30 septembre 2008

Thomas Dutronc - Les Passagers du Zinc / Avignon (27/09/08)

Samedi soir. Foule dense aux abords de la Salle des fêtes de Montfavet, pour ce concert organisé par les Passagers du Zinc. Soirée de "fils et de fille de" en l'occurence, avec pour ouvrir, Marie Modiano, la fille de l'autre. J'avais été alléché par les chroniques plutôt à l'avantage de la demoiselle, et la présence sur son disque d'un certain Peter Von Poehl (nouvel album repoussé à début 2009) comme touche à tout était loin de me laisser de marbre. So what ?

Sur scène, j'ai vu sans doute la plus grande gigue à frange dévorant le visage, depuis les donzelles de Au Revoir Simone, lors de certaine soirée aux Dock des Suds, dissimulée à grand peine derrière son Korg.

En formation resserrée, batteur à capuche et guitariste plus capodastre, Marie enchaîne les chansons de son 2ème album, qu'on devine intimiste à défaut de l'avoir écouté, mais avec tout de même certaines sonorités indés - on pense au Broadcast des débuts- et la Von Poehl touch, que l'on sent inévitablement. Sous des dehors parfois mal assurés - une voix parfois hésitante et à la limite de la justesse, Marie se met le public dans sa poche, et c'est mérité pour toutes les raisons évoquées plus haut ! On note tout de même cette agaçante façon de traduire tout ou partie des titres de ses chansons. Prends ton envol et assume tes textes, Marie, traduis-les en français !

Mais le maître de cérémonie reste à venir. Sous un décor sobre mais flashy - l'arc-en-ciel de la pochette en mode néon, et derrière une savante entrée en scène en ombres chinoises, Thomas Dutronc investit la scène avec son groupe manouche (dont 1 corse !), et c'est quasi d'entrée un hommage à Django Reinardt que le quintette envoie ! Enchainé au morceau-titre de son premier LP, Thomas montre très vite le ton du spectacle, lequel, à l'ancienne et tel que pouvait en délivrer des Henri Salvador, fourmillera d'interludes chansonniers. Dans l'ordre, sketches et envolées anti-capitalistes, piques à Sarkozy (le fichier Edwige), impros, pots-pourris ET medleys (!) se succèdent à un rythme effréné !

On notera ainsi un réjouissant enchaînement disco ("Billie Jean", "Alexandrie Alexandra", "Y.M.C.A"), les déjà tubes ("Jeune, Je ne Savais Rien", "J'aime Plus Paris), une improbable impro de chant corse, une jam endiablée sur la B.O des Triplettes de Belleville que Thomas partage donc avec son pote Mathieu Chédid - et ce n'est pas là la moindre des similitudes des univers de ces 2 artistes, si l'on fait exception de la qualité de chant indubitablement meilleure chez notre expert ès-guitare manouche....
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Deux constantes en tout cas : la jubilation d'être là et de jammer, de rivaliser d'inventivité avec ses amis musiciens, tous plus virtuoses les uns que les autres - cet affolant violoniste qu'est Pierre Blanchart qui donne dans le Concerto Brandebourgeois de Bach ! - le tout, dans le même esprit qui les anime vraisemblablement lorsqu'ils se retrouvent tous dans la cave ! Le plaisir de jouer, tout simplement !

L'on se demande alors que ce qui a pu pousser le rejeton Dutronc à défricher le format pop et à se lancer "dans la carrière", tant il semble qu'il est le même musicien que celui dont on entend parler depuis une bonne dizaine d'année : musicien aguerri de séance, a priori pas le profil idoine pour se mettre en avant comme il le fait si bien depuis Comme un Manouche Sans Guitare (2007). Seul un producteur, un marchand du temple particulièrement avisé a du trouver les mots pour donner à Dutronc junior l'envie de donner ce tour à sa carrière !

Deuxième remarque : pour les fans transis du père (et de la mère) que je suis, il est assez stupéfiant d'observer, outre un évident mimétisme de silhouette et de traits, que Thomas possède cette même élégance, cette manière racée ainsi que ce timbre reconnaissable entre mille, pour chanter de façon distanciée ces textes à la fois drôles, touchants et sarcastiques - sur lui-même et ses contemporains !

Qu'adviendra-t-il de la carrière de cet artiste ? Lui seul le sait, car les armes de séduction pour réussir, il possède. Mais lorsque le monde de la pop parfois si frelaté viendra éventuellement à l'incommoder, et que la tentation de jammer et de se repositionner en retrait redeviendra la plus forte, il endossera à nouveau les atours de musicien simplement brillant et exigeant, capable de transcender et de vulgariser sa passion tangible pour Django à l'attention du plus grand nombre !

Et le vaste public rock et pop d'avoir enfin mis des notes et un visage sur le nom culte de Django Reinhardt !
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Le site officiel de Thomas et son Myspace
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29 septembre 2008

Interview - Vincent Liben de Mud Flow

Le groupe Mud Flow a toujours été à l'honneur sur Dodb, que ce soit à l'époque de A life on standby ou plus récemment lors de la sortie de Ryunosuke. Alors forcément, on avait envie de leur poser quelques questions, et heureusement, Vincent Liben a bien voulu répondre. Entretien à chaud avec la tête pensante du meilleur groupe belge du moment :
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Comme Rob Gordon, le personnage de High Fidelity, penses-tu que c’est la pop music qui rend mélancolique ou est-ce que c’est notre côté mélancolique qui nous fait aimer la pop music ?
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Je crois que tu dois aimer la mélancolie pour écouter de la pop music. Mais il faut voir ce qu'on entend par pop music: Britney Spears ou Radiohead? Donc pour répondre à la question, il faudrait que je sache d'abord ce que c'est que la pop music. Malheureusement, je ne sais pas.
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Les morceaux Mud Flow sont souvent assez éloignés du format pop song, c’est un choix ou tu n’arrives pas à faire plus court ?
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En fait, on ne se pose pas la question en l'écrivant. Suivant le morceau, on voit s'il est mieux avec un long développement ou si 3 minutes suffisent. Un "Monkey Doll" par exemple n'avait pas d'intérêt à dépasser les 4 minutes.. Donc je crois qu'il s'agit d'un choix, sauf que j'ai l'impression que c'est la chanson qui décide.
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Comment as-tu rencontré GWL, l’auteur de la pochette ?
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Par myspace, il avait laissé un comment sur notre page et j'ai été voir ce qu'il faisait. J'ai tout de suite adoré.. Il fait un travail vraiment remarquable. On ne s'est rencontré que bien après la sortie du disque. Et en plus il est sympa.
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Comment se passe la promo du nouvel album ? Y a-t il une différence entre le public belge et le public français ?
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Pour l'instant, on a juste fait deux concerts à Paris pour cet album-ci. Donc c'est difficile à dire. J'ai l'impression que le public français est plus attentif mais c'est peut-être dû au fait qu'ils ont moins l'occasion de nous voir, alors ils en profitent.. ;-)
Pour savoir comment se passe la promo, il faudrait demander à notre attaché de presse, je ne suis pas trop au courant mais les premiers articles ont l'air plutôt positifs. C'est plutôt sympa, non? :D
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Précision de l'attaché de presse : ça se passe bien car pas mal de gens apprécient Mud Flow depuis le précédent album il y a 3 ans, mais en France le groupe n'a pas encore le statut dont il bénéficie en Belgique... on y travaille !
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Comment peut-on envisager le futur Mud Flow ?
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A géométrie variable, comme d'habitude.. Pas de grand succès à l'horizon... Et pour le contenu musical d'un prochain album, je préfère ne rien dire parce que ce que je dis au début ne ressemble jamais à ce qu'il y a à la fin. Pour Ryunosuke, j'avais prédit un album avec 5 titres de 15 minutes..
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Qu’écoutes tu en ce moment ?
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A titre instructif, j'ai écouté les derniers Animal Collective et Dirty Projectors. Phosphorescent aussi. Sinon, rien...
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Sans aucune objectivité, quels sont tes 5 disques préférés de tous les temps ?
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Je prend pas de risques:
The Verve: urban hymns
The Beatles: sergeant pepper
The Doors: strange days
REM: automatic for the people
Flaming Lips: Clouds taste metalic

