23 décembre 2021

FACS - Present Tense (2021)

C'est entendu. Le math-rock, c'est chiant comme la pluie. Déjà cette terminologie... pompeuse, lénifiante. Qui sous-entend un préambule scientifique puisque ternaire et louvoyant vers le jazz. Un peu du reste comme cette baleine dite rock progressif... qui n'a souvent de progressif que son intitulé.

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05 septembre 2016

Ukandanz - Awo (2016)


La musique éthiopienne est un virus redoutable, surtout dans ses hybridations rockn'roll, qui savent toucher les petits blancs que nous sommes (The Ex avait déjà réussi à débaucher le grand Getatchew Mekuria,voir dans ces colonnes, "king of the ethiopian saxophone"). Car  Ukandanz n'est pas un groupe natif d'Addis Abeba : c'est à la base des gars qui font du noise/math rock, de la musique un peu barrée et inventive, qui exige d'un guitariste qu'il connaisse un peu plus que sa pentatonique mineure et ses plans blues piqués à Keith Richards ou Clapton.

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29 avril 2012

Maps & Atlases - Beware and Be Grateful (2012) + live

C’est en qualité de tête d’affiche que les Américains de Maps & Atlases ont clôturé leur tournée consécutive à la sortie de leur dernier Lp, hier soir à La Flèche d’or, précédés par les français de Mungo Park, Minors et This Town Needs Gun (l’invité-surprise de la soirée dont le math-rock mélodieux n’a pas laissé indifférent).

Avec seulement deux Lp en huit ans d’existence, le quatuor a pris le temps de raffiner sa pop ultra rythmée et ingénieuse. Le son a bien évolué depuis le premier Ep, en 2005, qui lorgnait plutôt du coté du punk, puis les excellents Tree, Swallows, Houses (2006) et You & Me & The Moutain (2008) où les guitares commençaient à enchaîner les gimmicks, révélant alors un penchant des deux guitaristes pour le tapping et les boucles répétitives. Chaque titre révélait son lot de cassures rythmiques, de breaks enflammés et de mélodies bigarrées. 


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19 septembre 2011

Megafauna - Larger Than Human (2010)

Quel plaisir de voir enfin la blogosphère s’enflammer ici ou là pour ce power trio Texan. Et pourtant ça n’était pas gagné, cela fait déjà plus d’un an que cet album est disponible en streaming intégral sur leur Bandcamp, mais faute de structure et de réels moyens de développement (autoprod oblige), Megafauna restait réservé à quelques initiés ou amis. Que justice soit à présent faite et que lumière soit portée sur la chanteuse et guitariste Dani Neff, le bassiste Will Krause et le batteur Cameron Page en provenance d’Austin.

Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce qu’à eux trois, le terme indépendant prend tout son sens. Parce que l’on n’a jamais été aussi proche de la tradition rock grunge 90’s, et que depuis Pavement, Nirvana, Pixies et consorts on n’a rarement entendu mieux. Comble de bonheur, Megafauna est une machine de guerre sur scène grâce à une réelle maîtrise des instruments et à trois personnalités passionnantes à voir jouer. Que ce soit Dani, non dénuée de charme, qui torture sa guitare tout en chantant presque comme Björk, Will qui remporte haut la main le prix de meilleur sosie de Dave Grohl ou Cameron qui détruit littéralement sa batterie à chaque session, le trio mérite d’être connu.

Pour ce qui est des morceaux de ce premier album, c’est impeccable. Comment ne pas fondre dès les premières notes de "Hug from a robot" et son riff à couper le souffle ? On dénote une puissance insoupçonnée et surtout une fougue inspirée. La structure est d’emblée complexe et ne s’arrête pas au simple couplet / refrain. On y trouve des détails, des breaks et un son de manière générale très éloigné des grosses productions actuelles. Il y a même un côté jazzy sur certains passages de "Machines in the sky".

