23 décembre 2019

Nino Ferrer - Ex Libris (1982)

C'est son Sally Can't Dance à lui. L'album maudit de Nino Ferrer sorti en pleine époque anachronique, celle où les productions variété et vulgaires façon Goldman ou Balavoine faisaient florès.


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31 mars 2019

Scott Engel - Scott 4 (1969)

C'est au sein des Walker Brothers les frères Ramones du glamour sixties - tous les membres  étaient  beaux gosses -  que Noel Scott Engel connaît tout d'abord le succès. Et pas n'importe quel succès. On parle d'un succès Beatlemaniesque, d'émeutes et de syncopes au sortir de scène du trio ricain.


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26 mars 2019

Jérôme Soligny - Thanks For The Wings (1992)

De la génération des Daho, Jacno ou autre Lio, Jérôme Soligny est surtout connu pour ses écrits de chroniqueur au sein de Rock and Folk, sa dévotion pour Bowie, Beatles ou Alice Cooper.

Il faut quand même se rappeler qu'avant toute chose  notre homme est musicien, qu'il a une discographie (même restreinte) derrière lui, et qu'il est probablement l'unique incarnation de la cause rock d'ici à avoir réussi un parcours d'artiste concomitant à son activité journalistique.


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12 mars 2019

Jean-Louis Murat - Vénus (1993)

Il n'aime pas trop que l'on mette en avant ses talents d'auteur ; pourtant Jean-Louis Murat possède à son actif des titres comme "Amour n'est pas querelle", "A caution tous amants sont sujets" ou "Tant la vie demande à mourir", ce qui vous pose un homme.


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26 novembre 2016

Arno - Human Incognito (2016)

Et si ce 13 ème (?) album d'Arno sous son nom sorti au début 2016 (il y a aussi celui avec les Subrovnicks) mettait tout le monde d'accord ?

L'impayable belge remet ça, drivé à nouveau par John Parish, qui l'avait remis en selle sur son précédent Future Vintage de 2012. Et c'est à nouveau un régal de veine poético-absurde, une jubilation d'entendre sa voix éraillée déclamer des manifestes "anti" ("I'm an atheist / C'est si bon d'être con !") sur "Please exist", avec toujours ce mélange français-anglais au sein du même titre que seul l'ex-cuisinier personnel de Marvin Gaye peut s'autoriser, sans paraître ridicule. L'anti-Noir Désir en quelque sorte...


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18 janvier 2016

Serge Gainsbourg - L'Homme a Tête de Chou (1976)

Parfois il peut s'avérer utile de démystifier un artiste. Moins pour l'exercice de style  que pour le rappel de certaines vérités. Parce que son héritage est colossal même s'il ne comporte guère que 16 albums en quelque trente ans de carrière, parce que le grand Serge demeure l'un des rares frenchies pris au sérieux outre-Manche et outre-Atlantique, et que son influence peut s'entendre à peu près partout, on a tendance à manquer d'objectivité avec lui : Gainsbourg, le Zidane de la pop, de la chanson d'ici (et sans le coup de boule ni les collusions occultes avec le Qatar qui plus est), a donc été déifié jusqu'à écoeurement : Que peut-on dès lors retenir de notre vache sacrée ?


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04 mai 2012

Bernard Estardy - La Formule du Baron (1969/2010)

Si vous aimez Michel Magne, François de Roubaix, Jean-Claude Vannier et toute cette clique de compositeurs et arrangeurs français qui donnèrent à la fois dans la musique de films et de télé, la pop expérimentale et la variété, alors vous aimerez immanquablement, si ce n’est déjà le cas, Bernard Estardy, autoproclamé Baron de Méhouilles. Organiste pour Nancy Sinatra et Nino Ferrer à ses débuts, Estardy a enregistré un nombre impressionnant de stars françaises dans son mythique studio CBE, qu’il avait créé avec Georges Chatelain et où il passait 14 à 16 heures par jour ! Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Sheila, Joe Dassin, Claude François… Tous profitèrent de ses talents d’ingénieur du son, et tout spécialement de son don pour les prises de voix. C’est même sous sa direction que furent immortalisés le "Jerk" de Thierry Hazard, "Les Corons" de Pierre Bachelet, "Jolie Poupée" de Bernard Menez, le "Big Bisou" de Carlos et une quantité incalculable d’autres tubes de notre bonne vieille chanson de variété à textes bien de chez nous, jusqu’à son décès en 2006.


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08 novembre 2011

Paradis - Parfait Tirage EP (2011)

A la tête du show radio Beats In Space (diffusé en France tous les samedi soir sur Radio Campus), dont il a animé près de 600 épisodes, Tim Sweeney est une des têtes chercheuses les plus fiables de la musique électronique. Diffusant des exclus, recevant des invités plus prestigieux les uns que les autres (Andrew Weatherall, DJ Harvey, Laurent Garnier, Morgan Geist…), le DJ New Yorkais, proche du crew DFA, est devenu incontournable grâce à des sélections avisées et très éclectiques. 12 ans après sa première émission, il lance enfin son propre label et l’inaugure avec un single disponible uniquement en vinyle signé par des Parisiens totalement inconnus, Simon Mény et Pierre Rousseau, alias Paradis. Le duo, qui avait simplement envoyé sa démo à Sweeney, mixe habilement la variète pop française avec des instrus deep house élégants et veloutés. Une alliance qui pourrait paraître contre-nature sur le papier, mais qui s’avère finalement assez réussie.

Les francophones s’arrêteront sans doute sur la face B, puisqu’il s’agit d’une reprise de "La Ballade de Jim" d’Alain Souchon, tube faussement édulcoré sorti en 1985, qui vire au tragique puisque Jim finit par se suicider au volant de sa Chrysler, qui échoue "dans les fougères et les nénuphars". Pas de sample ici, Paradis réinterprète la chanson avec nonchalance sur fond de synthés rêveurs et de belles basses bien rondes. L’exercice est particulièrement casse-gueule mais le morceau s’avère finalement complètement addictif. En face A, "Parfait Tirage", également chantée en français, est quand même plus cheesy, avec ses paroles un peu mièvres évoquant des souvenirs de vacances. On pense vaguement à Daft Punk époque Discovery, à Hot Chip ou aux Junior Boys, bref à toute cette mouvance dance-pop fortement influencée par le son des années 80, bien que le beat soit plus proche des productions house / nu disco actuelles, type Wolf + Lamb. En tout cas un joli petit disque, à la lisière du kitsch, que je ne me prive pas d’écouter en boucle, sans une once de culpabilité.

