26 juillet 2011

John Beltran - Ambient Selections 1995 - 2011 (2011)

Je cherchais depuis longtemps un prétexte pour vous parler de cet artiste plutôt méconnu du grand public. La sortie de cette compilation vient de m'en donner la raison. Les amateurs de techno-ambient connaissent certainement le patronyme de ce producteur multi-facettes. Pour les autres, l'occasion n'est que trop belle pour se familiariser avec l'auteur discret des tracks d'ambient les plus soignés, à mon sens, jamais produits. Si l'on associe généralement son travail à celui de Carl Craig pour son touché techno et à celui de Derrick May pour ses mélodies fragiles et l'utilisation de textures au synthétiseur, John Beltran se démarque pourtant de ce dernier avec un goût plus prononcé pour la world-music, mais également le jazz.

Ambient Selections regroupe principalement ses réalisations des années 1990', en grande majorité piochées parmi ses deux premiers albums, Earth & Nightfall et le magistral Ten Days Of Blue. Exit, donc, les productions plus récentes, sucrées et ensoleillées, telles "Bota Foga" empreint de sonorités latines, présent sur l'album Sun Gypsy, ou encore le suave "Hebe" uniquement sorti sur le deux-titres éponyme. John Beltran fait cependant partie de ceux qui ont l'art de combiner les lignes déliées, les fondus et les nuances harmonieuses à la perfection. Il serait alors totalement vain de reprocher au label néerlandais Delsin, sur lequel sort la compilation - et qui héberge entre autres Redshape ou Delta Funktionen - d'avoir opéré une sélection des titres les plus "techno" du producteur.

On dispose peu d'informations sur le personnage. Inutile, donc, de s'y attarder d'avantage. Le reste n'est que suppositions, un "Collage Of Dreams", comme le suggère le premier titre de la compilation. Le rêve, qui apparait d'ailleurs comme l'une des principales thématiques du producteur. Ses morceaux semblent entourés d'une brume épaisse, ouatée et passagère, de celles que l'on aperçoit tôt le matin et qui disparaissent avec la chaleur du soleil. C'est d'ailleurs le titre d'un autre morceau, "Morning At The Window". Dans ses compositions, Beltran semble se faire le témoin d'une contemplation romantique de la nature. De l'eau, surtout, sous ses formes liquides ou gazeuses, comme l'évoquent à de nombreuses reprises les titres de la compilation. Des images fragiles et éphémères, que l'on retrouve aussi et surtout dans l'utilisation de sonorités limpides et cristallines, liées entre-elles par les larges nappes de synthétiseurs.

En bref : Une rétrospective qui donne un aperçu des premières réalisations ambient de ce producteur génial.




"Soft Summer" :



"Sweet Soul" :



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The Outsiders - CQ (1968)

CQ, régulièrement cité comme l'une des merveilles oubliées des 60's, mérite à ce titre d'être classé à proximité de Sell Out ou de S.F Sorrow pour ce qui est de son excellence. Et d'ailleurs, les analogies entre les divins Pretty Things et les Outsiders ne manquent pas : sens imparable de la mélodie, brutalité et méchanceté du son qui renverraient les séminaux Yardbirds au rang d'aimables plaisantins - alors que quand on connaît la réputation de ces derniers live -, les cheveux les plus longs et les plus sales de l'époque etc...

Quid de ces Outsiders, à ne surtout pas confondre avec d'autres combos homonymes de l'époque, dont on dénombre au moins deux déclinaisons ?

Ils étaient néerlandais, patrie dont on oublie parfois qu'elle a engendré des groupes formidables qui de Q65 aux Nits, en passant par les Shocking Blue, Golden Earring ; et constituaient la scène Beat hollandaise de la décennie ultime (Q65, Motions, Ekseption).

Rarement panégyriques à la gloire du plus grand groupe que personne ne connaît (enfin, pour les connaisseurs de la période, ils sont incontournables) n'auront été aussi justifiés. CQ est un disque important, emmené par un chanteur immense, le regretté Wally Tax dont le timbre clair et métallique évoque parfois Peter Murphy, sur "Daddy Died On Saturday" particulièrement. Ses inflexions très larges, comptent pour beaucoup dans la réussite du quintette. Ceci ajouté à la qualité des chansons n'usurpe donc en rien son titre officieux de plus-grand-groupe-des-60's-non-anglais-américain-ou-australien.