Puisque rien n’est jamais en dessous sur ce premier jet, signalons tout de même le subtil "Warm house", l’enragé et carrément punk "Wiretrappers" (avec break 70’s au milieu, bin voyons), le très nirvanesque "Canada", le math rock de "Speck" et plein d’autres moments pleins de surprises frénétiques. A ne manquer sous aucun prétexte, sous faute de rater le train.

En bref : un premier album de rock 100 % indépendant en provenance d’Austin fait de rage et d’accalmies. Le terme power trio n’a jamais aussi bien porté son nom. Amen.




Info : à noter que le groupe jouera ce jeudi 22 septembre au St Ex de Bordeaux pour 6 petits euros avec General Bye Bye et SWY en première partie.

Le Bandcamp et l’album en streaming intégral :



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28 août 2011

Ponytail - Do Whatever You Want All The Time (2011)

Les écoutes se multiplient depuis un mois et ce troisième album du quatuor américain Ponytail continue à ravir mes oreilles. Car, à l’image de sa pochette foutraque et colorée, Do Whatever You Want All The Time regorge d’inventivité. Insaisissable, la musique de Ponytail est surtout surprenante quand elle nous trimballe de la dream pop sautillante aux confins du noise, en passant par des solos heavy, des accords funky et des entrelacs de guitare style math-rock… Et que dire de la section rythmique assurée par l’excellent Jeremy Hyman (membre intermittent des Boredoms) aussi habile pour se balader d’un fut à un autre à toute berzingue que pour ses rythmiques syncopées d’inspiration afro et ska. Le tout mené par le chant unique et résolument punk de Molly Siegel - plutôt un amalgame de cris et gémissements - souvent incompréhensible mais dont l’énergie y est pour beaucoup.

Il faut dire que l’ouverture de ce troisième LP est parfaite, là où chaque instrument fait son entrée. Les tressaillements de cymbales et les jappements de Molly Siegel introduisent progressivement les guitares de Ken Seeno et Dustin Wong – sorte de Mark McGuire japonais, également auteur d’un remarquable album solo – sans cesse en interaction mais toujours complémentaires. Les deux guitaristes s’en donnent à cœur joie pour façonner une toile sonore aussi colorée que l’artwork de sa pochette. Et c’est ainsi que l’un se charge des rythmiques bien lourdes et des solos heavy tandis que l’autre s’amuse à développer des mélodies sautillantes et colorées. Le tempo commence alors à se stabiliser, galopant en arrière plan, avant d’entamer, du début à la fin du disque, un perpétuel va-et-vient. Comme si les quatre de Ponytail avaient mis un point d’honneur à s’affranchir d’un rythme constant pour faire sonner la fin d’un morceau à l’extrême opposé de son début.

Du début à la fin, c’est donc un déluge d’énergie qui se déchaîne, sans temps morts ni mauvaises inspirations, où chacun se plaira à y découvrir les quelques pépites que sont "Honey Touches" (surtout dans ses moments funky), "Tush" et "Music Tunes" qui clôture l’album sur un ultime climax de déchaînement. Le groupe prend même le temps de ralentir le tempo en milieu d'album pour un morceau expérimental qui nous remémore le délicieux album des montréalais de Braids.

Do whatever you want all the time ! Voilà en fait ce que transmet ce disque, autant dans son titre que dans son contenu car qui peut se targuer de manier tout les styles avec brio sans tomber dans le pot-pourri indigeste et inaudible ?

En bref : un album assez inventif pour dévoiler de nouvelles surprises à chaque écoute, assez cérébral pour vous triturer les méninges à coups de déstructurations rythmiques et assez marquant pour se pencher sur l’avenir de ce groupe (très) prometteur.


Myspace, site du label

"Easy peasy":





"Honey touches" :



A lire aussi, la chronique du groupe Lillois, Shiko Shiko, dans le même registre hybride et énergique.