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26 septembre 2008

Albert Hammond Jr - Como te llama ? (2008)

Yours to keep n'était donc pas qu'un coup d'essai. Il faut dire que le premier album solo du guitariste des Strokes, sans révolutionner quoi que ce soit, avait fait son petit effet sur bon nombre d'amateurs, même si les prestations live qui l'ont accompagné n'ont pas toujours été au sommet. Mais enfin, on avait découvert une jolie sensibilté pop, inévitablement portée par de somptueux riffs de Fender Stratocaster (la blanche, celle de 85, celle de Buddy Holly). Et donc deux ans plus tard, ce fils de son père revient avec 13 nouveaux titres sous le coude et l'appui d'amis prestigieux : Julian Casablancas forcément mais surtout l'ébouriffé Sean Lennon (autre fils de) qui apporte sur "Spooky couch" un break bien mérité sous forme de comptine douce amère, splendide.

Un jeu de clins d'oeil sans fin, sur la pochette par exemple où quatre silhouettes sont représentées en ombres chinoises, évoquant ainsi un célèbre groupe à huit mains, groupe que l'on retrouve en cherchant bien en couverture d'un livre blanc sur les étagères. Pourtant, le style Hammond qui prend peu à peu forme sous nos yeux se rapproche plus du côté obscur de la force (Rolling Stones, et donc Strokes) que des Fab Four. Et grâce au multi instrumentaliste Earl Maneein qui s'est rajouté aux trois autres larrons, la pop électrifiée d'Albert, si elle n'est pas marquée par le sceau de l'originalité pure, fait preuve d'une fraicheur et d'une spontanéité très agréables. Les guitares roulent toutes seules, confiantes, décontractées et le côté un peu simpliste du premier abord révèle finalement quelques astuces bien sympathiques. Le funky "Victory at Monterey" en est le plus bel exemple. Le disque est en fait assez complet avec un brelan de titres de départ ou les guitares s'amusent, un milieu d'album un peu plus convenu et une fin qui redémarre grâce à un "Borrowed time" très Nada Surf et un "Miss Myrtle" très Strokes. Sans décoller réellement non plus, "Feed me Jack" termine l'oeuvre de bien belle manière. A présent c'est sûr, Albert Hammond Jr est le versant pop des Strokes.

En bref : Plus mélodique et décontracté, mais aussi moins original dans le fond, le nouvel Albert Jr tient ses promesses et se laisse écouter avec plaisir, tout simplement.

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Le site officiel et le Myspace
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Acheter chez Insound

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A lire aussi : Nada Surf - Lucky (2008)
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"In my room" à Benicassim :


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25 septembre 2008

Pivot - Concert au Son'Art de Bordeaux le 25/09/08

S'il est toujours un point d'assuré lorsque l'on se rend au Son'Art, c'est la certitude d'assister à la fois à un concert à la pointe qualitativement (Pivot), mais également de découvrir une première partie pas piquée des hannetons (Erez Martinic). Et même si peu de gens se sont déplacés ce soir (match?), ceux qui l'ont fait ont pu vérifier la véracité des faits. Une première partie bordelaise qui joue à même le sol, sous l'intitulé un brin arty "musique répétitive en do", et surtout qui surprend par un style indéfinissable, ne cherchez pas. Il en résulte un magma sonore déchaîné qui tient grâce à la seule présence du batteur -monstrueux-, Mr Johnny Burguire (?). Le bassiste Ian Saboy a beau donner tout ce qu'il peut dos au public, et les deux claviéristes tourner et tourner encore leurs petits boutons, la section rythmique est phénoménale et vaut à elle seule le déplacement ce soir.

Place aux jeunes australiens à présent. Sur le devant de la scène en ce moment grâce à la sortie chez Warp de leur excellent second album O soundtrack my heart, les frères Pike (Laurenj et Richard) aidés là encore par un batteur d'exception Dave Miller (de chez Prefuse 73) viennent partager leur univers, là encore difficile à faire rentrer dans des cases. On dira pour bien faire que Vangelis, Autechre ou Battles sont les plus souvent cités, mais ça ne me convient pas trop. Je pense plutôt aux Midnight Juggernauts arès 20 ans d'hôpital psychiatrique. J'ai lu quelque part que Pivot pouvait être la musique du XXIème siècle, et à vrai dire c'est fort probable. Composé d'une rythmique instrumentale impressionnate de maestria et de nappes synthétiques novatrices, le son Pivot est également plein de sensibilité, malgré le côté "machines". Et les titres de début d'album, "In the blood", "O soundtrack..." et "Fool in rain" font mouche dès les premières attaques de synthé, contrairement à d'autres morceaux franchement moins accessibles, ceci étant du également au niveau sonore anormalement haut ce soir là. Pivot en live n'est pas reposant pour les oreilles, c'est sûr, mais bon sang ce que ça peut faire du bien par moment.

Le Myspace de Pivot et celui d' Erez Martinic

A lire aussi : Zombie Zombie en concert au Son'Art

Le clip de "In the blood" :

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Concours - The Willowz à la Maroquinerie le 04/10/08

Vous aimez les guitares et les chemises à carreaux? Alors The Willowz est fait pour vous. Ici pas d'électro ni d'instruments bizarres, les quatre jeunes californiens jouent du rock'n roll jouissif et sans âge, à peine mâtiné de folk et de country, et Chantanqua, leur dernier album sorti en février dernier n'en finit pas de récolter louanges compliments. Pour la deuxième fois cette annéee, ils seront de passage dans la capitale, de quoi offrir une session de rattrapage pour certains, et une piqûre de rappel pour les autres.
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A cette occasion, Dodb souhaite vous faire gagner 5 places de concert. Pour cela il suffit de répondre à cette question : De quelle ville californienne sont originaires les Willowz? et d'envoyer vos réponses avec vos coordonnées complètes à contact@desoreillesdansbabylone.com avec Concours The Willowz dans l'intitulé du message, et ce avant le 3 octobre prochain.
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Le Myspace des Willowz
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En attendant, "Take a look around":


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Candy Clash - 79 EP (2008)

79 est a priori la première sortie des Français de Candy Clash. Je ne sais d'où peut provenir l'idée de ce patronyme à la fois édulcoré et révolté, m'évoquant instinctivement Glass Candy du label Italians do it better (rien à voir), quoiqu'il en soit la musique de ces trois trentenaires ne ressemble ni à de la guimauve ni à un grand coup de latte dans la gueule. Glam, par contre, elle sait l'être. Du glamour écorché et pénétrant d'une certaine new wave.

Le trio s'oriente en effet vers un rock pop assez introspectif, maîtrisé et mélodieux, au croisement de Joy Division et Sonic Youth diront certains. Indubitablement, le titre de cet EP de huit titres n'est pas contingent. 1979 vit en effet la sortie du sacralisé Unknown pleasures des sus-nommés Mancuniens, 154 de Wire et quelque part, jamais loin de tout musicophile, The Wall des Pink Floyd. Pas de hasards donc pour une musique qui rassemble au final différents courants du post-punk, dans une version 2008, davantage électronique et policée. C'est bien emmené, finement produit et mixé, et laisse attentif à la sortie d'un premier (prochain?) album des trois Français.