Testament du groupe, il n'est que le deuxième long format après un premier effort éponyme mi-live mi-studio qui les voit prisonniers d'une nacelle, disque inclassable s'il en est car oscillant entre le garage le plus vindicatif ("Misfit", "Doctor", "The Man On The Dune"), et le psychédélisme le plus échevelé, le plus hébété ("Zsarrahh", "CQ"), CQ est donc une oeuvre hors des sentiers battus, car reposant sur des styles, des rythmes très différents.

"Misfit" tribal, rue dans les brancards à la manière des plus belles déflagrations Beat-aux groupes précités, l'on pourrait ajouter les Shamrocks, les Easybeats... "CQ" apparaît comme la grande tournerie psychédélique et chaotique dans laquelle Wally n'a de cesse de s'enquérir qui est à l'autre bout du fil, pas de véritable mélodie, juste un ressac lancinant de larsens à devenir dingue - d'ailleurs et suivant la durée de prononciation de la voyelle, l'auditeur pourra interpréter à sa guise le titre énigmatique. Sick You ? Seek You ?

"Daddy Died On Saturday' est la terrifiante histoire de meurtre perpétré par un homme jaloux et sur une descente d'accords irrésistible, où la voix grave et métallique de Wally fait mouche. Alternant intelligemment morceaux courts ("It Seems Like Nothing's Gonna Come My Way Today", "Wish You Were Here With Me Today", "The Bear", évoquant les ruades speedées des Electric Prunes) comme Big Star savait si bien le faire, et les tourneries infernales, qu'elles soient d'obédience psychotrope ("Szarrahh", CQ") redoutablement R&B ("Happyville" et son tuant riff d'harmonica), ou encore mélodies à tiroir ("Prison Song" ou l'épiphanie d'un condamné racontée en un peu moins de 6') les chansons, toutes des créations originales reposent sur un dénominateur commun : la qualité de leur interprétation.

Car les Outsiders, et ça n'était pas forcément écrit, étaient d'excellents musiciens - voir les lignes de basses tournantes et obsédantes, les très discrètes pédales d'effets et couches d'orgue (quasi inaudible) qui savent se fondre sous les coups de boutoir d'une rythmique harassante. Les mids-tempos abondent et se marient admirablement avec la sauvagerie des thèmes les plus garage -"I Love You N°2" et ses accords flirtant avec le jazz, "You're Everything On Earth" et ses délicats entrelacs de guitare - si vous pouvez me citer une chanson d'amour de cet acabit, faîtes-moi signe !

Une fois dissous le groupe, Wally Tax a poursuivi une carrière solo qui n'est pas restée dans les mémoires, mais son groupe et lui-même demeurent les héros absolus de nombre d'aficionados de la décennie flamboyante ; l'on dit d'ailleurs que Kurt Cobain (qui avait beaucoup d'idoles en même temps), ne jurait que par eux.

Terminons en disant que ce disque, initialement écoulé à quelque 500 exemplaires par Polydor, est devenu un absolu collector dans son pressage original dont la valeur conduit automatiquement à un nombre forcément élevé, et à trois chiffres. Heureusement, abondamment réédité et réhaussé de force inédits -notamment sous le label Pseudonym-, cette oeuvre majeure est ainsi disponible au plus grand nombre, et se doit de figurer dans les meilleures discothèques.

En bref : l'un des 10 meilleurs albums des 60's, à hisser tout là-haut auprès des SF Sorrow ou autres Sell Out. C'est dit. A (re)découvrir d'urgence ; les mods et pas seulement, en ont pleuré leur mère!





biographie et discographie nécessaires

"Daddy Died on Saturday" :



"Misfit":



"You're Everything on Earth" :


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Oops - Pitch & toss (2011)

Auteur en préambule à cet album d'un single diablement efficace, "I'll try", Oops, duo formé de Mikey G et Nellio, basés à Paris, oeuvre dans un créneau new-wave/electro et démontre vite une certaine adresse dans la composition de petits tubes entêtants (ce même "I'll try" et "Don't say goodbye", parfaite entame), mélodiquement simples et dansants, fédérateurs aussi, de nature à rassembler les castes. L'impeccable "Pitch & toss" complète le tableau et donne lui aussi l'envie de remuer les gambettes.