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28 avril 2011

Mark McGuire - Living With Yourself (2010)

Mark McGuire est surtout connu pour être le guitariste émérite du trio electro/ambient/drone Emeralds dont les amateurs ont tous encore en tête les vagues synthétiques de Does It Look Like I’m Here - surtout Dave dont la chronique ne manquait pas d’éloges. Et si son talent se révélait par quelques petites touches subtiles au milieu des synthés de John Elliott et Steve Hauschildt, il s’exprime ici dans toute sa singularité. Mais le jeune guitariste n’en est pas à sa première livraison en solitaire, bien au contraire. On lui doit déjà toute une flopée d’enregistrements - 32 parus ces trois dernières années, presque autant qu’Emeralds - aux tirages extrêmement limités éparpillés sur différents labels (Wagon, Éditions Mego entre autres) en plus de ses collaborations (Skyramps, Silver Futures). À cela s’ajoute une reconnaissance grandissante qui lui a déjà valu le titre de guitariste le plus talentueux de sa génération par The Guardian. Tout ça à seulement 24 ans ; respect !

Living With Yourself est donc - vous l’aurez compris ! - un album de guitares. Acoustiques ou électriques, voire méconnaissables, elles y sont omniprésentes et remplissent l’espace. Car, le jeu particulier de Mark McGuire ne saurait s’exprimer sans ces nombreux assemblages de loops qui se superposent inlassablement, additionnés à un usage subtil du delay. C’est pourquoi les notes de guitares clapotent et virevoltent dans un imbroglio de notes surtout sur "Brain Storm". On pense parfois au trio Maserati, le côté "dance" en moins, notamment sur l’ouverture de "Clouds rolling in", même si les sonorités d'Emeralds ne sont pas loin ("Clear the cobwebs" et son final en gouttes d'eau).


Mais, alors que chacun des morceaux pourrait relever du pur exercice de style, le guitariste Américain y instille une dose d’émotions à fleur de peau. Car Living with yourself est aussi une œuvre autobiographique, une sorte d’introspection dans les souvenirs de l’enfance. Chaque titre renvoie à un souvenir précis parfois rendu flou par la défaillance de la mémoire. Ce flou, c’est ce drone souvent relayé en arrière plan mais dont la densité grandit et finit par tout envelopper. L’inaugural "The vast structure of recollection" débute d’ailleurs par des samples, bribes de paroles d’enfants, avant d’être noyé dans un crescendo de bruits. Et quand le brouillard s’estompe, c’est pour laisser place à un entrelacs de guitare mélodieux. Avec beaucoup de notes, McGuire parvient quand même à rendre sa musique légère et mélodieuse, preuve d'un véritable talent de soliste.

En bref : Mark Mc
Guire signe ici un disque intensément beau, sans doute le plus accessible de sa discographie, que les adeptes d'Emeralds pourront apprécier à sa juste valeur.




"Brain Storm" :



Mark McGuire, en action :



À noter que le label autrichien Editions Mego prévoit d'éditer, le 5 mai, une compilation rassemblant une vingtaine de morceaux de Mark McGuire issus d'éditions limitées (plus d'infos ici)

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26 mars 2011

Vessels - Helioscope (2011)

Trois ans après White Fields And Open Devices et une tournée avec Oceansize, le quintette de Leeds nous revient avec un second album studio d’une précision redoutable, à l’image de sa pochette (superbe illustration de Luke Drodz). Enregistré à Dallas, toujours sous la patte experte de John Congleton (Explosions In The Sky, Maserati, This Will Destroy You…) et signé sur le petit label Cuckundoo, le disque révèle enfin un groupe au talent incontestable dans la droite lignée de Do Make Say Think et Broken Social Scene.

Une fois la première piste lancée, on se dit avoir affaire à un énième groupe de post-rock mais il serait beaucoup trop réducteur de classifier Vessels dans cette catégorie devenue le fourre-tout des formations de rock instrumental. Car Helioscope est à la croisée de plusieurs styles (alternatif, math-rock, indie, ambient) et parvient à nous tenir en haleine sur ses neuf titres – de longueurs variables – en alternant entre fureur à la force tellurique et interludes aériens. Aucun des morceaux ne s’étire jusqu’à l’ennui, tous captivent par leurs sautes d'humeur et leur soudain penchant à déconstruire l’harmonie instaurée. Le quintette est habile aussi bien dans la construction de thème planants que dans les riffs de guitares répétitifs et viscéraux exécutés la tête dans le guidon, dignes d'un Maserati.