En bref : aussi saugrenue que soit l’idée de revisiter Alain Souchon en version house, le duo français Paradis l’a brillamment transformée avec sa "Ballade de Jim". La face A n’est pas mal non plus dans le genre dance-pop balnéaire.



Le site de Beats In Space



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20 septembre 2010

Philippe Katerine - s/t (2010)

Diantre, quelle mouche l'a piqué ? 5 années pleines plus tard - il aura fallu cela pour digérer l'ouragan Robots Après Tout - le nantais auteur-compositeur-interprète le plus loufoque de la terre, remet ça avec un 8ème LP dont le contenu, à l'image de son (non) titre, revendique l'épure.

Jusque-là et pour patienter, l'artiste nous aura offert un morceau monumental (et un clip quéquette à l'air qui ne l'est pas moins) où son irrévérence, son esprit iconoclaste sous fond de ballade pop farfelue, est une oasis et un air frais, une allégorie défendant nos libertés bafouées : pas sûr en effet que se promener nu, un symbole phallique à la main, même entouré d'une foule complaisante ait voie de cité dans l'univers sclérosé qui est le nôtre aujourd'hui.

Donc, pour cela bingo : Katerine n'a pas changé d'un poil... de cul / moustache (rayer la mention inutile). Tout va bien pour lui ; sur la pochette, il apparaît goguenard, entouré de ses parents, et il a l'air sans bouger les oreilles, ni le médius, d'adresser un message fort quant au contenu de son disque.

Et les bonnes surprises ne manquent pas : "La Banane" donc, dans la lignée de "Je vous Emmerde" ou autre "Louxor J'adore" qui l'ont rendu célèbre - rappelons à toutes fins utiles que Robots... s'est vendu à quelque 200 000 exemplaires, ce qui est énorme à l'ère du téléchargement.

Puis le doo wop de "La Reine d'Angleterre", qui ne mange pas de pain tout en offrant un leitmotiv assez drôle ("Je chuis la weine d'Angletewwe /et je vous chie à la waie !"). On note aussi un émouvant hommage à la "Vieille Chaîne" de l'artiste, ainsi qu'un autre texte où notre trublion se rêve en "Sac en plastique", et où dans son monde à la fois enfantin, poétique et dérisoire, il n'a pas son pareil pour dépeindre l'absurdité de nos existences, un peu à l'instar d'une Brigitte Fontaine, dont il apparaît plus que jamais comme le pendant masculin.

Mais, à force de vouloir resserrer son propos, de ne plus s'en tenir qu'à quelques slogans, fussent-ils rigolos et un poil -encore !- convenus ("Liberté... égalité.... fraternité... mon cul"), Katerine en oublie qu'on attend aussi de sa part des chansons, des vraies, des ficelées, même exécutées sur une gratte pourrie comme à l'époque de L'Homme à Trois Mains (1999). Ou bien des morceaux aux sonorités lounge exquises comme sur son 8ème Ciel (2002), ou bien des déconnades minimalistes, façon Les Créatures (1999) ou Robots..., mais avec des refrains, immédiatement mémorisables, car euphorisants et poilants (décidément).

Or de tout ça, il n'y a guère sur ce disque : des pochades façons "Musique d'Ordinateur" qui vous mettra dorénavant le sourire aux lèvres lorsque vous allumerez votre PC, un exercice conceptuel qui n'est pas si éloigné de celui de Gogol 1er sur son "Massacre Rituel d'Un Piano à La Hache"; encore celle-là, variation vocale sur le jingle de Microsoft, n'est pas la pire.

Ou bien, toujours singeant l'art de Gogol sur son mythique "Essai Télépathique", cette intro qui déjà en dit long : ce test de sono sur son micro en première plage.

Mais lorsqu'on en arrive à ces joutes verbales minimalistes façon "Philippe", on rigole un bon coup, puis on crie halte et on a envie, c'est un comble, de lui rendre son compliment final  ("Ta gueule !) !

Pire encore, ces pseudos morceaux où Katerine convoque ses proches, ses parents dans l'agaçant "Il Veut Faire un Film", sa fille dans "A Toi- A Toi" sont irrémédiablement ratés : pas de texte (ou si peu et prévisible), pas de mélodie, rien ! Le pompon échéant sans doute au navrant "J'aime Tes Fesses", chanté aux côtés de sa compagne d'actrice (Jeanne Balibar, pour ne pas la nommer), qui est une sorte de funk mou en boucle dont même -M- n'aurait pas voulu pour une face B.

Merde, si on avait un jour clamé que le novateur Katerine évoquerait l'un de nos pires chanteurs de variété ! Car c'est çaqui chiffonne à l'écoute de ce disque : que tous les gimmicks rédhibitoires dont on se contrefichait en temps normal - déconne systématique, pas de voix, ou qui flirte avec le faux - éclatent ainsi au grand jour, et finissent par être gênants, tant l'inspiration est en berne.

On eût préféré que ces squelettes de gags, jingles ou micro jingles soient annoncés, à la manière des disques de chanteurs/chansonniers d'antan, façon Salvador, grande influence de Katerine !
Vu que connement, on s'attendait quand même à un album pop, à des refrains fédérateurs, des textes qui bien-sûr, parlent de bites et de couilles.

Las, Philippe Katerine est un album qu'on envisageait poilant, mais qui se révèle rasoir, et finalement barbant.

En bref : on s'attendait à avoir davantage la banane, à l'écoute du nouveau Katerine, qui oublie de composer de vraies chansons, et frise de ce fait l'auto-citation et la mauvaise parodie de son personnage public. Tant d'auto-indulgence amène à l'indigence, et fait naître le spectre d'une évolution à la Gainsbarre, gasp...




Mypace

A lire aussi :Mathilde Monnier / Philippe Katerine - 2008 Vallée - Festival d'Avignon

Le désormais clip mythique de "La Banane" :


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12 mai 2010

Verone - La Fiancée Du Crocodile (2010)

Même si ce duo à la scène est aussi un couple dans la vie, qu’on se rassure, Verone n’a rien à voir avec la pathétique comédie musicale Roméo et Juliette.

On croque à pleines dents dans La fiancée du crocodile (label bordelais Talitres Records), leur deuxième album. La pochette est à l’image de leur musique : surréaliste et riche en couleurs.

Déjà remarqués en 2005 sur leur premier opus Retour au zoo, les titres animaliers de Verone résonnent davantage dans cet album aux sonorités plus organiques.

Entre folk-rock, langueurs pop, goût pour les années 70 et inspiration de blue grass (considéré comme une branche de la musique country où les morceaux alternent très souvent des solos d'instruments), leur palette instrumentale est large et originale. Syntés, vocodeur, ukulélé, banjo, calimba (percussion), mélodica mais aussi robot-mixeur, sac de billes ou encore moule à gâteau font partie de leurs nombreux attributs.