“Smoggy goodby” est une véritable cérémonie, pieuse, profonde et possédée, inlassablement vouée à la damnation dans laquelle on s'enfonce sans prendre garde. La voix de Clément Froissart résonne solenellement, laissant s'exprimer ses accents kraut. Mon corps se fait mur mou et l'organe du chanteur passe-muraille. L'utilisation de l'orgue, cruciale, structure et sublime le titre avant de nous perdre peu à peu dans ses brumes jusqu'à notre évaporation.



Sur “79”, très bonne piste également, c'est la rage placide des suburbs anglais qui semble nous claquer aux oreilles, sans jamais se faire pour autant violente. Les riffs de guitare insolents de “79” lorgnent fortement du côté de Manchester. De manière évidente, Candy Clash, dans la même geste que son nom quasi-oxymorique, se plaît à créér des atmosphères contrastant les unes avec les autres. De la verve rock de “79” à la passion et l'envoûtement de la pop plus classique de “Darling”.

“Just kiss her”, avec ses beats spatiaux et ses synthés saturés, se distingue par son penchant électronique sans délaisser le lyrisme ambiant du disque. Complété par trois remixes soignés, notamment une version plus âpre et électro de “Smoggy goodby” (signée Meiko), le manifeste de Candy Clash est parachevé dans une sorte de post-new wave. Bref, un certain spleen rock du 21e siècle, entre lumières criardes d'une boîte de nuit et paleur d'une chambre vide.


En bref : Léchées et accompagnées de remixes de qualité, les variations rock new wave classes de trois Français. A en perdre parfois le control.




Smoggy goodbye.mp3


Le myspace de Candy Clash

A lire également : Wire – 154 (1979) et Crocodiles - Evolution (2007)


Le clip, pas enragé, de “79” :



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23 septembre 2008

Psychic Ills - Dins (2006)

Il y a peu, je n'aurais eu que peu de renseignements à distiller sur ces auto-proclamés Malades Mentaux, si ce n'est qu'ils sont l'un de ces énièmes groupes intéressants issus de la fertile Grosse Pomme ! Depuis peu et via le Web -leur site off étant famélique- , j'ai appris qu'un petit frère de ce premier essai que fut Dins est attendu courant novembre dans les bacs, que l'objet s'intitulerait Mirror Eye, chouette !

Ce que l'on savait quand même de Psychic Ills, c'était que ce groupe préalablement était auteur d'un seven inch et d'un EP tous deux intitulés Mental Violence (ben, voyons !) forcément cultes et épuisés depuis des lustres mais réédités néanmoins sur la compile Early Violence (2007), et que leurs trognes aperçues sur le site off The Social Registry indiquaient autant un conglomérat de babas drogués que de chevelus barbus renfrognés ; ah, autre gimmick intéressant, il y avait une fille également au sein de la bande !

Sur cette étrange galette qu'est Dins, les fantômes des ressucités My Bloody Valentine et leurs voix etherées côtoient tout ce que la pop droguée a pu engendrer ces 20 dernières années, de Spaceman 3 à Spiritualized (forcément !) en passant par les Dandy Warhols du début ou bien les séminaux Mercury Rev !

En bref, ces zozos empruntent autant au shoegazing de la fin des 80's qu'aux jams hallucinées de leurs contemporains US : peu de morceaux au sens propre du terme, plutôt des variations hypnotiques sur un thème, les plus manifestes étant cet insinueux "January Rain" ou bien encore ce "Another Day Another Night" qui clôt l'album dans un fracas d'écho et de spectres vocaux !

Paroles inaudibles, car volontairement noyées sous le mix, mais sans se départir d'un certain sens de l'humour - ainsi comment ne pas voir en cet aveu laconique qu'est "I Knew My Name" la réponse quelque peu savoureuse au If I Could Only Remember My Name (71) de David Crosby 30 ans plus tard !- ce premier album des Psychic Ills s'inscrit dans une longue tradition opiacée de la musique indé US : de longues psalmodies sous des brisures de guitares !

En bref : Attention, le genre de musique qui s'insinue de plus en plus lors des alcotests ! Effets indésirables tels que la somnolence mais aussi des fulgurances de trépignements à envisager. Espoir US à surveiller de près.




Le Myspace des Psychic Ills

A relire aussi ces chroniques de Spiritualized ou de Mercury Rev.

"January Rain" en live



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Steeple Remove + Kelpe + Etienne Jaumet Dj's au Nouveau Casino le 01/10/08

Une fois n'est pas coutume, Dodb tient à vous informer qu'une très belle soirée musicale se tiendra au Nouveau Casino de Paris le mercredi 1er octobre 2008 à partir de 19h30. Vous pourrez y croiser dans le désordre Etienne Jaumet de chez Zombie Zombie que l'on apprécie particulièrement dans nos colonnes. Il fera vrombir ses synthés aux côtés de Kelpe (DC Recording), un anglais électronique qui aime plus que tout mélanger samples et ordinateurs pour nous faire danser. Enfin, vous aurez droit au shoegaze mutant du groupe français Steeple Remove (3rd side Records / Discograph) qui sort en ce moment son nouvel album, Electric Suite.
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Réserver une place sur Fnac.com
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Pour vous mettre en jambes, "Live Machine" des Steeple Remove :


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Nuits Electroniques de l'Ososphère (26-27/09/2008, Strasbourg)

Côté électro, toute l’année durant, Strasbourg est plutôt mal équipée. Exception faite du Clubbing de la Laiterie tous les vendredi soirs, la vie du teufeur y est plutôt morne et il lui faut traverser la frontière pour assouvir sa soif de décibels. Mais chaque année, le dernier week-end de septembre, la capitale alsacienne devient capitale électronique le temps d’un festival de l'Ososphère qui gagne sans cesse de la hauteur. La programmation 2008 en atteste. Des “Antipastis” éclectiques (The Do, I’m From Barcelona, Sébastien Tellier et surtout De La Soul) seront suivis de véritables marathons électroniques réunissant la crème des DJs européens et quelques invités internationaux triés sur le volet. On notera la place croissante accordée au live avec Think Twice (lire ici et ), Crystal Castles, les Australiens de Pivot, les anciens de Wire et j’en passe. A signaler aussi, l’orientation très hip-hop de la soirée du samedi, avec les délirantes Puppetmastaz, le roi du slam Saul Williams ou les suaves Platinum Pied Pipers en provenance directe de Detroit.

Côté mix, la liste est bien trop longue et alléchante pour être détaillée, mais comment ne pas signaler la présence du légendaire Dave Clarke, celle d’un “divine floor” purement teuton sur lequel s’illustreront Sascha Funke et Apparat, ou encore celle du seigneur de la drum n’bass, Roni Size, qui sera épaulé par le vindicatif MC Dynamyte. Tout ce petit monde, ainsi qu’une horde de plasticiens et vidéastes, s’apprête à investir le quartier de la Laiterie et ses quatre salles pour un week-end qui s’annonce dantesque.

Bref, l'Ososphère, cette année, c’est du solide, et Dodb sera de la fête.