À force d’écoutes, la musique de Vessels révèle toute sa sophistication grâce, surtout, à une section rythmique dantesque omniprésente d’un bout à l’autre. Le jeu nuancé de Martin Teff, souvent rejoint par Lee J. Malcolm, également guitariste, élève chaque morceau dans un trip jouissif et groovy. Déjà massive sur l’introductif "Monoform", elle prend des airs de cavalcade sur l’heavy "Art/Choke". Les synthés sont aussi largement à l’honneur, souvent triturés à l’extrême ("Monoform") ou simplement oniriques comme sur les arpèges d’ouverture de "Meatman, Piano turner, prostitute" en parfaite harmonie avec la voix suave du songwriter Stuart Warwick (Jacob’s Stories) invité pour l’occasion.

Vessels prend le temps d’intercaler des morceaux atmosphériques au développement progressif. Le plus réussi est, sans aucun doute, "All our ends" avec ses arpèges voluptueux de guitare, ses harmonies de voix – l’ombre d’Efterklang n’est pas loin – et son final aérien en crescendo où les éclats de batteries fusent de tous côtés ; les 8 meilleures minutes du disque ! Ces moments surgissent même à l’improviste entre deux thèmes furieux ("The trap") de manière à retarder l’explosion finale ou constituent un unique morceau : "Heal" avec ses nappes éthérées, si chères à Hammock, et son drone progressif. Les cinq musiciens savent donc relâcher la pression avant un soudain regain d'intensité.

En bref : malgré quelques petits airs de déjà entendu, Helioscope est un disque dynamique et nuancé qui fait de Vessels un groupe à suivre en espérant qu’il parviendra à transcender ses influences par la suite en larguant les amarres pour de bon.




"The Trap" en live au studio Abbey Lodge :



"Recur" :



"Meatman, Piano Tuner, Prostitute" (feat. Stuart Warwick) :



A noter : Vessels sera de passage en France pour 2 dates à ne pas manquer :
- dimanche 8 mai : L’International, PARIS
- lundi 9 mai : Le Saint Des Seins, TOULOUSE

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14 février 2011

The Black Angels - Concert au Bikini (13/02/2011)

Quelle belle année pour les aficionados du post-rock ! Après le retour de Godspeed You ! Black Emperor et en attendant les concerts de Mogwai et d’Explosions In The Sky (le 20 mai au Bataclan), The Black Angels étaient en concert au Bikini à Toulouse.

Déjà trois albums au compteur et deux passages en France pour le quintette du Texas qui semble avoir remis le psychédélisme au goût du jour. Et assez de morceaux pour une setlist plutôt variée bien que psychédélique d’un bout à l’autre. Il faut dire que le troisième album distille un rock fleurant les sixties et le soleil californien contrastant ainsi avec le drone sombre des deux précédents opus. Depuis leur premier passage en France en 2008, le combo a évolué et son nouvel album apporte un souffle nouveau – grâce, notamment, aux sonorités d’un orgue Vox et aux nombreux chœurs à la Beach Boys – idéal pour alterner avec leurs morceaux plus denses et progressifs.

Après une première partie assurée par Wall Of Death (trio parisien de rock psyché), les Black Angels font leur entrée et débutent directement avec "Bad vibrations ", morceau surprenant par son changement de rythme fulgurant. Les titres s’enchaînent rapidement en privilégiant surtout le premier album Passover et le dernier Phosphene Dream. Le groupe ne s’étend pas dans de longs discours, se présente en français, remercie poliment. La scène est plutôt dépouillée : la couverture du dernier disque est reproduite sur une i
mmense toile de fond mais c’est surtout l’éclairage qui soutient leur prestation.