Certains textes comme "L'élixir du Suédois" ou "Le bal de l'empereur" sont nés sous la plume de Fabien Guidollet dès 2005. Dans chaque titre, il conte une histoire exotique peinte par sa voix mélancolique mais pas triste. En interludes, la voix presque chuchotée de Delphine Passant apporte une dimension sensuelle à leur univers, entre jungle et savane, où l’on est transporté dès les premières notes de "La fiancée du crocodile".

L’introduction du calimba, notamment dans "Silence radio", procure douceur et zenitude. Bananeraie, natte à l’ombre des palmiers… la sieste est communicative et on s’étale sans broncher dans leur "Hamac".

Egalement peuplé de silences opportuns, de riffs de guitare rock et de voix instrumentalisées, chaque morceau s’ouvre sur une nouvelle facette de Vérone. Démonstration faite avec "Etre beau ou mourir", véritable cri du cœur : la voix de Fabien plus dure et les envolées électro-rock clament le pamphlet de notre stupide course à la beauté ou à la laideur, à coup d’effets de distorsion et d’énumération de mots pour rendre l’ambiance plus sombre et combative.

Le portrait du quotidien comme "Transparent" chez le poissonnier ou le charleston et rythmique "Garage" au banjo renvoie à l’essentiel de cet album. Nous promettre une « croisière sur le Nil » ou de « vivre sur une île », puisque La fille du crocodile est une invitation au voyage que l’on accepte les yeux fermés.

En bref : les instruments organiques et les textes de Verone distillent dans ce deuxième opus fraîcheur et exotisme, mais la voix souvent monocorde du chanteur, pourtant énergique, manque de nuances dans certains morceaux.





Le Myspace

“L'élixir du Suédois” dans la Session de Libé Labo mise en ligne le 11 mai 2010 :


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22 janvier 2010

Serge Gainsbourg - Histoire de Melody Nelson (1971)

En ces temps de vrai-faux biopic ginzburgien, faussement original et véritablement chiant, une impérieuse nécessité s'impose : parler de l'essentiel, autrement dit de la musique. Contre Saint Sfar, il faut ressuciter l'ire proustienne, et défendre que la vérité d'un artiste gît en son oeuvre, et non dans le nombre de filles qu'il a sautées, ni dans les mille et une anecdotes de son trou du cul (j'y inclus aussi les complexes freudiens à trois balles du petit juif et du peintre raté). Alors, allons-y franchement, ce sera Histoire de Melody Nelson, histoire d'emmerder aussi les amateurs de compil' promotionnelles pour entreprise de surgelés. Poésie et profondeur du texte, complexité des arrangements, la chose serait suffisamment consistante pour nous tenir en haleine sur la longueur, sur le mode savant dissertatif à la Pitchfork, avec même une bonne dose d'analyse musicologique. D'autres babyloniens pourront s'en charger, une modeste évocation, paresseuse mais énamourée, me convient mieux...

Album concept idéal-typique (pas comme Sgt Pepper's), l'histoire en question est celle des amours scandaleuses et symphonico-pop-rock entre un narrateur adulte et une jeune adolescente, "adorable garçonne", "quatorze automnes et quinze étés". Sous influence nabokovienne, Gainsbourg est fasciné par les sexualités minoritaires, et attaque frontalement notre morale sexuelle prétendûment libérée; aujourd'hui encore la loi punit de cinq ans d'emprisonnement et de 75000 euros d'amende toute personne ayant "favorisé ou tenté de favoriser la corruption d'un mineur" (article 227-22 du code pénal). Alors qu'en Grèce antique, il était un devoir d'éduquer les adolescents en la matière, l'Europe post-68 n'en finit pas de régler un vieux contentieux avec le sexe... Gainsbarre est donc "under arrest", sauf qu'on est trés loin du pathétique et glauque dernier album du même nom, dans lequel se rejouera le même scénar', mais de manière nettement dégradée (Samantha à la place de Melody, le génital à la place du cosmique...).

La forme sera sublime, donc, tirant le récit du côté de la tragédie ("ses jours étaient comptés"), et la musique du côté de l'écriture savante. Une rencontre irréelle, placée sous le signe du hasard, qui commence et se termine par un accident ; un amour hautement improbable, que le destin a bien voulu laisser advenir quelques instants, à la faveur d'un choc inaugural, mais qu'il engloutira dans un crash d'avion. Faut pas rêver...Le sentiment tragique du fugace parcourt l'album, exacerbé dans la superbe Valse de Melody : " le bonheur est rare et le soleil aussi". Pourtant il y a une épaisseur temporelle incroyable, et de quoi rattraper une vie ratée : rencontre, premiers émois, jalousie, rendez-vous secrets, baise et crash.

Côté musique c'est la grande classe, les synthés cheap dégueux 80's n'ont pas encore débarqué. Trio rock aux lignes claires : basse claquante, batterie, guitare, et commentaires symphoniques arrangés par Jean Claude Vannier. Beck ne s'en remettra pas. Groove certain, phrasé aphone gainsbarrien, mixé trés en avant, saillies de violons, les ambiances clair-obscur sont saisissantes, comme dans le morceau d'ouverture, où la Silver Ghost 1910 fend la nuit avant de renverser l'adolescente, ou comme dans l'Hôtel particulier, lieu mystérieux et interlope magistralement évoqué par la section rythmique. Le final est grandiose, avec ses choeurs enflammés, dignes d'un Requiem romantique. À défaut d'un enterrement chrétien, la musique rend un dernier hommage à ces "amours dérisoires". Le corps disloqué de Melody ne reposera jamais en paix, la morale est sauve.

En bref : L'album-concept ultime, condensé de poésie subversive, de noirceur tragique et d'évocation musicale. Le soleil est rare et les chefs d'œuvre aussi.




Pour les fétichistes (avec un gros compte en banque).

Un Hôtel trés particulier :






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23 novembre 2009

Boris Vian - Chansons "Possibles" et "Impossibles" (1956)

Quitte à jeter un pavé dans la mare,  l'auteur de L'Arrache-Coeur peut évoquer davantage au deuxième millénaire, un écrivain qui n'a pas forcément bien vieilli plutôt qu'une prose qui défie le temps. L'Ecume Des Jours, roman pourtant court, et très culte semble être à la littérature ce que Love Story fut au 7ème art : un mélo mièvre et complaisant. Et les mots-valises du roman qui cite Jean-Sol Partre aussi indigestes que la métaphore de son titre sonne princière.

