29 octobre 2010

Lift To Experience - The Texas Jerusalem Crossroads (2001)

Il y a toujours des groupes que l’on regrette d’avoir découvert sur le tard. Moi-même il y a quelques années je me souviens avoir reproché à mon grand frère de ne pas m’avoir fait écouter Elliott Smith plus tôt. Des artistes dont on sait immédiatement qu’ils auraient pu nous accompagner et nous aider à concevoir la bande originale de notre vie. Comme il n’est jamais trop tard, c’est en tombant par hasard sur une rare interview de John T. Pearson chez Pinkushion (un grand merci à eux) que j’ai basculé dans l’univers des Texans Lift To Experience. Un personnage à la Jeff Mangum, qui après avoir composé cette unique œuvre long format, mit fin à jamais à son groupe pour disparaître du grand public si jamais il y était déjà rentré. On croise aujourd’hui ce barbu énigmatique entre Austin et Paris où il aime jouer acoustique et solo. Et cette œuvre en question rentre complètement dans cette catégorie d’album insurpassé, comme Pet Sounds, Loveless ou In The Aeroplane Over The Sea. Un album qui c’est évident ne peut que remporter ses cinq étoiles à la fin, désolé pour le spoiler.

Le contexte : John T. Person est un fils de Pasteur, né dans un Etat dont on connait tous les travers politiques. Ami de Trail Of Dead…, il s’entoure sobrement d’Andy Young à la batterie et de Josh Browning à la basse. John, lui, s’arme d’une seule et unique Fender Jazzmaster pour tout l’album, la guitare de Jay Mascis de Dinosaur Jr par exemple, mais aussi celle de Loveless justement des Bloody Valentines. Dans son esprit à lui, le Texas est au centre du monde, et c’est l’heure de l’apocalypse. Nait alors un concept album effrayant, où chaque parole est biblique ou mystique, jusqu’à cet enchaînement génial de titres liés à la suite sur la tracklist, jugez du peu : "Just as was told, Down came the angels," "Falling from cloud 9", "With crippled wings", "Waiting to hit", "The grounds so soft". Ca n’est que le premier cd, oui parce que l’on parle bien de double album Monsieur ! Quant au format : 2 disques, 11 titres entre 5 et 9 minutes pour au final plus d’une heure et quart de morceaux qui semblent n’en faire qu’un.


Evidemment la grande force de ce disque, c’est la voix de John. Lyrique, pénétrante, sobre, poétique et souvent rapprochée de Jeff Buckley. C’est indéniable, il y a un élément commun entre ces deux là, mais attention on ne se retrouve pas face à une pâle copie de l’auteur de Grace. Ici il n’y a que des "Grace" puissance mille pour vous dire. Et il se tient donc là, avec ses psaumes incantatoires, tel un évangéliste convaincu (pléonasme), et il nous fait voyager dans des terres arides que Mogwaï n’aurait pas reniées. C’est en fait un mal contagieux imparable. Pas forcément gai (euphémisme), John porte en lui un vague à l’âme qu’il exorcise à chaque instant, en spoken words ou en gueulant. Un western musical éprouvant. "Just as was told" est la première pierre de l’édifice, l’ambiance est posée, ça secoue. Des montées, des descentes, des breaks, une guitare qui en vaut douze, un texte biblique prêché par quelqu’un qui semble pousser son dernier souffle à chaque instant.

"Down came the angels". Minimaliste. Seul au fond de sa grotte, John parle à sa guitare et devient inquiétant. C’est d’autant plus la claque quand commence "Falling from cloud 9", premier morceau immense de cette œuvre. A trois ils organisent ce mur du son à la fois rock et noisy, et donnent de la flamboyance à leurs morceaux. Sans emphase, des classiques instantanés. Inutile de tous les nommer non plus. Même si on trouve grâce et beauté sur "With crippled wings", tension permanente sur "Waiting to hit", trémolos de guitare, explosion puis A Capella miraculeux sur le grandiose "The ground soft". Un dernier pour la route et non des moindres, "These are the days", titre ultime de ce disque, qui part d’arpèges célestes pour accoucher d’un délire noisy dantesque. Est-il besoin d’en rajouter ?