Voix mélodieuse et entrainante, synthés bavards et efficients ; il n'en faut pas plus à la paire pour s'imposer. Mais celle-ci faiblit sur des ballades un peu trop convenues ("Don't cry" puis "Twenty years"), qu'on peut qualifier de négligeables mais dont la texture et le nombre desservent l'ensemble.

On retrouve un certain allant sur "Like a brother", bel exercice electro-pop, léger, puis un "Whatever's broken" qui le complète joliment, de façon toutefois moins immédiatement cadencée que sur le début d'album. Ces titres étoffent malgré tout la palette de Oops avec mérite. "Rainbow" et ses boucles bien senties lui permet ensuite de se montrer à nouveau performant. A la fois alertes et bien dosées, jamais excessives, dotées pour celle-ci d'effluves psyché. La version pop d'"I'll try" dévoilant l'instant d'après de beaux atours acoustiques (attention cependant à ne pas verser dans l'excès avec ce titre certes probant, mais dont la qualité pourrait être altérée par une déclinaison trop marquée).

Enfin, c'est justement un remix de ce morceau par Ocko, plutôt intéressant, aux sons de clavier malins, qui met fin à un "Pitch & toss" globalement accompli, en attendant toutefois du groupe qu'il parfasse ses essais plus posés, ici moins marquants que ceux qui les entoure.

En bref : une belle réussite d'ensemble, tout juste "ternie" par des plages moyennes, de la part d'un duo-surprise dont on attend la suite des travaux avec curiosité.




Le site et le Myspace de Oops.

"I'll try" :


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23 juillet 2011

Ducktails - III : Arcade Dynamics (2011)

Les premières notes d’Arcade Dynamics ont tôt fait de nous remémorer le dernier disque de Kurt Vile sorti quelques mois plus tôt. On peut d’ailleurs s’essayer au jeu des similitudes tant elles sont nombreuses. Même style de chant aérien et nonchalant, même jeu de guitare subtil et arpégé, même spleen persistant… Tous deux ont une réelle aisance pour la composition de folk songs délicats et enivrants. Mais le nouvel album du projet solo de Matthew Mondanile alias Ducktails dévoile, au fil des titres, une vraie personnalité et un parti pris musical. Celui de conserver un côté artisanal, aussi bien dans la composition que dans la production. Car, c’est dans son garage, avec son modeste attirail (une guitare, une boîte à rythme, un tambourin et un enregistreur quatre pistes) que le guitariste de Real Estate a pondu sa dernière œuvre en mode lo-fi.

Arcade Dynamics est un de ces albums intimistes qui resterait dans l’ombre si le label Woodsist Records, spécialiste du lo-fi - qui compte parmi ses rangs Woods, Real Estate, Kurt Vile - n’avait la bonne idée de les presser en quelques exemplaires. Car, si le dernier opus de Matthew Mondanile alias Ducktails ne contient pas les tubes de l’été, il est toutefois imprégné d’une légèreté mélodique, plutôt appréciable en cette période estivale. Il confirme également la tendance des albums solos pour l'année 2011 : Josh T. Pearson, John Mascis, Thurston Moore entre autres.

Les compositions sont pour la plupart des ballades au songwriting soigné qui s’étirent juste assez pour nous ravir l’esprit et nous pousser à y revenir. L’ombre des Real Estate n’est évidemment pas bien loin avec ce même penchant pour les mélodies gorgées de soleil du New Jersey. Au milieu de ça, Matthew Mondanile intercale des instrumentaux de moins de 2 minutes : le psychédélique "The Razor’s Edge" et le sautillant "Little Window" façon B.O. de film imaginaire. Puis, il nous gratifie d'un "Killin' the vibe" entêtant avec un featuring avec Noah Lennox (Panda Bear) en b-side. Pour clôturer le tout, "Porch projector", longue improvisation de dix minutes et ses bruits parasites, inscrit dans nos têtes, le souvenir pérenne d’un disque franchement estimable.