Cette chronique a pourtant toute légitimité en ce sens qu'elle s'inscrit dans le cinquantenaire aujourd'hui célébré de la mort du multi-artiste. Et aussi, car Boris Vian au cours de sa brève existence a pratiqué tellement d'activités, de la chronique au journalisme en passant par l'écriture et la musique jazz -il jouait de la trompinette !- son oeuvre est tellement vaste, qu'il serait injuste de la réduire à ses seuls romans qui du reste, ne lui apportèrent nulle reconnaissance de son vivant.

Voici donc l'oeuvre discographique unique de Vian. On le sait, le poète-musicien-écrivain a écrit des centaines de textes à la verve acidulée dont le flamboyant hit bondage "Fais-Moi Mal Johnny" chanté par la ravissante Magalie Noël. Cette chanson ne figure pas sur l'unique album 25 cm de Boris, véritable objet de collection puisque tiré à l'époque à seulement 500 exemplaires

Confronté déjà aux tares de son époque, Vian moque tour à tour et avec un humour ravageur, les affres du progrès ("La Complainte du Progrès" et son inénarrable name-dropping), l'alcoolisme "Je bois/ Systématiquement / Pour oublier / Les amis de ma femme" (tordant !), et bien sur les marchands de canons, les militaires. Même si le mythique "Déserteur" se révèlerait beaucoup plus émouvant et consensuel que prévu par Vian initialement. Il y a aussi cette énorme "La Java des Bombes Atomiques" et ses vipérines rimes dédiées à l'apprenti sorcier nucléaire,
"Voilà des mois et des années / Que j'essaye d'augmenter / La portée de ma bombe /Et je n'me suis pas rendu compt' /Que la seul' chos' qui compt' /C'est l'endroit où s'qu'ell' tombe" (...).


Disons-le : Boris Vian n'était pas un fin vocaliste, il était avant tout musicien de jazz ; et sa voix pouvait même se révéler parfois désagréable, criarde, comme sur l'hilarante comédie de moeurs "Bourrée de Complexes", qui conte le triste quotidien d'une ménagère, réduite à "changer de sexe" pour que tout soit "arrangé".

Mais son verbe au vitriol, mordant et humoristique à la fois, s'avérait souvent irrésistible, et longtemps après, demeure d'une réelle acuité : preuve en est cette charge entrevue dans " Les Joyeux Bouchers" sur la société de consommation, "Faut qu' ça saigne /Faut qu' les gens aient à bouffer /Faut qu' les gros puissent se goinfrer /Faut qu' les petits puissent engraisser /Faut qu' ça saigne /Faut qu' les mandataires aux Halles /Puissent s'en fourrer plein la dalle /Du filet à huit cent balles...."

Boris Vian méritait donc largement lors du cinquantenaire de son décès, d'être réévalué comme un authentique et génial touche-à-tout, intrinsèquement doué -l'homme était ingénieur et sortait de Centrale- et avait plus oeuvré à la cause des chansonniers que les chansonniers eux-mêmes.
Plutôt que d'incarner seulement cette éternelle icône rive gauche, uniquement associée à une poignée de romans adolescents vaguement surréalistes.

En bref : on oublie la voix approximative, le style pataud, et on prête une oreille attentive à cette irrésistible collection de billets d'humeurs visant ici et là la bombe A, le progrès, le cocufiage... et la viande rouge. Décapant.




"La Java Des Bombes Atomiques" :


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07 juillet 2009

Iggy Pop - Préliminaires (2009)

Iggy Pop et Michel Houellebecq réunis pour un disque. Belle affiche. Pour ma part, je n’aurais pu trouver rencontre plus alléchante et intrigante. Que pouvait donc bien donner l’association – aussi inattendue qu’excitante – du mythique iguane et de l’écrivain français ? Quid d’un album annoncé sous influence de La possibilité d’une île, dernier roman en date de notre libidineux littérateur ?

Beaucoup, dès les premières écoutes, ont été surpris voire offusqués de découvrir un album à l’ambiance plus posée et suave qu’à l’accoutumée. « Merde ! Iggy nous fait du jazz maintenant ! ». Plutôt que jazz, je parlerai volontiers d’un certain blues-rock, joliment cuivré et aux accents baroques me rappelant sur certains titres un autre monstre sacré, Lou Reed. L’Américain livre un de ses plus beaux tours de chant, tout en langueur et en distinction. Sans pour autant renier sa culture rock – qu’il exprime assez nettement dans la seconde moitié du disque - le reptile se fait crooner et expose davantage sa corde sensible.

L’ouverture est sans appel. Pour nous accueillir – ou plutôt nous cueillir (délicatement), sur quelques notes d’orgue velouteuses et quelques discrètes pointes de guitare basse, Iggy Pop nous gratifie d’une magnifique reprise des « Feuilles mortes » de Prévert, originellement chantée – pour l’anecdote – par le plus qu’oublié Jacques Douai en 1947 et non par Yves Montand qui se targuait pourtant d’en avoir été le premier interprète. Je vous parlais de crooner, ce premier titre, livré dans la langue de Molière, en est l’éclatante démonstration, sublimement parachevé par un magnifique solo de clarinette. Enchaîné avec l’éblouissante quoique trouble « I want to go to the beach », il nous dévoile un chanteur charnu, fragile et chaud. Une facette plutôt cachée de l’icône américain.

« King of the dogs », avec ses cuivres fanfarons et son piano cabaret, verse dans un registre plus glamour et baroque à mon goût mais non moins appréciable. Il y a pour moi dans ce titre indéniablement du Transformer. Ceci étant dit, on pourrait abonder inlassablement en références légendaires au fil des 12 morceaux du disque. Cela serait à mon avis oublier trop facilement devant quel mythe et quel grand vocaliste nous faisons face.


Quelques que soient les dominantes des morceaux, du rock rageur « Nice to be dead » au blues garage aux guitares grasses « He’s dead / She’s alive », via des phases d’inspirations new wave (l’excellente « Party time ») ou jazz, règne une atmosphère erratique, menaçante, légèrement déroutante et indubitablement mélancolique. Isolé et pénétré par ses vies antérieures, comme pouvait l’être le personnage de Daniel 24 dans La possibilité d’une île, Iggy Pop, bien que fièrement dressé de toute sa hauteur, expose ses plaies et ses multiples personnalités

Pour la première fois, le chanteur a travaillé seul, ne rencontrant pas ses musiciens et à de très rares occasions Michel Houellebecq, l’auteur des textes. Incontestablement, cet ermitage lui a été bénéfique. Débarrassé de ses Stooges, il nous revient dans les habits d’un crooner blues inquiétant et caverneux, bien servis par les mots et les obsessions du Français ainsi que par des arrangements n’ayant pas souffert la distance.