En bref : le seul et unique testament d’un groupe étoile filante. Sombre, hypnotique, bouleversant, inoubliable, cet objet est destiné à devenir culte. Ceux qui n’y adhèrent pas seront maudits lors du jugement dernier.




Le Myspace

A lire aussi : Neutral Milk Hotel - In The Aeroplane Over The Sea (1998)

"These are the days" :



"Falling from cloud 9" :


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Troy Von Balthazar - How To Live On Nothing (2010)

Cet album porte bien son nom, on pourrait le décrire brièvement par : "Comment vivre de rien ?"en quatorze leçons par Troy Von Balthazar. Et c’est autant de leçons que de perles musicales et lyriques que nous livre ici Troy Von Balthazar, ancien leader de Chokebore, parcourant aujourd’hui le monde, le mettant en musique et plaquant sur cette musique les plus beaux mots : les mots qui viennent du cœur.

Dit comme ça, on pourrait presque faire passer ce De Balthazar pour un romantique ! Mais dans son cœur il semble y avoir plus de goût pour les plaisirs simples que pour le grand amour. C’est avec poésie qu’il nous parle de ces petits plaisirs, faisant de chaque mot, précisément choisi pour sa sonorité, une partie du paysage qu’il décrit ("CATT", "The tigers") .

On a souvent l’impression de ne pas connaître ce monde dont il parle ("To a girl with one wing gone"," In limited light") car en éternel nomade il se crée un univers à part, un univers de création permanente et illimitée. D’un autre côté, certaines chansons sont un miroir pour l’auditeur qui peut s’y retrouver aisément ("Infinity face", "Mt. Balthazar"). Il s’agit donc d’un album à la frontière entre le monde imaginaire de son auteur et le réel.

Ce parallèle on le retrouve également dans la voix d’Adeline Fargier (sur "Dots & Hearts" principalement) qui est à la fois commune et bercée par une tonalité enfantine que l’on rattache facilement au rêve.

En bref : Il s’agit d’un album apaisant et attachant, propice à l’évasion et porteur d’une énergie onirique, si ce n’est "Santiago" sur laquelle on retrouve un peu l’énergie du premier groupe de Troy : Chokebore.





Le site officiel, le Myspace et l’album sur deezer

"To A Girl With One Wing Gone" :



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25 octobre 2010

Hocus Pocus + Shaolin Temple Defenders - Concert à Pessac le 23 octobre 2010


Contexte économique oblige, l’enthousiasmant trio strasbourgeois Lyre Le Temps n’a pas pu remplir son réservoir d’essence pour venir offrir ses services de première partie jazz hip-hop. C’est bien dommage. A la place, c’est une moitié du groupe de tortionnaires de la platine Dj Tha Trickaz qui ouvre ce samedi soir lors des 13èmes Vibrations Urbaines de Pessac qui se tiennent depuis le 22 octobre et jusqu’au 1er novembre. Masqué en mode lapin manga, il use de samples explosifs pour délivrer un Dj set hip-hop électro de belle facture, bien que ne donnant pas toujours dans la dentelle.

Les Shaolin Temple Defenders n’ont pas eu de peine à passer à la pompe puisque ce sont de fidèles locaux. Je crois qu’on ne les présente plus, et en tant que porte-paroles français d’un nouveau mouvement soul & funk, la bande d’ Emmanuel Lion Of Bordeaux vient présenter son nouvel album Take It Slow. Pas de grande surprise -et ce n’est pas un reproche-, mais ils font ce qu’ils savent le mieux faire. Jouer un funk que l’on qualifierait presque de "roots" tant on se sent dans le répertoire des classiques, James Brown en tête.


Tête d’affiche de cette soirée, un vieux de la vieille à présent (depuis 1995 déjà), un groupe de rap français qui a ses fans mais aussi pas mal de détracteurs, j’ai nommé les nantais de Hocus Pocus. 20Syl attaqué pour ces textes positifs (quoi, tout le monde ne râle pas dans le hip-hop ?) et un côté un peu propret du son ? Peut-être, et au sortir de ce concert je ne suis pas sûr que j’écouterai le disque, mais je suis sûr que s’ils repassent un jour je retournerai les voir. Parce que c’est un p***** de bon show. Parce que le guitariste David Le Deunff gratte comme Prince, parce que Dj Green maîtrise les platines comme personne (avec un nombre impressionnant de trophées dans la catégorie), parce que leur rap est travaillé, entraînant et que les interactions avec le public sont présentes fois 1000. Et puis aussi un peu parce que pour vous faire une idée on se retrouve face à un rassemblement de sosies à 10/10, jugez du peu : Ethan Hawke au micro, Phil Collins aux platines, Shaggy à la guitare, Moby aux claviers (il en faut toujours un), et j’en passe. Plus sérieusement, malgré quelques passages r’n’b un peu légers, le concert est une sacré claque musicale.