En bref : Dix folk songs et une impro en guise de finale pour un disque cent pour cent home made délectable en mode lo-fi.



Le myspace, site officiel et site du label

"Little window" :



Matthew Mondanile interprète "Don’t Make Plans" dans sa cuisine :



A lire aussi : Real Estate - s/t (2009)

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20 juillet 2011

Mogwai + Portishead - Arenes de Nimes (19/07/11)

Sésame et sandwiches

Avec cette succession de lose improbable depuis près d'un an, avec en prélude cette annulation in extremis du concert des Besnard Lakes de Marseille suivie du plan moisi "Je vous mets sur la liste des invités mais le Cargo de Nuit n'en saura jamais rien" qui nous priva de la prestation attendue de la divine Me'Shell Ndegeocello l'hiver dernier, qu'allait-il donc nous arriver cette fois-ci, pour la prestation conjointe des glaswegians impavides de Mogwai et des non moins impavides bristoliens de Portishead ?

Premier élément de réponse : un mur d'eau ininterrompu survenu dès l'aube nous fit derechef redouter le pire ! Le concert plein air tant attendu n'allait-il pas être bêtement renvoyé aux calendes grecques ? Déjà Beauf avait donné la tendance en paumant un sésame et en oubliant ses sandwiches.....

Support band ?

Car finalement, le concert allait avoir lieu, le déluge de Laudes ayant finalement laissé place à un soleil radieux et même pas étouffant, comble de la tradition estivale nîmoise !

Ouvrant les hostilités dans ce très bel écrin que sont les Arènes, les écossais de Mogwai qui eux, c'est sûr, peuvent aller faire leurs courses dans n'importe quel supermarché sans risquer d'y être repérés ; le non-look atteignant chez ces gens-là son art le plus noble ! Qu'importe, le support-band de Portishead - à moins que ce ne soit l'inverse- est toujours le même : le micro est soigneusement ignoré, à l'exception du sympatoche "Merci, thank you, we are Mogwai from Glasgow" qui ponctue quasi tous les titres - les rares vocaux étant échantillonés et passés aux filtres du synthé.

Que dire de ce combo qui n'ait déjà été dit ? Qu'il est à peu près aussi vain de programmer leurs plâneries post-rock en plein jour qu'il ne l'est, au hasard, d'écouter un de leurs disques en entier sans bâiller ! Tels oripeaux sonores réclamant il est vrai une sorte de transe collective auquel seul le crépuscule sait rendre justice.

Il n'empêche, pour "Hunted By A Freak", "I'm Jim Morrison, I'm Dead" et les meilleurs moments de Rock Action (2001), l'on se rend bien compte que Mogwai est ce qui se pouvait se trouver de mieux comme première partie (mais en était-ce vraiment une, encore une fois ?!), quand on sait que les boys ont toujours 2,3 morceaux fantastiques à chacune de leurs livraisons !

Et puis, on aurait pu se coltiner Placebo.....

Total du set ? Une heure et demie en gros, avec un choix de morceaux assez pertinent dans l'ensemble.

"Hunted By A Freak" live aux Arènes




Place maintenant aux Portishead. Je ne suis pas un fan hardcore du groupe des Cornouailles, car je trouve leur son chétif sur disque. Ceux-ci, généralement plus inégaux qu'on ne le dit, sont définitivement estampillés trip-hop et n'ont donc pas forcément bien vieilli. Third(2008) en revanche, soutient la comparaison, mais je n'y ai retrouvé ni la qualité de Dummy (1994), ni de Portishead (1997), et ce malgré un brelan de morceaux parfait.

Ecrin sonore

C'est d'ailleurs l'un deux qui ouvre magistralement le set, ce "Silence", qui tel "Cowboys" dix ans plus tôt, et déjà placé en ouverture, se révèle redoutable d'efficacité. Un savant mélange d'images arty et de vues distordues du groupe nous permet de distinguer que les musiciens sont au nombre de six. Et que non, le gars au fond, n'est pas un deuxième batteur, mais bien Geoff Barrow, qui se partage entre les percus et ses platines. Enfin, pas vraiment puisque le nerd ne rappe que trop peu, ses scratches étant par exemples absents de "Glory Box" ou de "Wandering Star", joué de façon dépouillée et un peu mièvre, sans rythmiques !