En bref : En mode loup solitaire et plus envoûtant que jamais, l’iguane change de peau et se mue en ténébreux crooner blues. Pas un vague album à tendance jazzy d’une icône déchue, un disque bluffant d’un grand Iggy.




Le site web dédié à Préliminaires.

A lire aussi : Danger Mouse and Sparklehorse – Dark night of the soul (2009)

“King of the dogs” en live à France Inter :


“Les feuilles mortes” également à France Inter :

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06 juillet 2009

Juliette Armanet en concert aux Trois Baudets (Paris)


Fidèle à l'idée que je me fais de notre site, et pour faire profiter à certains de notre renommée internationale, voici un petit message totalement amical et emprunt de copinage. Pour la première fois sur scène avec un groupe, Juliette Armanet - par ailleurs documentariste émérite - foulera les planches mythiques de la salle des Trois Baudets, à Pigalle, le 17 juillet prochain. Dans ce lieu qui a accueilli bon nombre de grands noms de la chanson française lors de leurs débuts (Gainsbourg, Vian, Brel entres autres...), la jeune femme y déroulera un répertoire axé chanson - c'est la tradition aux 3B - accompagnée d'un backing band en forme de triplette (guitare, batterie, feedback/mpc). Au programme de la musique hermaphonique - ne me demandez pas de vous expliquer - et une découverte à faire pour les amateurs de douces mélopées.

Entrée 12/15€ (1 place achetée - 1 place offerte)
Le site web des Trois Baudets.

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16 juin 2009

Patrick Watson - Wooden arms (2009)

Face à la cohorte des pseudo folksingers de mes deux et autres roucouleurs de la bande FM à la con, il fait parfois terriblement du bien de tomber sur un disque tel que celui pondu par Patrick Watson et ses acolytes : précieux, fin et inventif. Pourtant, je dois le dire, je n'avais pas été totalement conquis par leur dernière livraison en date, Close to paradise, qui avait en revanche irradié la presse spécialisée de ses mélopées de piano très maîtrisées. Au demeurant, rasséréné par les participations du chanteur québécois au disque du Cinematic Orchestra (Ma fleur en 2007) puis au EP de Guillaume and the Coutu Dumonts (My main man, pour un scat tout à fait surprenant), c'était plutôt confiant que j'avais tendu mes oreilles bienveillantes vers cette fraîche galette printanière.

Peut-être faut-il le rappeler, derrière le nom de Patrick Watson ne se cache pas seulement un homme mais un groupe. La précision est ici d'importance puisque Wooden Arms – nom dont le band s'est aujourd'hui affublé mais également titre de ce troisième album – donne à découvrir une véritable formation de musiciens. Ce n'est pas seulement ce cher Pat' que l'on écoute mais ce quatuor de Montréalais talentueux et créatifs, adeptes des expérimentations sonores quoique grand fidèle de la pop et de la folk music. Simon Angell à la gratte, Mishka Stein à la basse et le beau gosse Robbie Kuster aux percus pour ceux dont les noms n'affleurent que rarement.



Je me suis donné bien du mal pour trouver un morceau pouvant se détacher du disque et porter haut son étendard. En vain. Constat identique lorsqu'il s'est agi de renier une des dix plages nous transportant successivement d'une confortable balade sentimentale à cordes aux errements mystérieux d'une piste instrumentale imprégnée de rock progressif, en passant par d'incroyables créations pop hautement alimentées en bricolage et bizarreries (bruits d'arbres, de vélo, de casseroles et je ne sais quoi d'autre). La composition est à proprement parler remarquable, les arrangements éblouissants et les variations permanentes. Il serait bien peu de dire que les quatre garçons maîtrisent leur art.

Wooden arms est un disque qui élève. Indéniablement. Pas à la vitesse grand V, mais progressivement. Vous enveloppant peu à peu de sa réconfortante lenteur et de ses constantes caresses mélodiques, souvent soutenues par un jeu de cordes très classieux. « Down at the beach » avec ses touches de piano d'inspiration classique, sa harpe enchanteresse et ses déluges intermittents de percussions est une pièce totalement envoûtante et atterrante. On pourrait en dire autant de « Tracy's water » et ses merveilleuses rivières de violons, de « Beijing » et son piano baladin ou encore de « Bird in a small cage » exécutée en compagnie de Katie Moore et d'un banjo mutin. Watson et ses potes nous offre simplement un rêve de pop éveillé, sybillin et pénétrant. Certes, il en aurait fallu peut-être un peu plus pour faire de ce disque une grande oeuvre. A défaut, on se réjouira de trouver en ces quatre garçons une des nouvelles valeurs sûres en provenance du Québec. Une de plus.

En bref : entre expérimentations sonores et compositions plus classiques, Patrick Watson et sa bande signent un disque de folk en apesanteur, lent et vaporeux. Un modèle de raffinement et de maîtrise.




Le myspace et le site web de Patrick Watson

A lire aussi : Patrick Watson – Close to Paradise (2006)

Le clip de « Fireweed » :


L'album en streaming :


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27 avril 2009

Interview - Jacques Duvall


"Un sacré crooner belge entouré d’un backing band exemplaire pour de succulents textes en français sur fond de musique américaine seventies. Parfait." Voilà comment nous avions décrit en bref le dernier album du belge Jacques Duvall. Visiblement sensible à notre chronique, Jacques a répondu sans détours et avec humour à nos questions sur Le Cowboy et la Callgirl, son deuxième album solo.

Qu’est-ce qui a changé entre le premier et le deuxième album ?

J'ai pris deux ans dans la tronche. Ce qui me procure cette sidérante maturité. Car, sachez-le, cet album-ci est l'album de la maturité.

Le choix du chant en français a-t-il toujours été une évidence ?

Eh bien non, figurez-vous que j'ai débuté en anglais. Ma première chanson publiée c'était pour les Runaways, un band de Los Angeles constitué uniquement de gonzesses. Il y avait là entre autres Joan Jett, qui a fait un carton toute seule un peu plus tard avec "I Love Rock'n'roll". J'ai poursuivi dans la langue de Shakespeare pour Telex, Sparks, Lisa Ekdahl et quelques autres. Mais je suis vite passé à la langue de Johnny Hallyday ensuite, car je l'utilise plus volontiers dans la vie courante. Il faut savoir que ma boulangère ne cause pas un mot d'anglais.

Comment s’est passée la rencontre et la collaboration avec Freaksville ?

