21 septembre 2012

Interview de Jullian Angel : "Kamikaze Planning Holidays" un an après


Le songwritter lillois Jullian Angel a sorti récemment son troisième album Kamikaze Planning Holidays et n'a cessé depuis d'envahir les scènes hexagonales. Sa folk intimiste est mise en valeur par une voix grave qui envoute l'auditeur sur un album largement autobiographique, sensation qui prend évidemment toute son ampleur en concert. Puisqu'il est maintenant possible de prendre du recul par rapport à cet album charnière, Jullian Angel s'est prêté au jeu de l'interview afin que nous puissions découvrir un peu plus cet aventurier musical français.

Kamikaze Planning Holidays est ton troisième album (mis à part For A Ghost). Un an après sa sortie et après un très grand nombre de concerts dans toute la France, es-tu satisfait de l'album et de l'accueil qu'il a reçu ?

L’accueil critique a été plutôt gratifiant, oui. Je pensais qu’il faudrait au moins quelques écoutes pour rentrer dans l’album, c’est plus immédiat finalement. En voyageant avec ce disque, j’ai aussi recueilli beaucoup de réactions extra-musicales, sur l’artwork, le clip, les textes… Les gens intéressés reconnaissent une vraie cohérence à cet univers artistique, visiblement.

Tu passes une grande partie de l'année sur les routes de France. La scène semble donc essentielle pour toi. En dehors évidemment de l'aspect promotionnel, est-ce un moyen de tester continuellement ta musique ?

Un moyen de la faire vivre tout simplement, et évoluer selon mon état d’esprit. Parfois j’ai l’impression d’exécuter des reprises de mes propres titres, on est souvent loin des versions studio. Cela dit, même si j’arrive à jouer aux quatre coins de France, je passe encore une (trop) longue partie de l’année en sédentaire citadin, à répéter pour les murs de mon appartement…

Lorsqu'on connaît ton album, on peut être étonné en concert car les arrangements sont très différents, surtout à cause de ta façon de superposer des boucles musicales que tu enregistres en direct au cours des morceaux. Peux-tu expliquer cette différence qui te permet d'acquérir sur scène l'ampleur musicale d'un groupe ?

Je n’utilise pas tant que ça le « boucleur » à vrai dire, seulement pour 2 ou 3 morceaux, qui sortent du guitare-voix et re-dynamisent mon set. Sur scène, il faut savoir doser chaque « artifice » quand on joue solo. Et le langage des machines me lasse très vite honnêtement, y compris comme spectateur… Mon concert repose sur la présence vocale, prioritairement.

Ta musique reste encore largement confidentielle, malgré une reconnaissance au niveau de la critique. Cette confidentialité et ton choix de passer par des labels indépendants ne te donne-t-ils pas l’impression de transformer ton parcours en véritable sacerdoce ? As-tu des moments de découragement ?

Rester en marge n’est nullement un choix, c’est juste une conséquence logique, comme je suis pratiquement seul à gérer ma carrière. Je tiens à l’indépendance, en terme artistique et financier, non pour cibler un certain type de mélomanes. Ma musique n’est pas tant que ça indie, elle pourrait toucher un plus large public, mais je n’y parviendrai jamais à mon compte, avec si peu de moyens... Produire et sortir Kamikaze tenait déjà presque du miracle, or je ne rentabiliserai sans doute même pas l’investissement, pourtant mesuré. De là peut naître un certain découragement, certainement pas une désillusion, car je savais très bien à quoi m’attendre. Clairement, je ne me satisfais pas du mode « plutôt seul, que mal entouré ». Plutôt bien entouré, oui.

Cet album marque un tournant dans ton style musical, ta musique devient plus sobre. Cette évolution te semble-t-elle définitive ? Est-elle liée à ton histoire personnelle ?

En partie, oui. Je voulais m’exprimer plus directement, et assumer un statut de chanteur. Ma voix se prête mal à une production surchargée, ou une reverb très connotée. Avec la démocratisation du home-studio, tous les albums qui sortent maintenant, même confidentiellement, sonnent assez « riche » et bien finalisés ; je préférais me baser sur des prises live guitare-voix, rehaussés par quelques ajouts instrumentaux. Ça me ressemblait plus. Mais chaque orientation musicale répond à une période donnée, et mes prochains enregistrements seront forcément différents…

Le dernier morceau de l'album, "Faith", a des tonalités quasi religieuses et le titre renforce ce qu'on perçoit à l'écoute. Quelle signification donnes-tu à cet aspect religieux  ? Est-il lié au tournant qui s'est produit dans ta musique ?

Pourquoi le terme « faith » (foi) resterait confiné au religieux ? Ma musique peut être volontiers mystique, certainement pas religieuse. La spiritualité est une chose bien trop personnelle et intime, pour l’enfermer sous un dogme ou un clocher. Concernant le morceau en question, il vient conclure le cheminement philosophique de l’album : l’amour n’a pas survécu, l’espoir et le désespoir forment les deux tranchants d’un même couperet, la colère n’offre qu’un remède provisoire... Seule la foi en l’avenir apporte une issue. Amen.

Avec "The Strong", "Saved By The Monster" est le titre au rythme le plus rapide, presque une course ou une fuite en avant si on regarde un peu les paroles. Peux-tu parler un peu de l'histoire de ce « monstre » qui voulait être ton sauveur ?

Les textes de l’album sont très autobiographiques, et ce titre apporte une bouffée d’air surréaliste, autour du même fil conducteur. C’est une fable moderne, sans épilogue, sur la peur des hommes devant l’altérité féminine et son potentiel destructeur. Ce providentiel « monstre-femme » agit sans instinct moral, uniquement guidée par la passion. Elle échappe aux considérations manichéennes. Et je veux croire que les femmes ont assez d’autodérision pour n’y voir aucune misogynie latente…

Quels sont tes projets actuels ? Un prochain album est-il en cours ?

Il y aura bientôt un nouveau single extrait de « Kamikaze », donc c’est encore tôt pour parler du prochain album, mais j’ai déjà beaucoup de morceaux en chantier, trop à vrai dire... J’aimerais donc sortir d’abord un EP intermédiaire, courant 2013 normalement. Mes autres projets sont littéraires : à force d’écrire sous différentes formes (poésie, chroniques, Français-Anglais…) j’ai envie de publier certains textes officiellement, même à très petit tirage. Les gens n’achètent plus de disques, il faut bien trouver d’autres objets culturels… Bon, ça n’arrangera pas mon statut de poète maudit, certes.



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