Pour le reste, le set fait la parle belle à Third, dont certains morceaux prennent clairement une envergure ("Hunter" en est un parfait exemple) ; dommage seulement que le seul titre -ou quasi- non joué de l'album soit l'une de ses plus indéniables réussites, j'ai nommé "Plastic" !

Beth Gibbons a le charisme d'une huitre, mais ça on le savait, elle réussit quand même à faire passer de l'émotion sur l'écrin sonore que lui délivrent ses acolytes sur "Mysterons" et "Roads".

Cheveux de paille et wah wah étincelante

A propos d'écrin sonore, et outre la section rythmique très à la hauteur, comment ne pas souligner l'importance de celui qui tient le rôle d'épicentre de Portishead, sans lequel la voix blanche et les cheveux de paille de sa chanteuse paraîtraient bien fades, qui à force de nous répéter qu'elle est seule, que la vie est triste et que personne ne l'aime, finit invariablement par faire rire !

Adrian Hutley, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a un pur son de guitare ; ce mec joue juste, égrène les notes avec parcimonie, et fait frissonner le public de sa wah wah étincelante. Pour qui a jamais rêvé de voir en Cauet le guitar hero ultime, c'est chose faite ! Forcément quand il s 'efface complètement fût-ce d'un frémissement d'archet ("Wandering Star"), ça n'est pas pareil !

Sinon, pas de nouveau morceau -malgré la rumeur, il n'y aura pas de nouveau Portishead cette année- le deuxième album fut savamment laissé de côté - quid de "All Mine", "Seven Months" et surtout "Half Day Closing", inexpliquablement ignoré ? - au profit de titres plus mineurs comme "Over", avec deux chansons (dont le formidable "Cowboys") et le tracklisting de Dummy releva du minimum syndical (5 morceaux).

En fait, le vrai bémol, ce fut ce rappel au bout d'une petite heure et demie ! Alors OK on a eu droit à un "Roads" d'anthologie mais le groupe a immédiatement conclu son set sous une lumière blanche et crue par un "We Carry On" étiré de façon un peu trop complaisante pendant que Beth Gibbons allait claquer la bise au premier rang !

Alors un set aussi court et d'une petite quinzaine de morceaux, soit autant que pour le groupe de première partie, ça fait chiche : avec la crise du disque où l'on sait la propension des groupes à privilégier le live pour vivre décemment de leur art, ceux-ci pourraient penser aux cochons de payants extatiques qui forcément, et pour 50 euros, en auraient facilement pris pour une heure supplémentaire !

L'intro du concert : "Silence"


"Hunter", deuxième titre interprété



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17 juillet 2011

Shiko Shiko - Ohayô EP (2011)

Précieux groupe Lillois, Shiko Shiko sort avec Ohayô son troisième EP sur lequel il poursuit son exploration sonore, tel Vampire Weekend ou Foals affolés sous le joug de coups de boutoirs noisy ("Kedagoru", excellente ouverture sur laquelle des chants à l'unisson laissent ensuite place à une cadence débridée et des grattes furibardes).

L'électro a aussi sa place dans cet entrelac de sons formidablement cohérent (l'intro de "Xylophono"). Et l'inventivité du quatuor, dont il faut souligner le fait qu'il a déjà partagé la scène avec des pointures (Dandy Warhols, Midnight Juggernauts, Vampire Weekend, Bellrays, Boogers, We have band), fait le reste. Son univers, s'il évoque certaines influences, n'a pas de réel équivalent, et la douce folie du chant s'associe à un rythme changeant mais appuyé et des guitares fracassantes ("Zaa Zaa") pour livrer à l'arrivée un troisième titre lui aussi imparable.

Scéniquement, Shiko Shiko vaut aussi le détour et des élans tribaux récurrents donnent du cachet à l'EP qui prend fin sur un "Shito shito" qui gagne progressivement en intensité pour s'achever dans un tonnerre noisy auquel succède des tonalités électro une fois encore bien senties, bardées de guitares pas moins inspirées.