Les Phantom sont le meilleur groupe de rock'n'roll du monde, j'ai une chance de malade de pouvoir bosser avec eux. Je n'ai pourtant rien fait pour mériter ça. C'est ennuyeux, je risque de payer cette injustice flagrante plus tard. Je vais sûrement développer un cancer du colon. Pour en revenir à Freaksville Records, Benjamin Schoos c'est Berry Gordy, Link Wray et Tintin en une seule personne. Ce garçon est étonnant!

L’eurovision, ça a encore un sens ?

Heu, parce que ça en avait un ? Vous voulez savoir pourquoi j'ai écrit la chanson qui va représenter la Belgique, c'est ça? L'important ce n'est pas de savoir où j'exerce mon métier mais comment. On m'a laissé faire comme je voulais, c'est la seule garantie que je demande, quel que soit le client.

Vous avez travaillé avec énormément d’artistes, qui est le plus fou ?

J'ai travaillé avec un grand nombre de malades mentaux. Lio remporte la palme haut la main. Je l'aime pour la vie.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

Je suis très fier de tout mon parcours. Cette attitude frise la prétention. En même temps je sais quand même aussi que ce ne sont que des chansons. Il est fort probable qu'en dehors de ça ma vie soit un fiasco.

Un regret ?

Aucun vainqueur de la Star Ac n'a jamais fait appel à mes services. Pourtant moi je n'aurais pas pris de pseudo pour écrire pour eux. Ah si, quand même, Elodie Frégé m'a commandé une chanson. Enfin sa maison de disque plutôt. Elle, elle m'a jeté et elle a réécrit un autre texte dessus elle-même. Plutôt bien d'ailleurs, "Je te dis non" ça s'appelait son texte. J'ai bien enregistré (sourire).

La pochette du Cowboy et la Callgirl est magnifique. Etes-vous intéressés par les comics, la Bd ?

J'aime les arts mineurs, ceux qui ne sont pas encore pollués par la respectabilité. Donc oui, les comics j'aime ça. Une amie m'a fait découvrir récemment les illustrateurs de Pulp, Robert Maguire et Glen Orbik par exemple, c'est trop beau.


Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans l’écriture de vos chansons, l’Europe ou les USA ?

Je suis un cowboy européen, comme Lucky Luke ou comme les héros de westerns spaghetti. Chez nous en Belgique il y a un chanteur, Bobbejaan Schoepen, qui se promène dans une limousine avec des cornes de bœuf sur le capot, je considère ça comme le summum de la classe. C'est très bien de singer les Américains! Comme on n'est pas comme eux on finit par créer quelque chose de différent sans même le faire exprès. Vous voyez Giorgio Moroder? Un Allemand qui croyait faire de la soul music avec ses synthétiseurs. Du coup il a inventé la disco!

Suivez-vous de près les nouveaux canaux musicaux (Myspace, blogs…) et qu’en pensez-vous ?

Je dois dire que j'ai fait plein de découvertes sur Myspace. Florence Denou par exemple, qui a écrit la plus belle chanson de l'an dernier : "Les beaux draps". C'est le genre de truc qu'Alan Vega ne parvient plus à pondre, minimaliste mais très intense. Et puis Salomé Califano, qui a la voix la plus sexy de la galaxie et une guitariste d'enfer. J'étais déjà fan de Sunday Doll, le groupe qu'elle avait avec Fred Sko. Il y a aussi Ana Pankratoff, qui a le sens de la mélodie folk, un peu comme David McNeil peut l'avoir. Et j'allais oublier Alka, qui vampirise des chansons de Biolay, elle va détrôner Mylène Farmer dès demain. Quoi? Ce sont toutes des jolies filles? Oui mais vous savez que je suis au-dessus de ça, franchement!

Qu’écoute Jacques Duvall ces derniers temps ?

Outre les sirènes dont on vient de parler j'écoute le dernier album de Tony Truant. Il y a un morceau qui s'appelle "Fantôme", je pense que Tony l'a écrit uniquement pour moi, pour personne d'autre. Vous devriez être plus fiers de Tony Truant, hé les journalistes parisiens!

Quelque-chose à rajouter en particulier ?

J'ai un pote qui se moque de moi quand il lit mes interviews. Il me dit : "Tu as de nouveau donné ton avis? Est-ce que tu te rends compte à quel point c'est pathétique?". Il a raison, merde, c'est pathétique. Je vais aller me jeter du pont de l'Alma.

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A lire aussi : Jacques Duvall - Le Cowboy Et La Callgirl (2009)


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03 avril 2009

Jacques Duvall - Le Cowboy Et La Callgirl (2009)

Brisons les habitudes et parlons pour une fois d’un artiste francophone. Ils sont rares ceux qui chantent en français en 2009 sans singer l’un ou l’autre de leurs illustres prédécesseurs, Gainsbourg en tête de gondole. Comme si l’anglais était plus permissif, moins casse gueule. Mais qui est donc ce Jacques Duvall ? Les plus anciens d’entre nous, ou ceux qui lisent entre les lignes des pochettes ont déjà certainement croisé ce patronyme. D’origine bruxelloise, le désormais quinquagénaire est en effet un acteur de l’ombre, collaborateur de Chamfort et Lio (et donc auteur de "Banana Split"), parolier des Sparks, Jane Birkin, Lisa Ekdahl ou encore Etienne Daho, il est pourtant resté à l’écart de toute forme de célébrité. Et Dieu l’en garde, quand en 2006 il se réapproprie des textes refusés par d’autres, qu’il pose sur rondelle sur l’excellent Hantises.

Peu avant la démolition du studio Vange, Jacques enregistre toujours avec Miam Monster Miam et le très bon collectif Phantom ce qui est à ce jour son deuxième album en tant qu’auteur compositeur. Produit par Freaksville Records et mixé par Kramer, on y retrouve avec plaisir le groove psychédélique extrait de ces jams sessions. Fortement influencé par Lou Reed et T Rex, le crooner belge y est toujours aussi cynique et grinçant. Il se place cette fois-ci dans une ambiance sérieusement série B et salement polar comme le laisse entrevoir la magnifique pochette d’inspiration comics. A l’écoute de "Ta main 2" et "Marianne Renoir", c’est nonchalant, ça suinte, c’est moite, et on adore le son du tambourin sur guitares fuzzées.