Programme complet

Vendredi 26 septembre

ANTIPASTI #1 THE DO + I’M FROM BARCELONA(SWE)
ANTIPASTI #2 SEBASTIEN TELLIER(F)
BOYS NOIZE dj set + GOOSE dj set + D.I.M live + DAVE CLARKE dj set + GREGOR TRESHER dj set + KAROTTE (GER) dj set + ED BANGER FLOOR AVEC SEBASTIAN (F) + FEADZ (F) + KRAZY BALDHEAD (F) + BUSY P (F) + DIVINE FLOOR AVEC APPARAT (GER) live + KIKI (GER) live + SASCHA FUNKE (GER) dj set + AXEL BARTSCH (GER) dj set + WIRE (UK) + KIKO (F) long dj set + THINK TWICE (F) live + BLACK LIPS (USA) + EBONY BONES (UK) live + MINITEL ROSE (F) live + PIVOT (AUS) live

Samedi 27 septembre

ANTIPASTI #3 DUB INC(F)
ANTIPASTI #4 DE LA SOUL(USA)
EROL ALKAN (UK) dj set + SURKIN (F) dj set + ETIENNE DE CRECY (F) dj set + BRODINSKI (F) dj set + PUPPETMASTAZ (GER) live + PPP AKA PLATINUM PIED PIPERS (USA) live + EZEKIEL (F) live + SAUL WILLIAMS (USA) live + SCRATCH PERVERTS (UK) live + ELISA DO BRASIL (F) & MISS TROUBLE MC (UK) dj set + RONI SIZE & MC DYNAMITE (UK) + CRYSTAL CASTLES (CAN) live + DAISY AKA MANDRAGORE (F) dj set + MADMANIC AKA MARK TEKNOKRATES (F) dj set + DR MACABRE (F) live + DSL (F) live + FUMUJ (F) live + DJ NETIK (F) + NAIVE NEW BEATERS (F) live + LOO & PLACIDO (F) + DJ KNUCKLES (F) dj set + ELECTRIC ELECTRIC (F)

Le site de l’Ososphère
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22 septembre 2008

Sporto Kantès - 3 at last (2008)

Le temps m'a cruellement manqué depuis plusieurs mois et c'est avec une pointe d'amertume que j'écris, trop tardivement vous l'aurez compris, ces quelques lignes. En effet, depuis mes premières écoutes circonspectes et ravies de 3 at last, la renommée du duo français Sporto Kantès a littéralement explosé. Les télévores auront pu découvrir le belafontien single « Whistle » en toile sonore d'un spot pour une célèbre firme auto. Les radiophiles, quant à eux, se seront également dandinés sur cet ovni musical, guidé par le bon goût de l'impeccable, quoique parfois trop répétitive, radio Nova. En dépit de l'appropriation publicitaire et de la totale « fashionisation » de la musique dite indépendante – phénomène ni réjouissant ni dramatique en soi, simplement de notre monde – cet album foutraque et souvent éclairé méritait quelques commentaires. Les mauvaises inspirations y cotoient magnifiquement les traits de génie. Swing, chanson, rock, trip hop, funk, hip hop, ska entrent en collision, mais surtout en collusion. Et l'on finit inévitablement par se poser une question : comment peut-on réaliser un tel disque en 2008, un si resplendissant bordel ?


Sporto Kantès, pour faire court, c'est un peu un faux duo. Pas réellement un groupe, simplement la collaboration ponctuelle d'amis de longue date. Nicolas Kantorowicz et Benjamin Sportès ont tous deux fait leurs armes dans la scène alternative française des années 80 et 90, l'un au sein des Wampas (je vous le confesse, je ne suis pas vraiment un grand fan), l'autre au sein des Torpedo. Flirtant ainsi avec le punk, le ska, le rockabilly et la chanson.


Convertis à l'art du séquençage et du mixage, les deux hommes se retrouvent pour le projet Sporto Kantès, juxtaposition et fusion de leurs inspirations et de leurs savoir-faires. 3 at last, comme son nom l'indique, est la troisième production de leur association, débutée en 2001. Comme lors des exercices précédents, ce nouvel album déroute par sa diversité et ses incessants changements de styles.


Dans le foisonnement de chansons incongrues et parfois surréalistes de Sporto Kantès, “Concrete”, qui ouvre le disque, fait presque figure de ballade classique avec ses flutes soyeuses, son piano feutré et ses cuivres distants et raffinés. Rien ne laisse présager ce qui suit. “Whistle”, deuxième plage de 3 at last, est la plus accrocheuse de l'album. Kantorowicz et Sportès jouent un calypso azimuté et soutenu, entrecoupé de surprenants couplets en allemand. La formule fonctionne et laisse déjà transparaitre le côté rudeboy – anachronique et nostalgique – des deux Français. Une inclinaison qui se ressent au fil de 12 titres improbables, entre trip hop, dub et chanson française.


Les ruptures sont fortes entre les différents terrains de jeu de Sporto Kantès et le disque se présente au final plus comme une collection qu'un réel album. Il demeure qu'on s'y plait à croiser de si belles influences, des studios de Kington (“Roma's life”) aux squats de Brixton (“Da rock”), via les nights-clubs de Harlem (“U are the lights”). Et se perdre quelques instants dans les brumes tissées par les deux musiciens, érudits au goûts fins et au sens de la dérision sûr.


En bref : Riche en réussites, un disque foutraque et délirant brassant les héritages. Le joyeux bordel de deux artisans talentueux de la musique française.




Le myspace de Sporto Kantès


Trois titres issus de l'album : “U are the light”, "Da rock" et “12 of july”


Le clip de “Whistle” :


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21 septembre 2008

The Saturday People - (2002)

Comment ai-je pu trouver ce disque dans un bac de bonnes affaires, un bac à bas prix destiné à écouler ce qui ne se vend pas? C'est surnaturel quand on se rend compte du niveau de qualité et de détail de cet unique album d'un supergroupe de Whashington dont on n'entend plus parler aujourd'hui. Composé exclusivement de membres d'anciens groupes de la scène locale, à savoir les Velocity Girl, The Ropers, Tree Font Angst et The Castaways Stones -tous inconnus au bataillon pour moi- les gens du samedi dans le texte témoignent indubitablement d'un talent hors pairs dans le revival pop sixties avec quelques années d'avance sur les autres (si l'on excepte le Dusk at cubist castle des Olivia Tremor Control). Sorti chez le label du coin, Slumberland Records, cet éponyme s'impose dès les premières écoutes comme une évidence.

Deux tiers de singles possibles faits de 12 cordes, de percus et de piano et surtout transcandés par les classiques orgues Farsifa et Moog. Greg et Terry, les deux co-front men, signent sans fausse modestie des arrangements pop intemporels, sans donner dans l'ancien mais en gardant tout l'enthousiasme de l'époque, auquel s'ajoute des sonorités soft rock, voire power pop. Tout a l'air simple dans cette production Archie Moore (bassiste) et les dieux du genre (Beach Boys, Byrds, Kinks, Zombies) peuvent se retourner dans leur tombe, il y a de la concurrence. "Califonia girls" (sic) et son piano semble vouloir faire la nique à tout ce qui se trouve entre Maka et Kurt Cobain, avec ses guitares catchy et son ryhtme très contemporain. Autre inmanquable du disque, le "Grace", pas de Buckley celui là mais une basse omniprésente qui introduit un chant et un refrein on ne peut plus REM (décidément, faut que je m'y replonge) lorsque "it must be something really special" retentit. Tout comme "Working for the weekend" ou Michael Spite sembre revivre. Comment un groupe justement si spécial peut-il avoir disparu alors qu'il était en haut?

En bref : Un disque aux allures de classique pop, en équilibre parfait entre mid sixties et grunge nineties.

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Le Myspace
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A lire aussi : The Wee Turtles - This is your land (2000)

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Acheter chez Insound (8$ le Lp!)

