31 mai 2026

Public Image Ltd - Rockstore (Montpellier) - 27/05/26

   
courtesy of Dominique "Doc" Psychèdelique"

    Better days will never be...

  

Un concert brassant large la discographie de PiL et commençant par le furieux hit "Home" ne pouvait être mauvais. D'autant que John Lydon revenu d'une époque troublée (décès de son épouse, problèmes de santé, maltraitance médiatique, trahison des ex-Pistols....) porte plutôt beau. Enfin ce n'est pas l'espèce de chemise-chasuble-djellaba qui le met à l'honneur - notre homme s'est toujours habillé comme un sac- mais de ça il est coutumier du fait.
Tout est en place donc pour 1H45 de ruades post punk, de dub ambient, de tubes assénés par un quatuor très en forme ( Lu Edmunds déchaîné au bouzouki) où l'on se dit que tel un Kraftwerk amputé des trois quarts de son line-up légendaire, PiL est cette franchise qui emmenée par son leader, traverse les époques et peut défendre une discographie qui sans être pléthorique recèle bon nombre de classiques.
Ils sont tous là : "Home", "This is not a love song" (leur "Blue Monday" à eux), "Death disco" (aussi intitulée "Swan song"), "Poptones". On a même droit à "Flowers of romance" et à une impro rappelant grandement le "Banging the door" de l'album éponyme sur la présentation des musiciens. "World destruction" également, single d'Afrika Bambaataa, sur lequel John fit jadis un featuring. Fidèle à sa légende, PiL fait relativement l'impasse sur son album en cours.

Le son est hénaurme, l'ancien héros du punk grimacier en diable, tous les voyants sont au vert donc ;  et il n'y a guère sur "Rise"balancé en rappel (en fait une pause clopes annoncée par Lydon) que l'ex Sex Pistols doit descendre d'un octave sur certains refrains. Un "Rise" repris à tue-tête par le public et qui a le bon goût d'être précédé d'un "Public image" revigorant qui met en extase le Rockstore garni comme un oeuf, de quinquas et sexas punk à chien. 

John avait prévenu : "This Is Not The Last Tour". Et comme dit l'autre, les héros ne meurent jamais ; ils s'absentent.

 

 

 

 

 


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20 mai 2026

Litania - s/t (2025)

Litania, nouvelle signature doom-métal italo-serbe, est un quatuor drone psychédélique. Drivé par la multi-instrumentiste Elisa de Munari, il est l'un des dernières sensations du label Heavy Psych Sounds qui porte bien son nom. La chanteuse-leader de Litania  insuffle avec ses acolytes un souffle épique et spirituel qui n'est pas sans renvoyer aux plus belles heures des chants psalmodiés féminins que la pop a pu engendrer. Le tout dans un habillage oriental du plus bel effet.

C'est d'abord un son sourd et menaçant aux guitares accordées très bas qui prend l'auditeur aux tripes. Normal, car la prime influence d'Elisa et de son groupe n'est pas moins que Black Sabbath et plus près de nous des stoners de Kyuss. La grande particularité de Litania, ce sont bien sûr ces vocaux inspirés de l'hindoustani qui lui confèrent une dimension mystique ("Manasi devi"), un peu à la manière des mythiques chanteuses du label 4AD, Lisa Gerrard et Liz Fraser. Impossible de ne pas penser aux Cocteau Twins, notamment sur les fabuleux "Ghunghru" ou "Jimanuya" avec ce qui ressemble à des onomatopées enchanteresses. Mais un Cocteau Twins on l'aura compris aux basses et rythmiques testostéronées.
 Elisa De Munari joue du sitar, du dilruba, autre instrument à cordes indien aux sonorités proches et jadis popularisé par un certain....George Harrison. Un  autre gimmick malin est l'utilisation récurrente de l'harmonium à soufflet, finalement pas si courant que cela dans la pop contemporaine - vient à l'esprit le nom et la référence du très bon premier disque éponyme d'Anna Calvi.
Le son et l' "étrangeté" de la dynamique de Litania provient aussi de l'alliage ou opposition du métal lourd, organique avec les racines de la culture classique indienne incarnées par le dhrupad, musique ancestrale et méditative dans laquelle Elisa De Munari s'est plongée et qu'elle a longuement étudiée. Le sensoriel prédomine grandement dans la musique du groupe et a activement présidé aux sessions de composition, lesquelles étaient davantage tournées vers une convergence de sensibilité axée autour d'un drone sound, une écoute active des résonances émanant de chaque musicien ; ceci rendu encore plus prégnant par la diversité des cultures - le batteur Vladimir Markoski par exemple est d'origine serbe.