Pourtant frère Jacques sait détendre l’atmosphère et placer du yéyé façon Françoise Hardy sur "Raconte-moi". Un côté bubblegum pop très fort, avec guitares surf et orgues rythm’ n’ blues que l’on retrouve sur l’excellente paire "Marquise" et "La poupée borgne". Sur "Chanson malade", ce sont bongos et halètements féminins qui posent le rythme de manière si seventies. L’harmonica de Dylan s’invite même sur "Comme le font les femmes" alors que l’on a déjà presque oublié que le disque s’ouvre sur des loups hurlant à la mort, avec voix caverneuse et Moog en bataille sur le dérangeant "Le cri". Je dois dire que cela faisait longtemps que je n’avais pas été bluffé à ce point par un disque intégralement chanté en français. Le plus grand des chanteurs belges n’est définitivement pas celui que l’on croit.

En bref : un sacré crooner belge entouré d’un backing band exemplaire pour de succulents textes en français sur fond de musique américaine seventies. Parfait.
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A lire aussi : Wizzz! - Vol 2 Psychorama français 1966-70 (2009)

"C’est toi" extrait de Hantises (pas très télégénique le Jacques):


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23 mars 2009

Oxmo Puccino - L'arme de paix (2009)

Après son échappée jazz réussie sous les auspices du label Blue Note il y a déjà deux ans, Oxmo Puccino nous revient cette semaine avec L'arme de paix, sa cinquième livraison solo. Foin de concept-album cette fois-ci, le rappeur francilien renoue avec une mouture plus traditionnelle, poursuivant néanmoins l'exploration des sentiers de la soul et du jazz, et, par moment, s'essayant à la chanson, nous faisant ainsi comprendre pouquoi certains tendent à le surnommer le “Black Jacques Brel”. Instrumentaux soignés et épurés, lyrics poétiques posés avec prestance et hauteur, rime généreuse, sont, comme à l'accoutumée, au rendez-vous, sur un ce disque qui certes n'égale pas les classiques que sont devenus Opéra Puccino (1998) et L'amour est mort (2001) mais donne – était-ce nécessaire – une énième preuve du talent d'écriture inextinguible de ce grand Monsieur du rap français.



Il est vrai, on pourrait se dire que ce bon vieux briscard d'Oxmo nous ressort parfois quelques recettes désuètes du rap français des nineties – dont l'usage répété d'un refrain rn'b-soul chanté n'est certainement pas le plus noble agrément – mais comment le lui reprocher, à lui qui oeuvre depuis des années pour un rap distingué et savamment écrit, loin des récifs périlleux et vulgaires du Dirty South à la sauce hexagonale. Oxmo est là, toujours là. Gouailleur et égotripé, jonglant avec les mots de sa voix de stentor, conteur érudit de la rue et des dépressions de la vie. Pas triste, simplement juste et immédiat.

Au fil des années, ses questionnements et ses envies ont changé, forcément. Oxmo a pris de la bouteille, comme tout le monde. Et si, aujourd'hui, une certaine rondeur du verbe semble parfois le disputer aux mots acerbes d'antant, le rappeur reste ce noble poète du hip hop français, railleur et lucide, maître de la métaphore emprunt d'une louable sagesse populaire. Sur L'arme de paix, Puccino ne délaisse pas ses thèmes de prédilection. Amitié, trahison, vérité parmi ses habituelles préoccupations. Comme une évidence, il nous parle également des femmes avec “J'te connaissais pas”, légèrement bluette, ou “Les unes les autres”, plus badine. Mais, épreuve du temps oblige, il évoque aussi les années qui passent, la fluctuation des amitiés et des amours, sur le titre d'ouverture “365 jours” ou, en compagnie de Sly Johnson du Saïan Supa Crew, sur “Partir 5 mn” et “Tirer des traits” (Joli titre... non Dave ?). Toujours avec poésie et charisme.



Musicalement parlant, Oxmo prolonge et explore les pistes ouvertes lors de sa collaboration avec les Jazz Bastards sur Lipopette Bar. Jazz, soul ou funk, les mélodies brillent par leur fine instrumention (guitares acoustiques et électriques, contrebasses, violons, claviers, synthé, et autres batteries feutrées) et leur pureté. “Masterciel”, permier extrait de l'album, s'illustre par son aridité, à base de toms de batterie et de pointes “lasers” électroniques, totalement sublimée par un final constrastant, en forme de solo de guitare hendrixien. Avec “Sur la route d'Amsterdam”, en la surprenante compagnie d'Olivia Ruiz, Oxmo se met à la chanson, dans un réaliste et entraînant clin d'oeil à Jacques Brel. De là à dire que le premier s'inscrit dans la filiation du second, il y a là un pas que je ne franchirai pas. Pour autant, je n'aurai de cesse de louer ce grand et indispensable Monsieur Puccino.



En bref : Oxmo Puccino poursuit l'exploration des pistes jazzy ouvertes sur son précédent album, Lipopette Bar. Dépouillé et toujours aussi poétique, d'une grande noblesse, un très joli disque de plus à mettre au compteur du Black Popeye. Pas le meilleur, mais du reste un très beau jet de cet inégalable tribun.







Le site web et le myspace d'Oxmo Puccino.

A lire aussi : Oxmo Puccino – Lipopette Bar (2007) et X-Men – J'attaque du mike / Diable rouge (1996)

Le clip “365 jours”, premier titre de l'album :





“Soleil du Nord” :




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20 février 2009

M. Ward - Hold Time (2009)

Toute nouvelle sortie de M. Ward est pour moi un évènement. Aussi, me suis-je retrouvé il y a quelques mois à chroniquer ici l'album Volume one de She and Him, duo entre le chanteur sus-mentionné et la jeune actrice à la gueule d'ange et à la voix cristalline Zooey Deschanel. Aujourd'hui, on retrouve Matthew mais cette fois-ci en solo, pour un nouveau projet attendu impatiemment depuis son précédent opus, Post-War, en 2006.


Autant le dire d'emblée, le défi à relever était de taille pour le natif de Portland. Après trois disques sublimes de folk songs racées - The transfiguration of Vincent tenant pour moi le haut du pavé - un nouveau chef-d'oeuvre était espéré. Manque de bol, Hold time ne répond pas à ces gourmandes attentes. S'il ne commet aucun crime de lèse-majesté et délivre quelques titres de blues-folk totalement envoûtants, il n'égale pas ses prédécesseurs et ne porte pas, pour moi, la marque d'un véritable et profond bel album.


Il est vrai, je ne suis pas un grand amateur des “featurings” et autres collaborations. Du reste, si elles demeurent ponctuelles peuvent-elles être appréciables. En trop grand nombre, j'aurai parfois tendance à croire qu'elles peuvent diluer un album, effacer légèrement la griffe et la présence d'un auteur, nuire à l'installation d'un climat, d'une ambiance. C'est mon avis concernant Hold time où, sous la houlette du producteur et multi-instrumentiste Mike Mogis (Saddle Creek), se succèdent au micro la chanteuse de folk-country Lucinda Williams, Tom Hagerman (DeVotchKa), Rachel Blumberg (The Decemberists), Jason Lytle (de feu Grandaddy) et Zooey Deschanel. Un bien beau casting qui, en dépit de sa qualité intrinsèque, dessert à mon goût largement le disque par son omniprésence.