Les Anges Noirs délivrent une musique aussi efficace sur scène qu’en studio, portée par des riffs ravageurs. La guitare de Christian Bland est souvent la première à ouvrir le bal avant d’être rejoint par les battements tribaux de la batterie (saluons d’ailleurs le jeu remarquable de Stéphanie Bailey usant à merveilles des toms basse). Sous un déluge de guitares vrombissantes dopées au fuzz et au tremolo, la voix caverneuse et hypnotique d’Alex Maas habite parfaitement les compositions psychédéliques du groupe. Son chant quasi-incantatoire, à grand renfort de réverb contribue au mysticisme de leur musique. Et quand il ne chante pas, celui-ci agite son tambourin et ses maracas entre les couplets.

Au bout d’une heure et demie (déjà 16 titres interprétés), le set s’achève avec le tubesque "Telephone" au swing entraînant. Un long rappel et c’est Alex Maas qui monte sur scène pour une chanson en solitaire, juste sa guitare et sa voix, suffisant pour capter l’attention du public. Le reste du groupe le rejoint pour entamer "Bloodhounds" et "You on the run" avant de rappeler les musiciens de Wall Of Death pour un final haut en couleur ("Manipulation").

Photos de Pierre Priot (Bikini, 13/02/2011) tirées de son site : Soit dit en Passant


A lire aussi : The Black Angels à l'Espace Tatry en 2008

Les Myspace des Black Angels, Wall Of Death et Bikini

"Telephone" en live chez Letterman :



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15 août 2010

Arcade Fire - The Suburbs (2010)


"2009, 2010 Wanna make a record how I felt then / When I stood outside in the month of May". Voilà résumé l’esprit du nouvel Arcade Fire. Un événement, forcément. Depuis Funeral il y a déjà six ans, plus rien n’a été pareil, le visage du rock indé s’est teinté de ce nouveau son qui venait de Montréal. Il y a trois ans Neon Bible enfonçait le clou en gardant le cap. Depuis tout a bougé et on se demande si le couple Win Butler / Régine Chassagne et leur joyeuse bande de rejetons sont toujours dans le vent. S’ils se sont assoupis sur leurs lauriers ou s’ils sont tout simplement en passe de devenir le plus grand groupe du monde. Un verdict tranché est beaucoup trop dur à donner, et chaque instant de ce disque labyrinthe vaut d’être analysé.

"The suburbs" titre thème de ce nouveau disque introduit l’ambiance. Les banlieues, celles de Montréal, ont inspiré le groupe pour ce qui devait être la BO d’un film déjà mort / né. Win semble plus détendu et serein que lorsqu’on l’avait quitté sur "My body is a cage" par exemple. La production est effacée au possible et pour l’anecdote le disque a été gravé directement sur vinyle, puis regravé en cd à partir de la galette noire. Et puis il faut dire que la bande sait y faire pour faire monter la sauce. Huit pochettes différentes pour le marketing, mais aussi et surtout une série de concerts sauvages tous plus originaux les uns que les autres, de cette quasi improvisation sur parking (15.000 personnes réunies en seulement 24 heures) à ce show dantesque et en live mondial sur Youtube le 5 août dernier au Madison Square Garden (mis en image par Terry Gilliam). Sans trop en faire, Arcade Fire le fait bien et quoi qu’on en dise à la fin de l’écoute de ce disque, n’est toujours pas tombé dans le rock FM, et ça c’est bien.

"Ready to start" et on retrouve le vrai Arcade Fire, celui du early Funeral, avec un départ enchaîné énergique et une montée en puissance vers un final lyrique. C’est la signature du groupe canadien : le contraste entre rythmes énervés et binaires (bien souvent une simple note de piano martelée) et voix qui trainent. Ces morceaux donnent l’impression de garder un cap, et d’avancer tête baissée vers quelque chose. C’est ça que l’on aime, être emporté.