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"Grace" :



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19 septembre 2008

A Tribute to... Fila Brazillia (1991-2007)

Ça ne date pas d’hier, mais je l’ai appris par hasard il y a peu, et ça m’a fait un petit quelque chose. Fila Brazillia n’existe plus. Après 16 ans de bons et loyaux services, Steve Cobby et David McSherry ont décidé de mettre un terme à leurs aventures musicales communes. Le premier album de The Cutler, nouvelle association de Cobby avec David Brennand, disponible en import depuis quelques jours, scelle cette séparation et ouvre une nouvelle ère. Alors je voudrais rendre hommage à deux des auteurs de la B.O. de mon adolescence, dont les productions n’auront cessé de me hanter jusqu’aujourd’hui.

Fila Brazillia, c’est d’abord l’une des discographies les plus touffues et les plus cohérentes de la musique électronique mondiale. Pas moins de dix albums studio, deux live, trois disques de remixes et trois compilations mixées ! Auxquels il faut ajouter des dizaines de maxis, une rétrospective et tous les side-projects de Cobby et de McSherry (Heights of Abraham, Solid Doctor, J.J. Fuchs, J.S.T.A.R.S., Mandrillus Sphynx, etc...). Les deux comparses originaires de Hull, dans le Yorkshire, débutent en 1991, au moment où la house contamine le pays. A l’époque, Dave Brennand, alias Porky, fait partie intégrante de la formation, mais il consacrera vite son temps à la gestion de Pork, le label qui hébergera Fila pour ses six premiers albums. Le nom du groupe est choisi en référence au Fila Brasileiro, une variété de pitbull qui fait des ravages dans l’Angleterre d’alors. Leur premier track, "Mermaids" nage dans l’euphorie rave britannique, tout comme Old Codes, New Chaos, leur premier long-format aux accents tech-house pourtant sorti trois ans plus tard.

Dès le second disque, le binôme évolue et adopte le son downtempo, funky et worldisant qui le caractérisera par la suite. Totalement étranger à la vague trip-hop, il aime par dessus tout brouiller les pistes, mêler échos dub et sitar, structures pop et relents acides, le tout saupoudré de samples vocaux à l’humour 100% british - ce sont des fanatiques des Monty Pythons. Ils se font également une spécialité des morceaux à tiroirs, basculant en drum and bass après de longues minutes d’ambient, imposant des trompettes martiales là où les guitares s’épanchaient en saturations. Trop vite catégorisés “Chill” et très appréciés des compilateurs des séries Café del Mar ou OM Lounge, ils sont capables d’écrire de véritables pop songs ("Spill the beans") ou de livrer des albums foutraques de collages sonores (Dicks). Leurs influences sont à chercher du côté de la new wave et de l’ambient, de Future Sound of London et surtout d’Ultramarine, dont le Every Man and Woman is a Star les marque durablement.

Remixant Black Uhuru, Radiohead ou DJ Food, ils acquièrent une certaine notoriété au milieu des 90’s et ont même le privilège d’enregistrer un live au Royal Victoria & Albert Hall Museum de Londres. On pourrait disserter sans fin sur le catalogue de FB, mais j’ai préféré vous présenter brièvement chacun de leurs albums studio en sélectionnant, à chaque fois, un titre emblématique. En espérant que ce survol vous donnera envie de plonger dans la jungle sonore de Fila Brazillia.

Old Codes, New Chaos (1994) - Assez old-school, ce premier album a des allures d’hymne à l’acide avec des morceaux deep-house comme “The Light of Jesus” ou le splendide "Mermaids".
Mermaids.mp3





Maim That Tune (1995) - Compilation de singles agrémentée de quelques inédits, Maim That Tune est mon petit préféré, scotchant et éthéré de bout en bout. L’épique “A Zed and Two L’s” n’en est qu'un brillant aperçu.
A Zed and Two L's.mp3




Mess (1996) - Léger et cinématique, Mess voit FB s’essayer à une folk électronique se vrillant parfois en drum n’bass. Il contient surtout le rayonnant Soft Music Under Stars, peut-être leur plus beau morceau, dix minutes de méditation ourlées de sitar.
Soft Music Under Stars.mp3




Black Market Gardening (1996) - Le plus ambient de tous, confinant parfois au silence. Une berceuse de luxe.
Butter My Mask.mp3







Luck Be A Weirdo Tonight (1997) - Leur premier vrai foutoir sonore. Plus rock qu’à l’accoutumée, ce quatrième album offre un son plus live et brut de décoffrage, comme sa pochette ne l'indique pas.
Hells Rarebit.mp3





Powerclown (1998) - Avec ce disque commence le chahut critique de FB, taxé de sombrer dans la loungerie jazzy. En réalité, Power Clown, s’il n’est pas le plus bel effort du duo, recèle de perles acid jazz, parfois teintées de bossa, comme ce subtil “Tunstall and Californian Haddock”.
Tunstall and Californian Haddock.mp3



A Touch of Cloth (2001) - Nouveau label (Tritone) pour un duo qui n’en finit plus de se chercher et tente surtout de ne pas tomber aux oubliettes. L'excellent A Touch of Cloth marque un retour au bases funky des Britanniques.
The Bugz Will Bite.mp3



Jump Leads (2002) - On ne reconnaît pas FB avec cet artwork sobre et ce son qui ne l'est pas moins. Agréable mais dispensable, Jump Leads lorgne vers la folk, parfois avec succès : en témoigne la bluesy "Spill The Beans".
Spill the Beans.mp3




The Life & Times of Phoebus Brumal (2004) - Moins cohérent que ses prédécesseurs, le meilleur y côtoie le pire, d’une house vocale désuète à de splendides tracks orientés funk/hip-hop, tels “The Kingdom of Sound”.
The Kingdom of Sound ft. Djinji Brown.mp3



Dicks (2004) - Elaboré à partir des chutes du précédent, cet ultime album est paradoxalement bien plus intéressant. Ultra-spontané et brut, il décline en mode punk une série de bidouillages warpiens de deux ou trois minutes.
The Cubist News.mp3



L'impressionnante page Discogs de FB
Le Myspace officiel et celui des fans de FB
Celui de 23 Records
Le Myspace et le site du nouveau projet, The Cutler

A lire aussi : Ballistic Brothers - Rude System (1997)

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Rafter - Sex Death Cassette (2008)

Piste 7: "Chances". C'est comme si, dans la mémoire auditive, tout l'album tournait autour de ce seul titre. Les dix-huit autres chansons n'en seraient alors que des satellites de formes et de couleurs différentes, qui éclairent l'astre lorsqu'il plonge dans l'obscurité, et disparaissent lorsqu'il est exposé à la lumière. Avec une boite à rythme et une guitare pour le nécessaire lo-fi, de magnifiques ponts de cordes et des paroles simples et touchantes, "Chances" est d'autant plus brillant qu'il témoigne d'une écriture pop aboutie au milieu de morceaux volontairement brouillons. Et en ce sens, Sex Death Cassette est un beau manifeste lo-fi (un de plus me direz-vous): Rafter est bel et bien capable de façonner de petites pépites pop, mais il reste lo-fi par choix, assumé jusqu'au bout : « 4-track power forever » lit-on à l'intérieur de la pochette, en lettres multicolores.