Merci à Music Action.

"Cassius - The Sound Of Violence" remixé par Tha Trickaz Remix, assez violent :



Le joli clip des Shaolin :



"J’attends" d’Hocus Pocus :



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23 octobre 2010

Concours - Places à gagner pour Violens à la Flèche d’or le 20 novembre 2010


S’il y a une soirée pop à ne pas rater fin novembre à Paris c’est bien celle-là. Alias et La Flèche d’or nous ont concocté une bien belle multi affiche avec beaucoup d’Anglais et quelques Américains. Pour commencer vous aurez le plaisir de voir ou revoir les trop rares Gravenhurst que l’on apprécie beaucoup chez Dodb. Mais également Airship (groupe prometteur) et Paul Smith aka Maximo Park tout seul. Mais ceux qui attisent le plus notre curiosité, ce sont ces trois New-Yorkais de Violens qui ont débarqué cette année avec Amoral un album inclassable qui en 2010 se paye le luxe de faire se croiser les Byrds, les Pales Fountains et bien plus encore.

A cette occasion, Dodb s’est associé à Alias pour vous faire gagner 2 places pour cette soirée immanquable. Pour cela, il suffit de répondre à la question suivante avant le jeudi 18 novembre :

Quel album des Pale Foutains Dodb a-t-il déjà chroniqué sur le site ?

Et d’envoyer vos réponses à contact@desoreillesdansbabylone.com avec l’intitulé "Concours Violens". Bonne chance à tous.

Les Myspaces de Violens, Paul Smith, Airship et Gravenhurst

Le site de La Flèche d’or et celui d’Alias Productions

Acheter sa place

"Full collision" :



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21 octobre 2010

Tropics - Soft Vision EP (2010)

L’air de rien, ce petit EP commence à exercer son emprise sur mon cerveau depuis quelques jours. La faute en revient surtout au morceau d’ouverture, "Give It Up", qui me fout tout simplement la chair de poule, même après des dizaines de passages. Je ne sais pas si j’écouterai toujours Tropics dans six mois, mais là, maintenant, c’est le genre de came qu’il me faut : une sorte de slow-disco fluide et profond, teinté d'électronica 90's et de shoegaze. Comme un gros édredon pastel où s'enfoncer douillettement pour rêvasser.

Après Joy Orbison, James Blake, Floating Points et tant d’autres, Chris Ward est encore un autre blanc-bec britannique de 22 ans - à croire que cette génération est une source intarissable de talents. Il finit actuellement ses études d'ingénieur du son à la fac de Southampton, mais ça ne l'a pas empêché de signer directement sur Planet Mu, ce qui n'est pas rien. Il sortira dans les mois qui viennent un premier album et en fournit trois extraits sur ce remarquable Soft Vision EP.

Tropics semble s'épanouir dans le contraste entre les claviers doux et mélancoliques et des sons de batterie particulièrement explosifs, qui résonnent comme des coups de fouet. Se maintenant ainsi en équilibre entre groove et songe opiacé, il s'adresse aux danseurs somnambules avec le shoegaze cosmique de "Soft Vision", et surtout avec "Give It Up", impressionnant croisement de new-wave et de hip-hop autour d'un sample de voix tiré d'un vieux track italo disco ("Precious Little Diamond", de Fox The Fox). Un cran en dessous, "Melorr" plaira davantage aux fans de chillwave à la Toro Y Moi.

En bref: 15 minutes d'une rêverie disco lente et délicate pour un premier EP très réussi.