Suivent deux titres qui m’ont moins impressionné. "Modern man", une ballade assez lente et "Rococo" un peu trop rococo justement pour moi. Mais bon soyons clairs, un morceau moyen d’Arcade Fire reste un morceau solide et de qualité. Régine n’arrive que sur le cinquième titre "Empty room". Le morceau est très bon, avec rythme énervé de violons et chants mêlés. Habilement enchaîné, "City with no children" ressemble aussi à du Arcade Fire. Vient ensuite une série dont le groupe a le secret : "Half light I" et "Half light II". Régine mène la barque de la première partie, un magnifique slow à la Bodies Of Water, avec cordes et violons (le grand Owen Pallett est aux arrangements de cordes) mais aussi avec une pudeur qui impose le respect. La deuxième partie est laissée à Win qui reprend le pouvoir le temps d’un morceau qui file vers l’avant. La fameuse énergie positive toute en retenue, du genre "Soyons heureux mais soyons prudents". Le premier disque vient de se finir.

"Suburban war" est assez triste, façon Neon Bible. La guitare mène, le piano se mêle à l’affaire par moments. Et puis grosse montée avec à la clef une tension dramatique et un final dont ils ont le secret. Le live doit être monumental. A ce moment-là mon train est réservé pour aller voir ça à Rock en Seine à la fin du mois, c’est une évidence. Enfin "Month of May" déboule et fait tout péter. Rythmique ultra rock n’ roll, grosse pêche, jeux sur les voix, un sacré single ! Un morceau à se passer avant un entretien, ou simplement pour se lever le matin. Encore que le final fadé annonce déjà le semi retour de la mélancolie avec "Wasted hours", une ballade finalement assez convenue. C’est à ce moment que l’on découvre que le disque est long, très long (comme cette chronique d’ailleurs, désolé). Plus d’une heure de morceaux faussement simples, car même ce que j’appelle "ballade convenue" va recéler à un moment ou un autre un gimmick que l’on mettra du temps à déchiffrer. C’est le cas pour "Deep blue" qui n’invente rien mais qui reste chargé d’émotion. "We used to wait" revient aux fondamentaux de Funeral. Piano mono doigt et envolée lyrique. Single possible également.


Et à partir de là accrochez-vous, le disque touche à sa fin, mais le meilleur reste encore à venir : l’enchaînement des deux "Sprawl". Le premier, "Flatland", est le morceau triste de l’album. Win est tout seul sous le rai de lumière, les violons sont assassins et chaque mot qui sort de sa bouche est un torrent d’émotion. Et on se prête à penser que si un jour il vivait une rupture amoureuse (ce que bien-sûr on ne lui souhaite pas), il pourrait nous écrire les chansons les plus déchirantes jamais pensées. Et puis cette suite phénoménale qui sort de nulle-part et que personne n’attendait, qui n’a rien à voir mais pourtant complète si bien la première. Régine dévoile toute sa personnalité et nous pond un "Mountains beyond mountains" imbattable. On y trouve des claviers 80’s (et non kitsch) inédits chez Arcade Fire, un break exemplaire et une énergie phénoménale. La ressemblance quant à elle est frappante, ce n’est ni plus ni moins que le "Heart of glass" de Blondie. Pour moi l’un des tous meilleurs morceaux jamais écrits par le groupe, alors qu’il ne lui ressemble en rien. Et surtout une façon admirable de finir un disque, avant de laisser le thème The suburbs joué en classique puis en réverb caresser une dernière fois l’oreille de l’auditeur qui normalement à ce moment-là est déjà sur le cul. Il vient d’écouter le troisième album d’Arcade Fire.

En bref : le cru Arcade Fire troisième du nom est un disque long et varié, qui prendra du temps à être déchiffré complètement, et qui assoie définitivement le groupe sur le piédestal du rock indé. Avec ses deux immenses personnalités (Win et Régine), son groupe débraillé et ses chansons exemptes de toutes influences, les canadiens ont toutes les cartes en main pour marquer l’histoire.