A priori Sex Death Cassette a l'air, à l'image de sa pochette, d'un petit fourre-tout, d'un collage délirant, d'un joyeux bordel, d'une jam session malencontreusement enregistrée. C'est qu'on y entend principalement de petites pièces inachevées, de bribes de chansons impolies, sans queue ni tête. Et même si l'ensemble tient son espèce de cohérence dans sa manière de faire danser les guitares avec les cuivres avec les machines avec les handclaps, on passe néanmoins d'une electropop tordue et dansante qui dépasse ses modestes prétentions ("Zzzpenchant") à de drôles de gros riffs punk ("Cuddling Raccoons"). Les mélodies sont ensoleillées ("Breathing Room") voire... tropicales ("Breeze")! Il y a aussi du folk mignon tout plein ("I Love You Most Of All"), des synthés qui ont le vague à l'âme ("Tropical"), et de la pop à guitare ("No-One Home Ever"). Les couleurs y tournent comme dans un kaléïdoscope.

"Slay Me" est la pop song la moins aboutie. Pourtant, il y a, à la fin du deuxième couplet pour être précis, ces quatre notes de basses synthétiques qui en font tout l'intérêt et suscitent l'attente à chaque réécoute. Oui il y a toujours de bonnes idées, et surtout beaucoup d'originalité dans ces morceaux (c'est le mot, ils durent en moyenne deux minutes), mais l'intérêt peut parfois en paraître limité, faute à ce puriste hardcore du lo-fi qui met un point d'honneur à ne pas travailler ses chansons. On ne peut pas lui en vouloir; l'attitude est louable, et l'esthétique work in progress est tenue. Mais c'est tout de même d'autant plus frustrant que Rafter laisse entrevoir ses qualités de composition à travers de superbes noeuds pop.

C'est que ces morceaux ne sont peut-être pas faits pour être écoutés ici et là dans une playlist, extraits de leur album. Il apparaît un peu plus à chaque écoute que l'intérêt de l'album, son caractère attachant se trouve ailleurs, en marge des chansons à proprement parler, dans leur continuité. Après tout Sex Death Cassette ne dit pas sex, death, and cassette. En 2004, Modest Mouse sortait Good News For People Who Love Bad News. L'album, d'emblée, nous avait tétanisé. Il se passait quelque chose de profond et d'indescriptible dans la transition même entre les deux premières chansons, "The World at Large" et "Float On". C'était comme si toute une culture américaine était contenue dans ce seul raccord. Certaines transitions de Sex Death Cassette créent, à une échelle bien moindre néanmoins, le même sentiment. La plus réussie, la plus troublante, voire émouvante de toutes est bien sûr celle qui lie "Cuddling Raccoons" à l'immense (pourtant sans prétention) "Chances", décidément inoubliable. Rafter s'amuse bien ouvertement, mais il cache aussi bien son jeu.


En bref : Asthmatic Kitty a encore un fois prouvé son flair hors pair. Rafter s'amuse à dissimuler ses excellentes inspirations pop derrière une punkitude lo-fi bien américaine et un patchwork bordélique. Mais nous t'avons trouvé, Chances, et ne te lâcherons plus!




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La vidéo maison improbable de l'excellent "Zzzpenchant":

A lire aussi : Half-Handed Cloud - Halos + Lassos (2006)


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MGMT - Metanoia (2008)

Nous avions été parmi les premiers à vous en parler en mars dernier. Depuis la tornade Oracular Spectacular s'est déversée sur l'hexagone, donnant lieu à une tournée live finalement assez moyenne sans la mise en profondeur studio de Dave Friedman. Qu'en est-il aujourd'hui, six mois plus tard? Enfin posés, Andrew et Ben nous reviennent de façon assez originale par l'intermédiaire d'un vinyl 10' en édition limitée, uniquement disponible en import. Un bien joli objet, gravé sur une seule face, qui devrait sans aucun doute devenir Ebayable d'ici quelques années, quand le groupe aura assis sa réputation.

Le titre d'abord, Metanoia alias "premier pas sur le chemin de la guérison". Tout un programme lourd de significations, amorçant là même un éventuel virage musical, peut-être plus proche de ce que souhaitait le duo au départ? Ni Ep ni maxi, cette Face B side de près de 14 minutes annonce également la venue prochaine du successeur d' Oracular Spectacular, attendu comme le messi par une poignée de plus en plus grosse de fans. Pour ce faire, l'on sait déjà que les Chemical Brothers participent à l'affaire et que le côté psychédélique devrait être accentué.

Et le morceau dans tout ça? Un trip épique et pas chiant, sorte de "Bohemian Rhapsody" sous King Crimson. 14 minutes de rebondissements post electro pop, inspirées par l'un des tous premiers titres live du duo, lorsqu'ils jouaient encore dans l'anonymat sur les bancs de la fac. Au menu un départ tranquille en ballade voix guitare, très calme, puis à 1'50" ça monte et le fantôme de Bowie fait son entrée, accompagné d'une paire piano / batterie du plus bel effet. Les claviers sont encore en retrait lorsqu'à 3'35" tout change lors d'un moment limite White Stripes, plus insisté sur la basse. La fumée change de direction une nouvelle fois à la 5' lors d'une envolée de vapeur atmosphérique, le temps de repartir à 6'45" dans un esprit très sixties / seventies, tout en instrus de guitares surf et d'harmonies vocales. On retrouve le MGMT que l'on connait à 10'40", et jusqu'à la fin, des synthés planent comme dans une BO des Cités d'or, fascinants mais inquiétants.

En Bref : Un retour assez fracassant des MGMT, d'une manière que l'on attendait pas forcément mais terriblement annonciatrice de bonnes choses.
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Le Myspace

MGMT - Metanoia (clic droit / enregistrer sous)

Metanoia en 2 parties :


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16 septembre 2008

Hatchback - Colors of the Sun (2008)

Celui-là tombe à point nommé. Pas un disque d’automne, mais d’été indien, de ce foutu été indien dont on ne verra pas la couleur. Contemplatif, il émane d’un de ces artistes qui croient au pouvoir visuel de la musique, à sa capacité descriptive, à ses affinités avec le paysage et l’espace. Est-ce un hasard si Samuel Milton Grawe AKA Hatchback, gagne sa vie en tant que rédacteur en chef de la revue d’architecture Dwell ?

Proche de celui de Quiet Village, le son de Hatchback ne pourrait être qu’un millième avatar du revival disco-baléarique qui fait actuellement rage : synthés lofi, rythmiques italo-disco, et kitsch assumé jusqu’aux piaillements d’oiseaux d’un “Horizon” descendu en droite ligne de Vangelis... Ce premier album, paru hier sur Lo Recordings (Black Devil Disco Club, compilation Milky Disco...), mérite pourtant une attention soutenue pour ses qualités mélodiques et orchestrales ainsi que pour son côté “paradis en toc”, constamment à la lisière de l’abandon cosmique et de l’indigestion à la guimauve. Même si l’ensemble respire l’easy-listening ibizesque, Hatchback fait de flamboyants détours par la new-wave comateuse et innocente d’Art of Noise (“Closer to forever”) ou par le krautrock (“The Lotus and the Robots”, “Everything is Neu”, dont le titre est suffisamment explicite), fort de l’appui guitaristique de son complice Dan Judd AKA Sorcerer - avec lequel il sortait un splendide Windsurf EP en début d’année.

Les titres plus purement disco sont de petites merveilles d’orchestration, à l’image de “Jetlag”, qui débute comme un edit du “Rendez-vous dans l’espace” de Telex avant de partir à coup de nappes et de congas dans une house touffue et gazeuse. Le producteur de San Francisco ne manque pas non plus d’insuffler à ses compositions un certain mauvais goût prog-rock réminiscent de ses amours adolescentes qui provoquera probablement l’ire de ce bon Nickx (curieux de savoir ce que tu en penses...). Quoi qu’il en soit, des amateurs de Lindström à ceux d’Aeroplane, nombreux sont ceux qui s’épanouiront dans ces paysages aux couleurs certes criardes, mais tellement hypnotisantes.