A lire aussi: Teengirl Fantasy - 7 AM (2010)

Sa page Soundcloud, avec pas mal de choses à écouter
Tropics sur Tumblr, Myspace, et Twitter
Le site et le Myspace de Planet Mu





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17 octobre 2010

The Wave Pictures - Sweetheart Ep (2010)

Comment avais-je pu les oublier ? Déjà en 2008 ils m’avaient fait remettre en cause mon classement de fin d’année avec le magique Instant Coffee Baby, et pourtant en 2009 je suis passé à côté de If You Leave It Alone. Cette année, car oui le trio londonien est pour le moins prolifique (rappelez vous les innombrables albums autoproduits qui resteront à jamais dans l’ombre), c’est l’album Susan Rode The Cyclone qui sort, une fois de plus dans une jolie indifférence. Plutôt que l’album, j’ai préféré vous parler de L’Ep qui en est tiré. Pourquoi ? Parce qu’il en porte la substantive moelle, qu’il va droit au but et qu’il couvre à lui seul les multiples talents d’écriture du désormais "grand" David Tattersall.

L’ambiance de cet Ep est définitivement chaleureuse et rassurante. De l’indie folk DIY qui sonne plus Violent Femmes que les Violent Femmes eux-mêmes. On y retrouve cet équilibre toujours parfait entre tragédie et gaité, en grande partie du à la voix de David, rappelant pour notre plus grand plaisir aux élans d’un certain Jonathan Richman. "Sweetheart" le bien-nommé ouvre le bal en une ballade romantique de feu de camp, étonnamment US dans les arpèges, aux paroles qui ne font pas de détour : "Whe I’m with you I wih I didn’t have to go". Simple mais efficace. "Kittens" ou quand la ballade commence à ronronner et à avancer un peu plus vite, jusqu’à l’une des marques de fabrique du groupe, le solo de guitare qui intervient à 1’35" et qui avouons-le est magnifique.


"I shall be a ditchdigger" accélère encore dans une grande ferveur hippie. Une cavalcade adorable qui confirme leur statut de secret le mieux gardé d’Angleterre. On garde le meilleur pour la fin, avec "Blind drunk" une autre ballade ultra touchante où Nina Garthwaite et Rebecca Taylor viennent apporter un petit écho féminin. 100% acoustique, l’Ep sait aussi profiter des silences, des breaks et des respirations, pour notre plus grand confort. Restent les deux bombes. Rock’n’roll d’inspiration 60’s au solo dantesque et électrique de 2min30, "Cinnamon baby" en impose. Enfin, l’immense slow "American boom" à écouter fort et au casque pour profiter de chaque murmure, de chaque déplacement de doigt sur corde. Splendide, émouvant, David égale en qualité les plus beaux moments calmes de Will Sheff ou Win Butler. Avec ce refrain, que je vous laisse découvrir et qui se termine irrémédiablement par "I’ll be in my room". Oui, moi aussi, je serai dans ma chambre à écouter les Wave Pictures allongé sur mon lit le regard tourné vers le ciel, un grand sourire aux lèvres.

En bref : anti hypes, anti marketing, anti barrières, les Wave Pictures sont ce qu’il se fait de plus intéressant en folk américaine à l’anglaise. Tragique et gai à la fois à chaque instant. A ne pas manquer pour se sentir chez soi.





A lire aussi : The Wave Pictures - Instant Coffee Baby (2008)

Le site officiel et le Myspace

L'enlevé "Cinnamon baby", le calme "American boom" et le classique "Sweetheart" à emporter :







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15 octobre 2010

James Blake - Klavierwerke (2010)

Nous n’avons jamais encore parlé de James Blake, comme d’ailleurs de beaucoup d’artistes dubstep, sur Dodb. Et compte tenu de la qualité de ses sorties depuis son irruption sur la scène il y a deux ans, c’est une honte. Evidemment jeune (22 ans) et Britannique, Blake se situe clairement au-dessus de la mêlée par son audace, son génie rythmique et son raffinement. Son précédent EP, CMYK, qui donnait dans le R&B déglingué et euphorique, mais surtout cette nouvelle offrande, sont à compter parmi les disques essentiels de l’année.

Musicien de formation classique, James Blake, à ne pas confondre avec le tennisman du même nom, articule ici ses morceaux autour de quelques notes de piano acoustique. Klavierwerke ("œuvres pour piano") reste néanmoins un titre trompeur. Car ce sont surtout les intrications de la basse, des beats et des samples de sa propre voix triturée qui forment l’armature des 4 morceaux de l’EP, qui s’avère nettement moins funky que le précédent, et aussi joyeux que peut l’être East London au mois d'octobre.