Le site officiel

"Month of May", "Spraw IIl" et une chronique filmée assez pertinente :







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13 octobre 2008

Mahjongg - Concert au St Ex de Bordeaux le 12/10/08

Il y a des soirs comme ça. Je vous en avais parlé il y a quelques jours dans la chronique de leur premier album Raydoncong, Mahjongg, le collectif ultra underground de Chicago était hier en France (une première ?). Un exploit culturel que l’on doit à l’association bordelaise naissante Let’s Panic Later qu’il faudra certainement surveiller de très près cette année. Comme un secret trop bien gardé, le son Mahjongg est de ceux que l’on aimerait garder pour soi, comme un trésor à l’abri des regards que l’on souhaite cependant partager avec des amis (mais pas trop quand même). Là où inéluctablement des groupes précurseurs comme Liars ou Animal Collective
rentrent petit à petit dans le moule du commercial (le vilain mot est lâché), Mahjongg reste bancale, hybride, expérimental et n’est pas prêt de se retrouver bandé FM. Et c’est un peu pour ça qu’on est là, et que la cinquantaine d’autres personnes aussi (toujours les mêmes!). Dans une ambiance propice à l’échange sans complexe et à la découverte d’autres cultures (c’est loin Chicago !), le show peut commencer.

Et si en plus de ça on m’avait prévenu que les deux premières parties bordelaises allaient une fois de plus se surpasser, je ne l’aurais pas cru. Dr Cosmos dans un premier temps, que j’avais déjà vu auparavant et qui ne m’avait que peu convaincu, débarque sur scène apparemment très stressé (est-ce un jeu ?) et scotche tout d’un coup l’assemblée dans son folk minimaliste fait d’erreurs et de réussites, terriblement humain à l’image d’un Buckley ou d’un Smith, qui gagne de l’assurance sans perdre de crédibilité lorsqu’il est rejoint sur scène par sa bassiste et son batteur (Antoine, excellent !) et que les chansons, minimalistes il y a 10 minutes de ça prennent une toute autre ampleur orchestrées à trois. Impressionnant ! Tout comme Erez Martinic, vu il y a quelques jours également, qui déploie son math rock toujours dos au public mais face à son batteur qui rivalise toujours autant d’ingéniosité. Les Mahjonng présents dans la salle semblent adorer, et nous aussi. Du très bon je vous dis.

Ce n’est qu’un peu plus tard que la secte de Chicago installe tout son attirail fait de bric et de broc (mi machine/mi instrumental) pour célébrer dans une grande messe païenne le dieu Kontpab (alias leur dernier effort). Une équipe de fous furieux qui s’échangent les instruments à tours de bras, qui chantent (psalmodient ?) chacun leur tour, sans véritable logique, à l’avenant dirait-on. Des compositions qui favorisent les polyrythmes grâce à des configurations à trois batteurs (dont un sur un curver en plastique, un autre sur une cymbale défoncée) et des voix bien distinctes. Limités en hauteur par la voûte en pierre du St Ex, les cinq garçons n’en transpirent pas moins pour autant, enchaînant dans un ordre que l’on imagine forcément bordélique les titres popeux des débuts (Machinegong) et les derniers morceaux issus de Kontpab, déjà presque plus accessibles et tubulaires. L’assistance qui a la chance (ou la présence d’esprit) de se trouver là ce soir est aux anges, suspendue entre ciel et terre dans un même mouvement de transe naturelle (grâce aux sonorités afro beat dominantes). Lorsque la lumière se rallume, tout le monde se retrouve dans la sueur et la fumée (dernier refuge des reclus, le St Ex ne bannît pas la cigarette) avec sur les bouches bées la sensation d’avoir assisté à un grand moment de scène underground, un jour en France. Des dimanches comme ça on n’en vit pas beaucoup dans une vie.

Mahjongg c’est ça :


Et Erez Martnic c’est ça:


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