Troisième sortie et troisième grosse réussite donc, peut-être même la plus accomplie, pour un groupe que l'on attend désormais sur la durée d'un album.

En bref : un superbe amalgame de genres et de sons, énergique et jamais inconsistant, qui génère la naissance d'un style personnel et d'un valeureux groupe de plus sur le territoire lillois.




Le site officiel

"Xylophono":



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15 juillet 2011

Suuns - Zeroes QC (2010)

Et dire que j’étais passé à côté de ce groupe confondu avec Sunn 0))). Ici il s’agit bien d’un groupe Canadien énième rejeton de la toujours parfaite écurie Secretly Canadian (Bodies Of Water…). En parlant d’écurie, on peut d’ores et déjà préciser que c’est Joe Lasek des Besnard Lakes qui produit et poussé le quatuor sur ce premier album tout bonnement étonnant. Inqualifiable aux premières écoutes, le disque oscille sans cesse entre rock bruitiste et électro minimaliste, à la manière de Clinic ou PVT. Et ça n’est pas parce qu’il est sorti l’année dernière que l’on doit se priver d’en parler. Bien au contraire, il aurait même pu trouver sa place dans le classement de l’an passé.

Et comment débuter un album monstrueux si ce n’est avec un titre monstrueux ? "Armed for peace" envoie du bois d’entrée de jeu avec son beat ultra lourd et ses riffs endiablés. Le quatuor formé par Ben Shemie et Joe Yarmush posé d’emblée l’ambiance. Ce sera sombre, froid et hypnotique. Malgré tout, au milieu de tout ce bruit, des mélodies se détachent parfaitement et forment sans peine de parfaits petits tubes. Prenez "Arena" par exemple. Un titre hypnotique et synthétique de haute volée, bien gluant comme il faut. Difficile de vider son esprit de cette chevauchée électrique en avant.

On y fait aussi la connaissance avec la voix de Joe Shemie, susurré et détaché, collant parfaitement avec l’esprit. A peine nous voilà rassasié qu’arrive le beat le plus lourd du monde de l’année dernière, "Pie XV". Si vous avez branché le caisson, vos voisins risquent de ne pas apprécier. C’est empli de groove post punk, ça pue le sexe sale et c’est complètement ensorcelant. Ca pourrait être du Warp. L’écoute au casque est fortement conseillée.

Mais Suuns c’est aussi très rock, avec beaucoup de guitares folles. On pense au morceau "Marander" bien tendu comme il faut. Il y a aussi la transe "Up past the nursery", le rock’n’roll "PVC" et quelques autres morceaux moins indispensables en fin de disque, il faut l’admettre. Encore que… Et la superbe prestation live et gratuite (!) place St Michel à Bordeaux récemment ne m’a pas fait changer d’avis. Jetez-vous dessus.

En bref : véritable pépite noire de rock expérimental et d’électronique, Zeroes QC est hors normes, à la fois complètement perché et dansant.




Le Myspace

"Pie XV" et "Armed for peace" :





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08 juillet 2011

Les Eurockéennes de Belfort, le 1-2-3 juillet 2011

Le camping, la marche le long des rails de train, la plage… Pour sa 23ème édition, le festival des Eurockéennes a conservé la recette qui a fait sa réputation. Le soleil était au rendez-vous sur les abords de la presqu'île de Malsaucy. Les festivaliers aussi. Au nombre de 95000 selon les chiffres officiels, avec un samedi complet, les organisateurs peuvent s'enorgueillir d'avoir réalisé un carton plein. Au programme, plus de 60 artistes répartis sur 3 jours de sueur et de poussière.