A l'image de Burial sur son album, le producteur démontre une science du silence et de l’espace entre les notes quasi-incomparable. Il sait ménager ses effets, réduisant le beat à sa portion congrue pour mieux faire ronfler une ligne de basse démentielle, comme sur "Klavierwerke". De même, l’utilisation des voix joue avant tout sur la temporalité. Les micro-samples sont comme aspirés, ou démantelés, puis recrachés à la face de l’auditeur comme autant d’incitations à une nostalgie rêveuse. C’est difficile à décrire et ça ne ressemble pas à grand-chose de connu, si ce n’est peut-être à Mount Kimbie, groupe dont il était membre à ses débuts, sur leur excellent album Crooks & Lovers.

"I Only Know (What I Know Now)" est certainement la pièce la plus impressionnante des quatre. Redoutablement complexe malgré une notable économie de moyens, elle est comme hantée, poussiéreuse, semblable à de vieux souvenirs qui reviennent en flash puis s'évanouissent, et dont on essaie vainement de recoller les morceaux épars. "Don't You Think I Do" joue sur le même terrain, mais avec un groove plus insistant et des synthés druggy à souhait. Pourtant bien barrée, "Tell Her Safe" paraît presque conventionnelle comparée aux autres tracks.

Même si les essais de classification de James Blake par les blogueurs, qui parlent de "future bass" et même de "post-dubstep" (!), semblent plutôt maladroits et lourdauds, je ne serais pas fichu de trouver mieux. Les kids ont raison : Klavierwerke explose les frontières du genre et la musique de Blake s'impose de plus en plus comme une énigme qu'il serait illusoire de vouloir éclaircir.

A noter: le premier album de James Blake est attendu pour début 2011. D'ici là, guettez la sortie de sa reprise de Feist & Gonzales, le 8 novembre sur Atlas.

En bref : chef de file d’un dubstep aventureux et sans ornière, James Blake se réinvente à chaque disque, et livre cette fois son EP le plus profond et minimaliste. Définitivement pas pour tout le monde, mais tellement délectable pour qui saura l'écouter.



Le Myspace de James Blake
Celui du label belge R&S





Un titre de son précédent EP:


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13 octobre 2010

Sam Nolin - Postcard From Earth Ep (2010)

Artiste lillois officiant dans une veine qu'il qualifie d'oriental lo-fi -il est d'ailleurs plutôt "dans le vrai" en se définissant ainsi-, Sam Nolin s'entoure de musiciens accomplis, Postcard From Earth et ses six titres chatoyants -mais jamais conventionnels- constitue une convaincante représentation.

Cette orientation s'impose d'emblée sur l'intro de "Naked unborn child" aux airs orchestraux que suit un folk dépaysant, joué à l'aide d'instruments fabriqués de toutes pièces, lesquels permettent des sonorités inédites et attrayantes. La voix, grave et chaude, incantatoire, venant s'ajouter à cette trame insoumise qui annonce un contenu sans failles.

"Last train to Vatican" confirme ensuite non seulement la valeur des morceaux du disque, mais aussi l'ouverture du quatuor, qui signe avec ce second morceau une plage folk superbement jouée, à l'acoustique avenante... qu'une électricité retenue, inspirée mais acidulée vient seconder. L'intérêt des morceaux est optimal, le climat allie instants de clarté et obscurité bridée, jamais excessive, et on peut ensuite profiter d'un "Akilam (Postcard From Earth) "qui nous régale de ses élans lo-fi évoqués par Sam sur son Myspace, sur un titre lancinant oscillant entre élégance et souillures noisy en arrière-plan, les deux cohabitant pour un résultat ici encore irréprochable. La fin de ce titre offrant même un chaos noisy-folk somptueux qui s'éclaircit en sa fin et entérine définitivement l'individualité de Sam Nolin.

"Catacombs", la chanson suivante, creuse le sillon de ce folk qui sort des sentiers battus, avec sa trame à la fois de plus en plus vive et brouillée, à l'effet presque psyché, l'organe de Sam étant de toute évidence d'un grand apport et en parfaite symbiose avec une instrumentation imaginative d'où émerge l'iranian setar de Nil Nosma.