L'inspiration blues des années 50-60 à la Roy Orbison, déclarée et défendue, est plutôt classieuse comme l'est par ailleurs la reprise de Buddy Holly “Rave on”, cinquième titre de l'album. Cependant, là aussi, cette référence trop franche à une noble tradition musicale américaine semble nous éloigner des disques chauds et intimes, éminemment personnels, composés par Ward dans le passé. L'écriture est là, la voix suave du chanteur communique toujours un plaisir inouï, mais la sauce ne prend pas réellement.


Ma sévérité n'a d'égal que l'étendue du talent de M. Ward. Si elle est vive, elle doit aussi être nuancée. En effet, Hold time n'est pas un mauvais album, loin de là, et certainement parviendra-t-il à populariser encore davantage son talentueux géniteur. Quelques titres sortent du lot et renouent avec les ballades vaporeuses et à fleur de peau de The transfiguration of Vincent (2003), Transistor radio (2005) ou Post-war (2006). La délicate “Stars of leo” avec son embardée progressive de guitare acoustique et de batterie en est un parfait exemple. Son enchaînement avec la christique “Fisher of men”, plus entraînante avec ses riffs de guitare électrique et sa ligne rythmique country, est tout simplement délicieux.


En dépit des quelques critiques (humbles et amicales) que l'on peut lui adresser, M. Ward réussit néanmoins un de ses paris avec ce disque. Produire une musique intemporelle et inclassable, littéralement suspendu dans le temps. “If only I could hold the time” sussurre-t-il de sa voix feutrée sur le titre éponyme de l'album. Oui, Matthew, tu peux, sois-en sûr...


En bref : M. Ward reste M. Ward. A savoir, un incontournable de la chanson américaine. Pour les novices, Hold time vous offrira une voie d'entrée capitonnée vers son oeuvre. Pour les familiers du personnage, en dépit d'un léger sentiment de déception, vous n'hésiterez certainement pas à écouter et réécouter ce disque. Simplement parce qu'il s'agit du nouvel M. Ward... une raison largement suffisante.






A noter : Comme nous l'avions déjà annoncé, M. Ward sera en concert le 26 février prochain au Café de la danse de Paris (Plus d'info).


Au passage, on peut signaler que le chanteur a récemment déclaré qu'un Volume two, fruit d'une nouvelle collaboration avec Zooey Deschanel, était en préparation pour 2009.


Le site web et le myspace de M. Ward


A lire aussi : She and him - Volume one (2008)


Starsofleo.mp3

Raveon.mp3 (Reprise de Buddy Holly)


Le clip de “Hold time” :




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12 février 2009

Loco Locass - Amour Oral (2005)

Vous êtes prévenus, vous entrez ici en terres indépendantistes québecquoises.
Fédéralistes, libéraux et autres atlantistes, passez votre chemin, les Loco Locass ne feront pas de quartier. En effet, les trois garçons (Batlam, Biz et Chafik), pionniers de la scène rap joual des années 90, assènent depuis une quinzaine d'années leurs textes rageurs et revendicatifs, égratignant au passage la classe politique de leur pays et tous les suppôts du grand capital. Parmi leurs thèmes de prédilection, l'indépendance évidemment, la défense de la langue française, mais également d'autres sujets d'actualité ou de portée plus universelle. Un dénominateur commun à tout cela, une fougue et une verve sans pareilles, supportées par des instrus old-school entraînants. En attendant leur nouvel album prévu pour 2009, petit retour sur leur dernière production en date, Amour oral, sortie il y a quatre ans déjà.

Le ton du disque est donné dès les premières minutes par un extrait sans équivoque d'une interview du réalisateur québecquois Pierre Falardeau, un des maîtres du cinéma direct nord-américain connu pour son engagement au sein du Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ). “Le Québec, c'est un pays conquis et annexé par la force... conquis par la force des armes en 1760.... annexé par la force avec l'Acte d'union en 1840... la Confédération c'est juste la suite de l'Acte d'union... Donc le peuple québecquois est un peuple soumis, un peuple vassalisé, un peuple inféodé à un autre”. L'introduction est sans ambiguïté, l'album-manifeste annoncé.


S'en suit une série de morceaux où les têtes de Turcs habituelles du groupe en prennent pour leur grade. “Résistance”, “W Roi”, “Antiaméricanisme primaire”, “La censure pour l'échafaud” ou encore “Libérez-nous des libéraux”, les titres parlent d'eux-mêmes et, sans surprise, le registre est éminemment politique. La triplette de rappeurs n'en oublient pas pour autant de s'accorder quelques intermèdes plus rigolards comme avec “Banzaïon”, délire cannabique potache, mais la dominante reste engagée et revancharde.



Je vous l'accorde, il faut s'accrocher pour saisir les paroles des Loco Locass, balancées à vitesse supersonique et truffées d'expressions québecquoises étrangères à nos gauloises oreilles. Ceci dit, les trois mectons ont le don de confectionner des mélodies imparables qui s'ancrent instantanément dans nos têtes. “Libérez-nous des libéraux”, titre phare du disque et charge frontale contre les gouvernements de Jean Charest et du “pdg du Canada” Paul Martin (tous deux membres du Parti libéral du Canada), en est une illustration parfaite. Le flow des rappeurs est totalement ravageur, sans répit. Les instrumentaux, composés à six mains, d'une efficacité redoutable et gravement agités du bocal. Le refrain, quant à lui, phagocyte le cerveau en deux coups de cuillère à pot. Le morceau s'achève sur une touche franchouillarde, une constante chez les Loco Locass, par une gigue francophile kitschouille.


Les amateurs de rap déconnard et politisé seront en joie à l'écoute de ce disque, les autres n'auront qu'à se laisser entraîner par la gouaille des trois Québecquois et leurs instrumentaux rebondissants et revigorants. Espérons que les garçons réussiront le difficile pari de se renouveler pour leur prochain album. Aux dernières nouvelles, ils se seraient fait voler les masters de ce nouveau projet, cela ne pouvait arriver qu'à ces drôles de zigs de Loco Locass...


En bref : Débraillé, potache et politique, un ovni rap franc du collier en provenance du Québec. Le genre de disque que vous n'écoutez que trop rarement.




Le myspace et le site web des Loco Locass


Libérez-nous des libéraux.mp3


“La censure pour l'échafaud” :



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