L'idée d'une certaine transe à l'écoute ce premier album n'est pas à exclure. C'est d'ailleurs sans doute l'effet inconsciemment recherché par le quatuor et son esprit de communion. Puisse celle-ci procurer aux aux auditeurs le même engouement et le même recueillement que ceux que recèle les hymnes de Collection D'Arnell-Andrea, fleuron de la pop méditative française auquel le très prometteur Litania fait aussi parfois penser.


En bref  : un nouveau groupe heavy psych italien mené par une très charismatique chanteuse, secondée par des acolytes ferraillant une rythmique et un métal des plus avenants. Le tout saupoudré de lyrics hindoustani qui donnent à cette musique un aspect religieux et incantatoire.
 

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14 mai 2026

Maxwell Farrington & Le SuperHomard - Window Tax (2026)

On ne sait si c'est cette assertion un brin erronée qui a coûté sa place à Pooley, habituel pourvoyeur des pochettes de Maxwell Farrington & Le SuperHomard. Car c'est à Guillaume Pinard plasticien nantais que l'on doit cette superbe toile d'illustration pour le 3ème long format du duo-franco-australien. Assertion qui prétendait qu' "il n'y a pas de mauvaises chansons, seulement de mauvais arrangements."
Bonnes chansons et/ou arrangements subtils, qu'on ne s'y trompe pas : dans Window Tax, il y a les deux.

Depuis les débuts de leur association, le duo n'a cessé de gagner en cohésion et en maîtrise de son songwriting pour atteindre l'acmé artistique ici. S'il revient à Christophe Vaillant une bonne part de l'écriture du disque avec une pertinence saluée pour ce qui est de ses arrangements, le rôle de Maxwell Farrington n'en finit pas d'avoir son importance dans ces textes souvent d'une grande drôlerie où le champ lexical de la nourriture est plus que jamais présent.
Cela débute comme du Jean-Jacques Perrey et son oscillateur sur ce "Brussel sprouts" d'ouverture, l'un des morceaux de bravoure de Window Tax. Qui comme sur trois autres titres voit Maxwell être secondé par le doux timbre de Lily Buchanan, muse du producteur Mike Lindsay qui a ouvert tout grand son studio rempli d'instruments et claviers vintage et bizarres. Dont le duo sait faire bon usage sans esbroufe. Ce n'est d'ailleurs pas la moindre qualité de Window Tax que de procurer des émotions et un plaisir auditif tout en restant sobre. Les mélodies sont plus solaires et catchy qu'elles n'ont jamais été malgré l'hygrométrie ressentie de Morgate (UK) lieu d'enregistrement de l'album : merveilleux "Do da da da" (non pas une reprise du hit de George Kranz), véritable pépite que Broadcast a oublié d'écrire. Sur cette chanson, on pense aussi à la douceur de Keren Ann dans le chant de Lily.
Maxwell n'a plus besoin de se prendre pour Scott Walker ni d'abuser de trémolos ; son superbe organe fait le reste et d'ailleurs on pense davantage en l'écoutant à un émule d'Adam Green tant les tessitures sont proches voire à Ian Mc Culloch ("The architect").
Sur le formidable morceau-titre (un manifeste de ses années cuistot ?), Maxwell s'interroge sur cet "impôt des riches" aujourd'hui disparu que constituait l'indicateur du nombre de fenêtres donnant lieu à taxation. Avec Christophe, les deux ne se prennent cependant jamais au sérieux ; et il est ainsi assez saisissant qu'une merveille de titre comme "Lorène" qui doit ravir la personne dépositaire de ce nom compte parmi les mélodies les plus évidentes et addictives du disque ; quand celle-ci a pourtant été conçue comme une déconnade. A l'arrivée, une mélodie des plus émouvantes et une partie de cordes à tomber. Sur "Fish and chips", même constat. C'est l'ombre tutélaire du grand Jean-Claude Vannier qui est présente.sur un air et des arrangements qui n'ont rien à envier à "L'hôtel Particulier" Gainsbourgien., Et dans le genre déconne, les percussions très sobres de l'album, souvent programmées et jouées à la main ne sont pas en reste ; ainsi celles de "Cake" le somptueux final du disque reposent-elles essentiellement sur des poubelles et des cartons que le duo avait sous la main pendant l'enregistrement. 
 
Les guitares et accords de 9ème sont encore là, les changements harmoniques savants aussi. Mais le duo français le plus lounge du moment n'a jamais semblé aussi percutant et direct dans son écriture. On se surprend en effet à fredonner, à mémoriser instantanément ses compositions aventureuses. Et ceci a tout l'air d'une promesse culinaire et artistique à venir.

En résumé : le talent de Christophe Vaillant alias le SuperHomard et de son alter ego atteint ici une sorte de plénitude. Le 3ème long format du duo offre certaines de ses plus belles compositions et comptant parmi les plus catchy et émotionnelles de son répertoire. Une réussite.
 



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