"Circus song" et ses prétentions plus "normales" vient alors compléter le tableau musical des intervenants, par le biais d'un climat dans un premier temps strictement folk, qui s'accélère sur la fin mais sans réellement "dévier", ce qui a pour effet de mettre en valeur le "petit monde" de Sam Nolin en y apportant aussi un côté "normé". Avec cerise sur la gâteau le sharmanka d'Alexandre Legarez qui accroît la particularité de son enrobage sonore.


C'est alors qu'arrive la pièce majeure de Postcard From Earth sous la forme de "Manhattan", long de plus de dix minutes et enjolivé par les guitares de (entre autres) Jullian Angel et Sammy Decoster. Aussi soigné que zébré de stridences noisy délectables, légèrement surf sur son amorce à l'occasion de laquelle on pense aux excellents French Cowboy, cet ultime morceau s'avère être l'un des longs formats les plus épatants qu'il nous ait été donné d'entendre ces derniers temps, et se scinde avec le plus grand naturel en deux parties distinctes et complémentaires, mettant fin dans la superbe à un Ep plus que probant, qui donne l'irrépressible envie de se plonger dans les différentes productions discographiques du groupe décrit en ces lignes.

En bref : six titres de caractère, hors-normes et aboutis, de la part d'un groupe hautement talentueux et n'ayant de cesse de se forger une identité déjà affirmée.




Le Myspace de Sam Nolin

"Manhattan" :


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06 octobre 2010

Year Long Disaster - Black Magic ; All Mysteries Revealed (2010)

A vrai dire, et outre le refrain très roboratif de "Love Like Blood", c'est aussi l'ascendance du leader guitariste-chanteur de Year Long Disaster qui a d'abord suscité notre curiosité.

Daniel Davies, le très convaincant bretteur et hurleur en chef - dans un registre très Perry Farrell pour les aiguës - n'est autre que le rejeton de monsieur Dave Davies, légendaire frère de qui vous savez - est-il encore utile de préciser le pédigrée de celui qui inventa le hard rock à lui tout seul, par le biais d'un ampli tailladé de coups de rasoir et d'un riff incandescent ("You Really Got Me" des Kinks ) ?

Black Magic... est le deuxième album de ce power trio qui commence à se faire un nom outre-atlantique. Formé à LA, Year Long Disaster, sous des visuels cabalistiques, sert un metal assez finement ouvragé, même si conventionnel dans sa forme. Les batteries sont sèches, les guitares non overdrivées ; le registre est moins au pantacourt moule-burnes tel qu'en raffolait HIPHOP du temps de Twisted Sister, qu'au fute jeans passe-partout.

En fait l'affaire évoque davantage une sorte de The God Machine contemporain, l'imagerie occulte aidant beaucoup, il est vrai ; et ça n'est pas plus mal !

De bonnes chansons sont écrites ici ou là ; on croit de temps à autre reconnaître certaines intonations coissantes du père ("Sparrow Hill", "She Told Us All), et les influences plus classiques revendiquées sont indubitablement Led Zeppelin ("She Told Us All") et Lynyrd Skynyrd ; c'est du reste ce que Daniel reconnaît en interview.

Le groupe devra sans doute trouver une identité, une écriture qui lui permettront d'émerger durablement au-dessus de la mêlée de la cohorte indé, afin de s'affranchir sans difficultés du genre métal, quelque peu réducteur s'il en est.

Mais comme il n'est point question ici de parodies boogie chiantes façon AC/DC (The Darkness ou autres Airbourne), on imagine à ces zozos là un futur plus conforme à des talents façon ...Trail Of Dead, dussent-ils gagner en profondeur.


En bref : les Kinks refont parler d'eux par le biais du fils/neveu. Un album de pop métal qui à défaut d'être novateur, est tout à fait engageant et prometteur.




le site et le Myspace

"Love Like Blood" :


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02 octobre 2010

So Cow - Meaningless Friendly (2010)


Aussi foutraque que puisse être l'impression laissée par la première écoute du deuxième Lp de So Cow, l'affaire vaut qu'on dépasse l'a priori, et que l'on se penche davantage sur ce curieux nouveau "projet".