La soirée du vendredi commence par Battles. Emmenés par le batteur John Stannier, les Américains livrent un concert ahurissant. Rock, jazz, mais également musique électronique, ils ont la particularité de marier de nombreux styles à la fois. Imprévisible, inventif et totalement barré, le jeu de cette formation électrise sans grande difficulté le public. Ce concert restera d'ailleurs comme l'une des plus grosse claque du festival. Cette année, comme deux artistes se produisent quasi simultanément, la programmation impose des choix cornéliens. Entre Beth Ditto et Wu Lyf, j'opte pour l'énigmatique formation mancunienne. Le spectacle me laisse sur la faim. J'en profite pour avaler un kebab devant Beth Ditto, dont le show se révèle rapidement ennuyeux. De Metronomy je n'en garde aucun souvenir. Les Tryo sont bien les heureux auteurs de la véritable "Hymne de nos campagnes", dont les paroles se voient reprises en cœur par la foule. La venue de Paul Kalkbrenner se fait attendre. Fort de sa réputation, le DJ berlinois transforme la grande scène est un gigantesque dancefloor. Les watts et les basses claquent avec une précision rarement entendue aux étangs de Malsaucy.

Le lendemain, une seule idée en tête. Motörhead. En apéritif, Kyuss Lives ! (?). Dans ce groupe de rock barbu, le guitariste chevelu livre des solos qui se dégustent à la manière d'un verre de whisky avec glaçons, frais et bienvenu. Raphael Saadiq, grande classe, dynamique, pioche dans son répertoire les pépites souls calquées sur les standards des années 70'-80'. Sur la grande scène, les Motörhead, emmenés par le bassiste Lemmy, engloutissent de décibels les quelques dizaines de milliers de festivaliers réunis pour la grand messe du rock, tendance réactionnaire - à tout honneur. Ce que touchait le groupe se transformait en métal, si bien que les rayons du soleil en devenaient coupants. House of Pain prend le relais avec son rap-rock pour jouer le tube planétaire "Jump Around" et terminer sur des composition country signées Everlast. Avec Les Queens of The Stone Age, Josh Homme et son groupe font une prestation impeccable, presque romantique.

Dernière journée de festival. Fidèle à son habitude, Philippe Katerine interprète ses nouveaux titres à la délurée. De "Marine Le Pen" aux "Bisoux", le chanteur n'oublie aucun de ses classiques et reçoit des dizaines de bananes balancées sur la scène en guise de remerciements. Beady Eye, le nouveau groupe de Liam Gallagher sans son frère, ne me convainc pas vraiment. C'est mou, attendu et sans génie. Avec Arcade Fire, j'espère un regain d'intérêt pour une programmation que ne m'emballe plus gère. Installations gigantesques, écrans de projections géants, ils font dans la démesure. Alors, quand Win Butler se met à chanter on se dit que ça va être énorme. Pourtant, passés les tubes qui font plaisir, le concert prend une allure de best-of. Je finis par me rabattre au Cabaret New Burlesque de Philippe Katerine (X2), qui interprète sur la plage des tubes ringards, en compagnie des danseuses du film Tournée de Mathieu Amalric. Dans le calme et la décadence.

Le site des Eurockéennes

Un extrait du live de Battles :


BATTLES - Live (Eurockéennes 2011) par sourdoreille

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06 juillet 2011

Apollo Brown - Clouds (2011)

Voilà un très joli disque de hip hop instrumental que j’écoute en boucle depuis quelques mois déjà. Les connaisseurs ont sans doute déjà entendu parler de ce beatmaker de Chicago ayant comme c’est de coutume dans le milieu déjà officié sous différents pseudos. On lui doit notamment la production de l’un des albums hip hop phare de l’année dernière, le fameux Gas mask de The Left’s. Faisant suite au non moins excellent The reset, Clouds est un enchaînement de 27 titres (trop) courts à base de samples plus ou moins célèbres, de cuivres, de cordes et de beats, le tout baigné d’une pure ambiance soulfull comme seule la ville de Detroit sait nous procurer.

Point de voix donc, si ce n’est sur "Shoot the head" où un Mc inconnu pose son flow. Sinon, tout n’est qu’ambiance old school sur fond de message de paix. A la fois nostalgique et accrocheur, le rap instrumental d’Appolo Brown fait penser à Dilla, et n’oublie pas de rendre hommage aux plus grands en reprenant habilement et au choix Dj Shadow sur "Human experience", Moroder sur "Shadow of grief" ou encore le mythique "Passin’ me by" de The Pharcyde.

