25 mars 2008

Rodrigo y Gabriela - Rodrigo y Gabriela (2006)

Difficile de croire que Rodrigo Sanchez et Gabriela Quintero se sont rencontrés dans un groupe d'heavy métal de Mexico. Pourtant, les deux accolytes, désormais basés à Dublin, ont bien débuté par des riffs de guitares électriques ultra-saturés avant de se convertir à l'acoustique et aux rythmes classiques espagnols. Guitaristes virtuoses, ils livrent un troisième album éponyme imparable, au croisement de la musique latine et du rock. Un disque instrumental qui, dès sa sortie, a trusté la première place des charts irlandais, narguant à l'occasion le dernier opus des Arctic Monkeys. Des fois rien ne sert de chanter, il suffit de jouer.


Gabriela prend généralement en charge la rythmique des titres, dans un style aux airs gispsy plutôt véloce. N'oubliant pas de claquer la caisse de son instrument au moment opportun. Rodrigo, quant à lui, expose sa fougue sur les thèmes et fait montre de toute sa technique et de son ébourriffante vitesse d'exécution. Sans négliger de se faire suave et charnel lorsqu'il le faut. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le duo acoustique ne se livre à aucune improvisation. L'harmonie des deux guitares est savamment préméditée. « Tamacun », première plage de l'album, est une véritable cavalcade à sombrero. Epique et gracile. Une première démonstration de l'éclat du tandem.


Les deux musiciens ont un parcours singulier. Membres d'un groupe de métal dénommé Tierra Acida, Rodrigo et Gabriela ont écumé les rades mal famés de Mexico City, vivant de petits boulots, avant de s'envoler pour Dublin, Copenhague puis Barcelone. Ils se produisent alors dans la rue, entre les rudes hivers danois et les Ramblas ensoleillées de la capitale catalane. Et la vie de musique et de galères. Jusqu'au coup de fil d'un certain Damian Rice, qui les avait croisés sur un coin de trottoir irlandais. Le chanteur les invite à participer à sa tournée. Trois disques suivront pour Rodrigo et Gabriela.

De ce parcours de travellers, le duo gardent de profondes influences latines qu'il associe à un goût affirmé pour les structures rock. Les deux guitaristes clament d'ailleurs leur passion pour Metallica, Black Sabbath, Pink Floyd ou encore Led Zeppelin. Leur reprise magistrale de « Stairway to heaven » ne les fera pas mentir. Rodrigo y fait preuve de tout son toucher et impressionne. La paire est tout aussi efficace sur sa sublime réappropriation d' « Orion » de Metallica. C'est du rock acoustique, aussi bizarre que cela puisse paraître à certains.

Les autres titres de l'albums, des compositions, conservent une architecture rock mais mettent davantage en avant des influences latines. Les deux guitares sont au diapason. Rodrigo Sanchez ne cesse de s'envoler et d'exhiber sa maestria. Et il serait indigne de dire que sa camarade est en reste. Tous deux virevoltent et s'enflamment sur leurs instruments pour donner naissance à une musique brûlante et passionnelle, belle et frénétique. A croire que le diable les habite. Ou le feu sacré...


En bref : Deux rockers mexicains donnent dans la guitare acoustique et les rythmes latins pour un album instrumental fougueux d'une grande virtuosité. Un disque animé, habité et réussi.




Le myspace de Rodrigo y Gabriela


A lire aussi : Buika – Mi niña Lola (2006)


L'album de Rodrigo y Gabriela en intégralité grâce à Deezer.com :


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22 février 2008

Buika - Mi niña lola (2006)

Il m'a fallu peu de temps pour lui succomber. En concert à la Maison de la radio le 17 janvier dernier, une demi-heure de répétition, un premier contact, et me voilà scotché à mon fauteuil, suspendu aux lèvres de ce petit bout de femme. La temps semble s'être arrêté autour de la demoiselle. Son corps vibre. Sa voix égratignée parle la douleur, l'écorchure, la vie. Le beauté aussi. Sur des airs flamenco, elle chante comme au bord d'un gouffre. C'est ma première fois, je crois assister à sa dernière. Quelques mots avec elle, et reste le souvenir d'un sourire irradiant. Buika ne s'oublie pas.

D'elle, je sais peu de choses, quelques éléments glânés par-ci par-là. Concha Buika est née en 1972 à Palma de Majorque dans les Baléares. Ses parents sont originaires de Guinée Equatoriale. Peu argentée, la famille vit dans les quartiers déshérités de l'île et c'est auprès de la communauté tsigane que la petite Concha se forme à la musique. Elle découvre les rythmes flamenco et traditionnels espagnols. Après avoir assisté à un concert de Pat Metheny, le virtuose guitariste jazz américain, la jeune femme est résolue à devenir chanteuse. Buika se produit alors avec des groupes locaux puis se fait même imitatrice de Tina Turner pour un casino de Las Vegas. Une année de Tina suffira. Elle revient à la compositon et s'installe en studio. Elle prend aussi le temps de poser sa voix sur quelques titres de deep house. Surprenant. En 2005, sort un premier album aux compositions mêlant jazz et flamenco, sobrement baptisé Buika. Dans la foulée la chanteuse se lance dans l'écriture de Mi niña lola. Le disque débarque en 2006 et le succès est au rendez-vous. Et moi de la découvrir un peu après coup, au hasard d'une de mes journées stagiaires.


Pour parler de Mi niña lola, soit dit en passant produit par Javier Limon, l'homme qui se cachait derrière le splendide Làgrimas negras de Bebo Valdés et Diego « El Cigala », que dire... cet album est tout simplement enchanteur. D'une beauté et d'une profondeur troublantes. Dès les premières intonations de voix de la diva flamenco, et les premières notes d'un piano aux accents mélancoliques, tout est presque dit. La première impression est la bonne. Chaque palabre de Buika émerge de ses profondeurs les plus intimes et l'écorche au passage, sans jamais la ménager. Pire, la chanteuse paraît s'abîmer au contact de sa musique. Piano, violoncelle et basse la soutiennent entre jazz et flamenco, avec grande classe. Mes tripes chavirent. La profondeur et la sensibilité de Làgrimas negras semblent ici convoquées.

Si je vous parle de « diva flamenco » loin de moi l'idée de réduire Buika à cette simple étiquette. Je ne suis pas si ingrat et cruel. De la viscérale « Mi niña lola » à la très soul « Love », en passant par les claquements africanisants de « A mi manera » et la très gitane « Triunfo », la chanteuse accomode avec justesse ses influences. Manouche, latin-jazz, soul, funk. Parcourant le tout de sa voix éraillée et éminemment émotive. Peut-être pas un disque révolutionnaire, mais un de ceux qui font un bien fou. Parce que plus humains que les autres.


En bref : Entre flamenco et jazz, le spleen intense d'une diva écorchée. Bouleversant.





Le site de Concha Buika.

Son myspace.



"Mi niña lola" :



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