Brian Kelly, jeune irlandais binoclard et poupin qui se rit de l'autotune, est une sorte de Frank Black séminal sans l'embonpoint, qui a commis cette année son nouveau forfait - le premier étant en fait un recueil de choses parues sur le label Tic Tac Totally Records .

Son univers musical est, à l'image de la pochette de son disque, une sorte d'univers façon Alice in Wonderland : bigarré (l'herbe est rouge, hum... ), bordélique et réjouissant. Seul aux commandes en studio, accompagné de deux sbires en live, les chansons de Brian, bien que fulgurantes et rapides comme l'éclair, se révèlent vite jouissives et indispensables sur la durée ; chaque nouvelle écoute viendra conforter et enrichir les précédentes.

A la fois Frank Black pour l'urgence et la concision, So Cow doit aussi beaucoup à certains artificiers légendaires du punk, de Wire aux Saints, pour le grain de voix, la folie furieuse qui réunit aussi bien Terry Hall (Specials), que Badly Drawn Boy, autre contemporain, responsable en son temps de premières chansons pop bricolées et parfaites.

C'est ainsi toute la morgue de ces illustres ainés que Brian Kelly convoque sur ces pépites que sont "Start Over" ou bien le nouveau single "Shut Eye, et sa mélodie entêtante dont on ne parvient pas à se défaire. Long d'un peu plus d'une demi-heure, et complété sur les 300 premiers pressages d'un EP plus anecdotique de 3 chansons sous pochette fanzine, cet album, on l'aura compris, va à l'essentiel !

Pas d'intro interminable ; a contrario les batteries ou boîtes à rythmes endiablées laissent vite la place aux guitares déchainées et saturées jouées à 100 à l'heure !

Toutes les chansons ne dépassent pas les 2', 2'30. Toutes ? Non, il y a cette insensée "International Waters" longue de plus de 7', où d'un riff de guitare tarabiscoté et irrésistible façon Mabuses, le morceau avance en chausse-trappes, breaks impromptus, faux démarrages pour finir dans le portnawak total. Aussitôt rehaussé par une autre single potentiel, ce "Dunno" tellement fredonnable qu'il en frise l'évidence.

En règle générale, et n'était le timbre à tessiture humaine de Kelly, les tempos échevelés pourraient vous laisser croire que votre platine vinyle s'est emballée et s'est mise à jouer en 45 bpm, sans que vous le lui demandiez ; c'est particulièrement le cas sur le final de "The Tony Keady Affair", sorte d'illustration sonore de ce que pourrait donner une partouze au sein du Muppets Show !

Ici, Kelly singe la voix de Morrissey sur les choeurs ( "(I Had a) Horrible Feeling"), là, son timbre exagérément hurleur et vindicatif, fait figure de manifeste "jeune" ("Girl Racer"). So Cow joue une manche à l'extérieur sans pitié pour son assaillant, lui assénant coup pour coup dans l'explosif et Attilesque "Away Leg". On pense aussi parfois aux Dead Kennedys, pour cette propension à balancer la purée et à ajouter les rythmiques sans tergiverser, c'est en effet l'un des gimmicks du disque.

Mais ne pas croire que So Cow est un Weezer bis, juste capable au mieux de bons refrains à fredonner en choeur dans le stade en attendant que les équipes apparaissent, au pire de fatiguer son auditeur à coup de riffs convenus. Les parties de guitare, bien que jouées les doigts dans la prise, se révèlent très inventives. Il y a "International Waters", l'excellent "Limboat", et un certain nombre de surprises, au détour de tel refrain haletant.

Loin d'être un chapelet de références (excellentes), ce nouvel avatar de la scène indie pop, sait aussi se révéler là où ne l'attend pas, et sa fraîcheur, conjuguée à un habile talent à composer des mélodies à tiroir et inattendues (l'instru slang qui clôture l'album) font de ce maître de la concision un nom dont on suivra l'évolution avec gourmandise !

En bref : tellement vache, mais si attachant en même temps, le premier véritable album d'un inconnu sans complexe et plutôt doué dans sa capacité à conjuguer vitesse d'exécution et mélodies (en apparence) faciles et instantanément "infectious".



Le Myspace , le site Tic Tac Totally Records

"Shut Eye"




"Dunno" en live /


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