Le genre de disque tellement classe et varié qu’il ne peut que plaire à tout le monde, même (et surtout) aux allergiques du genre. A la fois émouvant ("Choices"), rythmé ("One chance"), peace ("Blue ruby") ou énorme ("Drinking life"), tout dans ce Clouds renvoie à un sentiment hypnotique et vaporeux des plus agréables. Même s’il s’agit plus d’un album complet sans temps mort que d’une suite de chansons, je décerne la médaille d’or à "Heirloom" grâce à ses accords de guitare, ses claps et son beat.

En bref : un petit joyau de hip hop instrumental gorgé de groove qu’il est impensable de ne pas aimer.




A lire aussi : The Pharcyde - Bizarre Ride II The Pharcyde

Son Myspace

"Never in a million years" et "The 11th hour" :





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04 juillet 2011

Wu Lyf - Go Tell Fire To The Mountain (2011)

Depuis plusieurs mois, l'acronyme Wu Lyf (World Unite Lucifer Youth Foundation) résonne sur la toile sous le coup de nombreuses conjectures quant à la véritable identité de cette communauté aux allures de secte. À l’origine, quatre jeunes musiciens de Manchester désireux de se faire connaître d’eux-mêmes. Si leur ambition première était donc de se tenir à l’écart de toute promotion, de fuir la hype comme la peste, c’est pourtant l’effet inverse qui s’est produit. Car, le voile de mystères qu’ils ont bâti n’a cessé de susciter la curiosité. Avant même d’avoir produit le moindre enregistrement, le quatuor bénéficiait déjà d’une solide réputation.

Sa musique a commencé alors à se préciser avec quelques morceaux dévoilés en téléchargement gratuit sous condition de s’aventurer sur un site web sinueux, tapissé de slogans révolutionnaires et d'images de guérillas urbaines. Puis, le mysticisme revendiqué de Wu Lyf se parachevait avec la sortie d’un premier vrai clip signé Jamie Allan – mis à part les quelques collages photos de manifestations en guise de teasers – où l’on voyait des indigènes saigner de la peinture. Ce n'est que le 23 mai 2011 que paraissait leur premier effort, autoproduit, et mixé par Paul Savage (The Delgados, Mogwai, Arab Strap).

Ce qui frappe aux premiers abords dans la musique du quatuor c’est cette voix furieuse, ce timbre érayé et plaintif d’Ellery Roberts qui s’évertue sur une instrumentation épique : un orgue grandiloquent, une guitare au son clean et claquant menés par une rythmique basse/batterie tribale et afro. La formule n’est pas nouvelle et la musique du quatuor n’échappe pas à toute catégorisation. Elle lorgne souvent du côté du math-rock et les guitares répétitives et viscérales évoquent trop souvent les Foals sans toutefois les égaler. C’est même carrément flagrant sur certains titres comme "Cave song" ou "Summa blis".

L’énergie qui se dégage des compositions et ses envolées épiques évoquent également les canadiens d’Arcade Fire période Neon Bible pour son côté religieux. Dans l’un comme dans l’autre, l’orgue y est omniprésent (presque trop), installe l’ambiance d’un morceau avant d’amorcer les roulements de caisse claire ("Such a sad puggy dog").

Les dix titres s’étirent en une longue litanie nimbée d’une réverbe d’église. On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que l’album a été enregistré, une fois n’est pas coutume, dans une église près de Manchester. Tout comme les derniers opus de Tim Hecker et Timber Timbre, Go Tell Fire To The Moutain se voit enveloppé d’une réverbe naturelle qui s’avère toutefois étouffante pendant les 45 minutes du disque. Ajouté à cela, la voix d’Ellery Roberts, toujours sur le même débit, qui finit inévitablement par lasser. Voilà donc le grand défaut de cet album : son manque de contraste, de nuances, qui lui auraient permis d’être un grand disque, aussi grand que nos attentes. Ainsi, des titres réussis comme "We bros" ou "Dirt" auraient pu tirer leur épingle du jeu.

En bref : si le savant mystère développé autour de ce groupe augurait du meilleur, les dix titres de ce premier opus n’ont rien de foudroyant. Espérons toutefois, qu’ils franchiront le cap du second album.




"We bros" :



Le clip de "Concrete Gold" :



Le site officiel

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