cold wave, évoquant la morgue juvénile des séminaux Jesus And Mary Chain,"I Can't Control Myself" aurait fait un excellent single növö punk, avec cette touche de Farfisa aigrelet qui convoque l'esprit des Stranglers. "Sea Within A Sea", le curieux morceau qui cloture ce disque très probant oscille entre pop Stranglersienne et kraut ; en témoignent cette longue intro que n'aurait pas désavoué Julian Cope, et cet orgue Lowrey tout en boucles oscillantes. 

A l'arrivée, un album plutôt homogène auquel certains mauvais coucheurs auront reproché la longueur des morceaux : curieux  pour une oeuvre de 45' qui va à l'essentiel sur ses 10 morceaux, reprenant en cela des canons plus crédibles en terme de durée d'un disque. The Horrors, c'est surtout un groupe qui, au-delà de son premier vrai galop d'essai d'envergure, donne furieusement envie d'être visité live. 
Et c'est aussi un combo qui, sans rien inventer, parvient assez facilement à dépasser ses (nombreux) inspirateurs. On suivra avec intérêt la suite de leurs exploits.

En bref : auteurs d'un disque à la production encore garage et caverneuse, mais aux chansons plus ambitieuses, les Horrors réussissent un digest assez pertinent de leurs influences musicales. Et deviennent accessoirement l'un des (très) rares groupes anglais dont on va suivre avec intérêt la progression.



Le site et le Myspace (qui offre l'album en streaming)

"New Ice Age" :

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