En bref : Vous ne saviez plus comment prolonger l’été, au moins mentalement ? Le premier album kraut-disco du San-Franciscain Hatchback, ouvragé et ostensiblement hédoniste, est peut-être votre dernière chance. En tout cas, l’une des belles surprises de cette rentrée.



Les pages Myspace de Hatchback, de Sorcerer et de leur projet commun Windsurf.
Le site de Lo Recordings, avec l’album en streaming.

A noter : Hatchback s’apprête à sortir, avec Sorcerer, un premier album de Windsurf sur le label de Prins Thomas, Internasjonal.




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12 septembre 2008

Françoise Hardy - (1972)

La parution de ce 4ème album anglais de Françoise Hardy est intéressante à plus d'un titre. En dehors de sa qualité intrinsèque indéniable, le disque diffère de ses prédécesseurs en ce qu'il offre un choix de reprises aventureux (Buffy Sainte-Marie, Randy Newman...) et abandonne la relecture simple des hits français de Françoise - même si ceux-ci, il convient de le préciser, offrent toujours des réorchestrations plus matures que sur les versions originales.

Cet album constitue aussi le point d'orgue d'une discographie qui s'emballe dès 67-68, la belle Françoise s'affranchissant des groupes balloches et nunuches qu'on se fait fort de lui imposer lors de ces impayables années yé-yé. C'est donc l'époque des albums sans titre dits Comment Te Dire Adieu (68), Soleil (70), La Question (70) ou L'éclairage (72) dans laquelle l'artiste s'affirme comme une interprète et une auteure à part entière.

Paru sous une belle pochette monochrome rouge sang, cette galette, passé à peu près inaperçue en son temps mais chérie par les amateurs de Hardy, fut redécouverte dans nos contrées en 2000, sous un habillage différent et sous le titre If You Listen. D'une modernité évidente - les arrangements n'ont pas pris une ride - ce disque est le pendant français des chefs d'oeuvre du balladin racé, et hélas totalement récupéré de nos jours, Nick Drake. Du reste, si démise du génial songwriter il n'y avait eu, il y a fort à parier que l'association Hardy-Drake un temps envisagée - tous deux étaient liés et se respectaient mutuellement - auraient donné sa sonorité boisée à cet album majestueux.

Qu'il s'agisse des reprises, le mièvre "Let My Name Be Sorrow" de Mary Hopkin ici transfiguré avec ces choeurs liturgiques, ces incunables du répertoire folk anglais ("The Garden Of Jane Delawney" des divins Trees, à la beauté fin de siècle et aristocratique", "Until It's Time For You To Go", "Take My Hand For A While" ou "I Think It's Gonna Rain") ou des créations originales comme les superbes "If You Listen", "Ocean" ou encore "Brûlure", seul titre en français écrit de la main de Françoise, toutes les chansons convient à une humeur lourde de mélancolie, perlée de romantisme.

Sans l'affect qui plombe souvent le genre, mais relevé au contraire de délicats arrangements de pianos et de cordes, le meilleur album de notre Françoise nationale demeure l'un des fleurons d'une époque riche en sommets de folk raffinée. La reprise baclée du "Till The Morning Comes" de Neil Young qui clôture ce disque, n'étant en définitive qu'une péripétie.

En bref : s'il fallait ne garder qu'un album de Françoise Hardy en langue étrangère - avec Traüme sans doute - et constituer le meilleur d'une folk "britannique", cet album serait celui-là.




Le site avec discographie complète et collection de pochettes merveilleuses de tous pays !

"The Garden of Jane Delawney" :


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Interview - Gérard Baste des Svinkels

Vous connaissez certainement le rap punk et franchouillard des Svinkels. Gérard Baste et ses accolytes, sans DJ Pone parti convoler avec Birdy Nam Nam, étaient de passage cet été à Lyon dans le cadre du Festival Woodstower. Jean-Baptiste Fribourg, alias Frib', agité du micro et créateur compulsif de sons en tous genres, accompagné de Raphaël Boutin, dit Bout' the rock, ont coincé le rappeur en backstage pour réaliser une petite interview sonore décontractée à même la pelouse. Histoire d'évoquer le rap français et le dernier opus des Svinkels, Dirtycentre, sorti cette année. Attention aux limaces sur le micro !


Le myspace des Svinkels

L'audioblog « Les yeux fermés » de Jean-Baptiste Fribourg


L'interview :



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DatA - Rapture EP (2008)

Après le très synthétique Aerius Light et les hymnes daft-punkiens ultra-saturés de Trop Laser, le kid parisien DatA, tout juste 22 ans, revient avec un troisième maxi, Rapture. Pour ce projet, qui annonce la venue d'un album courant octobre, David Guillon, c'est son nom, s'est associé à Sébastien Grainger, chanteur habité et torturé des Death from above 1979, groupe aujourd'hui splitté. Sans s'emporter et verser dans l'emphase, le résultat de leur travail est tout à fait jouissif, sorte d'électro-disco pêchue et lyrique que ne renierait pas Michael Sembello, interprète du tube du long-métrage culte et kitsch Flashdance. Du genre à vous faire dodeliner de la tête frénétiquement en bagnole en avalant les kilomètres, ou à vous faire hurler dans le brouhaha d'un club surbondé. Mais avant tout, il s'agit là d'un son éminemment contemporain, fruit une nouvelle fois de la réappropriation de l'héritage des 80's et de son mariage avec les technologies électroniques du 21e siècle.


Je ne sais si Rapture augure du LP à venir, quoiqu'il en soit, en tant que « single », il fonctionne parfaitement. Orgie de synthétiseurs, beat fiévreux et voix haute perchée totalement anachronique s'accomodent à merveille pour s'incruster dans les méandres de votre petite cervelle. Et par là, réveiller le fluo-kid qui sommeille en vous. C'est efficace, catchy et même les non-anglophones retiendront aisément les paroles simplissimes et passionnées de Sébastien Grainger. Un solo de guitare ponctue le titre et nous renvoie aux plus belles heures du hard rock des années 90. Pas d'hésitation, enfilez vos collants d'aérobic façon Véronique et Davina ou votre blouson simili-cuir de teenager branchouille et laissez-vous cueillir par la frénésie de DatA. Rapture ne fera certainement pas date dans l'histoire de la musique mais, comme son nom l'indique, vous procurera un joli moment d'extase. Le corps transcendé et la tête légère.


A noter, deux remixes, très honnêtement sans grande valeur ajoutée, accompagnent le titre de DatA.


En bref : Une réappropriation excitée et tapageuse de la disco-pop synthétique des 80's, lorsque “Maniac” s'acoquine avec Moroder, Daft Punk, Chroméo et, l'instant d'un solo de gratte, Metallica.




DatA – Rapture.mp3

DatA – Rapture – Pacific! Remix.mp3


Le myspace de DatA


Information de dernière minute : une “release party” sera organisée en ce vendredi 12 septembre - jour de la visite du Pape à Paris - à la Flèche d'or, dans le cadre de son festival Wild Cards. A partir de minuit, entrée libre.




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Concours - Okkervil River, concert à Paris le 3 novembre 2008

Vous en rêviez, nous aussi, le 3 novembre prochain les texans d’Okkervil River seront en France dans le cadre de leur monstrueuse tournée automnale. Will Sheff et sa bande viendront défendre leur dernier opus The stand ins sorti le 9 septembre dernier chez Jagjaguwar, séquelle avouée du The stage names de l’année dernière. Le groupe en pleine quête de popularité pourra compter sur ses fans de toujours ainsi que sur les nouvelles recrues qu’aura ramenées ce pseudo double album de folk’n rock déjà mythique. Un concert à ne surtout pas manquer si vous souhaitez assister à l’explosion d’un groupe hors norme, certainement majeur dans les années à venir.

C'est pourquoi Dodb vous propose de gagner l'une des 5 places mises en jeu pour le concert du 3 novembre au théâtre de l’Alhambra à Paris. Pour cela il suffit de répondre à cette question : Comment s'appelle l’autre groupe du partenaire de toujours de Will Sheff ? et d'envoyer vos réponses avec vos coordonnées complètes à contact@desoreillesdansbabylone.com avec Concours Okkervil River dans l'intitulé du message, et ce avant le 30 octobre prochain. Pour info Katrine Ottosen et Lawrence Arabia assureront la première partie.
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Le Myspace d’Okkervil River
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Acheter The stand ins chez Insound et Réserver sur Fnac.com
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En attendant, 3 titres de The stage names en mode Don’t look down par Pitchfork:


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09 septembre 2008

Incredible Bongo Band - Bongo rock (1973)

Drôle de réédition qui pointe le bout de son nez ces jours-ci, l'Incredible Bongo Band de Michaël Viner et Perry Botkin Jr, duo de trentenaires en 1972 dont on a forcément un peu oublié les noms mais dont les notes continuent de hanter tous les Djs de la planète. A l'origine engagés pour livrer la BO d'un film de série B, les deux lascars font d'une pierre deux coups et développent un style inimitable de percussions primaires et psychées, en continuité du travail déjà bien amorcé par Fela Kuti mais sur un esprit bien plus club. Leurs reprises instrumentales pop sont fulgurantes et bientôt l'arbre "Apache" cachera la forêt.

Car c'est bien ce titre, repris au Shadows, lui même repris à Jerry Lordan, qui donne à cet afro beat toute sa grandeur. Difficile de trouver notes plus familières, les percus roulent toute seule, les cuivres et les orgues Hammond se répondent sur un rythme surf des plus entraînants. Et ce n'est pas un hasard si toute la population hip hop de ces trente dernières années s'est approprié le titre. La liste est longue : Sugar Hill Band, Richi Rich, Clive Campbell, Will Smith, Jurassic 5, Run DMC, Beastie Boys, j'en passe et des meilleurs, jusqu'au plus anecdotique générique de feu Tout le monde en parle. Très vite, les B-Boys et les B-Girls improvisent et posent leur flow entre deux morceaux: le break beat est né, le hip hop avec.

Passé ce titre, les covers de hits rock font leur petit effet, que ce soit "Satisfaction" ou "In a gadda da vida" d' Iron Butterfly avec un solo de peaux tendues à tomber à la renverse. Les guitares surf sixties sont elles aussi à l'honneur sur "Let there be drums" ce qui a pour irrémédiable effet de faire dodeliner la tête d'avant en arrière d'un bout à l'autre du disque. On dit même que John Lennon et Ringo Starr themselves auraient participé à l'enregistrement de cet objet qui mine de rien occupe une place privilégiée dans l'histoire de la musique jazz, funk ou tout simplement black. Au final cet obscur combo de studio signa cette année là un disque nécessaire, encore diablement efficace plus de trente ans plus tard.

En bref : Mené tambours battants sur des thèmes funky très "Bondiens", Bongo rock est une pièce de choix dans l'histoire de la musique noire.

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"Let there be drums" :



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07 septembre 2008

Okkervil River - The stand ins (2008)

C'était prévu, nous vous l'avions annoncé, moins d'un an après la tuerie The stage names Will Sheff et sa bande remettent le couvert et débarquent avec leur cinquième long métrage musical, séquelle avouée de ce qui aurait pu être un double album, et quel double album cela aurait été! Pourtant, malgré les 10 mois qui séparent les deux objets, l'esprit est le même, jusque dans l'artwork qui prolonge celui de son prédécesseur, et la disposition, que dire, les noms des titres, qui collent au premier dans les thèmes comme dans les initiales ("Starry Stairs", suite directe de "Savannah Smile" placé à position égale sur le disque). Un 9 titres, tout comme The stage names, à peine maquillé en 11 par l'ajout inutile mais non handicapant de trois plages instrumentales d'entracte, finalement plutôt raccord avec les thèmes de la scène, des doublures (the stand ins) et des illusions. Un concept qui aurait pu se révéler un peu lourdaud sans la patte de génie de Will Sheff qui confirme à ceux qui en doutaient encore qu'il est l'un des storytellers les plus marquants de sa génération, reprenant ainsi le flambeau tendu par Dylan et Springsteen. Tout ce qu'il touche en ce début de siècle tourne au miracle, et The stand ins n'y fait pas exception.

Ce disque reprend là où l'autre s'était arrêté, sur le même souffle d'americana épique mais bouleversant, et il faut l'avouer, n'atteint pas le même niveau d'efficacité sur la longueur. Encore que 40 minutes ça n'est pas très long. Mais dès l'ouverture tout est dit. "Lost coastlines" est l'archétype de ce qu'est capable de produire Sheff, alors encore en duo avec Jonathan Meiburg (sur le point de départ pour Shearwater): une chanson à doubles guitares et lalalalas, un travail d'orfèvre au groove motown poignant, l'un des plus beaux titres jamais écrits par le groupe. Arrangements variés, structures décomposées, instruments originaux, tous les atouts de la pop orchestrée déversés sur des hymnes folk'n rock inégalés à ce jour. On en oublierait presque la voix de Sheff, tellement porteuse d'émotions mais qui ne tombe jamais dans le pathos, pas même lorsque le mélodramatique "On tour with Zykos" est évoqué grâce à des paroles dignes des plus grands poètes américains du 20ème. Ne vous attendez pas à un refrain, ici on raconte des histoires. Notons toutefois une nouveauté stylistique: l'essai à la power pop 80's façon REM sur l'inhabituellement enlevé "Pop lie", tout est dans le titre.

Dernière pièce maitresse et non des moindres, l'intitulé de titre (et l'une des chansons) de l'année, "Bruce Wayne Campbell interviewed on the roof of the Chelsea Hotel, 1979", hommage intemporel à l'icône rock glam gay mort du sida il y a quelques années. Une discussion tout en arpèges et harmonies vocales sur un air de Gainsbourg, dont Sheff est l'un des plus grands fans. Un goût des plus sûrs dont il avait déjà fait preuve l'année dernière en bouclant son Stage names d'un "John Allyn Smith sails" d'anthologie en double honneur envers le poète John Berryman et les Beach Boys. Témoin de cet engouement culturel, la page Youtube entièrement dédiée à des reprises acoustiques de The stand ins par les plus fidèles amis de Sheff. Citons entres autres A.C. Newman des New Pornographers (dont le "Lost coastlines" est un régal), David Vandervelde, Bon Inver ou Bird Of Youth, soit la crème de la crème de Jagjaguwar et consorts. Je n'ai plus qu'une seule crainte, qu'Okkervil River subisse un certain effet bobo façon Arcade Fire, et que le succès commercial à venir (c'est obligé) lui fasse perdre son souffle magique. On en est encore loin.

En bref : Rendant le projet The stage names plus abouti encore, ces deux faces complémentaires contiennent chacune leur perle et leur part de titres folk intemporels. Ca y est, Okkervil River est bel et bien indispensable.

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A lire aussi : Okkervil River - The stage names (2007) , Okkervil River - Down to the river of golden dreams

Le site officiel, le Myspace et la page Youtube remplie de reprises acoustiques
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"Lost coastlines" :


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